THE NEW YORK HERALD
Yesterday the Chamber of Dcpulies voted the law restricting Ihc liberty of the Press. Tlic newspapers are in a slate of great e.vcitemenl, wliicli, however, is of litlle importance in as mucb as the opinion of the Press, in France, is gencrally opposed to lhat of llic public.
Tlie Frencli are indeed a strange people. Tbey clamour for frecdom, and, having once oblained it know so little liow to use it as to rendcr a rcpeal of the ncw laws necessary. The fight, thcreiipon, begins afresli, always wilh the same resuit, and so in infinitum.
Tlius far the Republic lias played the de.xlerous of Give and Take, and we bave every reason to believe thaï Ihis game will continue for a long tinic yel to amuse those big children of Frenchnien.
Un graphologue me dit : «; Donnez-moi trois lignes de l'écriture d'un homme, et je vous dirai son caractère », modifiant ainsi la célèbre parole : « Donnez-moi trois lignes de l'écriture d'un homme, et je le ferai pendre ». J'ai l'habitude de conserver les lettres de mes amis : j'en remis quelques-unes au graphologue. Et, tout de suite, il me révéla des choses terribles : « M. X... est sournois, avare et lubrique ; son écriture annonce un égoïsme surprenant. » Comme je devais quelques louis à mon ami X..., je balayai aussitôt toute reconnaissance. <t Votre ami Y... est brutal, colère, foncièrement méchant ; son écriture est pareille à celle de Troppmann, moins le sens artistique. Il est en outre sot et prétentieux. » Tous mes amis y passèrent ; de telles constatations ne sont pas pour déplaire à l'homme bien né. Dès lors, je pris un vif goût à la graphologie, et j'achevai de la considérer comme une science exacte, à partir du moment où mon maître m'eut reconnu, d'après un fragment de mon écriture, la décision du maréchal de Saxe, la générosité de Vincent de Paul, la compréhension de Montesquieu, l'imagination de Victor Hugo et la subtilité de Voltaire. La consultation me coûta vingt francs; mais, comme mon graphologue m'avait dit que j'étais prodigue comme Buckingham, je n'osai marchander.
Aussi je marche maintenant dans la vie avec assurance, carie légitime orgueil que je professe pour mon caractère glorifie en
même temps Montesquieu, Hugo, Voltaire, Vincent et de Saxe, dont je représente comme qui dirait le syndicat.
On s'explique pourquoi la graphologie a fait tant de progrès et pourquoi les articles de M. Papus dans le Figaro sont lus par les moindres citoyens. On est bien aise de savoir que l'on barre ses t comme Louis XIV et que l'on ponctue comme Necker. Un peu de la considération qui baigne ces personnalités rejaillit sur vous.
La graphologie est féconde en surprises. Tel que vous croyiez noble et désintéressé se révèle intrigant et vil; tel autre, d'une chasteté reconnue, n'est qu'un ignoble paillard. Ainsi, savez-vous qui, d'après M. Papus, est le type du volontaire sentimental, du gaillard qui fascine les femmes, du grand et vaillant amoureux? M. Jules Simon. Oui, l'estimable sénateur est un
faiseur de malheureuses : ceci explique que, sur le tard, il secoure avec tant d'insistance les filles repenties. On croit qu'il
se dévoue? Il répare, voilà tout. Et il aura beau se défendre : son écriture est là qui l'accuse. Ah! satané Jules, va!
Aussitôt, l'histoire s'éclaire; voicil'écriture do Napoléon :
Inlellectualité nulle, vanité banale; pas de suite dans les idées, désir excessif de paraître, faiblesse de caractère ; type de l'écriture du cabotin de bas étage, vilainement sensuel, sottement prétentieux, volonté médiocre. Se laisse entraîner à des fautes graves par manque de logique et de bon sens.
Finira mal.
Ce court paragraphe en dit plus que tous les mémoires de bottiers, de valets de chambre et de médecins. Au contraire, prenez cette tête énergique et fière, que soulignent quelques mots de forme précise et altière : Frédéric Febvre.
