‹ Les veillées canadiennes [microforme]Chapitre 17 sur 62 · ÉTÉ ET AUTOMNE · texte numérisé non relu

ÉTÉ ET AUTOMNE

Les travaux d'été, tels que binages, sarclages, et les dispositions prises pour les bêtes, furent les mêmes que l’année précédente. Les travaux de récolte s’effec-

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tuèrent aussi dans les mêmes circonstances et avec les mêmes soins. Seulement, ayant une sole de grains de plus je la première année, je fus forcé de prendre deux aides au lieu d’un qui n’avait suffi pour la dernière récolte. À ce'propos, je vous dirai que j’ai regretté bien souvent, et que je regrette er ‘re de ne pas avoir une famille plus nombreuse pour faire avec elle tous mes travaux, parce que tout l’argent que j'ai donné jusqu’à ce jour aux ouvriers étrangers, et qui est perdu jen la maison, suffirait, j’en suis certain, pour établir

eux belles fermes, et par conséquent doter 2 enfants.

Le CANADIEN. —Je n’ai pas lieu d’avoir les mêmes ae que vous, Dieu merci, je suis assez riche de ce coté là.

L’Ecossais.—Lorsque vous serez en train d’améliorer votre terre, vous apprecierez beaucoup ce genre de richesse, et vous verrez qu’il y aura de l’occupation pour tous vos gens. Avec un bon système de culture, plus on fait, plus il y a à faire: une amélioration en fait naître une autre ; et de tous ces travaux, de toutes ces améliorations, surgissent, sans qu’on s’en doute, le bien-être et la prospérité.

Dans l’agriculture négligée, au contraire, les bras surabondent toujours ; moins on fait, moins on veut faire ; bientôt la terre s’épuise et refuse les produits nécessaires à la famille. Ajiors on se compte, et l’on s'aperçoit que l’on est trop nombreux. Le désespoir s’en suit, et après avoir délibéré sur le parti à prendre, on décide qu’il est indispensable,que ceux qui peuvent travailler aillent chercher fortune ailleurs.

Oui, si vous vous decidez sérieusement à améliorer votre terre, vous n’avez pas trop de vos nombreux enfants ; dans le cas contraire, ne soyez pas surpris si bientôt, poussés par les privations et l’ennui, les plus forts d’entr'eux vous quittent pour aller gagner leur vie sur une terre étrangère.

Le CANADIEN.—Quand je n’aurais d’autre motif pour me décider à améliorer ma culture, que le desir de conserver mes enfants auprès de moi, je vous assure qu’il serait suffisant ; et je ne doute pas que, lorsqu’ils verront qu’ils peuvent gagner autant d'argent

dans la maison paternelle qu’aux Etats-Unis, par exemple, ils ne préfèrent rester dans la paroisse qui les a vu naître, et où ils ont toutes leurs connaissances et toutes leurs affections.

L’Ecossais.—Je fais des vœux pour qu’il en soit ainsi: revenons à notre sujet.

A l’automne, mes bénefices furent plus considérables que ceux de l’année précédente. Mes cochons, étant de bonne race et faciles à engraisser, dépensèrent moins que ceux que j'avais vendus, et me payèrent davantage. Comme ma bergerie était plus peuplée, j’eus tout naturellëment plus de laine et plus d’agneaux à vendre, Mon beurre avait anssi augmenté de quantité par l’augmentation du nombre de mes vaches et l’amélioration de leur régime de vie.

L’avoine que j’avais semée sur ma première sole était magnifique. C’était æ#lors que l’on pouvait voir la puissance de l’engrais et du travail, en comparant la récolte produite par ces trois champs améliorés à celle produite par ma troisième sole, bien qu’encure dans cette sole l’avoine eut été semée sur prairie nouvellement défrichée. Plus que jamais je fus convaincu de la bonté de mon système.

TRAVAUX DE TROISIÈME ANNÉE.—-( Voir le tableau de la troisième année.)

Le troisième hiver se passa comme les deux autres. Au printemps, j’entrepris sur ma troisième sole les mêmes travaux que ceux qui avaient été exécutés sur la première et la deuxième ; toutefois, les fumiersayant été encore augmentés, il me fut possible de fumer les trois champs de cette sole et de planter le troisième champ, moitié en choux et moitié en betteraves.

Par suite de ce progrès, mon parc fut établi dans les pièces de nâture.

