IV
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dans le palais Colonne, Archclaùs, fils ^Apollonius, y L'étonnement s'étend encore sur ce que Pline ne désigne aucun des ouvrages qu'on vient de citer. Le Laocoon (a) et la Dircé sont les seuls dont il parle. D'un autre côté, il ne faut pas être surpris du silence de Pausanias sur toutes les belles statues de Rome : quand il a fait le voyage de la Grèce, il se pou voit qu'elles fussent déjà transportées en Italie; car, depuis environ trois cents ans, les Romains travailloient à. dépouiller la Grèce de ses tableaux et de ses statues. La sculpture des Romains, sans avoir été portée si haut, eut un règne beaucoup plus court. Elle languissoit déjà sous Tibère, Caïus, Claude et Néron. On regarde le buste de Caracalla
ftt) Laocoon, fils de Priam et d'Hécube, et grandprêtre d'Apollon , 'opposa aux Troyens lorsqu'ils voulurent faire entrer le cheval de bois dans la ville, mais ils ne voulurent pas le croire : en même temps deux énormes serpens, qui sortirent de la mer, vinrent attaquer ses enfaHS au pied d'un autel; il courut à leur secours, et fut étouffé comme eux dans les nœuds que ces monstres faisoient avec leur corps. ( Dict. de la Fable. )
Le sculpteur £rec a représenté le moment où Lacoon et ses enfans, ne pouvant se débarrasser des serpens, sont près d'expirer. Ce morceau de sculpture est admirable; cependant on trouve que les enfans de Laocoon sont trop petits. La plus belle et la plus parfaite de toutes les statue* antiques, celle que les iqnorans même ne peuvent voir sass être saisis d'admiration, c'est l'Apollon du Belvédère. Apollon y est représenté dans le moment où il vient de tuer le serpent Python.
comme le dernier soupir de la sculpture romaine. Enfin elle étoit morte lors de la première prise de Home par Alaric, et ne ressuscita que sous les pontificats de Jules 11 et de Léon x. C'est là ce qu'on nomme la sculpture moderne. »
Sculpteurs modernes.
« Donato,nù à Florence, vivoit dans le quinzième siècle. Le sénat de Venise le choisit pour la statue équestre de bronze que la république fit élever à Gatamelata , ce grand capitaine qui, de la plus basse extraction, étoit parvenu jusqu'au grade de général des armées des Vénitiens, et leur avoit fait remporter plusieurs victoires remarquables \ mais le chef-d'œuvre de Donato étoit une Judith coupant la tète d'Holopherne.
» Rossi Propertia florissoit à Bologne sous le pontificat de Clément vu; la musique qu'elle possédoit faisoit son amusement, et la sculpture son occupation. D'abord elle modela des figures de terre qu'elle dessinoit; ensuite elle travailla sur le bois, enfin elle travailla sur la pierre, et fit, pour décorer la façade de l'église de Saint-Pétrone, plusieurs statues de marbre qui lui méritèrent l'éloge des connoisseurs ; mais une passion malheureuse, pour iin jeune homme qui n'y répondit point , la jeta dans une langueur qui précipita la fin de ses jours. Le chef-d'œuvre de Propertia et son dernier ouvrage fut un bas-relief représentant l'histoire de la femme de Putiphar et de Joseph.
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» Jean Goujon, Parisien, florissoit sous les règnes de François ier et de Henri u. Un auteur moderne le nomme le Corrige de la sculpture, parce qu'il a toujours consulté les grâces. Personne n'a mieux entendu que lui les figures de demi-relief. Rien n'est plus beau en ce genre que sa fontaine des Innocens, rue Saint-Denis, à Paris. On voyoit des ouvrages de Goujon à la porte Saint-Antoine. Il fut encore bon architecte.
» Nicolas Bachelier fut élève de Michel-Ange. Etant à Toulouse, sous le règne de François ier, il y établit le bon goût , et en bannit la manière gothique qui avoit été en usage jusqu'alors.
» Baccio Bandinclli , né à Florence, fut un sculpteur fort estimé. C'est lui qui a restauré le bras droit du groupe de Laocoon. Il mourut en i55fj.
» Jean de Bologne , mort à Florence vers le commencement du dix-septième siècle, fut un excellent sculpteur. Il orna la place publique de Florence de ce groupe de marbre que l'on y voit encore, et qui représente l'enlèvement d'une Sabine. Le cheval sur lequel on a mis depuis la statue de Henri iv, au milieu du Pont-Neuf à Paris ; étoit de ce grand maître.