Écriture de conquérant, large, hardie:
idées grandioses, mondiales; persistance implacable d une volonté qui s'appuie plutôt sur la raison que sur les passions. Instinct artistique très développé et compréhension rapide. Un créateur et un souverain. Sait être clément à l'occasion dans l'intérêt supérieur de l'humanité. Mort glorieuse
Aussitôt, nous déplaçons Napoléon sur l'étagère de l'histoire et nous mettons à sa
''iliit
place M. Febvre, qui ne réclamera pas. Si l'on veut d'autres antithèses, prenons l'écriture de Messaline et celle de M. Bérenger. Jusqu'ici, Messaline ne jouissait pas
d'une renommée très enviable; on trouvait qu'elle avait la ceinture dorée facilement dénouable. Les échotiers latins nous avaient transmis sur son compte d'anciennes anecdotes qui, à notre époque, ne pourraient s'éditer qu'en Belgique. M. Bérenger, au contraire, mettait des feuilles de vigne môme aux planches anatomiques; sa réputation d'austérité farouche le faisait considérer cemme une sorte de
Torqueraada laïque. La Graphologie a changé tout cela. Messaline :
Tempérament froid; aucune sensualité; austérité quasi claustrale. Sens pratique ; penchant à l'amour exclusivement cérébral ; cette écriture offre des analogies avec celle de sainte Thérèse. Rêveries humanitaires.
En effet, Messaline voulait, avant tout, le bonheur des hommes, et elle l'a bien prouvé. L'analyse graphologique nous éclaire ensuite sur le compte de M. Bérenger :
Caractère enflammé, ardent, torturé par l'image des voluptés charnelles. Bonhomie ^es grands passionnés ; désirs de choses irréalisables ; imagination prompte à concevoir des projets licencieux; verrait des allusions dans un bâton de chaise. Dissimule ses troubles intimes à grand'peine. En outre, humeur folâtre, aimable, qui engendre des conversations gaillardes. Un bon convive dans les banquets.
Hein? Est-ce assez cela? Qui se serait avisé de découvrir tant de belles choses dans une simple signature? Comparez maintenant les autographes de Ravaillac et de saint Martin. Ce dernier est le vieux philanthrope célèbre pour avoir donné la moitié de sa pelisse à un mendiant « qu'il ne connaissait même pas »! Les scandales des faux mendiants étaient encore ignorés;
mais saint Martin se fit une réclame éhontée avec cette anecdote et gagna une fortune dans le commerce des vêtements en solde. La graphologie nous dit de lui :
Écriture d'avare impitoyable ; tendances à l'ostentation, désir d'éblouir la galerie, penchant à amasser même par des moyens louches. Donne d'une main et reprend de l'autre. En somme, un gaillard à surveiller.
En parallèle, une profession de foi du compagnon Ravaillac, qui périt très mal-
heureusement à la suite d'une histoire ténébreuse où Henri I"Vne joua pas le beau rôle.
Désintéressement, amour de l'humanité, douceur de mœurs et de tempérament; lacile à égarer, mais foncièrement bon et
capable de se dévouer pour sauver les autres. Ne lient pas à l argenl, aime par-dessus tout la liberté. Absence de violence et de fanatisme.
A rapprocher de cet exposé le portrait cidessous, où se retrouvent les mômes caractères de bonté, de douceur, d'aisance dans les mœurs, le tout nuancé de mysticisme etpeut-ôtrc d'orgu3il. L'écriture est
nette comme
unesolution.et le pâté voisin, en forme de bombe, indique
un manque de soin dans l'exécution de projets. L'écriture, large, pleine, libre, manifeste une âme sereine, dépourvue de préjugés, un peu fruste, et toutefois capable de grandes décisions.
Voulez-vous un exemple d'écriture d'artiste?
Sens remarquable de reslhélique, désintéressement et impressionnabilité ; connaissance du cœur humain; souci de la forme. L'homme qui a donné ces lignes est, en art, d'une probité minutieuse; il ne donnera rien de li\ché ; il ne cherchera pas à tirer parti et à exploiter ses œuvres; la réclame le laissera indifférent. 'Voir les écritures de Flaubert, Gautier, La Bruyère, etc.
Voulez-vous maintenant un spécimen d'écriture de commerçant? Voici ces quelques lignes adressées au précédent par M. Victorien Sardou; l'analyse en éclaire toute l'œuvre dramatique du maître.
Apreté au gain, amour du commerce, ordre ; aucune compréhension des choses d'art ; merveilleuse aptitude à attirer la clientèle et à retenir l'acheteur; acquisivité.
L'homme qui a signé ces lignes entend à merveille les transactions, mais il est capable de frauder dans les marchés; ainsi l'on peut lire au-dessus de la signature soit Bien à vous, soit Rien à vous. Rapprocher de l'écriture de Félix Potin, de Boucicaut, etc.