J’eus besoiu, cette année là, de prendre un engagé, parce que mes travaux s'étaient considérablement augmentés. Cet engagé n’était autre qu’un petit garçon de quatorze ans, qui remplaça mon fils dans la garde des animaux. Celui-ci avait atteint sa dix-septième année, était robuste, actif, et pouvait me tenir lieu d’un bon ouvrier,

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Quend tous les travaux furent achevés, à la fin du mois de juin, ma terr: présentait déjà un bel aspect. Ma première sole étu't améliorée depuis deux ans etcouverte de foin de toute beauté. Ma deuxième sole, améliorée depuis un an, portait une superbe récolte d’avoine, dans laquelle avait été semée de Ja graine de foin. Ma troisième sole, parfaitement fumée depuis l’hiver précédent, avait un de ses champs occupé, moitié par des patates et moitié par des betteraves, un autre par des fèves, et le troisième par des betteraves encore et par des choux ; le tout proprement sarclé et biné, et ressemblant à un véritable jardin.

Mes bêtes étaient en bon état, j'avais des provisions dans mon ménage et en magasin: le plus difficile de ma tâche était fait, le premier écu était gagné.

Le CanaDten.—Vous venez de me dire que votre parc fut établi, pendant l’été de lu troisième année, sur votre pièce de pâture ; je voudrais savoir ce que signifie ce changement, dans votre manière de faire ; jusque nb vous aviez parqué le troisième champ de chaque sole.

L’Ecossais.— Ne viens je pas de vous dire que mes engrais s'étaient accrus au point de me permettre de fumer parfaitement les trois champs de ma troisième sole, et que pur suite, j’avuis couvert mon troisième champ d’une récolte de choux et de betteraves ? Cette raison ne fut cependant pas la seule qui me fit établir mon parc sur la pâture, car je pouvais le mettre ailleurs, mais Je pensais à l’avenir, et bien que je ne fusse encore qu ma troisième année de culture, grâce aux succès

éjà obtenus, je pouvais sans imprudence travailler à l'amélioration dela deuxième partie de ma terre.

TRAVAUX DE QUATRIÈME ANNÉE.— (Voir le tableau de:

quatrième année).

L'Ecossais.--L’année suivante, c’est-à-dire, la quatrième année, ma quatrième sole devint à son tour jachère surclee et fumée. Tout d’ailleurs jusqu’à l’automne se passa, comme d’habitude, selon les régles de l’assolement que j’avais adopté.

Ma position s’était encore améliorée sensiblement, ! parce qu’à mesure que j’avançais d’une année, il naissait { derrière moi une sole de prairie.

Quand vint l’automne, il aurait fallu, pour suivre la rotation établie, labourer avant l’hiver la première sole qui se trouvait en prairie, pour la couvrir au printemps suivant d’une récolte d’avoine, et recommencer ensuite par elle la deuxième période de mon assolement. Mais il me restait à améliorer la portion de ma terre qui était restée en pâture, et pour cela j'avais besoin de mes prairies. D’ailleurs, depuis l’année précédente, j'avais résolu de modifier mon système, et de changer d'amolerment, et pour cela encore mes prairies étaient indispensables. Je Jlaissai donc en foin ma première sole, jusqu’à nouvelle détermination.

Le CANADIEN.—Dites-moi, je vous prie, pourquoi vous avez modifié le système qui vous avait si bien réussi jusque là, et, surtout pourquoi vous avez changé d’assolement ?

L’Ecossais.—Permettez-moi de pousser jusqu’à la huitième année le récit de mestravaux ; 1] vous sera plus f:cile ensuite de comprendre les motifs qui ont nécessité les différentes modifications que j’ai apportées à mon premier système d'exploitation.

Mes travaux de la quatrième année se terminèrent par un labour léger des 14 arpents de pâture quiavaient

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HN ; été parqués pendant deux étés. Je séparai ces qua- M torze arpents du reste de la pâture par un fossé et une | clôture. Voyez plutôt le plan des travaux de cette

année là.

TRAVAUX DE LA CINQUIÈME ANNÉE.—( Voir le tableau de

cinquième année.)

Ma cinquième sole reçut à son tour le même traitement que les autres. Elle fut fortement fumée, et reçut les cultures sarclées ordinaires de jachère.

Les 14 arpents de pâture labourés à l’automne précédent furent semés en avoine.

Cette année là, je vendis tous mes moutons, et mon

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A l'automne, je labourai les quatorze arpents de pâture, qui se trouvaient à la suite de ceux qui venaient de porter l’avoine, et labourai aussi ce dernier morceau. Mais je respectai toujours mes prairies ; vous allez bientôt savoir pourquoi.

