‹ Les veillées canadiennes [microforme]Chapitre 3 sur 62 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Tous les jours, nous voyons les hommes qui ont à cœur la prospérité de l’agriculture du Bas-Canada, se demander pourquoi les agriculteurs de cette province n'emploient pas, dans la culture de leurs terres, les pro- . Cédés nouveaux, les meilleures méthodes préconisées par les livres scientifiques, les journaux et les opuscules de tous genres qui traitent de l’agriculture Européenne, et s'étonner de l’obstination du pauvre et ignorant praticien à suivre la vieille routine locale, en dépit de toutes les théories savantes que renferment ces livres, ces journaux, ces opuscules. Ont-ils raison de se plaindre? Non.

Pour trois raisons majeures le simple praticien ne peut trouver dans ces livres le moindre rayon de lumière capable d’éclairer sa marche. 1°. Les auteurs de ces ouvrages procédant pour la plupart à la manière de nos philosophes socialistes, qui organisent dans leur imagination, des sociétés nouvelles, avec des hommes nouveaux libres de tous antécédents, dans des pays féeriques, ces auteurs, dis-je, créent des exploitations agricoles sur des modèles qui n’ont jamais existé que dans leur cerveau, mettant de côté tout obstable, et surtout celui du défaut d’argent. Aussi, quand un culti-

vateur cherche dans ces livres des moyens d'améliorer A

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sa culture et de grossir sa bourse, il n’y trouve le plus souvent que des plans magnifiques, dont la réalisation promet la richesse, mais demande d’abord beaucoup d’argent (a).

. 2°, Le cultivateur canadien a reçu peu ou point d'instruction, il tient tout son savoir de la tradition et a souvent beaucoup de peine à se rendre compte des procédés et des méthodes qui constituent la routine locale ; il ne peut, par conséquent, lire avec fruit des ouvrages scientifiques à l’intelligence desquels les esprits éclairés ont souvent peine à prétendre.

39, Enfin, tous les livres qui ont été écrits sur l’agriculture Européenne parlent de cette science d’une manière trop particulière à chaque contrée, pour que le cultivateur étranger puisse tirer parti des préceptes qui y sont contenus, à cause des différentes circonstances de temps, de lieu, de climat, qui font qu’en Europe même, souvent la culture d’un canton n’est semblable en rien à la culture du canton voisin.

Pour qu’un traité d’agriculture soit lu avec plaisir par le cultivateur canadien et lui soit profitable, il faut :

1°. Qu'il lui fournisse les moyens d’améliorer sa culture et d'améliorer sa terre, sans exiger des avances

. (a) Il faut faire une distinction des ouvrages des grands maîtres tels que Thäer, John Sinclair, Dombasle, Young, ete., qui par leurs savantes expériences, leurs recherches persévérantes, ont tiré la science agricole des :énèbres où elle était plongée avant eux, d’avec lesouvrages d’une foule d’agronomes qui n’ayantjamaiseu que des revers à déplorer, ou qui ne devant leurs succès apparents qu’à la masse de leurs capitaux, se sont néanmoins posés comme des modèles à suivre et capables de diriger la pratique vulgaire,

de fonds considérables, parce que le cultivateur canadien est généralement pauvre.

29. Qu'il soit dépouillé de tout le fatras scientifique dont les livres les plus élémentaires sont souvent surchargés, et qu’il soit rédigé enstyle très familier, parce que le cultivateur canadien cest peu ou point instruit.

3°, Et qu’il traitc de l’agriculture, d’une manière toute particulière au Bas-Canada, évitant de calquer servilement les systèmes à adopte; en cette province, sur les systèmes Européens ; attendt: qu’il doit y avoir autant de différence entre la culture du Bas-Canada et celle de l’Angleterre ou de la France, par exemple, qu’il y a de différence entre les saisons de ces divers pays.

Telles sont les trois conditions que l’auteur des VesJlées Canadiennes s’est efforcé de remplir ; aussi, son ouvrage sera-t-il accueilli avec plaisir dans les campagnes par le cultivateur intelligent, économe et laborieux, parce que celui-ci y trouvera, clairement établis, les moyens d’arriver avec du ternps, du travail et de l’éco. nomie, au but que le défaut de méthode et le manque d’argent lui avaient montré, jusque là, comme inaccessible.

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SRE RER.

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