‹ Les veillées canadiennes [microforme]Chapitre 31 sur 62 · DES ENGRAIS · texte numérisé non relu

DES ENGRAIS

Comme il est très rare de pouvoir se procurer des engrais riches et bien préparés, le cultivateur ne doit compter que sur les fumiers qu’il fabriquera ; tous ses soins doivent donc se diriger vers cette importante production. Faire le plus possible de bon fumier, voilà tout le secret de l’agriculture ; mais faut-il encore aussi l’'employer utilement. ;

Pour obtenir beaucoup de fumier de bonne qualité, il faut nourrir copieusement les animaux, et les tenir toujours en bon état de chair; une vache grasse donne bien meilleur fumier qu’une vache maigre. Il faut en outre fournir aux bêtes une épaisse litière pour retenir les urines et les convertir en engrais solide.

Le CANADIEN.—J’ai entendu dire, qu'en Europe, dans beaucoup d’exploitations ou l’agriculture est poussée au plus haut degré de perfection, on divise les fumiers, c’est-à-dire, que l’on reçoit d’un côté les urines, dans des réservoirs en briques situés hors de l’étable, tandis que l’on met en meule les excréments solides. Les urines sont ensuite répandues sur les récoltes, au moyen d’un tonneau monté sur deux roues et traîné par un cheval. Que pensez-vous de cette manière defaire les engrais ?

L’Ecossais.—Cette pratique est excellente, dans les pays de petite culture, comme ia Flandre, la Belgique, parce qu’on y applique ces urines aux plantes textiles etoléagineuses.qui veulent des engrais actifs ; mais je ne pense pas qu’en Canada cette méthode soit profitable. De plus, elle nécessite des constructions, et par conséquent des dépenses qui ne sont pas à la portée de la majorité des cultivateurs. Au reste, les urines, ainsi appliquées ; ne profitent qu’à une seule récolte, parce qu’elles sont un engrais de très courte durée. Si donc,

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Pour moi, je n’ai jamais fait que des fumiers solides, et je m'en trouve bien. Voici comment je m’y prends : chaque jour, le matin, mes bêtes reçoivent une abondante litière, que je renouvelle le soir, s’il est nécesaire. Derrière mes animaux, il se trouve un espace, d'environ cinq pieds de large sur quatre pouces de profondeur,dans lequel j’étends encore de la paille destinée à s’imbiber des urines, qui s’écoulent du plancher un peu incliné, sur lequel reposent les bêtes. Deux fois par semaine seulement, l’étable est nettoyée, mais comme il y a toujours abondance de litière fraîche, les animaux sont constamment propres.

Cette méthode de faire le fumier n’est pas préjudiciable à la salubrité des étables, car la paille étant constamment imbibée d’urine, la fermentation est rendue impossible ; c’est par ce procédé que je suis parvenu à faire, chaque mois, la quantité énorme d’une voiture et demie à deux voitures de fumier, par tête de bétail.

Le CanaDien.—Voudriez-vous me dire quel est celui qui convient le mieux aux terres, du fumier bien consommé, ou de celui qui ne l’est pas ?

L'Ecossais.—-Vous avez raison de faire une distinction entre le fumier court, gras et très décomposé par la fermentation, et le fumier long, fraîchement sorti le l’étable ; le premier est propre aux sols légers qui manquent de consistance, le second convient mieux aux terres froides, argileuses et compactes.

Les fumiers gras, fortement décomposés, sont comme les urines, ils sont actifs mais de peu de durée ; en sorte que pour l’agriculteur qui a adopté un assolement un peu long, comme celui de six ans par exemple, il est préférable de se servir de fumier frais, dont la décomposition lente puisse profiter à toutes les plantes de la rotation. En général, je préfère les fumiers frais et pailleux aux autres ; cependant, j’ai pour habitude, chaque année, de laisser une meule se décomposer fortement, jusqu’à ce qu’elle devienne onctueuse comme une masse de graisse noire, parce que, dans une exploitation,

on a toujours besoin de fumiers énergiques, pour certaines petites cultures. soignées.

Le Canapbien.—Faites-vous une différence entre le fumier des chevaux, celui des moutons, celui des vaches ?