TRAVAUX DE SIXIEME ANNÉE.—{( Voir le tubleau de sixième année.)

Au pie de la sixième année, je semai en blé avec graines de foin, ma cinquième sole. Dès ce moment, toute la première partie de ma terre se trouvait en prairie, j’étais riche en fourrages ; je pouvais entrer sans craintes dans la voie, ordinairement si dangereuse, des modifications de système. En effet, je fis disparaître la première division quinquennale,j’établis ma jachère sarclée sur les 14 arpents qui avaient porté l’avoine l’année précédente,et sur laquelle, durant l’hiver, j'avais conduit mes fumiers ; je semai en avoine les 14 arpents adjacents ; et les 14 arpents, qui formaient l’extrémité de ma terre, la plus reculée des bâtiments, restèrent en pacage.

Ces tènements de 14 arpents se trouvaient séparés, depuis l’année précédente, par des fossés et des clôtures. Si vous jetez actuellement les yeux sur le plan de mes travaux de sixièlie année, vous verrez qu’il restait en définitive une division de toute la terre en six parties égales, de Ré arpents chacune ; c’était pour arriver à cette division, à cet assolement de six ans, que j'avais modifié mon système. J’adoptai pour lui la rotation suivante :

Première année.—Jachère sarclée et fumée.

Deuxième année.—Céréales avec graines de foin ; Troisième année.—Foin.

Quatrième année.—Foin.

Cinquième année.—Pâture.

Sixième année.—Avoine ou pois.

Tout naturellement, j’ussie nai le n°. 1, de cette nouvelle division, au champ 1. rtte année là, se trouvait en jachère ; le champ semé n. ne reçut le n°. 2;et celui resté en pâture, devint 1 1“ ., tandis que je considérai les trois tènements qui :ivx sient en prairie, comme étant les nos. 4, 5 et 6.

Ma rotation n’était pas encore régulière, quant à la disposition des récoltes, mais l’année suivante elle fut régulièrement établie.

Avant de passer à la septièm e année, Je vous dirai que depuis longtemps je souffrais du mauvais état de mes bâtiments, et surtout de leur exiguité ; plus j’allais, plus mes fourrages et mes animaux augmentaient, et J'en étais arrivé au point où, ni mes étables, ni ma grange ne pouvaient plus me suffire. Du reste, leur mauvaise disposition et leur vétusté faisaient un contraste frappant et désagréable à l’œil, avec le bon état de ma terre. Je me décidai donc à entreprendre des constructions dispendieuses il est vrai, mais indispensables à mes vues ultérieures.

Je me mis à l’œuvre dèsle printempsde cette sixième année. Je construisis, le plus économiquement possible, une étable pour mes vaches, et une écurie pour mes chevaux ; et je fis restaurer mes vieux bâtiments pour y loger mes grains et mes fourrages, jusqu’à ce que je puisse supporter les dépenses de construction d’une grange neuve.

Cette amélioration fut bientôt suivie d’une autre qui me souriait davantage. J’avais beaucoup de bons four. rages, je possédais une bonne étable, que me fallait-il de plus,pour héberger convenablement des vaches de meilleure nature que les miennes? Ces vaches écossaises, ces bonnes et belles laitières, qui avaient fait si sou-

vent le sujet de ma convoitise, ne pouvaient se faire attendre longtemps. En effet, en moins de quatre mois je changeai, moyennantretour, bien entendu, mes douze vaches canadiennes, contre 12 belles vaches Ayrshire,

TRAVAUX DE SEPTIÈME ANNÉE.—(Woir le Tableau de septième année.) La septième année, le n°. 2 devint à son tour le

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champ de jachère sarclée et fumée, tandis que celui qui venait de l’être fut semé, partie en blé, et partie en avoine, avec graines de prairie. Le n°. 4 devint pacage et le n°. 3 fut semé en avoine.

TRAVAUX DE HUITIÈME ANNÉE. (Voir le tableau de huitième année).

Enfin, la huitième année, le dernier de mes champs, le seul qui restait à améliorer, ou le n°. 3, fut soumis à son tour à la jachère fumée, le n°.2 fut semé en blé et avoine, avec graines de prairie ; le n°. 4 qui était en pâture l’année précédente, fut semé en avoine, et à l’automne labouré pour recommencer l’année suivante la rotation de six années que je suis maintenant. Dès cette année, ma terre est totalement améliorée,

Le Cananien.—Il me tarde de savoir pourquoi vous avez remplacé votre assolement de cinq ans par celui de six ? |

L’Ecossais.—Mes fumiers étaient considérablement augmentés, à cause de la grande quantité de mes fourrages, et je ne pouvais plus les appliquer tous à une sole de huit arpents, sans me rendre coupable d’une prodigalité inutile ; tandis qu’avec l’assolement de six ans adapté à toute ma terre, j’ai, chaque année, une sole de 14 arpents à fumer, et cette étendue est suffsante pour absorber tous les engrais que je puis retirer des mes étables. D’ailleurs, l’assolement de six ans me conduisait plus promptement à l’amélioration de. la deuxième partie de ma terre.