« Jean Gonnelli, surnommé Yavcugle de Cainbassi, du nom de sa patrie, en Toscane, mourut à Home, sous le pontificat d'Urbain vin. Elève de Pierre Tacca, il annonroit du génie; mais il perdit la vue à l'âge de vingt ans. Ce malheur uv l'empêcha pas d'exercer la sculpture, en se laissant gui-
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(1er par le seul sentiment du tact, C'est ainsi qu'il représenta Côme ier, grand-duc de Toscane, et qu'il fit avec succès plusieurs autres ouvrages.
» Pierre Puget, admirable sculpteur, bon peintre, excellent architecte, naquit à Marseille en 162 3. Il embellit Toulon, Marseille et Aix, de plusieurs tableaux qui font encore l'honneur des églises des Capucins et des Jésuites. Tels sont une Annonciation, le Baptême de Constantin, le tableau qu'on appelle le Sauveur du monde. L'Education d'Achille est le dernier tableau qu'il ait fait en ce genre. Milon Crotoniate est la première et la plus belle statue qui ait paru à Versailles de la main du Puget. Cet admirable artiste est mort à Marseille en 1694 , âgé de soixante-douze ans.
» Jacques Sarrazin, né à Noyon, étoit contemporain du Puget. On voit, de ce célèbre artiste, dans l'église des Carmélites du faubourg Saint- Jacques, le tombeau du cardinal de Bérulle, etc. Parmi ses ouvrages pour Versailles, on ne doit pas oublier de citer le groupe de Rémus et de Romulus allaités par une chèvre; et, à Marly, un autre groupe également estimé, représentant deux enfans qui se jouent avec un bouc.
» Tkéodon, né en France dans le dix-septième siècle, fut habile sculpteur.
» Algarde , italien , florissoit vers le milieu du dix-septième siècle. Entre autres ouvrages de cet artiste supérieur, on admire un bas-relief qui représente saint Pierre et saint Paul en l'air , mena-
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çant Attila, qui venoit pour saccager Rome. Ce bas-relief sert de tableau à un des petits autels de la basilique de Saint-Pierre.
» Michel Anguier, mort en 1680, frère de François Anguier, se distingua dans le même art que lui. Il est bien connu par l'Amphitrite de marbre qu'on voit dans le parc de Versailles, par les ouvrages de la porte Saint-Denis , par les figures du portail du Val-de-Grace , et par d'autres.
» Jean- Laurent Bernini, appelé le Cavalier Bernin, naquit à Naples en 1 598 : Louis xiv le fit venir à Paris en 1 665.
» François Desjardins, natif de Bréda , est mort en 1694, a exécuté le monument de la place des Victoires à Paris.
» François Girardon , né a Troyes en Champagne, a presque égalé l'antiquité par les Bains d'Apollon , par le tombeau du cardinal de Richelieu, qui étoit dans l'église de la Sorbonne, et par la statue de Louis xiv, qui étoit à la place Vendôme. 11 a fait aussi un beau buste de Despréaux. Girardon est mort en 1 698.
» Jean -Baptiste Tuby, dit le Romain, tient un rang distingué parmi les artistes qui ont paru sous le règne de Louis xiv. C'est le Brun qui a tracé le plan du beau mausolée du vicomte de Tnrenne, enterré à Saint-Denis, et c'est Tuby qui l'a exécuté. On y voit l'immortalité qui tient d'une main une couronne de laurier, et qui soutient de l'autre ce grand homme. La Sagesse et la Vertu sont à &ea
NOTES. ICjD
cotés : la première, étonnée du coup funeste qui enlève ce héros à la France; l'autre est plongée dans la consternation. Ce tombeau se voit à présent aux Invalides. Tuby mourut à Paris en 1700.
