‹ Les veillées canadiennes [microforme]Chapitre 16 sur 62 · PRINTEMPS · texte numérisé non relu

PRINTEMPS

Arrivé au printemps, j’opérai sur ma deuxième sole, comme l’année précédente javais opéré sur la première. Cette première sole fut semée en avoine et en graines de prairies.

Le CANADIEN.—Depuis que vous me parlez de votre culture, vous ne m'avez pas encore dit une seule fois que vous ayez semé du blé ; il me semble que c’est la meilleure de tontes les récoltes.

L’Ecos.—Si au lieu de blé j’ai semé de l’avoine cette année là, sur ma première sole, ce n’est pas sans motif. A cause des ravages de la mouche, je ne devais pas trop compter sur une bonne récolte de blé, et je n’avais pas encore le moyen de m’exposer à une mauvaise chance, De plus, je venais de labourer une partie de mes prairies, je devais par conséquent m’attendre à une dimi-

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nution de fourrages, et il était indispensabie de les remplacer du mieux possible ; or vous savez que la paille d’avoine est meilleure pour la nourriture des animaux que celle du blé.

C’est encore de l’avoine que je semai sur ma troisième sole, duns la partie qui se trouvait en prairie ; le surplus fut semé en pois.

Le verger reçut, comme l’année précédente, une série de fourrages, qui furent coupés en vert dans le moment où le pacagene pouvait plus suffire à mes bêtes. Seulement, j’entervertis l’ordre des semences ; je plaçai les pois et le seigle dans l’endroit qui avait porté du maïs et du sarrazin, et ce dernier fourrage prit la place des pois et du seigle : du reste tout se passa comme l’année précédente, Cependant, je dois dire que, comme javais fait pendant l'hiver une plus grande quantité de fumier, Jappliquai au champ n° 3 de ma deuxième sole, l’excédent de ces engrais : un demi arpent en fut couvert, et sur ce demi arpent, je plantai à titre d’essai, des choux cavaliers dont un de mes amis m’avait donné la graine. Si je n’avais pas eu ces choux, j’aurais semé à la place, du blé d’inde, pour être cultivé eu rayon et mangé en vert : j'avais augmenté mes animaux, il fallait aussi augmenter mes fourrages.

Le CANADIEN.—Je ne connais pas ces choux, que vous appelez cavaliers.

L’Ecossais.—Je suis étonné que vous n’ayez jamais remarqué ces hautes-plantes que je cultive chaque année, et qui sont si remarquables par la largeur de leurs feuilles : ce sont des choux cavaliers.

Ces choux ne pomment pas, leurs branches s’étalent, et sont chargées de larges feuilles que l’on considère comme un des meilleurs fourrages verts. Je vous reparlerai plus tard de cette plante intéressante et de la manière de la cultiver ; pour le moment, il ne doit être question que d’organisation de la ferme.

Je viens de vous dire que mes animaux s’étaient augmentés ; en effet, mes dix vieilles brebis m’avaient donné 14 agneaux. Mes deux génisses âgées alors de trois ans avaient chacune un veau. Mes six vaches

, x tuèr m'en donnèrent aussi un chacune : en tout huit veaux, mêr parmi lesquels je choisis les deux femelles les plus dr propres à être élevées, après quoi je vendis les six deu: autres au boucher. Ma truie anglaise venait de me D nièr donner dix petits, que je me disposai à élever ; enfin, bien avec mes deux chevaux, tout mon cheptel s’élevait à Ÿ une l'équivalent de 15 têtes de gros bétail. | fiés

Bien que mes animaux se fussent accrus de plus d’un k jusc tiers depuis le commencement de mes travaux, c’est-à- ul dire, dans l’espace de deux ans, je trouvais qu’ils étaient 4 eu encore bien faibles en nombre par rapport à l’étendue L de ma terre. Mais un dixième seulement de mon sol se | regr trouvait amelioré et en plein rapport, et je m'étais fait coté une loi de n’augmenter le nombre de mes animaux L qu’à proportion des améliorations que je ferais, et de la rer quantité progressive de fourrages que je récolterais ; rich parce que j’ai toujours eu pour principe de n’avoir d’a- pou nimaux que ce que je puis bien nourrir. plus

Quelques agronomes, sans s’inquiéter de ce que fait peut produire une terre, pensent qu’il est important de ces commencer les améliorations de culture et l’établisse- bie

, ment d’un nouveau système, par l'introduction immé- 4 D JE. diate sur la terre d’un grand nombre d’animaux,

et souvent même d’animaux perfectionnés. Pour moi, 1 J'ai toujours pensé que ces messieurs ressemblent beau-

" coup à cet autre, qui avait entrepris de commencer une

l maison par le toit, c’est-à-dire, de bâtir en l’air.

# Cette année là, encore, je n’entrepris pas de changer

ma race de bêtes à cornes, parce que mes bâtiments n’étaient pas convenables pour héberger des vaches

É écossaises, plus délicates que les canadiennes, et que

à. Je n’étais pas encore assez bien dans mes affaires pour : entreprendre des constructions. Dailleurs ma terre n’était

pas encore ameliorée au point convenable, pour opérer

ce changement sans danger.

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