Les Vendéens dans la Sarthe
Voici le point capital de ce livre et le dénouement du drame sanglantdont je n'ai encore raconté que les premiers acles : la bataille du Mausi la reprise de cette ville par les armées républicaines et la déroute vendéenne.
J'ai plus besoin que jamais de le redire, ceci n'est pas une histoire, mais bien plutôt un recueil de documents inédils ou peu connus. Les événements vont se précipiter plus nombreux, plus poignants que jamais; la nécessité de laisser chaque témoin déposer sur la seule partie des faits qtfil a vus, m'obligera d'allanguir et de scinder la marche du récit, aux dépens de 1 intérêt qu'il pourrait ofiTrir sous une autre forme. Plus tard, j'essayerai moi-même de présenter un récit mieux lié et plus coloré de la déroule des Vendéens; mais ici la recherche de la vérité sur un point trop peu élucidé, contesté môme de nos annales, me délermine à renoncer, de parti pris, aux chaudes couleurs et & Tallure entraînante qu il faudrait t&cher
de communiquer à ces pages pour donner une idée des scènes palpitantes dont Le Mans fut alors te théâtre.
Si Ton ne savait que le silence a été longtemps gardé au Mans sur ces événements, comme en venu d'une sorte de convention tacite, on serait étonne de voir les histori(Mis manceaux si sobres de détails, et si peu avides lïcn trouver. Le document connu sous le nom (ÏEnquête constitue le fond et la trame des récits de presque tous nos écrivains.
En dehors d'elle, ils sont allés demander des renseignements à Madame de La Uochejaquelein,& de Beauchamp, les plus récents àU^CrétineauJoly, au Heu d'en chercher sur les lieux et dans les
témoignages laissés par les divers acteurs de ce drame sanglant. Ce n'est pas dans le Maine, on peut le dire hautement, que cet é|)isode des guerres de la Uévolution a été le mieux étudié.
Les historiens de la Vendée dont je viens de parler, et comme eux Bcrthre de Bourniseaux, Théodore Muret« Pitre Chevalier, de Quatrebarbes, M. Du Chatellier, etc., ont eu plus de curiosité que les Manceaux, relativement à la sanglante journée du 23 frimaire (13 décembre 1793).
En 185:2, un Angevin, M. Grille, publia le premier sur le passage des Vendéens dans la Sarthe un bon nombre de documents inédits. Malheureusement la rareté de son livre {la Vendée en 1793) les ùi demeurer ignorés de la plupart de nos concitoyens. De plus, M, Grille prenait, k l'égard des autographes dont il a rempli tant de volumes, des libertés trop grandes pour ne pas elTrayer ceux qui se préoccupent avant tout de Tauthenticilé des pièces liistori(iues. S il a dit de lui mémo, quelque part, à Texemple de Scarron: « J'ai rnèié la crème à la moutarde,» on peut ajouter qu'il a trop souvent mêlé le strass au diamauL
DAMS LA SARTIIE
Il restait en un mot et pour plus d^une raison
une grande part de vôrilè à découvrir Je viens à mon lour faire connaître les pièces que j'ai patiemment rassemblées, et que je regretle de publier tardivement Mises ily a vin^rt ans sous les yeux des témoins qui existaient encore alors, elles auraient réveillé leurs souvenirs, et provoqué des confidences intimes et détaillées. Aujourd'hui, ces té« moins» s'il en survit, sont devenus bien rares, et demain peut-être il n'en restera plus.
Cependant, les lettres que je cite, Icitrcs écrites le jour ou le lendemain même des faits^ ne sont-elles pas des témoins qui valent mieux que de lointains souvenirs erronés, qui ne laissent pa^^aux faits leur véritable couleur. Ce n'est pas sans plaisir, ni sans peine, que je les ai exhumées de la poussière où elles dormaient depuis trois quarts de siècle. Puissent-elles être pour le lecteur de quelque intérêt, en même temps qu'elles seront pour la vérité hisloriquc une base des plus solides.
Depuis leur entrée au Mans, le 29 frimaire au soir, les f^ènéraux et les soldats vendéens semblaient avoir oublié le danger qui les menaçait.