Lx CanNADIEN.-—Mais si cet assolement de six ans offre des moyens d’amélioration plus prompts, pourquoi ne l’avez-vous pas adopté dès le commencement ?

L’Ecossais.—Vous avez donc oublié que, pendant l'hiver qui suivit mon entrée en jouissance, je ne fis que 108 voitures de fumier, qui ne purent couvrir que cinq arpents et demi deterre. (Comment aurais-je pu faire si, au lieu de n’entreprendre, chaque année, que l'amélioration d’un dixième de ma terre, j'avais entre-

pris l’anélioration d’un sixième ? Nécessairement, tous les ans, un morceau de chaque sole serait resté en arrière, et, à la fin de la rotation, le désordre le plus complet aurait régné dans mon exploitation.

Le CaNaADIEN.—Mais si, au lieu de répendre vos 108 voitures de fumier sur cinq arpents et demi, vous les eussiez répendues sur 14, vous auriez, il est vrai, moins fumé chaque partie de votre sole, mais toute la sole, ayant reçu un peu d’engrais, se serait trouvée, peut-être, dans d’assez bonnes conditions de fertilité, pour vous permettre de persévérer dans ce mode d’assolement, et vous seriez arrivé en six ans, tandis que vous en avez mis huit ?

L’Ecossais.—De cette manière, ma terre aurait pu être soumise de suite à l’assolement de six ans, mais, aujourd’hui, elle ne serait pas améliorée, parce que pour améliorer une terre, il faut lui donner, au moins, tout l’engrais dont auront besoin les récoltes qui vont la couvrir. Or, 108 voitures de fumier sont loin de pouvoir suflire à la nourriture des plantes que l’on se propose de cultiver pendant six ans, sur une étendue de 14 arpents. Je me trouverais donc, aujourd’hui, dans la même position qu’au commencement, c’est-à-dire possesseur d’une terre épuisée et d’une bourse vide.

Les observations, que vous venez de me faire, me prouvent que vous ne connaissez pas encore les grands principes qui doivent faire la bâse d’un système d’amélioration et d’un assolement. Les voici:

1°.—N'entreprenez jamais l’amélioration d’une grande étendue de terrain, si vous n’avez que peu de fourrages ; c’est la quantité de fourrages, et par suite la quantité d'engrais qui doit décider de l’importauce de l’amélioration.

2°.—N’éparpillez pas vos engrais sur une trop grande étendue de terre, de manière à ce qu’ils soient absorbés par une seule récolte ; mais concentrez-les sur la partie que vous voulez améliorer, en assez grande quantité pour suffiir à toutes les récoltes de la rotation.

3°.—Gardez-vous bien de chercher à tirer une récolte de céréales de cette première fumure ; elle doit produire des fourrages, et des fourrages cultivés en

ligne, qui puissent permettre des binages et sarclages répétés.

49.—Les fourrages sont l’âme de la culture; plus vousaurez de fourrages sur votre terre, plus vous y entretiendrez d’animaux ; plus vous aurez d’engrais ; et plus vous aurez de grain, viande, lait, laine, beurre et argent. Vous devez donc adopter un assolement qui produise beauconp de fourrages.

5@.—Quard vous ferez choix d’un assolement, faites en sorte que votre rotation vous fournisse une quantité de fourrages, dont la nature soit proportionnée à la durée des saisons. Que vos animaux, par exemple, n’aient pas surabondamment de nourriture verte pendant l’été, et ne soient pas forcés de jeuner pendant l’hiver, par faute de provisions sèches.

6° Que dans votre assolement les mêmes cultures soient éloignées, autant que possible ; n’ayez jamais, par exemple, deux récoltes de blé de suite.

7e Que les plantes améliorantes, comme le trèfle, succèdent toujours aux plantes épuisantes.

