CHEZ DON JUAN
Oui ne connaît la si parisienne physionomie de don Juan? Qui songerait à lui disputer le poste de starter des élégances? Don Juan habite un bel appartement dans le Cercle des Relations mondaines; c'est là que nous l'avons trouvé.
Dans le vestibule, deux choses nous frappent : d'abord le portrait du maître, point par Whistler: harmonie vert-dos et argent. La figure est belle encore, un
peu fatiguée loulefois. L'œil, américain, brille sous la lentille du monocle. A i'orce de porter beau, don Juan s'est un peu voûté. Comme les grenadiers de la garde, les cheveux du front battent en retraite lentement pour sauver la chevelure en déroute. Le célèbre amoureux est vêtu d'un smoking; son pautalon-i'éclame a le dernier pli. L'ensemble est séduisant au possible.
Dans ce vestibule, nos regards sont attirés par une statue du Commandeur. Le Commandeur aussi est bien conservé. Nous allons le retrouver partout, sous forme d'encrier, de bougeoir, de support, de cachet, de pomme de canne, etc., etc.
Mais voici don Juan lui-même :
— Excusez-moi, nous dit-il : je terminais ma cinquième toilette. J'ai peu de moments à vous consacrer : il faut que je corrige les épreuves de ma biographie.
— Quel en est le titre ?
— J'hésite entre Don Juan inlime et Don Juan et les Femmes. Je sais ce qui vous amène. Vous venez pour ma mille et quatrième? Eh bien, oui, à mon âge, j'ai encore inspiré une passion, une vraie. Je puis vous dire que c'est celle dont je suis le plus
fier; on a eu raison de fêter ma 1004% la plus pure, et la plus enviée.
— De qui parlez-vous?
— Mais de ma 1004« femme. Oui, j'ai battu mon record, et je m'arrête là. Don Juan va « faire une fin ». Messieurs, don Juan va se marier. Il fallait à ma vie une sanction moins fabuleuse que l'engloutissement dans l'enfer. Il s'est trouvé auprès de moi une créature divine, bonne comme r ^ ?!f^ les anges et belle * a souhait; elle
a pris soin de moi lorsque ma dyspepsie me travaillait, elle m'a entouré de bien-être, et ses caresses me furent plus douces que les caresses des défuntes aimées. Je l'élève jusqu'à moi et je l'épouse, et je la remercie de m'accepter, pour indigne que je sois.
Tenez, écoutez, la voici qui vient, la chère belle : vous allez voir quel ensoleillement, ici, dès son entrée.
La porte s'ouvrit, parut une affreuse mégère, un tas de graisse malpropre, coiffé d'un bonnet; un tablier serré autour de ce monceau essayait d'y tracer une taille. Telle était la 100^ de don Juan. Ultime philosophie! Il épousait sa femme de ménage !
Elle nous regarda d'un air méfiant, puis apostropha notre hôte :
— Dis donc, ces gens-là ne vont pas bientôt s'en aller?
— Si, mon ange, ils vont partir. Mon Anna, lu es la merveille des cieux !
— Faut que je fasse le salon, avant de mettre mon bouilli au feu. Et l;V he de te dépêcher, ou je me fâche !
Elle se relira. Don Juan semblait ravi, en extase :
— Hein? est-elle belle? Qu'en pensez-vous? Il ne se moquait pas. Cette horreur lui semblait la plus parfaite
merveille. O Commandeur! ce n'était pas la peine de descendre de votre socle.
Il reprit :
— Je vais vous montrer les mille et trois autres, vous avouerez vous-même qu'elles ne peuvent supporter la comparaison.
Il nous mena dans son cabinet de travail ; par une porte entr'ouverte, nous aperçûmes la chambre à coucher. Au milieu se trouvait le fameux lit, tombeau de la vertu des femmes; inutile de dire que c'était un lit-bateau. Pendant ce temps, don Juan tirait d'un secrétaire un immense album de photographies, toutes dédicacées :
— Je les enferme pour qu'Anna ne les voie pas : elle est si jalouse! Regardez, prenez connaissance de mes connaissances. Quel est, à l'heure actuelle, le vieux jeune homme qui pourrait étaler une pareille collection? Mais elles me sont bien indifférentes, allez, maintenant que je connais enfin l'amour.
.Nous lui demandons la permission de prendre des croquis. Il y consent; grûce à cette tolérance, nous avons recueilli plusieurs figures de femmes, (jue nous exposons ci-dessus.
— Je ne vous invite pas à mon mariage, nous dit don Juan : il se fera dans le plus grand secret. Je désire cacher mon bonheur. Et puis on me plaisantera : don
Juan marié! Pauvres sots, comme je dédaigne leurs railleries aujourd'hui! J'ai trouvé le sens de la vie, ou plutôt de ma vie. Néanmoins, je n'arrive pas à comprendre pourquoi l'on fête cet événement par une réjouissance exceptionnelle. La direction de l'Opéra est vraiment indiscrète. 11 messicrait de réclamer. Je ne paraîtrai pas à cette cérémonie; aussi bien ma théorie est : « Place aux jeunes! » J'ai fini mon temps; je me retire, afin de vivre dans mon trou, comme une fourmi : quand le diable devient vieux, il se fait termite.