Les chefs, plus braves au combat qu'expérimentés et d'accord au conseil, avaient obéi aux clameurs de la foule en se rendant au Mans. Ils auraient dû se servir d'un reste dinflucnee pour la sauver malgré elle, et se refaire, à force d*union,une plus grande autorité ; mais leurs discordes achevaient d'aiîîîmenter l'indiscipline de celte armée anx abois. Aussi chefs et soldats mcritentîls une ép^ale part de reproches. « Les pavsans, jaloux de retourner dans la Vendée, dégoillés de courses et de fatigues, ont impérieusement dicté nos démarches et précipité notre ruine en hâtant la leur, » a dit le prince de Talmont, pressé du besom de. faire son apologie, s'il faut accepter
comme authentiques ses réponses imprimées à
rinterrogatoire que lui fit subir Rossignol (1).
Aucune mesure défensive ne fut prise.
Moins que jamais, parmi ces bandes affamées de vivres et de repos, on ne pouvait trouver de soldats pour tenir les avaiU-poslcs, faire des patrouilles, ou se tenir en sentinelles {^). Mais cette habitude invétérée des Vendéens ne justifie pas les généraux do n'avoir pu se mettre d'accord sur la loule à suivre.
L'Enquête n csL pas seule à avoir constaté tout ce désarroi, ces funestes défaillances, ce manque de précautions etdeconccrule la part des officiers. Un des chefs kn-méme, M. de Beauvais, commandant général de l'arlillerie, a écrit, en 1798 :
« Après des fautes et des incertitudes continuelles pour sa direction, Tannée arriva au Hans. Là, l'oubli des dangers de notre position et la négli* gence de nos devoirs mirent le comble à noire infortune (3). »
(1) Patu-Deshautschampg, Dix ans de guerres intestines, p. 231; L. Blanc, Ilisloire de la Révolution, in-4«, 1869, t. HT, p. 111. Voir, sur Talmont, le jugement de d'Elbée, dans les Mémoires de Turreau et Thommage rendu à son humanité par Bobert Taîné, ancien oflicier d'état-major aux armées de l'Ouest, Une année de la vie^nilitaire de Marceau, in-8», 1850, p. 34.
(2) Le général Roguct, Essai sur les guerres d'insurrec^ Hou de la Vendée, i. II, p. 12S-, M. Bonnemcre, la Vendée en 1793, p, 147 i Grille, 1. 111, p. 66, etc. Des avant-postes existaient cependant le jeudi aa Tertre-Bouge, et m les routes d'Angers et de Lucé.
(3) Aperçu sur la Guerre de la Vendée^ extrait dei mé* moires manuscrits du général de Beaavais, Londres» 1798, 93 pages in-8*, p. Ô6. Je regrette de ne pas eonnattre les Mémoires de H. de BeaaYaîs, que M. Crétioean-Jolj cite parmi ceux dont 11 a eu coamanication. Dans la table de ces Mémoires imprimée dans rextraiti on Ut : < DilBcaltés
DANS LA SARTflE
Une autre Vendéenne, auteur de eourU inémoi«> res comme sa compagne Renéo Bordereau, a parlé plus longuement de ce désordre des Vendéens au Mans, fatal avant-coureur de la ruine.
« Nos troupes, excédées de fatigue cl afTaiblies par le besoin, se répandirent aussitôt dans les maisons ei s*y livrèrent à quelques excès doat la suite leur fut bien fatale.
<x Le plus grand désordre se mit aussi dans les rues du Mans parmi les conducteurs des voitures charcfées des munitions et des bagages.
a C'est dans ce moment que l'on vint annoncer à Hf. de La Rochejaquelein l'approche de l'armée républicaine. 11 fît sur-le-champ sonner l'alarme, mais nos braves, trop fatigués du siège d'Angers, du combat de La Flèche, de celui du Mans avant d*y entrer, et de leurs marches forcées depuis la levée du siège d'Angers, ne purent tous reprendre les armes. Une partie resta dans les maisons (1). »
Peu de soldats, si ce n'est les braves, répondirent à rappel de leurs chefs (2). Les autres, savourant les douceurs du repos ou hébétés par l'ivresse, restèrent dans la ville, n'ayant plus même Tinstinct de leur propre conservation.
Le' 23 au matin, r infatigable Westermann avait recommencé brusquement Tatlaque contre les
qa*OD éprouve ponr entrer an Mase. Nêgligeoce da senriee militaire. Plan d*noe organisition adoptée sa moment. L'armée est harcelée eontinnellement. Déroate da Mans* Ses canseSi p. 43 »
(l) ViMli historiques sur tes services de Françoise Després^ employée dons les orméts royales de la Vendée^ depuis Vm Jusqu'en 1815, écrits par elle-même; 18t7,ia-8^, p. 35.
(S) Le mazimom des cbilDres cités est de 3,000 hommes.