Quelle critique dramatique vaudrait ce portrait rapide de l'auteur à qui nous devons tant de pièces d'exportation?
Ces quelques parallèles suffiraient à nous montrer l'utilité de la graphologie non seulement en histoire, mais encore en littérature, en sociologie, en musique, en peinture; dans les rapports entre les hommes, elle ferait cesser toutes les ruses médiocres, toutes les intrigues qui amènent les haines et les querelles. L'art de lire entre les lignes, voilà l'art de l'avenir.
La dissimulation, qui est le plus difficile des sports, se compliquerait. Ainsi voulezvous avoir l'écriture d'un homme franc, hardi, courageux, dont l'intrépidité n'ex-
dut pas toute courtoisie ? Prenez les pointssur-les-i du général Cambronne. Celui-ci n'y allait pas par quatre chemins ; on le voit moins d'après le sens des mots que d'après leur forme.
Mais si vous préférez paraître subtil, avisé, rusé, doué d'une habileté qui, néanmoins, hésite devant le choix des moyens, adoptez celle-ci.
Pleine de réticences,d'une franchise apparente, sujette à caution :
c'est l'écriture de l'hommepolitique déterminé ; elle dénote l'obstina- , ^ tion, la constance,
la resolution.
J\ol.«\/- 'L'écriture du
s faiseur d'affaires, un peu casse-cou, qui se jette dans les entreprises sans en calculer l'échec éventuel : c'est l'écriture de Christophe Colomb.
Colomb se lança, avec l'appui du gouvernement, dans de malheureuses spéculations foncières. Après des alternatives de hausse et de baisse, il finit dans la banque-
route la plus complète, après avoir ruiné ses commanditaires; selon l'usage admis en pareil cas, le gouvernement fit pourrir son homme de paille sur celle des cachots. Vespuce reprit l'affaire à bon compte, restreignit les dépenses et parvint à la fortune. La graphologie nous révèle en Colomb un prodigue et un rêveur.
Nous donnons ci-dessous un bon à tirer signé Homère et placé sur la première page du manuscrit de VOdyssée. Mieux que les Prolégomènes de Wol/f, il prouve que ledit Homère signa des livres qu'il n'avait pas écrits et se para d'une gloire à
laquelle il n'avait j)as droit. Ce point est désormais acquis.
Nous pourrions inulliplier les exemples d'écritures et donner leur explication raisonnée. A (pioi bon? vVussi bien l'art du
Il y a enfin les bons maniaques qui recherchent les billets doux de CléopAlre, les factures de Gutenberg, la correspondance de Faust et Marguerite, les Prière d'i)mirer de Chateaubriand, et (jui en déduisent des choses surprenantes. C'est une récréation paisible, amusante, facile à
graphologue est aisé : avec un peu de souplesse, on arrive à découvrir ce que l'on veut dans les autographes des hommes célèbres, l'âge du capitaine ou la hauteur du grand màt. Je sais des huissiers éminemment graphologues qui devinent, d'après l'écriture d'un billet, s'il sera ou non payé; des amants, aussi habiles, qui subodorent des demandes de rendez-vous d'après la suscrijjtion d'une lettre. Ceux-là sont les pratiques.
suivre sous la lampe, et qui occupera les longues soirées d'hiver. Comme problème de ce genre, nous confions à nos lecteurs l'autographe que voici, et nous les avertissons qu'un prix sera décerné à l'auteur de la plus flatteuse solution.
Lia Loge infernale
Le Parlement français comprend quatre partis distincts : la Droite, le Centre, la Gauche et les Journalistes parlementaires. La Droite ricane amèrement.
Le Centre sommeille.
La Gauche trépigne.
Mais, en tout temps, les journalistes trépignent, hurlent, ricanent et jamais ne sommeillent. Les membres de la Droite, de la Gauche et du Centre peuvent demander des congés, visiter les régions de la France qu'ils ne connaissent pas, saluer des parents en province, prendre l'air des plages, goûter la fraîcheur des montagnes, et même, à la grande rigueur, rendre compte de leur mandat aux électeurs. Mais les journalistes parlementaires ne peuvent pas quitter le palais Bourbon, et c'est pourquoi leurs mœurs sont féroces et cruelles : une longue réclusion leur aigrit le caractère.