A ce moment, un municipal entra, porteur d'un écrin ; don Juan ouvrit la boîte et poussa un cri de surprise :
— Tiens, l'ordre du Bain! Et c'est un crachat! Curieuse contradiction.
— N'ôtes-vous pas fier?
— Penh ! puisque l'Autre était Commandeur!... Aidez-moi donc à essayer ça.
Il ôta sa veste; nous lui passâmes le grand cordon autour du col; ce fut une minute solennelle. Ça manquait de spectateurs.
Don Juan nous pria de le laisser à son émotion; nous y consentîmes, d'autant plus volontiers que d'autres soins nous attendaient. Les centenaires deviennent plus nombreux que les premières, et nous avions, dans la même journée, le centenaire de l'École polytechnique, le cinquantenaire de M. Bertrand, la 1000^ du Courrier de Lyon et le 24' anniversaire de Troppmann. Notre temps est mesuré, et nous ne savons pas si nous arriverons au bout de notre besogne.
Il y a six ans, à la suite d'un léger héritage, nous eûmes l'idée de monter une écurie de courses. Récemment enrichis, nous comprenions qu'une écurie nous donne-
Orait accès dans certains salons très fermés. Nous n'avions pas un crédit illimité : il fallait faire les choses en petit, pour commencer; plus lard, on verrait. Grâce à des amis obligeants et qui avaient des relations, nous nous procurâmes un entraîneur, le nommé Sam Heitner. J'avoue loyalement que nous tenons de lui notre fortune. Ce garçon avait mené une vie étrange, telle qu'on se figure la vie de l'Américain des romans-feuilletons.
Il avait été cowboy, puis minstrel, puis ministre de l'instruction pul)lique dans une république du Sud ; il n'était resté au pouvoir qu'environ quinze minutes ; mais, durant ce temps, il avait trouvé moyen de s'enrichir. Il dissipa cette fortune à New- York et fut forcé de s'engager comme major dans une bande de policiers, armée pour la chasse des Peaux-Rouges. Enfin,
il était venu s'échouer à Paris, dans un bar anglais, où nous fCimes présentés à lui.
Il se connaissait en femmes, on pierreries, en goblers et cocktails, en étofl'cs, en tableaux et même en chevaux. 11 consentit à s'occuper de notre affaire et nous demanda huit jours. Au bout de huit jours, il nous mena voir notre haras. Vraiment, avec quelques centaines de francs, il avait eu vite fait de nous composer une écurie ma foi pas plus mauvaise que beaucoup d'autres.
Par exemple, il avait choisi les plus pénibles rosses qui fussent : maigres, efflanquées, la tète basse, les jambes en cerceau, la queue pelée. Il s'aperçut du triste effet que nous produisit cette visite ; aussitôt, il nous exposa ses théories sur l'élevage.
— Ouvrez le premier journal venu, lisez la chronique du sport. On y déplore la dégénérescence de nos chevaux de courses. D'où vient cette dégénérescence ? Depuis cinquante ans, par des croisements exécutés d'après les mêmes principes, on a créé une race de chevaux de courses déplorable : ce ne sont que sujets appauvris, anémiés, névrosés. Permettez-moi une comparaison. Êtes-vous monarchistes?
— Fils de républicain, républicains nous-mêmes, nous....
— Bien. Avez-vous remarqué que les races royales finissent toutes dans la scrofule, la chlorose, la folie et le ramollissement? La raison de cet état de choses n'est que trop facile à trouver : on marie toujours les princes avec les princesses, les dauphins avec les dauphines; depuis que les rois n'épousent plus les bergères robustes, les dynasties s'étiolent. 11 en va de même pour les chevaux. Moi, je prends mes chefs de race dans le peuple, le bas peuple. Donc, voici ma première jument poulinière !
Il fit sortir des boxes un petit cheval blanchâtre, à l'air mauvais.
— C'est un lieutenant qui me l'a vendue pour un morceau de pain.
— Elle est borgne, il me semble.
— Il vous semble bien. Quand elle sera vieille, nous la troquerons contre une jeune jument aveugle, suivant l'usage proverbial. Nous réaliserons ainsi un fort bénéfice : vous '53<goji voyez que j'ai souci de vos deniers. D'ailleurs, elle est pleine de qualités. Je ne lui connais qu'un défaut : elle a peur des trompettes de tramways. On n'a qu'âne pas la promener dans les endroits où passent des tramways. Elle a peur aussi des tas de pierres, des moi'ceaux de bois blanc et des peupliers.
— On n'a qu'à ne pas la promener dans les endroits où il y a des pierres, du bois blanc et des peupliers.
— Vaillanimonl déduit ! Elle a peur aussi des passants et des autres chevaux. On lui évitera la vue des passants et des chevaux. Enfin, comme la mère de .'"amille antique, elle gardera le foyer et fera des enfants. Son nom est Madame de Montespan.
— Quel est ce cheval, affligé d'éparvin ?
