PLAIDOYER
« Messieurs , ayant été choisi depuis quinze jours en ça par M. le président Meynier , baron
1 Ces paroles prononcées en plein parlement n'ont pas empêche les dragonades sous Louis xit.
2 Hitt. de Cabrières et de Aférindol , et d'autres lieux de Provence , particulièrement décrite dans le plaidoyer quen fit , l'an lîiM.... Jacques Aubcry , lieutenant civil au Chastelet de Paris. Paris 1645. — Papon et les autre» principaux historiens sur re sujet.
d'Oppèdc , pour la manutention et défense de son innocence , détenu en ténèbre depuis quatre ans , par les impostures , déguisemens et calomnies de ses ennemis et malveillans ; encore que pour la nécessité de l'état auquel il vous a plu me recevoir , je n'eusse argument de refuser celte charge joint que par l'ordonnance de Dieu , les hommes sont produits et formés par lui pour leur aide mutuelle. Toutefois j]ai été remoré quelque temps contre l'aiguillon de mon naturel par l'apparence de plusieurs grandes et particulières raisons , lesquelles autant de fait qu'étant persuadé de prendre en main cette défense pour les charitables et piteuses remontrances accompagnées de larmes que me faisait M. le président Meynier, se voyant destitué de défenseur à cause de la maladie de Me Clément de Puy , son avocat. Je considérai en premier lieu la grandeur et le poids de cette cause, laquelle par le témoignage de MM. les gens du roi n'a eu sa semblable depuis l'institution du sénat de céans. Il est question de l'honneur de Dieu, du fait de la religion catholique reçue il y a quinze siècles et plus dans l'Église écuménique ; il est question de la grandeur et dignité du roi , que
dirai-jc de plus , il est question de rompre et de dissiper l'autorité de laquelle le peuple est contenu en son office. C'est-à-dire en obéissance envers son prince naturel qui est l'image de Dieu. »
En résumé d une partie de son plaidoyer. Selon l'avocat du baron d'Oppède :
La cour du parlement de Provence est une cour souveraine après laquelle on ne peut en appeler qu'au roi. Le roi seul peut casser ses arrêts, mais quand ils sont l'expression de sa volonté expresse, le roi ne peut casser ses arrêts sans se contredire lui-même. Ici, la condamnation de la cour de Provence serait la condamnation du roi , cl la cour de Paris qui prononcerait un arrêt contre le parlement de Provence se rendrait coupable du crime de lèze-majesté. Il ne s'agit donc pour le baron d'Oppède que de prouver qu'il n'a agi qu'en vertu d'un ordre royal , et que dans aucun cas il n'a excédé ses pouvoirs , rien commis d'arbitraire.
Pour le premier arrêt appelé celui de Mérindol en l. r >40. Quand a-l-il été promulgué ? après bien
des hésitations , lorsque le roi par ses lettres patentes Ta impérieusement exigé. Et quand l'exécution de cet arrêt , arraché au parlement plutôt qu'il ne Ta donné , a-t-elle lieu ? cinq années après sa promulgation , et encore sur Tordre réitéré du roi qui se plaint des lenteurs du parlement, qu'il accuse de ne pas faire son devoir. Nous avons cédé à un ordre formel et l'on nous en fait un crime ! Où sont les coupables ? Ceux qui obéissent au roi , ou ceux qui nous désapprouvent d'avoir obéi , où sont les bons citoyens , les sujets fidèles? Ne pas exécuter un arrêt qui émane de la volonté du roi , c'était déjà une faute , mais ne pas l'exécuter quand le roi le commande , c'est un crime , et ceux qui nous traînent devant les tribunaux , sous prétexte que l'arrêt du parlement d'Aix est inique et son exécution criminelle , dénient au roi son autorité et le renversent de son trône ; mais nous plus jaloux de son autorité , plus jaloux de garantir intact son pouvoir royal , nous dénonçons cette révolte contre sa puissance suprême qui est celle de Dieu , et nous accusons nos accusateurs.
« I* châtiment le plus juste a été infligé, non
aux innoccns , comme il plail à MM. les gens du roi de le dire, mais contre le plus malheureux et abominable peuple qui soit sous le ciel. Vous verrez , Messieurs , les publiques et détestables hérésies préehées et chantées par villes et châteaux , contre l'honneur de la religion et de son chef. Les prédications faites en assemblées en armes , avec des bâtons offensifs ; inductions forcées faites aux bons catholiques pour être de leurs damnées hérésies-, vous ouïrez une communauté non innocente , mais libidineuse et effrénée, ayant fait tète et résistance pendant douze ans aux lieutenans du roi et à la cour du parlement de Provence ; soustrayant par la force ceux qui étaient appréhendés par justice , qui étaient de leurs compagnons. Assaillant villes et châteaux ; pillant , saccageant églises , couvens et monastères ; niant les sacremens de Jésus- Christ et de l'Eglise ; courant le pays , tenant les champs en armes ; contraignant villes et châteaux à contribuer par argent pour l'entretien de ses forces; arrêtant, meurtrissant les soldats, officiers , commissaires et magistrats du roi ; délibérant de vivre à sa propre autorité , non en une
religion quelconque , mais en une superstition improuvée, qui détruit toute loi temporelle et spirituelle ; mettant taille et imposition , ce qui n'appartient à d'autres qu'au prince souverain, pour la défense de leur religion. » Après avoir accusé les Yaudois de rébellion , il les accuse encore d'avoir des représentai secrets auprès des puissances étrangères. » Et voilà, continue-t-il, quels sont les innoccns pour lesquels le président Meynier a été constitué en perpétuelle tribulation. Si ceux qui ne reconnaissent pas Dieu et rompent les constitutions divines et humaines , doivent être réputés innoccns , si c'est mal fait aux magistrats délégués par le roi pour le gouvernement des provinces , la répression de ceux qui se tiennent par troupes effrénées contre la majesté de Dieu et du roi ; s'il est défendu de remettre en la bonne voie ceux qui, par présomption et opinion particulière , s'élèvent contre les conciles généraux de l'Eglise , le président Meynier aurait failli d'avoir persécuté tels gens ; mais si, au contraire, tels collateurs doivent être exterminés depuis le plus petit jusqu'au plus grand sous la rigueur du couteau , et que cette
extermination soit commandée , non-seulement par le souverain Dieu , mais aussi par les constitutions des princes et empereurs , en quoi le président Meynier a-t-il failli, s il a été forcé d obéir ; il n'y a autre faute en lui sinon que par trop long-temps , comme contre les très-exprès eommandemens du feu roi, contre les avis du sénat, les impiétés ou effrénées entreprises des Vaudois, espérant les réduire autrement que par le couteau , je trouve , non par déposition des témoins hérétiques , ces infâmes ennemis corrompus et apostats, comme sont tous ceux qui ont été ouïs contre le président Meynier , mais par le dire des plus notables seigneurs et gens des trois États du pays de Provence , que les armes ont été puissantes pour la réduction des Vaudois et la conservation du pays , et que sans elles le pays de Provence ne serait plus en l'obéissance du roi.... , et pour la récompense d'un si grand et si vertueux serv ice , il a reçu , comme Miltiade des Athéniens , une longue et ennuyeuse prison ! »