Le Centre, la Gauche et la Droite sont groupés en hémicycle, harmonieusement, les plus gros au milieu (en général, ce sont toujours les plus maigres qui se portent aux dernières extrémités), et tandis que, sur la tribune, M. Castelin dissèque quelque projet de loi, les honorables prennent des notes ou causent paisiblement. ISIais, soudain, on entend des imprécations, des cris d'animaux, des vociférations. D'où cela tombe-t-il? De la loge des logographes, où l'on a enfermé MM. les informateurs politiques, da grande loge infernale réservée à la presse parisienne, et qui contient environ cent reporters.
Aux jours des séances orageuses, lorsque les honorables lavent leurs honorabilités en famille, s'il advient que le tumulte dépasse le simple Murmures sur plusieurs
ba7ics, M. Lockroy, président, ramène facilement le calme en frappant du couteau à papier sur le bord de la tribune ou sur le crûne d.e l'orateur; il sonne la cloche des naufragés, et les honorables s'apaisent.
Mais, là-haut, le tumulte persiste : MM. les rédacteurs soot enchantés de se donner un peu d'exercice et d'exprimer leur mépris pour le parlementarisme en générai. El, contre eux, M. l5)ckroy ne peut rien : ils sont inviolables.
Seul, un homme arrive à contenir ces fauves : c'est Mouty, le chef-gardien du service d'informations. Il intervient paternellement et parle d'un règlement, ce règlement qu"ii a pour mission d'appliquer et qui proclame, à peu près dans ces termes : « M. le Président rap- — pelle à MM. les rédacteurs qu'ils doivent assis- 'Ler aux débals tête nue, assis et en silence ; toute manifestation entraînerait l'expulsion immédiate du rédacteur qui s'en serait rendu coupable. » Hein? monsieur Mouty, s'il vous fallait appliquer le règlement à la lettre, votre poste deviendrait bientôt une sinécure ; vous n'auriez plus à garder que des banquettes. Car Dieu sait s'ils manifestent, MM. les rédacteurs confiés à voire garde. On se demande même où ils prennent le temps de rédiger.
Leur tribune constitue comme une petite réduction de la Chambre : il y a une Droite, un Centre et une Gauche : ils ont des intcrpellaliom, des tumultes; ils applaudissent ou lancent des onomatopées ; mais, du moins, ils s'accordent pour la concentration du boucan.
Les journalistes de la Droite, à une ou deux exceptions près, sont, en général, paisibles; un ecclésiastique, en soutane, est là pour représenter Mgr d'IIulst; les journaux modérés sont informés par des jeunes gens corrects, élégants et discrets qui ne chahutent que du bout des lèvres, dont les interruptions sont empreintes de ce bel esprit normalien qui nuance de rose les feuilles où ils écrivent. Les journaux avancés, les journaux rouges, les journaux d'opposition à outrance ont des rédacteurs à tournure de sous-officier, qui crient haut et fort et dont les interruptions, parfois trop énergiques, rappellent les douloureux souvenirs du désastre de Waterloo; ceux-là manquent vraiment d'atlicisme.
De temps en temps, au milieu du tumulte, un émissaire vient chercher les dépô" ches ou Mouty promène les premiers feuillets du compte rendu analytique; on se passe des plis que les derniers venus placent dans un judas pratiqué dans la porte. Parfois, tel rédacteur est pris à partie par un de ses collègues ; il y a échange de mots vifs. Mais, en général, ces messieurs réservent leurs indignations pour les députés qui soni à la tribune : alors, il y a des scènes déUcieuses et qui doivent réjouir les
honorables, car, encore une fois, ces messieurs envoient leurs répliques à haute et intelligible voix, de manière que Tonne perde rien. Je suppose que M. Guesde monte à la tribune.
L'orateur.
Or, messieurs, sachez-le, on n'endigue pas le flot populaire. Canalisez-le : il coulera ainsi qu'un beau fleuve.
Une voix.
Assez de clichés ! Va-l'en : tu nous ennuies!...
L'orateur.
Mais, si vous vous opposez à son cours, il vous submergera.
Voix divicrses.
As-lu fini?... — Maman, les pelils bateaux qui vont sur leau.... — Mais il csl gûlcux !...
M. I)i:SCUAMiL.
Nous l'aiinons ainsi qu'un réservoir inépuisable de....
Une voix.
Oh ! le réservoir! Il aime un réservoir!
Autre-voix.
Couchez-le donc! Mouchez-moi le gosse!
MOUTY.
Monsieur Capulet, taisez vous.
M. C.\PULET, du Tonnerre.
IMais, mon bon Mouty, regarde-moi ce petit pommadé ! Si ça ne fait pas pitié d'entendre les enfants si tard! Allez chercher sa bonne, qu'elle l'emmène.