89 Si vous vous décidez à conserver des pâtui2ges en deho,: :: ‘otre assolement, fumez-les fortement, si vous le 7:::/::,sans nuire à votre rotation ; ce sont les pâturages qui donnent le plus de produits, par cette seule raison, c’est qu’il en est de même de l'herbe comme des animaux, elle pousse plus promptement étant jeune que quand elle commence à atteindre une certaine élévation. Il a été constaté qu’une prairie toujours rasée par la dent des animaux, peut entretenir une bien plus grande quantité de bêtes, que le foin qu'elle pourrait produire, ou autrement, que tout l’herbe que les animaux mangent sur une certaine étendue, si elle pouvait être séchée et pesée, depasserait de beaucoup la quantité de foin que la même étendue de terre peut produire.

C’est un fait irrécusable aujourd’hui, et bien plus, un des principes qui ont le plus contribué à l’amélioration de l’agriculture anglaise.

Le CanaDien.—Ces principes résument tout ce que vous m'avez dit jusque-là, et resteront gravés dans ma mémoire, de telle façon qu'ils n’en sortiront plus.

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Voudriez-vous maintenani me dire porquoi vous avez vendu vos moutons dès la cinquième année de votre culture ?

L’Ecossais.—Si vous réfiéchissiez bien, vous verriez que, dans l’assolement de six ans, il n’y a pas de place pour faire pacager les moutons. En effet, la 1ère sole étant jachère sarclée et fumée, la 2ème en blé avec graine de ,rairie, la 3ème et la 4ème en foin, la 6ème en avoine, il n’y a pour tout pacage que la 5ème sole, et si l’on y met les moutons, que ferez vous des vaches? C’est à peine si ce pacage pourra leur suflire, jusqu’à ce que les foins soient coupés sur les deux soles de prairie, et même il ne leur suffirait pas, si dans le verger et dans quelques arpents de la 1ère sole, on n’avait la précaution de semer des fourrages pour être coupés en vert.

Le CanaDien.—-Mais si vous ne laissiez vos prairies soumises à l: faulx que pendant une année, vous auriez alors deux soles de pacage, et l’entretieu des moutons serait possible.

L’Ecossais.—ÆEn Ecosse, l’assolement de six ans se compose, ainsi que vous le dites, d’une année de prairie et de deux années de pacage. Mais en Ecosse, l’hiver n’est pas aussi rigoureux qu’en Canada, ni aussi long, et les animaux restent plus longtemps au pâturage qu’à l’étable. Ici, au contraire, nous sommes forcés de aourrir nos animaux pendant sept mois à l’étable, et nous devons alors modifier l’assolemeut de six ans, de manière à récolter assez de fourrages secs pour hiverner convenablement nos bêtes.

Vous trouvez ici à appliquer le principe que je vous ai énoncé, il y a un instant, et que je vais vous rappeler : Quand vous ferez choix d'un assolement, faites en sorte que votre rotation vous fournisse une quantité de fourrages, dont la nature soit proportionnée à la durée des saisons ; en outre, vous me procurez l’occasion de vous dire ce que je vous ai déjà observé, qu’il est toujours funeste, ou au moins imprudent, d’importer d’un pays dans un autre, tel ou tel système de culture, pour le suivre servilement, sans tenir compte des innombrables

différences de lieux, de climats et autres, qui existent entre ces deux pays.

Le CaNADIEN.—Si vous ne m’aviez déjà dit, il n’y a de bonne culture qu’avec beaucoup de beaux et bons animaux, je vous dirais, pourquoi gardez-vous un aussi grande nombre de bêtes, surtout pendant l’hiver ; vous r’auriez pas alors besoin d’une aussi grande provision de fourrages secs : mais, moi-même, je comprends bien maintenant que si vous avez pu, sans secours étrangers, augmenter si rapidement votre fortune et améliorer votre terre, ce n’est que par l’augmentation de vos animaux.

L’Ecossais.--Je suis heureux que vous ayez enfin compris qu’il n’y a pas de succès à espérer en agriculture, sans engrais. Oui, la meilleure des cultures et la plus profitable est celle qui nourrit le plus grand nombre possible de têtes de bétail, sur une certaine étendue de terre, et pour première raison, à cause de la masse des engrais qui en proviennent.

Aujourd’hui, vous voyez sur ma terre quatorze bonnes vaches et un taureau de race écossaise, deux génisses, quatre chevaux et un poulain, entout, vingtdeux bêtes, jeunes ou vieilles, ou l’équivalent de vingt vaches ; ce qui me fait une tête de gros bétail pour 4 arpents et demi.

