‹ Les veillées canadiennes [microforme]Chapitre 4 sur 62 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Je connais, en Canada, deux agriculteurs bien dignes de servir de modèles, l’un, à cause de son savoir, et l’autre, à cause de sa bonne volonté, et de son désir d'apprendre.

Le premier est un écossais qui vint en Amérique, il y a une quinzaine d’années, avec le désir de faire fortune. Dans son pays, il avait appris à cultiver dans une ferme-modèle où il avait reçu les meilleures leçons. En arrivant en Canada, comme il ne possédait pas assez d’argent pour faire de l’agriculture à son compte, il se mit avec sa femme aux gages d’un agronome à qui il rendit les plus grands services comme chef d’exploitation. Après avoir travaillé quelques années en cette qualité, il résolut de changer de condition et de devenir propriétaire. En effet, en 1842, il employa ses économies à l’acquisition d’une terre de 90 arpents qui se trouvait alors dans un état déplorable. Aujourd’hui, sa terre est parfaitement améliorée, et cet honnête cultivateur vit dans l’aisance, faisant l’admiration de tous ceux qui le connaissent, Par son exemple il a puissamment contribué à l’amélioration de la culture des terres du voi-sinage et il jouit doublement, et äu bien qu’il a retiré personnellement de ses travaux, et de celui que son exemple a produit chez ses voisins.

L’autre personnage est un de ces mêmes voisins qui, seul, avait craint d'imiter l’industrieux écossais jusqu’à l’année 1850, époque à laquelle il se décida à demander à celui-ci des conseils capables de le faire sortir de la mauvaise voie où il se trouvait engagé.

C’est pendant l’hiver de cette année 1850, qu’eurent lieu les conférences de ces deux hommes, et le soir à la veillée, parce que durant le jour l’écossais avait tout autre chose à faire qu'à discourir.

Je leur demandai la permission d’assister à leurs veillées, car on a toujours à gagner à parler d'agriculture, même avec les plus humbles praticiens.

Voici, à peu près, le compte-rendu de ces conférences.

Première Veillée,

L’Ecossais.—Eh bien ! mon cher voisin, puisque vous avez fortement pris la résolution de m’imiter en tous points, dans la culture de votre terre, je vais tout en vous racontant ce que j’ai fait sur la mienne, vous donner toutes les explications désirables et résoudre toutes les objections que vous pourrez élever contre mon système.

Je désire même que vous me fassiez toutes les observations que mon récit fera naître certainement dans votre esprit, nous les discuterons, et il en résultera pour vous le plus grand bien.

Cependant avant de commencer, je veux savoirsi vous avez sur l’agriculture les mêmes idées générales que moi. Qu'est-ce que l’agriculture ?

Le CaANaDIEN.—L’agriculture à mon avis, est, par le temps qui court, un triste métier pour nous pauvres habitants, qui ignorous les-moyens de ramener notre sol épuisé à un point de fertilité convenable, nos terres ne poussent plus, et ne peuvent plus nous faire vivre.

Quand nous nous plaignons, on nous dit : améliorez vos champs, adoptez un bon système ; mais, quel système prendre ? répondons-nous.

Lisez tel livre, nous disent les uns ; lisez tels opuscules, nous disent les autres ; alors, nous nous mettons en frais de nous les procurer. Mais, autre embarras, ces livres, ces opuscules, nous parlent un langage qui n’est pas le nôtre et nous ne les comprenons pas.

Dernièrement encore, mon fils cadet me lisait un chapitre d’un livre que j’ai acheté à la ville, et dans ce chapitre, il était parlé de gaz asote, de silice,et d’une foule d’autres choses, que le maître d’école lui-même n’a pu nous expliquer. Aussi, nous sommes dégoûtés des livres parce qu’ils ne sont point faits pour nous.

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On nous dit encore, f: ::s comme Monsieur un tel, c’est un homme qui s’y. ‘end.

Oui, Monsieur un êv fait peut-être de fort belles choses, mais elles lui coûtent beaucoup d’argent. On dit même qu’il y a dépensé la moitié de sa fortune, et nous nous n’avons point d’argent. En un mot,on nous dit :améliorez,et comme moyens d’amélioration, on nous propose des impossibilités ; en sorte que nous sommes condamnés à végéter chez nous, ou à vendre nos terres pour aller chercher fortune ailleurs ; et c’est ce dernier parti que je serai forcé de prendre, si vous ne m’enseignez les moyens de me tirer d’embarras sans secours étrangers.

L’Ecossais.—Malheureusement, ce que vous dites de l’agriculture est vrai pour l’homme qui n’a ni argent ni instruction, et qui est abandonné à ses propres inspirations ; il est même étonnant que dans cette province il y ait un assez grand nombre de terres passablement tenues, et par conséquent, un assez bon nombre de bons agriculteurs. Ceux-ci ont d’autant plus de mérite, qu’ils doivent tout ce qu’ils savent à leur propre expérience, et qu’ils se sont élevés sans l’aide de la science ni des capitaux. - Il faut en conclure qu’il y a généralement chez les agriculteurs du Bas-Canada, une grande somme d'intelligence et l'esprit de progrès. C’en est assez pour que les efforts que les hommes éminents du pays font, aujourd’hui, pour éclairer l’habitant des campagnes, ne soient pas perdus ; et soyez-en bien convaincu, bientôt, grâce à ces efforts, l’agriculture ne sera plus pour celui-ci, l’art de vivre misérablement en travaillant beaucoup, mais bien, l’art de faire fortune et de vivre heureux et respecté sur ce beau sol canadien, qui ne demande qu’à être travaillé avec méthode pour donner de riches produits. Prenez donc courage. Il y a encore pour vous et surtout pour vos enfants tout un avenir de bonheur devant vous, mais pour cela il faut que vous fassiez ce que j’ai fait, et qu’à quelques détails près dans votre culture, vous ne changiez rien dans les systèmes que je vais développer, parce que ne comprenant pas toute la portée des modifications que vous tenteriez, il pourrait arriver que vous vous trou-

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viez un jour dans le plus grand embarras. Le maçon qui se mettrait en tête de ne pas suivre scrupuleusement le plan que l’architecte lui a fourni, courrait risque d’ériger un édifice difforme et peu solide.

Comme il faut de l’ordre dans tout, nous allons diviser nos conférences en trois parties: la première partie comprendra l’organisation d’une ferme ; nous y traiterons du choix d’un système d’exploitation et d’un mode de culture.

La seconde partie consistera dans un exposé rapide des meilleures modes d’exécution des divers travaux d’une ferme.

Enfin, la troisième partie aura pour objet la comptabilité ou le moyen de se rendre compte chaque jour, du résultat de ses travaux, et de corriger dans l’avenir les fautes que l’expérience a signalées.

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