M. Deschanel.
Je n'ignore pas, certes, qu'une minorité bruyante....
M. Capulet.
Si! tu ignores, va-t'en. On l'a assez vu.... A un autre!
MoUTV.
Voyons, monsieur Capulet, vous vous attirerez des histoires.
j\I. Capulet.
Mon vieux Mouty, tu avoueras que c'est trop fort d'entendre ce petit pion lâcher des Aneries pareilles. J'aimerais mieux le voir à sa place : au moins tu dirais des choses sensées. {Muutij, /kilté, cesse de gronder.)
M. Deschanel.
Oui, je comprends qu'une....
M. GaANDiER, du Phébus.
Mais non, lu ne comprends pas..., tu n'as jamais rien compris
M. Coûtant, socialiste.
Au moins, sapristi! laissez-moi causer....
Voix DE LA. LOGE.
C'est ça, vas-y, mon vieux.... Cause....
Un député.
Et quand vous iriez jusqu'à Hong-Kong!
La loge, avec ensemble.
... Comme la lune.
Un autre député.
Messieurs, après le discours de M. le ministre, il semblerait qu'il n'y ait plus rien à dire....
Voix de la loge
Oui, oui, il n'y a plus rien.... Tais-loi.... Aux voix.... Le scrutin, et fichons le
camp.
Un député.
Quant à vous, qui avez compromis voire mandai dans une politique de concessions à outrance, je vous donne rendez-vous dans deux ans.
Voix de la loge.
Bravo! dans deux ans.... Allons-nous-en; à dans deux ans!
Un député gras.
En somme, résumons-nous.
Les voix.
Il esl temps. Tu parles depuis deux heures, gros plein de soupe !
' M. l'abbé Lemire.
Je liens à l'affirmer à celle tribune....
Voix de la loge.
Mais, monsieur l'abbé, allez donc vous coucher : dans mon pays, les prêtres dorment à cette heure-ci.
Un député.
J'aurais un mot à ajouter.
La loge.
Non! non!... La clôture! la clôture!... Il nous embôte!... Ferme ça!... En voilà un rigolo !
Ceci donne une faible idée des séances de la Chambre. Quelques-unes de ces interruptions sont parfois d'une justesse parfaite. Avant-hier, M. D... monta à la tribune pour combattre la colonisation.
Une voix, très claire et qui partait de la tribune des journalistes, crie nettement :
— Écoute-moi cet oiseau! Il a été juge de paix à la Guadeloupe et il ne veut plus de colonies!... Misère!
MM. les rédacteurs ont aussi d'innocentes plaisanteries. Au temps de Gambetta, en un jour d'ennui, M. M... avait imaginé, pour s'occuper, d'effiler les franges d'or qui garnissent le bord de la tribune ; il avait obtenu ainsi un fil imperceptible et très long, dont il se servit pour chatouiller d'en haut les crânes polis des députés placés au-dessous de lui. La plaisanterie eut un succès d'autant plus grand que les victimes n'en pouvaient soupçonner l'auteur.
Comme on le voit, MM. les rédacteurs témoignent d'une familiarité charmante envers nos représentants; ils ont toujours le petit mot pour rire, et, sans eux, les séances seraient bien monotones.
Néanmoins, ils doivent un peu troubler les débals. Pourquoi ne les remet-on pas à l'ordre, puisqu'il y a un règlement?
D'abord, les députés se garderaient bien de taquiner les journalistes. Il suffit de les voir, nos honorables, dans le salon de la Paix, cherchant la loyale poignée de main des rédacteurs et leur glissant des demandes de citations dans leur bulletin; mieux encore, implorant l'insertion des réclames qu'ils ont eux-mêmes rédigées.
Eh bien, non. Les journalistes ne troublent pas les débats : ils les éclairent, au contraire.
Ils ont tous un remarquable sens critique qui leur fait discerner le point faible d'une argumentation, le véritable sens d'une question et l'orientation d'une politique. Voilà pourquoi il arrive que leurs comptes rendus diffèrent si souvent du compte rendu officiel : ils ont remis les choses au point. M. Chaulemps éprouvait quelque peine à s'exprimer; ils ont crié : « Donnez-lui un peigne! » Et ils l'ont rendu éloquent dans leur chronique.