Et bien, je ne suis pas encore content, je veux arriver à nourrir une tête de gros bétail par trois arpents ; ce n’est qu’alors que je regarderai ma terre comme une terre modèle. En Angleterre, on entretient un bien plus grand nomb:e de bêtes sur la mème étendue de terre ; à la vérité, les agriculteurs angluis n’ont pas contr’eux un hive: de 7 mois. Leurs pacages fo:rnissent de l'herbe pendant quatre mois de plus qu’au Canada, et pendant l’hiver, ils ont d’abondantes récoltes de choux, de turneps, de rutabagas, tandis qu’ici, la neige nous force à faire comme la fourmi, à vivre des provisicns faites pendant l’été. Cependant, il faut ne pastomber dans l’excès, et entretenir autant de bêtes que la ferme peut en nourrir dans les meilleures années, parce que s’il arrive une année où Ja récolte des fourrages soit moindre, par suite de

sécheresse, ou par toute autre cause, on est exposé à voir dépérir ses bêtes, on à être forcé d’en vendre une partie. De là le plus grand désordre dans l'exploitation. J’ai organisé ma ferme de n'anière à avoir toujours, à la fin de l’année, un excédent: de fourrages en réserve pour l’année su:vante.

Le CANADIEN.- Je vous demande bien pardon, si je reviens toujours à mes moutons ; vous m'avez dit, que les moutons étsient incompatibles avec l’entretien des bêtes à cornes, s une terre soumise intégralement à l’assolement dc x «ns, vous m’avez dit en outre, qu’en Ecosse l’assolement de six ans était généralement adopté, il n°y a donc pas de moutons en Ecosse ?

L’Ecossais.—En Ecosse, comme dans bien d’autres contrées du vieux monde, il y a des tènements de terre qui, par leur nature et leur conformation,ne peuvent servir qu’au pacage des moutons, et alors sur ces tènements là on entretient de grands troupeaux. On entretient aussi des moutons dans les fermes où se trouve établi l’assolement ue six ans, mais cela tient: 1° à ce qu’une sole de foin peut suffire à la nourriture d’hiver, vu la courte durée des mauvais jours, etque l’on a alors deux solesde pâture ; 2° et plus encore, à la configuration des terres, dont la division et l’étenduesont loin d’être aussi uniformes qu’en Canada. Ici, presque toutes les terres sont dix fois plus longues que larges, c’est-à-dire, ont trente arpentis sur trois, tandis qu’en Ecosse, commi®’ dans tout le vieux monde, il n’y a pas deux fermes semblables. Beaucoup d’ : tr’elles, au lieu d’être compactes, se composent d’un grand ,tènement, qui est la cœur de la terre, où se trouvent les bâtiments d’exploitation, et d’un ou de plusieurs morceaux détachés, séparés du lot principal, par des propriétés étrangères. Alors, vous comprendrez facilement, qu’il est possible au cultivateur, ét même avantageux, de faire pacager ces morceaux de terre éloignés, car il économise par là beaucoup de temps et de frais de culture. Le lot principal lui-même, à cause de sa forme irrégulière, nécessite souvent la distraction des parties les plus anguleuses, ou les moins propres à la culture, et ces parties sont soumises au pacage, en

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sorte que le cultivateur n’établit son assolement de six ans que sur un noyau de terre, qu’il a tracé duns le lot principal. Si le surplus est soumis à un assolement, parce qu’il est nécessaire de le travailler, de temps en temps, pour régénérer le pâturage, c’est un assolement en rapport avec l’industrie animale, à laquelle ces pâtu. rages sont affectés.

Le CANADIEN.—I] n’est donc pas possible, en suivant un système de culture perfectionné, d'introduire des moutons sur nos terres ?

L’Ecossais.— Votre conclusion est un peu trop rigoureuse. En Canada, comme ailleurs, un habitant peut posséder plus de quatre-vingt-dix arpents, deux terres contigues par exemple, et soumettre l’une à l’assolement de six ans, tel qu’il est établi chez moi, et soumettre l’autre à l'entretien d’un troupeau.

Pour celui qui, comme vous, ne possède que 90 arpents, il y a encore moyen de trouver place pour des moutons ; ainsi, lorsque vous arriverez à votre sixième année de culture, c’est-à-dire, lorsque la première partie de votre terre sera améliorée, séparez par une clôture les deux premières soles améliorées des t: “is autres, et faites en un pâturage, et laissez celles-c. .n prairie. Vous opérerez, ensuite, sur la deuxième partie de votre terre comme vous avez opéré sur la première, ayant le soin de mettre en pâturage les soles que la charrue ne devra pas encore entamer, et vous transporterez successivement d’une moitié de votre terre à l’autre, la rotation quinquennale dont je vous ai parlé; de cette manière vous pourrez nourrir des moutons.