Vendéens, et leur portait les premiers coups (l); aussi son nom est-il resté dans la tradition populaire du Mans, comme celui du vainqueur de Tar*
mée royale.
a Les Vendéens, dit Billard de Vaux, familiarisés avec ces affaires d'avant-postes» n'y Tirent pas assez attention et disaient inconsidérément :
« C'est encore une alerte. »
Ils croyaient ne devoir ôLrc attaqués sérieusement que le lendemain. Wesiermann, après avoir étendu ses feux, avait fait reculer les gardes avancées placées sur les routes d'Angers et de Tours, et pensait déjà enlever Pontlieue avec sa cavalerie, quand les braves, qui avaient conservé, avec leurs forces leur ancien courage, se porièrent au-devant de lui.
La Rochejaqucleiri utilise les retranchements et les redoutes élevés quelques jours plus tôt par les républicains sur la route d'Arnagc, et fait embusquer avantageusement ses tirailleurs dans un bois de sapins, sur une des hauteurs qui dominent Le Mans en avant de Pontlieue. Westermann, de son côté, dissémine son infanterie dans les sapinières, situées entre les roules d'Angers et de Tours, terrain accidenté et propre & Tattaque comme à la défense. Le combat s'engage vivement
(1) Westermann plare Taltaque k dix heures du matin. Le Bapport des administrateurs du département dit également ; » Le 2:2, sur les dix heures du matin, on entendit une canonnade qui se prolongea lentement jusque sur les quatre heures du soir. > Scion Renouaid, VEnquéte et Cauvio (Statistique de l'arrondissement du Mans),usuT lesonze heures, les hussards de Pavant-garde républicaine parurent ^ peu de dislance.» D*après d'autres témoins, au contraire, l'attaque aurait comm ncé beaucoup plus tôt. Renée Bordereau parle de quatre ^ cinq heures du matin.
entre et sur ces doux roules {l).Westermann prétend qu'il soutint la Uilte pendant près de trois heures (c'est-à-dire, suivant lui, iiistm a environ une heure après midi), qu enfin il lui obligé de se replier.
La division de MuUer, partie de fort bonne heure de Foulletourtedans la matinée,élait comme toujours chargée de le soutenir. Mais cette divi* sion, commandée « par des généraux mous, l&ches (ît ivrognes (:2-, » ne sachant (|uc fuir sans combattre, comme elle avait fait à Cholel, à En- Irammcs, à Dol, voyant Tavant-garde rcjetéc en arrière se replier sur clic, se débanda dès la première décharge.
lin témoin oculaire, Dcnaben, a raconté cette déroute dans une lettre écrire aussitdt après la prise du Hans^ et dans son Rapport. Il était parti le matin de Foulletourte avec la 3« brigade de Mullcr, commandée par le prêtre saumurois Carpentier.
Après une marche do quatre ou cinq heures, 9,nr des chemins dégradés, parvenue à une hauteur dans un bois de sapins, à une lieue ou une lieue et demie du Mans, cette brigade reçut Tordre de se mettre en bataille. Carpeniier lui comm«mda de s'enfoncer rapidement dans le bois à droite de la bulle où Tcnnemi avait ses batteries, c'esl-à-dire entre la route d'Angers et de Tours. Benaben va tourner ce bois avec ses ordonnances, et en revenant il se trouve au milieu d'une déroute complète.
(l) Le colonel Patu^Desbautscbamps, si exact ém tons ces détails militaires, dit même qn'après avoir embnsqaé ses mefUenres tronpes dans les sapinières entre ces deux chemins, La Roct cjaquolein avait fait oceitper Tespace entre les routes de Tours et de Châieandun, rar le reste de son monde. {J)tx ans de guerres intestines^ p. SOS.)
(3; tA Vendée^ Grille» (. III, p« 971.