Si l'orateur s'égare, ils lui crient : « A la question!... lu radotes.... Il a bu, ma parole! » Si le président est au-dessous de sa lâche, ils le rappellent à l'ordre : « Préside donc! » Si la Chambre est suffisamment éclairée et s'ils jugent qu'il esl
temps de conclure, ils crient : « Aux voix! aux voix! » Enfin, s'il est temps d'aller dîner, ils réclament : « La clôture! la clôture! » et ils l'obtiennent.
C'est qu'en vérité ils sont mieux au courant des affaires que les députés euxmêmes : ils ne manquent pas une séance, et, pour la plupart, ils font leur métier depuis pas mal d'années, tandis que beaucoup d'honorables ne datent que des dernières élections. Ils sont documentés sur tous les débats; enfin, une longue expérience des affaires les met à môme de prévoir le moindre changement de ministère.
Donc, on a raison de leur permettre les manifestations; il conviendrait môme de leur donner des droits plus étendus : ainsi le droit de vote et l'accès des ministères. Et, assurément, ils auraient sur nos députés deux avantages précieux : ils seraient brefs, et ils parleraient français.
L'Échelle sociale
Le feuilleton a été ainsi disposé pour deux raisons : d'abord, il offre plus de facilité pour V examen des gravures ; puis nous sommes couchés {à la suite d'excès de travail), et par conséquent, nous ne voyons plus les choses sous le même angle.
Voici les faits. Une lectrice de la Vie Parisienne a écrit pour demander conseil : Ruinée par son mari, abandonnée sans ressources, elle prie qu'on lui indique un métier. Elle n'a de répugnance que pour la tapisserie et la galanterie. La Vie Parisienne a aussitôt ouvert un plébiscite. Nous la prions d'accueillir la lettre ci-dessous et de la faire parvenir à son adresse :
Madame,
Dès que nous avons connu votre honorée du 29 septembre, nous n'avons pas hésité. Nous avons pensé : « Voilà qui regarde Alexandre Dumas! » En pareil cas, une visite à Alexandre Dumas s'impose ; vous auriez dû la faire vous- môme; d'ailleurs, il est encore temps.
En effet, dès qu'une fille devient mère ou dès qu'une mère devient fille, on va tout de suite consulter l'homme de la Femme de Claude. M. Dumas darde sur vous son « regard d'acier », sourit scepliquement et cite des Pères de l'Église. C'est le cérémonial ordinaire. De même pouf les cas d'adultère.
Dumas darde le même regard, sourit du même sourire et cite les mômes Pères. De plus, il met au jour quelques vérités générales telles que celles-ci : « Si vous voulez éviter d'ôtre adultère, ne trompez pas votre mari ». Ou bien encore ; « Jeune fille qui désires rester vierge, garde-loi de devenir enceinte! »
Ou bien : « J'ai remarqué que les enfants naturels se distinguent des enfants légitimes en ce qu'ils sont nés hors du mariage ». Ou : « La vraie pudeur est d'être chaste », que l'on peut retourner en : « La vraie chasteté est d'clrc pudi(|ue ». Peut-être M. Dumas et La Palisse ont-ils raison. Peut-être le dernier mot de la philosophie est-il dans la simple constatation.
Donc, nous allions chez M. Dumas, lorsque nous rencontrâmes Paul Robert. Comme nous lui annoncions notre volonté de consulter le père de Denise, il nous dit : » N'y allez pas. J'en sors : c'est plein comme une antichambre de dentiste. Aujourd'hui, jour des Flagrants Délits, vous n'auriez que le numéro 99. Et puis qu'est-ce qu'il vous dirait, Dumas? Il vous dirait quelque chose dans ce genre : t Singulière contradiction! Le peuple le plus attaché à la monogamie est celui qui s'est le moins préoccupé du sort de la Femme! » Vous seriez bien avancés, après! Venez plutôt avec moi : j'ai votre affaire. Vous désirez connaître les métiers qu'une femme peut exercer, avec leurs avantages, n'est-ce pas? Je vais vous mener aux Arts et Métiers et vous présenter à Jules Heitner.
— Qui ça, Jules Heitner?
— Vous ne connaissez pas Jules Heitner? dit Paul Robert en fourrant sa main dans sa longue barbe blonde. Mais c'est le Conservateur délégué de l'Échelle sociale. Vous savez ce que c'est que l'Échelle sociale?
— Une métaphore qui signifie....
— Pas du tout; ce n'est pas une métaphore. Où prenez-vous qu'une échelle soit une métaphore? Quand on disait de Roméo qu'il faisait l'amour sur une grande échelle, ce n'était pas une métaphore, à preuve qu'elle était de cordes, l'échelle.