— Monsieur, une occasion unique : un cheval tout feu....
— Il n'en a pas l'air....
— Le feu est à l'intérieur. Il a, comme vous dites, un peu mal au genou ; ça se
passera avec neuf mois de repos. C'est un cheval de maraîcher, un étalon de premier ordre. Il nous donnera de beaux produits; je l'ai nommé Louis XIV. Vous le verrez à l'œuvre.
— Nous le verrons?... Ça ne le gOnera pas, que nous soyons là quand. ...
— Pas du tout. Commencez-vous à saisir mon plan? J'ai déjà l'armée pour moi, puis le sang robuste des campagnes. Passons au sang parisien, ce sang où il circule du salpêtre, selon l'expression de Coppce.
— Ce gros cheval d'omnibus?...
— Un cheval d'omnibus, vous l'avez deviné : vous avez déjà le coup d'œil du propriétaire. Eh bien, dans celte slaël, c'est Napoléon, notre autre étalon ; il relayera Louis XIV.
— Ne craignez-vous pas qu'il ne soit affligé de la morve?
— Je puis dire qu'on me l'a donné, aussi n'ai-jc pas regardé en la bouche. Quand il aurail un peu de morve, voilà-t-il pas une tare ! Nous avons tous passé par là ! Ce gaillard a traîné Clichy-Odéon et ensuite Madeleine-Bastille durant des années. C'est le pur sang parisien. Comptez sur l'atavisme; ses enfants seront de race !
— A côté, ce cheval qui tique....
— Catherine de Médicis, notre deuxième poulinière. Encore une fille du terroir; elle a traîné la charrue : elle infusera son beau sang rustique à nos poulains. Dans la stalle voisine, Marie-Thérèse, qui fut de fiacre. Ainsi, par d'habiles croisements, j'obtiendrai l'étalon type, synthétique de notre vigueur nationale.
— Ces pauvres bêtes sont bien maigres.
— Elles n'en courront que mieux. El puis esl-ce que vous prenez les courses au sérieux? Tenez, moi qui vous parle, je me fais fort de vous gagner une course avec un cheval de bois, et l'on n'y verra que du feu.
Cet aveu nous inquiéta : notre entraîneur n'allail-il pas nous entraîner dans de vilaines aventures? Un propriétaire trop confiant peut être rendu responsable des escroqueries commises par ses serviteurs. Il paraît que cela s'est vu.
Il fallut choisir nos couleurs : elles furent, à la casaque, d'un joli vert citron-
pas-mûr, toque mauve. On nous amena noire jockey, un horrible petit monsieur, ridé comme une pomme, l'achitique, avorté. A le voir, nous pensâmes qu'au lieu de s'occuper d'améliorer la race chevaline, on ferait mieux d'améliorer la race des jockeys.
Il s'intitulait Toddy. Quand il eut visité notre écurie, il se tordit de rire. Mais Sam Heitner lui parla à l'oreille, et, soudain, il reprit sa gravité.
Restait la question des papiers. Notre entraîneur haussa les épaules :
Demander leurs papiers à Louis XIV et à Napoléon\ Personne ne commettra cette faute de tact.
Les formalités furent accomplies. Je ne sais quelles. Ileitner fit courir d'abord AV?j9o/c'OH. La veille de la course, il nous demanda quelques sommes, pour « frais divers » et nous conseilla de ponter ferme sur notre cheval, encore qu'il fût coté très bas. Il garantissait qu'il gagnerait.
En effet, je ne sais comment il s'y prit, mais Napoléon gagna. Je note un effet d'optique très curieux à observer : les chevaux concurrents, sur la piste, eurent l'air de courir et ne coururent pas, tandis que notre cheval, qui n'avait pas l'air de courir, courut.
Nous réalisâmes de beaux bénéfices. En rentrant le major nous interpella :
— Hein? quand je vous l'affirmais, que je ferais gagner un cheval de bois!
— Heitner, vous nous garantissez que votre conscience est nette, n'est-ce pas?
— iMessieurs, je respecte trop ma conscience pour la faire intervenir dans des affaires de courses!
Cette loyale déclaration nous rassura.
Louis XIV courut à son tour, puis encore Napoléon; diverses alternatives de chance et de déveine. Le malin Heitner nous disait sur qui nous devions ponter, et, la journée finie, nous avions presque toujours d'assez jolis gains.
On commençait à connaître nos couleurs : nous étions devenus des sportsmen dans la force du terme. Les salons s'ouvrirent; nous tutoyâmes la vieille noblesse. De son côté, Heitner se créait une petite aisance; il était superbe à voir.
Lui aussi, il tutoyait la vieille noblesse; mais il faisait plus volontiers sa société des jockeys d'écuries rivales. Il les abreuvait de boissons américaines, les accablait de cadeaux, à tel point que, dans nos comptes, les « frais divers » dépassaient de beaucoup les autres dépenses. Jamais le major ne consentit à s'expliquer sur ces frais.