LES VEISDÉEKS
La plus grande partie de la brigade Carpentier, entraînée par les fuyards, prise eîle-môme de terreur, s'enfuit à toutes jambes. Carpentier, abandonné par SCS soUldls, à rexccplion d'environ doux cents hommes ne perd pas courage, tient ferme avec ces braves, el rejoint Westermann (!)•
Pendant ce temps, la division MuUer, prise en flanc, débandée, s'enfayait dans tous les sens sur Foullelourte, sur Ecommoy, et même à travers champs sur sa droite, vers Ruaudin et Parigné- TEvéquc. a Notre armée se replie sur Ecommoy, » disent des lettres de la journée.wNos tirailleurs ont été repoussés, et le soir même plusieurs sont venus jusqu'icy, » écrit-on de Château-du-Loir (2). « Le gros des fuyards, qui s'était dirigé vers son point de départ, ne se rallia qu'à Foulletourte. Muller et Legros avalent devancé la division et attribuaient la déroute à la trahison» Kléber, qui avait établi son quartier [.général non loin de Guécélard, à Parigné-le-Pûlin, au château des Perrays, a raconté comment il avait fait des efldrts infructueux pour rallier les fuyards et arrêter Muller, qui poursuivit sa course jusqu'à ouiietourie» où ii eu fut
(1) Bapporl de Beiiiiben, p. 72, el sa lelire dans GrîîÎP, p. 800. J'ai fîïit de vaiiis offoris p «ur troavcr aux Archives d« Maine-et-Loire l'original de celle lelire dont Savary a donné un couit extrait,!. II, p. 440.— Palu-Deshautschamps, p.205, évalue Pavant-garde de Westermann ^ 3,000 hommes, ïe corps (le xM aller à 4,000 environ, et celui de Tiiiy ^ 3 00 4,000.
(2) Voir V Enquête ; on sait que dans les déroute?, la fuite a lieu dans tous les sens, et que les fuyards n'emboîlcnt pointlepas à la suite Tun de l'autre, à la gurue leu leu. C'est iinsi qo'après les déroutes de Saumuret du Pont-Barré, tn trouve des fuyards dans toutes les directions. On écrivait jusque de La Ferté-Bemard le S6 frimaire : « Il jr a des fuyards de n^tre armée k considérer eomme rebelles. »
DANS U SARTHE
quitte pour des injures que lui adressa Prieur ( 1 ). » Du cdté des Vendéens, heureux de leur succès,
les uns avaient repris le chemin du Mans pour se mcUre à l'abri de la pluie qui tombait abondamment, et du froid excessif; les autres s'étaient élancés à la poursuite de l'ennemi. Séparés eu plusieurs corps, saîis aucun ordre, éparpillés, égaillés selon leur habitude, bien loin déjà de leurs retranchements et de leurs canons, ils avaient suivi les fuyards jusqu'auprès d'Arnage, quand là ils se trouvèrent en face de Tarmée de Cherbourg, qui avaitquitlé Foulletourte à huit heures du matin et marchait en bon ordre. Tilly Favait formée en colonnes d'attaque. Deux intrépides régiments de ligne, les balaillons d'Aunis et d'Armagnac, qui avaient conservé leurs habits blancs à revers de couleur et ne s'étaient pas encore mesurés avec Tennemi, loin d'imiter la lâcheté des soldats de MuUer (la lèpre de rarmée), brûlaient d'en venir aux mains, et voulaient avoir pari au gâteau, comme dit Benaben. Une décharge à quarante pas arrête les royalistes épars ; ceux d'entre eux qui revenaient par la gauche, c'est-a-dire de la route de Tours, sont inopinément pris en flanc, attaque toujours désastreuse pour les Vendéens. Surpris, déroulés, accablés par le nombre de ces ennemis nouveaux, dont la ûùre attitude était aussi chose nouvelle pour eux en ce jour, décimés par la fusillade, ils lâchent pied devant une vigoureuse
(1) V. Savary, t. II, p. 427. Rapport de Benaben, p. 74. Campagne de Westermann, p. S8. - L'état des dommages causés li Parigné-le-Pôlin et conservé aux Archives de la Sarthe^ constate dans ceUe commune le passage de troi?; armées républicaines» et le biva". d'une quairiè/ne (divisioa Kléber), le IS décembre, depuis cinq heures jusqu'à minuit. Ces dommages sont évalaés à 5^4 livres. Les pertes causées par ie9Mgan4s,\e 11, sont estimées à 2,417 livres.
charge à ik baïonnette de ces deux braves régiments, et ceux qui s'écartent dans la plaine sont sabrés par les cavaliers de Westermann (1). Api es une heure de combat, ils se replient, et vont ciiercher un appui dans les redoutes échelonnées sur la route de PonUîeue.
Les renseignements détaillés font malheureusement défaut sur les vicissitudes de ce combat, qui précéda la prise du pont de Ponllieue par les Républicains. Quelques lignes d'auteurs de mémoires et d'historiens, ou môme de rapports de généraux, se bornent à résumer une lutte qui» commencée au plus tardà dix heures du matin, se prolongeajusqu'à quatre ou cinq heures du soir, moment auquel scu* lemenl les Bleus franchirent la rivière de l'Huisne.