Si j’avais suivi ce plan, il en serait peut-être résulté pour moi de grands avantages; j’ .urais pu conserver mes moutons ; j’aurais pu suffire à tous mes travaux, avec mon fils et un petit garçon ;et je n’aurais pas eu besoin d'agrandir mes bâtiments, pour loger des fonrrages, que les pâturages auraient fait manger sur place ; ces mêmes pâturages bien amendés m’auraient donné tout autant et peut-être plus de bénéfices nets que les parties labourées ; enfin, je n’aurais eu chaque année que trois dixièmes de ma terre à labourer, au lieu de la moitié, ce qui eut entraîné bien moins de frais,

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Le CanaDIeN.—Et bien! il peut se faire que je me décide pour ce dernier plan, parce que je tiens beaucoup à avoir des moutons, et je n’en aurais pas de longtemps, s’il me fallait pour cela avoir deux terres, comme vous le disiez, il n’y a qu’un instant.

Oui, c’est chose décidée, quand je vais me mettre à organiser ma ferme, je veux avoir un peu de tout et faire un peu de tout. J’aurai une vacherie, une parcherie ; j’aurri des moutons ; j’élèverai des chevaux ; j'élèverai des bêtes à cornes ; j'engraisserai quelques bœux.

L’'Ecossais.— Ajoutez ef je me ruineraï.

Lx CanaDten.— Pourquoi ?

L’Ecossais.—Parce que, lorsque dans votre position, on entreprend tant de choses, on ne fait rien de bien.

Ce n’est que dans la grande culture, maître Jean, que l’on peut réunir toutes les industries agricoles ; et ordinairement, il n’y a qu’un homme de tête, riche et con. naissant à fond toutes les branches de l’agriculture, qui sa mêle de faire cette culture là. Cet agriculteur gagnera de l’argent avec les moutons, parce qu’il aura assez de terre pour entretenir un troupeau de 3 à 400 bêtes ; que pour la garde et le soin de ce troupeau, il pourra payer un berger ou deux, qui n’auront rien autre chose à faire ; et qu’il pourra avoir bergerie, hangars, clos séparés pour les différents âges, pour les mâles, pour les femelles, pour les malades, pour les moutons à l’engrais, etc.

Cet agriculteur pourra avoir vacherie, bêtes d’élève, bœufs à l’engrais, etc., parce que, pour chacune de ces industries, il pourra avoir des clos séparés, faire les dépenses de bâtiments nécessaires; parce qu’il pourra préposer à chacune d’elle un homme connaisseur et responsable de leur succès ou de leur perte, et qui n’aura pas autre chose à faire.

Pour les mêmes raisons, il pourra éléver des chevaux, élever et engraisser des porcs ; en un mot faire tout ce que l’on peut imaginer. en agriculture, par ce que je vous le répète, il aura beaucoup de terre, beauaoup de savoir-faire et beaucoup d’argent.

Mais qu’un petit habitant, comme vous et moi, pos-

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sesseur d’un petit morceau de terre, dix fois plus long que large, et par conséquent dix fois mal disposé pour permettre toutes sortes de distributions, se mette en tête de réunir chez lui toutes les industries agricoles, quand il a de bâtiments à pe pour loger 10 bêtes : ceci n’est pas raisonnable. S’il l’entreprend, il arrivera ce que nous voyons souvent : 1° les bêtes seront mal venues, parce que tout cultivateur ne s’entend pas À l’élève et à l’entretien de toutes les espèces. Tel qui sait élever les chevaux, n’entenc rien souvent à élever les bœufs; 2° les bêtes seront logées dehors, hiver et été, parce que tout cultivateur n’a pas une mine d’or à sa disposition, pour construire des bâtiments ; 8° les bêtes erreront à l’aventure, pêle-mêle, mâles et femelles, voisins et voisines, en bonne comme en mauvaise saison, parce que tout cultivateur n’a pas le moyen de faire de bonnes clôtures, ou ne veut oune peut faire garder ses bêtes, et que leur petit nombre ne permet pas, du reste, de faire les dépensesde traitements particuliers. De là, des avortons issus d’accouplements à contretemps ; de là, des dommages, des procès, etc. 4° et le désordre le plus complet sera dans l’exploitation et parsuite dans les finances,parce que peu d’agriculteurs sont doués de cette grande présence d’esprit, sans Jaquelle la réunion de toutes ces industries est toujours préjudiciable, si non impossible.