« Je vous reconnais bien là, vous autres. Tout est métaphores; l'Assiette de* l'impôt, c'est encore une métaphore, peut-être? Sachez que l'assiette de l'impôt existe réellement, comme l'Échelle sociale.
« L'échelle en question fut fabriquée, en 1793, avec de vieux montants de guillotine; c'est une pièce très rare et très curieuse. On évite de la montrer. Elle ne sert plus beaucoup; après Cornélius Herz on a dû la tirer. Or, Jules Heitner est chargé de veiller à sa conservation, de l'épousseler et de la raccommoder dès qu'un échelon craque.
4 C'est, en quelque sorte, une sinécure, qui, bientôt, disparaîtra avec l'échelle elle-même, au jour, très prochain, où les castes se mélangeront, où, le terrain de conciliation étant aplani, il n'y aura plus besoin de monter d'une classe sociale dans une autre. »
Aux Arts et Métiers, Paul Robert nous mit en relations avec Jules Heitner. Madame, c'est un charmant petit vieillard, et je suis sûr qu'il se mettra à votre service avec une rare amabilité. Dès nos premier mots d'explication, il s'écria :
— Ah! vous voulez voir l'Échelle sociale? Il n'est que temps, parce qu'elle ne tient plus guère. D'ailleurs, personne ne s'en sert. Enfin, suivez-moi.
Il nous mena dans une haute salle. Au coin le plus obscur reposait la fameuse échelle, dont nous donnons ci-contre un fac similc assez exact. M. Heitner commença sa démonstration :
— Elle sert à atteindre l'espèce de plate-forme où résident les classes dirigeantes.
Comme vous voyez, elles dirigent de haut. Les montants de l'échelle s'appuient sur les couches profondes du pays; aussi sont-ils pourris du bas et très vermoulus.
« Tout en haut, nous avons la bourgeoise oisive, celle qui est, selon une expression de poker, ovaireblind : pas d'enfants, un mari très facile, et des rentes. Elle s'ennuie à mourir, la pauvre! Que voulez-vous qu'elle fasse? Tenir son ménage? Elle a six domestiques. Des talents d'agrément? Elle est trop intelligente pour ne pas mépriser l'art d'amateur qu'on lui apprit. L'adultère? Comme intérêt c'est vite épuisé. Alors, quoi? Attendre la vieillesse et la fin de cet incurable ennui. Pas d'intérêt vital, pas de passions, vite usées par la satiété, pas de drames.
« Au-dessous, la mère de famille : les moutards qui piaillent, qu'il faut laver et nourrir; les nuits blanches quand ils sont petits, et les jours noirs quand ils sont grands; les maladies, les inquiétudes perpétuelles, les soucis, sans compter que la maternité déforme, d'où froideur entre les époux, le plus souvent. Et la malheureuse veuve qui reste seule avec des orphelins. Quel enfer! et quelles responsabilités!
« Passons aux femmes qui exercent des métiers honnêtes. D'abord, la femme peintre. Messieurs, vous savez ce que vaut la peinture des dames.... Copier la Joconde durant toute sa vie ou la Vierge de iMurillo, quelle perspective! Ou bien peindre des scènes enfantines pour la province! Connaître la sottise du mécène, durant qu'il pose, et son avarice après! Que de peines et d'humiliations pour un si petit résultat !
« Puis nous avons la femme écrivain. Parlons-en, de la littérature féminine! De quelles nausées ne doivent-elles pas être prises, les malheureuses femmes-auteurs, lorsqu'il leur faut renouveler pour la vingtième fois l'histoire du sous-lieutenant chevaleresque et de la charmante héritière! Pitié pour la femme-journaliste ! Tenez, mon cœur se crève quand je songe à l'infâme Société, à la vile et misérable Société, qui oblige une malheureuse créature à aligner du soir au matin des considérations copieuses sur des choses qu'elle ne comprend pas.
L'État devrait réglementer le travail des femmes dans les journaux comme dans les usines et défendre qu'on les emploie aux gros ouvrages.
« La femme-médecin. — La médecine, un métier pas précisément élégant, très souvent malpropre, et toujours douloureux pour un être nerveux. Il y a là un tas de charcuteries infâmes, de cuisines dégoûtantes qu'il faut eflectuer. Et ces odeurs ! et ces spectacles odieux ! Et croyez-vous que les femmesmédecins aient du plaisir à réparer le mal que les autres ont fait? Toute sensibilité et toute sensualité leur sont refusées. Encore un métier que je ne conseillerais pas.