Enlrc-lenips, il nous naquit des poulains : Louis-Philippe, par Louis XIV el Catherine de Médicis. Puis Cliarles X, par Napoléon el Marie-Thérèse, et aussi Madame de Parabère, par Chartes X ot Madame de Montespan. En nuMant les royautés, nous arrivâmes à des résultats dont l'Histoire s'étonnait, mais (jue les sportsmen admirèrent. Nous vivions sans remords.
Un matin, Sam nous parut soucieux ; interrogé, il se laissa aller aux confidences :
— Notre dernier produit, Càlelelle, à renlraînoment donne des espérances magnifiques.
— Tant mieux !
— Allons donc! nous sommes fichus. Un mauvais cheval, on en fait ce qu'on veut, tandis qu'un bon est à la merci d'un emballement : il peut gagner malgré vous!
La vérité éclatait, tout d'un coup; nous fûmes renversés. Ainsi, les courses n'étaient pas un jeu loyal, un jeu de hasard, mais un jeu de Bourse, à trucs et à combinaisons. Nous comprenions l'importance des « frais divers », les relations mystérieuses de Sam avec les jockeys; nous comprenions pourquoi les chevaux qui avaient l'air de courir ne couraient pas et pourquoi nos chevaux à nous ne gagnaient que quand leur cote était basse.
Le rouge de la honte nous montait au front; il en descendit dès que nous eûmes calculé que les sommes acquises nous indemnisaient largement de la perle de notre honnêteté. Sam reprit :
— Le Grand Prix approche. Je comptais présenter Cùle.lettc au Derby, le poser en crack et jouer à Longchamp le vrai favori de mon choix, à 100/i. Mais Côtelette est tellement supérieur!
— On peut le tirer, hasarda Toddy, avec l'ingénuité de son jeune âge.
— Ètes-vous vraiment capable de le tirer?
— J'en ai tiré de plus durs, allez.
— Alors, engagez votre parole d'honnête jockey que vous tirerez au commandement qu'on vous fera.
Huit jours avant la poulC' qui précède le Grand Prix, Heilner nous exposa son plan de campagne :
— Je fais passer Côtelette pour un carcan; je laisse entendre qu'il n'a aucune chance. Travaillez dans ce sens.
— Heilner, vous dérobez le pain de plusieurs milliers de pères de famille!
— C'est une leçon : ça leur apprendra à parier. Et pas de scrupules. Je joue à cheval sur les deux tableaux el non sur les principes. Votre coiffeur?
— Simébn.
— Mauvais. Prenez-moi Horace, près la Madeleine. Votre tailleur?
— Ernest.
— Prenez-moi Dechien, près la Madeleine. Allez vous faire masser chez Tom Bird, près la Madeleine. L'apéritif où ?
— Nous n'aimons pas les apéritifs.
— 11 faut les aimer. Allez chez Dubois, près la Madeleine. Dans toutes ces maisons, glissez, en guise de payement, le tuyau que j'ai dit : « Côtelette ne vaut rien ». Et vous, prenez-moi Côtelette, à fond.
Par esprit d'espièglerie, nous acceptâmes celle bonne plaisanterie. Partout nous
illànies répétant, sous le sceau du secret :
il't^ y ' — Côtelette! Nous ne la jouons même pas; d'ailleurs, nous ne jouons jai,\ ) c'y) mais, jamais, jamais !
En Angleterre, nous avions fait prendre pour mille louis de Cô-
leleltc tombée à 80/1.
Le jour de la course, Côtelette est bonne première, dans un fauteuil, comme elle veut, au pas, en p...arfaitement ! Alors on se mit à nous regarder d'une drôle de façon; la foule, soudain surexcitée, se rua vers notre tribune. Des énergumènes proposaient de nous écharper : dévouez-vous donc à l'amélioration des races chevalines. On nous traita de voleurs, d'escrocs, de canailles. Bah!
En cette circonstance, je vis quelle était la véritable mission des gardiens de la paix. Ils nous protégèrent et refoulèrent la foule hostile à grands coups de poing dans les poitrines. Le soir même, nous écrivions une lettre aux journaux, très digne. Nous affirmions que nous avions été dupés par notre entraîneur, et nous abandonnions aux pauvres les dix mille francs de la poule. L'opération était encore fructueuse.
Heitner changea de nom (il en avait toujours sur lui quelques-uns de rechange en cas de besoin). Il conçut un autre plan : « Côtelette est grand favori pour Longchamp. Vous allez recommencer la même opération chez les mêmes négociants. Mais, cette fois-ci, comme on se défie de vous et qu'on prendra le contre-pied de vos affirmations, vous allez dire la vérité. Côtelette ne gagnera- pas. » Nous avons obéi : Côtelette est grand favori. On se l'arrache. Tantôt, Toddy le tirera de toutes ses forces. Nous jouons le cheval de... mais c'est un autre tuyau.
C'est ainsi que se font les bonnes maisons. Pourtant, après ce coup, nous nous séparerons de notre écurie : de telles opérations sont trop dangereuses. Aussi bien, maintenant que nous sommes riches, il nous vient des remords!