En Europe, les industries agricoles sont cantonnées ; tel canton élève des bœufs, tel autre engraisse et n’élève pas ; tel canton élève des chevaux, tei autre n’a que des moutons, etc., stc., en sorte que les petits cultivateurs, n’ayant qu’une ou deux industries à surveiller, réussissent à exceller dans leur spécialité, etobtiennent de magnifiques résultats. Il est probable que s’ils voulaient tout entreprendre, ils ne feraient rien qui vaille.

Moi, je trouve que la vacherie et la porcherie vont bien ensemble, et je m’en tiens à ces deux industries. Depuis que mon cheptel est complet, ou à peu près, je n’élève plus qu’une génisse tous les 2 ans, pour combler les vides de ma vacherie, et c’est tout. Je vends ou tue tous mes veaux, dès qu’ils viennent au monde; je fais

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du beurre, et mon lait aourrit mes cochons. Comme

vous voyez, je fais peu. mais je fais bien, et je suis bien

F3; je voulais élever ces chevaux, je ne gurderais de

vaches que ce qu’il m’en faudrait pour les besoins de la

maison, et je n’aurais que des chevaux.

Idem des moutons.

Bien entendu que je ne bannis pas les juments de tharrue, desquelles on peut tirer des poulains à la condition de les vendre jeunes.

Le CanaDien.—Des gens, qui s’y entendent, nous disent : faites un peu de l’un et de l’autre. Si l’on manque de l’un, on est assuré, ou du moinson a la chance de réussir avec l’autre.

L’Ecossais.—Ces personnes ont raison, mais voici ce qu’elles entendent dire: ne semez pas que du blé, parce que si le blé manque vous vous trouverez pris. Semez moitié de votre terre en céréales et moitié en fourrages ; si l’année est sèche, vous aurez du grain, si elle est mouillée, vous aurez du foin.

Allons, maître Jcan, c’est assez causer pour ce soir; allons nous coucher.

ne en

DISPOSITIONS DES CULTURES et

DIVISION DE LA TERRE i avant son amélioration.

la. Maison.

G. Granges et étables.

. Mauvaise prairie de 10 arpens.

B. et C. Champs cultivés alter-

! nativement en blé et laissés alternativement en pâture.

: D. Champ réputé le meilleur de la terre, et en cette qualité, gratifié tous les ans, depuis un temps immémorial, d’une récolte de blé.

mme

1842-49.— Travaux de la Ière année et dispositions des Récoltes.

Nota.—Comme l’année de culture est entendue ordinairement de l’espace de temps qui s’écoule,entre deux récoltes, je commencerai toutes les années de travail par l’hiver, et alors je joindrai le 1er automne à la première année.

Automne.

a. b. Fossé de ligne profondé de 2 pieds et taillé en talus afin que la . terre ne s’éboule pas.

ac. de. f g. hi. Fossés neufs de 4 pieds de large sur 2 de profondeur et un pied d’assiette, ou de fond.

1ère sole. Labourée profondément : à 8 ou 9 pouces.

29ème sole. Labourée à 6 ou 7 pouces.

Jardin bèché à un pied de profondeur.

Hiver.

Conduite des fumiers : 68 voitures sur le champ numéro 1 de la 1ère sole ; et 40 voitures sur le champ numéro 2 de cette même sole,

Conduite des bois de clôture sur la ligne où la clôture doit être établie.

Printemps,

Plantation de patates sur environ 4 d’arpent dans le champ numéro 1 de la 1ère sole. Semis ou plantation de betteraves sur le surplus du champ. Semis de fèves sur toute l’étendue du champ numéro 2.

(Ces trois cultures sont faites, bien entendu, après l’enfouissement du fumier et toutes les façons convenables, qu’ilne convient pas d’éaumérer ici, et que l’on trouvera dans la 2e partie de l’ouvrage, sous le titre de la récolte qui les nécessite.)

Jachère morte parquée sur le champ numéro 3, de cette même 1ère sole. Semis de pois sur les champs 1 et 2 de la 2ème sole; et d'avoine sur le 3e champ de cette sole.

9. Le verger est labouré et semé, moitié en pois et avoine ou seigle mbôlés, et moitié en sarrazin et maïs mêlés.

al. hm. Clôtures plantées, l’une entre le pâturage et la partie cultivée, et l’autre entre cette même partie et le verger, jardin et cour,

Eté.

n. Meilleur morceau de pâture pacagé par les vaches.

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