*Zumbo, né à Syracuse, devint sculpteur sans autre maître que son génie. Il ne se servit dans tous ses ouvrages que d'une cire coloriée qu'il préparoi t d'une manière particulière. JVarln et le Bel a voient eu ce secret avant lui; mais tes morceaux que notre artiste fit avec cette matière excelloient sur tous les autres en ce genre pour leur perfection. Zumbo exécuta, pour le grand-duc de Toscane, ce sujet renommé sous le nom de la Corruzione; ouvragecurieux pour la vérité, l'intelligence et les connoissances qui s'y font remarquer. Ce sont cinq figures coloriées au naturel , dont la première représente un homme mourant, la seconde un corps mort, la troisième un corps qui commence à se corrompre , la quatrième un corps qui est corrompu, et la cinquième un cadavre plein de pourriture , que l'on ne sauroit regarder sans être sai>i d'une espèce d'horreur. Le grand-duc plaça cet ouvrage dans son cabinet {a). Zumbo mourut à Paris en 101 7.
» Jean-Balthasar Keller, artiste incomparable dans l'art de fondre en bronze, naquit à Zurich. Il s'établit en France, où il réussit, le dernier décembre 1692, dans la statue équestre de Louis xiv, qui est haute de vingt pieds, et toute d'une pièce,
[a] A Florence , où on le voit encore.
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comme on la voyoit dans la place Vendôme. Il y a d'autres ouvrages admirables de sa main dans le jardin de Versailles et ailleurs. Louis xiv lui donna l'intendance de la fonderie de l'arsenal. Il mourut en 1702. Son frère Jean-Jacques fut aussi très-habile dans la même profession.
*> Pierre Legros , né à Paris en 1666, mort à Rome en 17 19, a eu part aux plus superbes morceaux de sculpture qui aient été faits dans celte capitale des beaux-arts. Tel est son bas-relief de Louis Gonzague, qui fut posé sur l'autel du collège romain, et qui a été gravé; tel est son bas-relief du Mont-de-Piété, son tombeau du cardinal Cassanata, la statue mourante de Stanislas Koska, au Noviciat des Jésuites (à) : tel est encore le groupe du Triom-
(a) Le Noviciat des Jésuites s'appelle aujourd'hui l'église de Saint-André. Elle est magnifiquement décorée. Le tableau du maître-autel, qui représente le martyre de saint André, est de Guillaume Courtois, dit le Bourguignon. On voit daus l'intérieur de la maison la chambre qui fut occupée par saint Stanislas : on en a fait une chapelle. On y trouve la statue de ce saint, représenté mourant sur un lit, les yeux déjà fermés; il tient un crucifix. Cette statue de Legros a beaucoup de réputation; elle offre de beaux détails; mais elle manque d'expression : le visage est trop plein, les mains trop grasses; la figure paroît représenter le sommeil, et non une agonie. Le saint est dans son hafcit de religieux; sa robe est de marbre noir, la figure de marbre blanc. On a déjà dit que celte bigarrure étoit de mauvais goût.
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plie de la Religion sur l'Hérésie , qui orne l'église cîu Giezu. On connoît à Paris le bas-relief fait par ce célèbre artiste pour l'église de Saint- Jacques des Incurables.
» Antoine Coysevox naquit à Lyon en 1640. Le grand escalier, les jardins, la galerie de Versailles, sont ornés de ses morceaux de sculpture. Il a fait encore des mausolées qui décoroient plusieurs églises de Paris. On connoît les deux groupes prodigieux de Mercure et de la Renommée assis sur des chevaux ailés, qui ont été posés dans les jardins de Marly en 1702. Chaque groupe, soutenu d'un trophée, a été taillé d'un bloc de marbre; et tous deux , travaillés avec un feu surprenant et une correction peu commune, n'ont pas coûté deux ans de travail à ce célèbre artiste : cependant cet ouvrage souffriroit peut-être la comparaison avec le Marcus Ciutius du cavalier Bernin , qui est à Versailles. Coysevox mourut en 1720.
h Xicolas Coustou , né à Lyon en i658, et mort à Paris en 1733, fut élève de Coysevox. Sans entrer dans le détail de ses ouvrages, il suffit de citer la belle statue de l'empereur Commode, représenté en Hercule, et qui est dans les jardins de Versailles; la statue pédestre de Jules-César; le groupe des fleuves représentant la Seine et la Marne , qu'on voit aux Tuileries, et le superbe groupe placé derrière le maître-autel de l'église de >~otre-Dame à Paris, qu'on appelle le Vœu de Louis xm, Son nom, célèbre dans les arts, est encore soutenu avec dis-
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tinction par MM. Coustou de la même académie. Il y a eu beaucoup d'autres bons sculpteurs.