]^a,ffaire njxstérleuse
rue ©arrée
l'endroit où la rue Michel coupe la petite rue Barrée, habitent, au n» 22, deux cocottes, les filles Rita et Carmen Maraguez. L an dernier, elles vinrent louer en meuble un appartement composé d une chambre avec placard-débarras, une salle à manger, une cuisine et quatre cabinets noirs, si utiles dans leur profession.
Les deux sœurs. Espagnoles comme tout porte à le croire, menaient une existence très calme et faisaient peu parler d'elles; d'après les renseignements, d'ailleurs excellents, que l'on a recueillis dans le quartier, il semblerait qu'elles vécussent surtout du trafic de leurs charmes. Ce qui corrobore cette supposition, c'est la décoration plutôt japonaise qu'elles avaient adoptée pour leur chambre à coucher.
Elles se levaient vers une pièce de deux heures,, allaient déjeuner chez un traiteur de la rue Michel, rentraient pour .s'habiller, recevaient quelques visites et sortaient à six heures. On ne les voyait plus jusqu'au lendemain. Elles ne rentraient qu'à une heure fort avancée de la nuit, toujours accompagnées de une et souvent deux personnes. Ce quartier n'est pas sûr, et les sœurs Maraguez craignaient toujours qu'on ne leur fît un mauvais parti. Le souvenir de Pranzini les hanlail.
L ainée, Rita, s'intitulait artiste lyrique. Jadis, à Bordeaux, elle chaula dans un théâtre privé, où les soldats de la garnison venaient boire. La cadette, moins brune
et plus petite, exerçait le métier de manucure; sa clientèle était recrutée au Sénat, ainsi que le prouvent de nombreuses cartes de sénateurs insérées à la glace de la chambre à coucher.
Les deux sœurs évitaient de causer avec les autres locataires; elles n'étaient pas liantes; au contraire, on eût dit qu'elles cherchaient à cacher leurs sorties cl leurs rentrées. Jamais elles ne commirent le moindre scandale, le moindre tapage nocturne.
Il y a trois mois, elles s'absentèrent durant quinze jours; à leur retour, elles paraissaient très fatiguées, mais payèrent néanmoins deux termes en retard. Ces derniers temps, elles ne sortaient plus et mangeaient chez elles. Au cours de quelques rares entretiens, elles laissèrent échapper des confidences énigmaliqucs : elles craignaient qu'avant peu il ne leur arrivât malheur..., elles étaient menacées d'une catastrophe..., tout dépendait d'une co'^ame chose qu'elles attendaient; si elle ne venait pas, leur situation deviendrait épouvantable.
Dans la journée du 8, plusieurs personnes vinrent demander les demoiselles Maraguez et montèrent au deuxième étage, où les deux sœurs habitent. La concierge les vit sortir, au bout d'une heure, le collet de leur paletot relevé malgré la grande chaleur; elle n'y attacha pas d'importance et pensa : « Ce sont des pères de famille qui ne veulent pas être reconnus. » Plus tard, ce détail lui revint en mémoire.
La journée s'acheva sans encombre. Mais, contre leur habitude, les deux sœurs ne sortirent que pour dîner et revinrent aussitôt; elles paraissaient soucieuses, inquiètes. L'aînée, passant devant la loge, héla Mme Canouille, la concierge du 22, et lui fit cadeau d'une pèlerine que celle-ci avait remarquée. Comme Mme Canouille la remerciait, Rita lui répondit : « On ne sait ni qui vit ni qui meurt; si vous ne nous revoyez plus, gardez ceci comme souvenir. » Mme Canouille crut à une plaisanterie.
A onze heures du soir, la porte d'entrée fut close, selon les règlements de la maison. Tous les locataires étaient rentrés; on n'entendait aucun bruit chez les sœurs Maraguez. La concierge se coucha et ne tarda pas à s'endormir.
Vers les deux heures du matin, les époux Surin, qui habitent au premier étage, furent réveillés par des allées et venues au-dessus de leur tête; on eût dit qu'il y avait plusieurs personnes chez les deux sœio's. Les époux Surin prêtèrent l'oreille et distinguèrent d'abord les voix de Rita et de Carmen, puis une voix de basse enrouée, puis une autre voix d'homme et (mais ils n'en sont pas très sûrs) une troisième voix. C'était comme un bruit de discussion sourde, coupé par des éclats; à un moment, les époux Surin entendirent Rita qui disait : « Non, je ne veux pas; je te dis que je neveux pas.... » La grosse voix reprit : « Finissons-en. » Un silence, puis reprise de la discussion confuse. Le diapason des voix montait; puis des cris entrecoupés, tenant le milieu entre le rire et le râle; une fenêtre
ouvcrlc loiil d'un roup...,des rAlesplus forts..., le bruilcrunc chulc .sur le parquet.... Un silence, très long cette fois; des pas précipités, des craquements de meubles. La
grosse voix reprit: « Tu n'oublies rien? » Des frôlements le long des murs extérieurs, et puis le calme se rétablit.