L’Ecossais.—Le fumier des chevaux et des moutons est un engrais chaud, qui agit promptement,et qui convient bien aux terres froides, tandis que celui de porc et de bêtes à cornes est froid, et convient mieux aux terres légères.

Quelque soit la nature de vos engrais, évitez que, par trop de fermentation ou par une trop longue exposition au soleil et à la pluie, ils ne perdent les principes qui en font la valeur,

Le CanaDien.—Vous m'avez dit plus haut que vous préferiez les fumiers frais aux fumiers fortement décomposés, mais comment empêcher la décomposition du fumier, une fois qu’il est mis en tas?

L’Ecossais.--Votre question est très judicieuse ; il serait en effet très difficile d'empêcher la fermentation d’une meule, sur laquelle on amoncellerait tous les fumiers sortant des étables d’une exploitation comme la mienne, mais voici comme je m'y prends pour m’assurer des engrais constamment bien préparés.

Les engrais que je recueille pendant l’été, sont mis en terre en partie, au fur et à mesure de leur confection/ou mis en meule dans un lieu ombragé, exposé au nord, de manière à ce que le soleil ne leur nuise pas. Tous les 15 jours, d'apose le tas uniformément partout, afin de ralentir la fermentation ; en sorte qu’à l’automne,; lorsque j’enterre ce fumier, il est en parfait état de conservation.

Les engrais faits’ pendant l’été, sont chez moi bien peu de chose, comparativement aux engrais d’hiver; aussi, pendant cette dernière saison, j’agis tout differemment. Dès que les animaux ont quitté les pâturages pour rester constamment à l’étable, je fais conduixe en champ mes fumiers, à mesure de leur confection ; jeles dispose en tas de séize voitures chaque, et

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de manière à n’avoir plus au printemps que quelques pas à faire pour les étendre. Il n’est pas nécessaire de vous dire que les tas sont établis sur les labours d’automne destinés à la jachère sarclée, et distribués, à des distances régulières, sur toute la surface du champ.

Voici quels sont les avantages que je retire de cette méthode :

1° La gelée, en durcissant les tas, empêche la fermentation.

2° Les tas de fumicr n’excédant pas six pieds de large, atteignent une hauteur de sept pieds d’élévation, sur douze ou gains de longueur, en sorte qu’au printemps le moindre coup de soleil les pénètre, les dégèle et les rend propres à être repandus immédiatement.

39°, J’ai en outre l’avantage d’utiliser mes attelages pendant la morte saison, de profiter des bons chemins que forme la neige, et surtout de ne pas pétrir mon terrain par les pieds des chevaux et les roues des voitures.

J’ai toujours le soin, à l’automne, d’appliquer des en. grais faits pendant l’été aux cultures qui doivent au printemps être faites de bonne heure, tels que les semis de fèves et de carottes, afin que mes tas de fumier aient le temps de dégelcr, avant que le moment n’arrive de les appliquer aux cultures plus tardives, telles que celle des patates, celle des betteraves.

Je ne vous dirai rien autre chose relativement aux engrais, si ce n’est qu’ils doivent toujours être appliqués, la première année d’une rotation, à la jachère sarclée, ou à la jachère morte, afin que, par les diverses façons que l’on donne au sol, ils soient uniformément divisés, et que les germes de toutes les mauvaises graines qu’ils contenaient, soient détruits,

Le CanaDien.—Si vous voulez le permettre, nous remettrons à demain la suite de nos conférences.

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Cinquième Veillée, PRODUCTIONS VÉGÉTALES,

L’'Ecossais.—Notre dernière conférence a eu pour objet les améliorations foncières et culturules, par lesquelles le cultivateur soigneux et intelligent dispose son sol à donner d’abondants produits, nous allons maintenant nous entretenir des meilleurs modes de culture des diverses plantes qui peuvent entrer dans l’assolement de six ans, tel qu’il est établi sur ma terre, en suivant l’ordre dans lequel elles arrivent dans la rotation. Eu conséquence, nous allons parler d’abord des

lantes qui peuvent être cultivées au rayon sur une Jachère sarclée et fumée.

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