« La femme-avocat. — Elle n'est là que pour mémoire, car la profession n'est pas encore admise.
« Voici l'institutrice. Prenez la plus haute fonction : le professorat dans les lycées. Vraiment, est-il sain, pour une femme, de parler, six heures par jour, dans une petite chambre ou s'entassent trente-cinq élèves? Et les copies à corriger! Comme les autres, elle doit renoncer à la coquetterie, à la sentimentalité : elle n'a pas le temps. C'est la dame redevenue pion.
« Vous parlerai-je de l'institutrice qui court le i cachet, par la pluie et le froid, celle qu'on a le droit d'humilier et qui supporte les rebuffades des enfants et des parents? Pensez-vous que votre ex-millionnaire accepterait cette déchéance? Non.
« Après, vient la caissière, la teneuse de livres, la femme-chiffres, qui, comme le prince des Mille et une Nuits, a la moitié du corps immobilisée et ne vit qu'à partir de la taille. L'existence de celte femme est une continuelle addition; hors des nombres, elle n'existe pas.
« Ajoutez que toutes ces femmes sont exposées à choir dans la galanterie : la femme-peintre se fera fatalement entretenir par le mécène; la femmeauteur, par son éditeur; la femme-médecin, par son chef de clinique ; la femme-avocat, par le président de cour d'assises; l'institutrice, par le père de ses élèves; le professeur, par le recteur; la caissière, par son patron.
« A plus forte raison la femme- mannequin cédera aux sollicitations du grand couturier. Pensezvous qu'elle tiendra longtemps? Elle doit rester toute
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la journée debout : défense de s'asseoir. On essaye sur son dos les plus somptueuses richesses; elle n'en garde que les épingles. El le salaire qu'elle gagne est si minime ! Ne trouvez-vous pas qu'elle aurait tort d'hésiter entre une bonne renommée, qu'on lui conteste, et une ceinture dorée, facilement dénouableV « Le métier d'actrice ne vaut guère mieux. Il exige des aptitudes spéciales; il exige surtout un ami sérieux pour les frais de costumes. Au bout de huit ans, la femme est finie, usée (à part quelques cas de longévité extraordinaire que l'on rencontre seulement à la Comédie-Française); elle dégringole quelques échelons et tombe au dernier.
" Le métier de modèle. — La dame en question annonce dans sa lettre que, pour rien au monde, elle ne consentira à se dévêtir devant un monsieur. D'ailleurs, elle tient à l'honnêteté. Or vous pouvez démentir la légende de l'artiste chaste, amoureux de la seule beauté. Ils finissent tous par mettre la
seule beauté dans ses meubles ou dans leurs meubles.
« En outre, rien n'est fatigant comme la pose, si ce n'est le repos, employé d'une certaine façon.
« Il y a encore le métier de phénomène : la géante n^-v ou la naine. Eh bien, tout " le monde n'a pas le bonheur de naître difforme, et les années de splendeur durent peu. Trop rapidement il arrive que les géantes se tassent et que les naines grandissent. Alors, c'est fini; il faut trouver autre chose.
« Nous arrivons presque au bas de l Échclle sociale.
Il y a la concierge : encore un métier bien gâté. Des escaliers à monter et à descendre, des veilles continuelles et des querelles.
« Enfin, tout en bas, l écaillère, la chiffonnière et la marchande des quatre saisons. Ce dernier métier est devenu impossible, puisque, maintenant, il n'y a plus que deux saisons : l'automne et l'hiver. »
Jules Heilner nous dit bien d'autres choses intéressantes; il nous fit remarquer
qu'étant donnée la triste condition de la femme dans la société moderne il importerait d'ordonner aux pères de famille la seule et unique création des enfants mâles. Ce serait le meilleur moyen d'éviter la crise féminine qui nous menace.
En résumé, madame, vous pouvez voir combien vous avez tort de renoncer à la galanterie, le seul métier qu'une femme puisse exercer décemment et sans déchéance. Un profond vaudevilliste a dit : » Tous les chemins mènent à l'homme ». Laissezvous conduire, et, « puisque vous vous refusez à entrer dans la galanterie «, que vous avez juré, etc., etc., prenez un moyen terme, côtoyez votre serment : entrez dans la gantene.
Et nous vous remercierons sincèrement, parce que, voyez-vous, il en est de notre misérable état de choses comme de ces navires de guerre dont parle Loti : Ça manque de femmes.