Les époux Surin attendirent une demi-heure ; au bout de ce temps, ils s'inquiétèrent. M. Surin passa un caleçon et sortit. Môme silence dans l'escalier. Il monta doucement et colla son oreille à la porte des Maraguez : toujours aucun bruit. Au troisième étage, en face des époux Surin, habite un garçon de café; il avait été réveillé par la discussion; il sortit et se concerta avec M. Surin. N'écoutant que leur courage, ils allèrent éveiller la concierge.
On frappa à la porte des Maraguez : personne ne répondit. C'est alors que, prise de terreur, la concierge courut chercher le commissaire du quartier des Échaudoirs. M. Bénin était allé dîner à la campagne : il ne put se rendre sur les lieux avant dix heures du matin. Les gardiens de la paix n'avaient pas d'ordre (c'est un triste défaut !). A dix heures, accompagné d'un serrurier, M. Bénin se présenta au 22. Tous les
locataires de la maison attendaient. Il ébranla la porte à coups de pied. Puis le serrurier, requis, fractura la serrure, et l'on pénétra dans l'apparlement.
La première pièce était vide et ne présentait rien d'insolite; la salle à manger était vide également. M. Bénin poussa l'huis de la chambre à coucher. Et alors un spectacle effrayant s'offrit à sa vue.
Les meubles étaient bouleversés comme à la suite d'une lutte très vive; les tiroirs des commodes gisaient par terre; l'armoire à glace, complètement pillée; un rideau de la fenêtre avait été décroché; un carreau cassé; le lit, effondré, portait les traces d'un ^ ^ combat acharné; des empreintes de mains sanglantes *" " sur l'oreiller et sur les draps.
Une table, avec les restes d'un souper copieux Mais, chose étrange, les cadavres des deux sœurs ne gisaient nulle part. On fouilla les trois cabinets noirs, vainement; rien dans les buffets de la salle à manger, rien dans les cabinets d'aisances, rien dans les placards. Tout était scupuleusement déménagé : le linge, les valeurs, les vêtements. Les assassins avaient eu soin de ne rien enlever des objets appartenant au propriétaire, craignant sans doute d'être reconnus. Par contre, tous les objets appartenant aux demoiselles Maraguez elles-mêmes avaient disparu. Les traces de sang se multipliaient dans le trajet de la cham.bre à coucher à la cuisine; sur l'évier, un verre d'eau teintée de sang, et, auprès, un énorme coutelas à hacher la viande, couvert de larges taches rouges.
(Notre photographe spécial a pris une vue de la chambre après le crime.) La perplexité du commissaire fut grande. Se trouvait-on en présence d'un suicide ou d'un assassinat précédé et suivi de vol? Les assassins avaient-ils découpé les
cadavres? les avaient-ils emportés? A l'appui de celte hypothèse, et aussi à l'appui de la fcnôtre, une corde était attachée : les assassins s'étaient-ils introduits par là ? Des taches de sang étaient visibles sur celte corde. Évidemment il y avait là un mystère. L'enquête fut rapidement menée.
Interrogatoire des témoins.
La concierge, Mme veuve Canouille, reproduit le récit que nous avons donné plus haut. Pour elle, le coup a été fait par les hommes à collet relevé. D. Combien en avez-vous vu ?
R. Je n'en ai vu qu'un seul ; mais je suis sûre qu'ils étaient plusieurs. Celui que j'ai vu était brun, sans barbe, avec une moustache ; paletot jaune et pantalon à carreaux.
D. Comment savez-vous qu'il n'avait pas de barbe, puisque son collet était relevé?
R. Parce que les assassins ne portent jamais la barbe. D. Les victimes étaient-elles riches?
R. C'était très joli chez elles. Elles avaient des objets d'art, des statuettes, des gravures, de l'argenterie et du linge, une lanterne de verres de couleur, des tambourins; enfin, c'était tout à fait cossu. Elles devaient trois termes ; mais c'est parce qu'elles ne voulaient pas vendre leurs titres. Pauvres filles! C'est autant de gagné pour leur assassin!
Les époux Surin racontent' la scène de la discussion. Pour eux, les assassins étaient trois, dont un homme en blouse. D. Pourquoi en blouse?
R. Parce que les assassins sont toujours en blouse. Ils ont dû -"^"^ ieter la blouse dans les cabinets. Il faut chercher là.
D. Aviez-vous déjà entendu des discussions chez les demoiselles Maraguez?
R. Non, jamais. On savait tout ce qui se faisait chez elles ; mémo, parfois, c'était très drôle, et ça nous amusait, ma femme et moi. Nous en entendions de raidcs, allez! Mais, à part ça, ces demoiselles étaient très bien élevées et ne disaient jamais un mot plus haut que l'autre, dans la vie civile.
Le sieur Bunel, garçon de café, fait un récit analogue. Selon lui, les assassins n'étaient que deux, dont un à l'accent américain.
D. Parlez-vous l'anglais?
R. Non ; mais il y a toujours un assassin américain dans les crimes où ils sont plus d'un. D'ailleurs, j'ai reconnu l'accent.