» Les anciens auteurs donnent aux Égytiens l'avantage d'avoir élevé les premiers des bàtimens symétriques et proportionnés; mais on doit regarder la Grèce comme le berceau de la bonne architecture (a). Elle parvint chez les Romains à son plus haut degré de perfection sous le règne d'Auguste (b). Elle commença à être négligée sous celui de Tibère et de Néron. Trajan la releva : Alexandre Sévère la protégea ; mais il ne put empêcher qu'elle ne fut entraînée dans la chute de l'empire d'Occident, et qu'elle ne tombât dans un oubli dont elle ne put se relever de plusieurs siècles. Alors se forma une nouvelle manière de bâtir que Ton nomma gothique, et qui a subsisté jusqu'à ce que Charlemagne entreprît de rétablir l'ancienne. L'architecture alors donna dans un excès opposé, en devenant trop légère. Les architectes de ces temps-là faisoient consister les beautés de leur architecture dans une délicatesse et une profusion d'ornemens jusqu'alors inconnus; goût qu'ils reçurent des Arabes et des Maures, qui apportèrent ce genre en France, des pays méridionaux, comme les Vandales et les Goths avoient apporté du Nord le goût pesant et gothique. Ce u'ett
{a) Le beau temps de l'architecture chez les Grec.» fut le siècle de Pe'riclès.
(b) Le fameux Panthéon fut bâti sous le règne d'Auguste.
guère que dans les deux derniers siècles que les architectes de France et d'Italie s'appliquèrent à retrouver la première simplicité, la beauté et la proportion de l'ancienne architecture. »
On ne trouve «dans l'Encyclopédie aucun détail sur les architectes célèbres. La continuation de cet extrait est tiré d'un ouvrage estimable, en deux volumes, qui a pour tiue : Vies des architectes anciens et modernes, traduites de l'italien par M. Pingeron. #
Outre les six ordres d'architecture, le toscan, le corinthien, le dorique, le composite, et le rustique, il y a encore deux autres bâtards, dit M. Pingeron : l'ordre attique et le cariatique.
L'ordre attique consiste seulement en pilastres. On le place au-dessous d'un grand ordre et au dernier étage d'un bâtiment. L'ordre cariatique admet, au lieu de colonnes, des figures de femmes qui supportent un entablement (a). Elles représentent des captives cariennes : de là est venu le mot cariatique, qui a été donné à l'ordre. Voici le trait d'histoire qui a donné lieu à l'ordre cariatique.
(a) Entablement est l'assemblage de toutes les moulures horizontales qui terminent un édifice, ou chacun des ordres dont il est composé. La partie inférieure de Tentablement se nomme architrave; celle du milieu, frise,et la plus exhaussée , corniche. Les U'iglyphes sont de petits rectangles saillans, ornes de cannelures, qui partagent à distances égales la longueur de la frise. Cet ornement est particulièrement aiïecté à Tordre dorique. La
3ûO NOTES.
» Les Cariens s'étant joints aux Perses, d'autres Grecs leur déclarèrent la guerre, prirent leur ville, passèrent les hommes au fil de l'épée et emmenèrent les femmes en captivité. Ils ne se contentèrent pas de conduire les Cariennes comma esclaves; dans le triomphe de leurs généraux, ils voulurent encore que leurs architectes fissent soutenir les entablemens des bàtimens publics par des. figures de femmes qui les représentoient. C'est ainsi qu'elles furent substituées aux colonnes. Les Lacédémonicns firent la même chose après la bataille de Platée. Ils bâtirent une vaste galerie qu'ils appelèrent Personne, dont la voûte étoit soutenue par des personnes habillées comme les captifs qu'ils avoient faits sur les Perses.
» L'histoire nous apprend que Ninus bâtit Ninive, dont le plan étoit un carré long, qui avoit environ vingt-quatre lieues de France de circuit. Cette ville célèbre étoit environnée de murailles si épaisses, que trois chariots pouvoient y passer de front. Elles avoient cent pieds d'élévation, et tiroient leur défense de quinze cents tours, dont chacune avoit
partie de la frise comprise entre deux triglyphes s'appelle métope, et la pureté des proportions exige que cette métope soit carrée. Les petites consoles renversées, qui paruissent soutenir la saillie de la corniche, se nomment mutulcs dans les ordres toscan et dorique, et modillons clans les autres. "Le fût d'une colonne ou d'un pilastre est la partie comprise entre la base et le chapiteau. On appelle refendê les cannelures horizontales qui imitent la jonction