‹ Les veillées canadiennes [microforme]Chapitre 11 sur 62 · TRAVAUX DE LA PREMIÈRE ANNÉE · texte numérisé non relu

TRAVAUX DE LA PREMIÈRE ANNÉE

L’Ecossais.—Je crois vous avoir dit hier, que c’est au mois de juillet 1842, que j’entrai en jouissance de ! ma terre. Il y avait alors pendants par racines, quelques foins et un peu de blé et d’avoine qui m’avaient été cédés par le contrat d’acquisition. Je ramassai ces récoltes avec beaucoup de soin, Mes foins s’élevèrent à environ quiuze voyages.

La récolte de blé fut peu de chose quant au grain, je récoltai environ douze voitures de paille. La récolte d’avoine, en grain et en paille, ne fut pas meilleure.

Mes travaux de récolte, une fois achevés, tandis que mes voisins étaient occupés à ne rien faire, attendant, disaient-ils, les pluies d’automne, pour commencer les labours que la sécheresse empêchait, je me mis à creuser les fossés qui étaient indispensables pour l’as- : sainissement de la partie de terre que j'allais semer l’année suivante ; et comme cette partie se trouvait être ma première et ma seconde sole, je commençai par creuser de deux pieds, au moins, le vieux fossé de limite, dans la partie seulement qui longeait la première sole et le verger, la pente se trouvant du côté du chemin. Je creusai ensuite quatre autres portions de fossés qui servirent à séparer le verger, dé: la preinière et de la seconde sole, le pâturage de ces mêmes soles, et enfin les champs de chaque sole entr’eux ; et je remis à . plus ‘àrd la continuation de ces fossés, c’est-à-dire, lorsque j’entreprendrais la culture d’une nouvelle sole. La longueur de ces quatre portions de fossés n’excédait pas quatre arpents, et la longueur du fossé de lione que j’eus à approfondir n’était que de seize arpent:. je mis trois semaines environ à faire les uns etles autres; et il m’eut fallu certainement moins de temps si je n’avais été sauvent forcé d'employer le pic, à cause de la dureté de ja terre.

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Quand vinrent les pluies, je fus en mesuré de les recevoir, car les lahours que j’avais à faire allaient pouvoir être assainis.

La terre étant devenue facile à entamer, je labourai 68 deux premières soles, ce qui fut fait en moins de trois semaines ; et j’eus encore avant l’hiver assez de temps pour tracer et creuser au travers de mes champs labourés, des rigoles d’asseinissement qui conduisirent toutes les eaux dans les fossés récemment ouverts.

Je bêchai aussi mon jardin, mais le froid étant survenu, la gelée m'empécha de labourer la partie de terre consacrée n!! verger.

Pendant que j'étais occupé à tous ces travaux, ma femme et on petit garçon ne perdaient pas leur temps. Ils l’employaient en partie à couper et mettre en tas tout ce qu’ils pouvaient trouver de plantes nuisibles à hautes tiges, et, à cette époque, il n’en manquait pas sur ma terre, Chardons, chicoréc sauvage, camomilles, et tant d’autres que nous ne saurions trop extirper, tout y

; ces plantes furent soigneusement brûlées, et eurs cendres répendues sur la prairie servirent au développement rapide de plantes plus utiles. Le surplus du temps de mon fils fut employé au soin des animaux ; mais quand j’eus terminé mes labourset autres ouvrages, je me hâtai de prendre en mains cetie partie si intéressante de mon travail.

L’hiver était venu.

Le CANADIEN. —Permettez moi de vous dire, que je ne comprends pas parfaitement la direction et la situation des premiers tronçons de fossés que vous avez faits sur votre terre.

L’Ecossais.—Je vais vous montrer un plan que j'ai

conservé, et qui vous indiquera toutes les divisions que

je traçai ou que j’effectuai sur ma terre lors de son organisation et tous les travaux que j’exécutai la première année, Vous y verrez aussi l’indication d’un chemin que je iraçai seulement cette année là, et que j'ai fait plus tard. Ce chemin, partant des bâtiments et formant un coude pour se diriger tout le long du fossé de limite vers le pâturage, était destiné à conduire les animaux à la pâture et les fumiers dans les champs. Celui qui

existe aujourd’hui est le même, seulement, il a été prolongé jusqu’à l’extrémité de la terre.

Ce plan vous indiquera aussi quelques modifications de clôtures qui n’eurent lieu qu’au printemps, parce qu’il me manquait du bois que j’allai chercher pendant l'hiver suivant.

Je conserve aussi, soigneusement, les plans que je n'étais tracés d’avance pour l’exécution et la distribution régulière de mes travaux des années suivantes. Vons ne sauriez croire combien ce procédé de tracer pi” avance sur le papier tous les travaux que je voulais éxecuter dans l’année, m’a été utile. Lorsqu'une partie de ce plan était achevée, je sentais renaître mon courage par fois bien ébranlé. Je voyais clairement ce qu’il me restait à faire ; alors, je calculais, supputais mes ressources, mon temps, mes forces physiques même ; et quand j’entrevoyais la possibilité de réaliser complètement dans six ou sept ans le plan que javais conçu, J'étais heureux et me mettais à l’ouvrage avec plus d’ardeur que jamais.

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