Une déposition importante est celle du traiteur Pluvinet :
— A une heure du matin, comme j'allais fermer ma boutique, il m'est arrivé deux clients, avec un cocher. Ils ont fait boire le
cocher et sont partis, disant qu'ils allaient revenir. Àu bout d'une heure, ils sont
revenus, en effet, ils ont payé, et le cocher est parti avec eux. Ils avaient l'air bouleversé; leurs vêtements étaient en désordre. D. Comment étaient-ils vêtus ?
R. Je ne sais pas. Il y en avait un qui était chaussé de bottes vernies.
Le cocher Gibbon a conduit trois personnes rue Michel ; il est descendu boire chez Pluvinet avec deux de ses clients. Le troisième est parti, et les deux autres ont dû le rejoindre. Au bout d'une heure, quand on est venu le chercher, sa voiture était pleine de paquets. Un des clients est monté à côté de lui ; les autres se sont dispersés chacun dans une direction dilïcrente.
Il a mené le fiacre rue Lepic. Là, on est encore descendu boire. Une heure après, quand il est remonté, la voiture était vide. On le paya, et il partit. Il n'en sait pas plus. Il ne peut pas se rappeler le signalement des trois hommes ; mais l'un d'eux avait un linge ensanglanté au pouce.
Le crime.
Aidé de ces indices, M. Bénin a reconstitué le crime.
Les malfaiteurs arrêtent leur voilure à proximité de la rue Barrée. Puis, escaladant la muraille à l'aide de leur corde à nœuds, ils pénètrent dans l'appartement des
Maraguez en brisant un carreau. La terreur a stupéfié les pauvres filles ; ils les bâillonnent malgré leur résistance et leurs cris « Je ne veux pas, je ne veux pas! » L'un égorge les deux sœurs, pendant que son complice fait les paquets. Avec un cynisme incroyable, leur crime accompli, ils soupent près des cadavres. Enfin, sans doute pour effacer les traces, ils emportent cadavres et paquets par la fenêtre.
Ils chargent la voiture, à l'insu du cocher, vont quérir Gibbon chez le traiteur; là, ils se séparent ; un seul reste avec la voiture ; les autres se rendent rue Lepic, où ils attendent. Pendant que le complice aux bottes vernies fait boire Gibbon, les camarades déménagent leur butin et les cadavres.
En terminant son enquête, le commissaire conclut à un accident dû à la malveillance.
On vient d'arrêter un marchand de crayons qui a été vu dans la rue le jour du crime. Ce personnage contrefait l'idiot et ne répond que par des exclamations inarticulées aux questions qu'on lui pose. Il a été expédié au Dépôt.
Dernière heure.
La justice s'égare : les filles Rila et Carmen sont vivantes. Nous les avons vues hier 9u Moulin-Rouge, oi!i elles sont engagées,
Elles nous ont expliqué que, se trouvant dans l'impossibilité de payer les termes arriéres, elles avaient déménagé à la cloche dû bois. Trois amis les avaient aidées;
coupant une ficelle. Le souper? Le déménagement fini, on s'était restauré. Les râles? Un intermède amoureux dont elles avaient récompensé le zèle de leurs compagnons.
Au cas que M. Bénin veuille vérifier, les deux sœurs sont visibles, pour les hommes seulement, de deux heures à sept heures, rue Lepic.
Tout de môme, c'est bien dommage qu'une telle affaire se termine de cette piteuse façon, el quel magnifique article de Taurice Malmeyr si ces demoiselles avaient été vraiment assassinées !
Un Coup de pilet
Avec une vigilance au-dessous de tout éloge, la" police parisienne continue ses
perquisitions chez les anarchistes : il n'est bruit que des descentes opérées tout récemment au domicile de quelques compagnons impliqués dans les dernières affaires. Nous avons pu nous procurer les détails de celte expédition.
Donc, hier, à dix heures du matin, MM. Poète, Aragon et Rolly de Balnègre, commissaires de police, assistés de M. Girard, l'intrépide Vide- Marmite, et suivis d'une escorte d'agents hambourgeois, se mettaient en marche.
Ils arrivaient bientôt rue de l'Université, sonnaient à la porte de la Revue
des Deux Mondes, le brûlot révolutionnaire, dans le domicile du rédacteur en chef, le La Syntaxe.
Quoiqu'il fît grand jour, le compagnon Brunetière était encore au lit et travaillait, rideaux tirés, à la lueur de la lampe. Il cacha vivement sous le lit un exemplaire de l'Histoire des variations et s'écria : « Encore bien môme qu'une pareille intrusion semble, à juste titre et mises à part les raisons d'État, attentatoire à l'autonomie du.... » M. Aragon, qui était un peu pressé, ne le laissa pas achever sa phrase. Les agents découvrirent une correspondance importante avec une nihiliste de marque, Mme A. de N
et entraient avec effraction compagnon, Brunetière, dit
quelques brochures évolutionnaires, des articles contre l'armée et l'État signés Léon XIII (on ignore encore qui se cache derrière ce pseudonyme), et un projet de manifestation sur la tombe du compagnon Bossuet.
De là, les agents se rendirent chez notre confrère le compagnon Willy, dit l'Ouvreuse.
Willy vint ouvrir et, apercevant M. Rolly, s'écria : « C'est vous qui êtes Balnègre? Eh bien, continuez ! » On a saisi un commencement d'article : « Les violons sont infâmes....» Willy assura
qu'il ne s'agissait pas des prisons, mais du concert Colonne. A ce moment, une violente explosion d'hilarité jetait tout le monde à terre; quelques agents, ayant ouvert par mégarde un ballot de livres où se trouvait le dernier opuscule de Willy, se tordaient sur le sol, en se tenant les côtes. iM. Aragon dit : « Je dois vous garder à ma disposition. — A la disposicion de Usted! » répliqua Willy.
Rue de Douai, chez le compagnon F. Sarcey, plus connu dans les bals musettes
sous le sobriquet de Mon Oncle. La Terreur du Répertoire était en train de prendre son tub ; l eau ruisselait sur ses formes robustes.
« Ou'on le fouille! » s'écria M. Poète. Le compagnon François, dit Francisque, se laissa fouiller ; toutefois, il protesta : « Mes enfants, votre descente de police est très mal mise en scène; de mon temps, à l'Ambigu, c'était mieux réglé. Vous deviez entrer par le côté jardin, vous cacher dans ces armoires, où, selon les conventions, je vous aurais découverts successivement.» On saisit des brochures sur les explosifs, intitulées rArt des préparations, Gare à vos yeux! des ouvrages de propagande : Comment je devins anarchiste, des étuis à lorgnette et un buste d'About, que 3\L Girard a transportés dans sa voilure spéciale, enfin des papiers concernant Gandillot, actuellement en fuite.
Les magistrats se rendaient ensuite chez le compagnon Jules Simon, dit Petit- Suisse. II essaya de simuler l'irresponsabilité ; il se décida à avouer lorsque l'on eut découvert un livre intitulé Cuisinière bourgeoise, où se trouvent des maximes comme celle-ci : « Cuisez à petit feu et faites sauter les gros k'gumes.... »
D'autres pièces à conviction saisies chez Petit- Suisse... ne laissèrent plus aucun doute sur l'existence d'un grand complot académicide ourdi par les partisans d'Eugène Manuel. On ne sait pas encore quand il devait être mis à exécution. Simon prétend qu'une cafetière à renversement, destinée à anéantir le
parti des ducs, avait été placée sous le fauteuil de M. d'Audiffrel-Pasquier; le Tacilurne n'échappa à la mort que grûce à la vigilance de M. Pingard, qui enleva l'engin à temps. A la suite de cet attentat, l'Académie décréta que M. Thureau se séparerait de son nom Dangin, qui est tout un programme,
Alors M. Poète se rendit chez l'Idem de Heredia, dit Pain-d'Épice, que Simon dénonça comme receleur d'armes prohibées. A la porte du nouvel académicien, une pancarte avec ces mots : Sonnet liminaire. M. Poète comprit que cela signifiait : Sonnez avant d'entrer. On surprit M. de Heredia en train de ciseler le pommeau d'une dague; furent saisies des armes disparates : glaives romains, épées gauloises, kriss malais, hallebardes, poignards et jusqu'à des casques de pompier.
Continuant leurs investigations, les agents se sont rendus au Moulin-Rouge, où, après un court examen, M. Girard a saisi le Pélomane et l'a fait transporter, avec mille précautions, jusqu'au laboratoire. Là, il sera dévissé, afin que l'on sache ce qu'il contient. Serait-ce encore une fumisterie de mauvais plaisants?
Je ne cite que pour mémoire une petite pereloyson opérée chez le P. Quisilion....
Non, je veux dire une perquisition opérée chez le P. Loyson. En môme temps, des agents arrêtaient un jeune anarchiste extrêmement audacieux, que l'on trouva nanti de pois fulminants, amorces et pétards.
Un bonheur n'arrive jamais seul. Aussitôt après, ils mettaient la main sur un autre compagnon qui tentait de s'enfuir en voiture. Malgré une vive résistance, il fut appréhendé et conduit au Dépôt.
Enfin, l'agent Emplumé saisissait, après une poursuite acharnée qui dura plusieurs minutes, le compagnon Tronc, cul-de-jatte des plus dangereux, qui faisait courir toute la police depuis plusieurs semaines.
La facilité dont il jouissait de prendre ses jambes à son cou rendait son arrestation très difficile; lorsqu'il court ventre à terre, il distance les meilleurs limiers. Acculé, il dut se rendre.
Dernière heure. On vient de perquisitionner chez les Veber's. L'attitude
héroïque des intrépides compagnons a vivement surpris les agents chargés de les arrêter.
A''. B. — Nous avons enfreint la loi sur la divulgation des opérations policières. Néanmoins, nous espérons que M. Pourquery, qui n'est pas du bois dont on fait les serins, nous pardonnera pour cette fois-ci.
Petites cAnnonces
Nous donnons ici un spécimen des Peliles Annonces illuslrccs, qui rendraienl plus attrayante, plus explicite et plus sincère la page du journal où elles sont reléguées.