Bien que les Vendc'ens aient commencé à rentrer en ville dés la déroute de Mullcr, puis surtout lorsqu'ils se virent repoussés par Tarmée de Cherbourg, il ne faudrait pas croire, en effet, que la masse ait fui tout d'une haleine jusqu'au Mans* La Bochojaqueleîn et Stofflet, toujours on avant, et dont la présence semblait un gage de succès pour les soldats, arrêtaient les fuyards au moindre pli de terrain, sur les hauteurs plantées de sapinières, derrière les haïes et les fossés qui pouvaient servir d'appui pour la défense ainsi que les redoutes. Le terrain fut disputé pied à pied, et quand, faute de soldais, tous entraînés dans la retraite et sourds à la voix de leurs chefs, im[)uissants à les faire tenir au feu, il fallut renoncer à • défendre la route d'Arnage, la lutte fut encore des plus vives à la Lune de Ponllieue
()) Y. d'Obenbeîm, dans Savary, t. Il, p. 426; Rapport de Benabcn, p. 74.
(2) C'est ainsi qu'on appelle la place sihicc b l'cntr(?c ries routes d*Angcrs, de Toars, de Lacé« k cioquaQte mètres en avant dn po&t*
DAHS LA SARTHE.
Voici quelques lignes de Représenlanis du peuple, crofiiciers et de soldats des deux camps qui peuvent donner une idée de la ténacité eides péripéties de ce combat, auquel il n'a manqué, pour être mieux connu, que de ne pas être suivi des terribles événements de la nuit et du lendemain.
Le récit des conventionnels est rapide comme la foudre, sinon exact comme la vérité.
« Les soldais de la division de Cherbourg fondent sur les brigands, et après une première décharge les poursuivent à la baïonnette, les met* tent en fuife et en tuent un grand nombre. Ce 11 est pas tout. Les brigands courent se reiranchcr bien vile dans difTéronics redoutes qui étaient pratiquées par «V'holons sur le pont de Pontlîone, qui paraissaient inexpugnables, et rendre le passage de ce pont impossible. Impossible ! rien ne le fut à la valeur de nos braves soldats, tant infanterie que cavalerie; ponts, retranchements, redoules, fortifications, canons, tout fut franchi dans un instant (l).ii
(1) Rapport des représenlanis du peuple Turrcau, Bonrbotte. Prieur di' la Marne, <Jcrit le 23 frimnîn; au soir et lu dans la séance de U Convention du sr». On le trouve dans le Moniteur du 26. Savary, t. II, p 432, Bouiniseaux, t. II. p. i69, et d'autres historiens en ont donné des extraits. Il faut rapprocher de cette pièce le témoignage de Tadjadantgénéral Dela<ige, commandant Tavant-garde de la division Kléber, si pittoresque dans son éloquente concision :
€ La division Tilljr rétablit le combat; elle avait jaré de ne ins plier, et elle tint son serment.
€ Deux fois elle chargea Tennemi, deux fois elle fut repouiê&em EnQn, Ji baïonnette et la cavalerie enlevèrent d'assaut quatre retrancbements qui semblaient inexpugnables et qui étaient sur un point tel que quinze bommcs seuls auraient pu les défendre. On s'acharne, on se prend eorps b eorps, on s'assassine ; b la fin l'ennemi eède et l'on entre •afee lui» par Pontlicue, dans la vilie. «
Celte lettre a éléeitée par Grille» dans son Siège d^àngetê,
14 LES VENDÉfiVS
Dans un imtant I On voit bien que les représentants n'assistaient pas au combat. Us auraient mieux tenu compte de la durée de la résistance, ils claicnt grisôs par la victoire, lorsque le soir du 23 ils tracèrent cette brûlante èpître à la Convention ; ils croyaient qu'on emporte une redoute aussi vite avec la baïonnette qu'avec la plume (1)*
Chose curieuse, une pareille animation ne se trouve pas dans le récit de deux officiers généraux commandantI*avant-gardedel'arméede Cherbourg, radjudant général Vachot et le lieutenant-colonel Vidal, qui bonl les acteurs et les héros de la victoire, et en ont retracé par écrit sept à huit jours après les priucipatfx épisodes C^^). ils parlent d abord
1841, p. 124, et rcprociuito par lui dans ia Vendée en 1793, t. m, p. 368. Je n'en connais pas Toriginal, et nussi je ne la cite qu'^ regret, de peur d*ane fabrication coaiplcie ou au moins d'un rifacimento que je soupçonne fort. D'ailleurs, De!aage, qui faisait partie de la division de Kiéber, n*a pas pris part à cette partie de la botaflle. On n'en devra pas moins, pour tout le rest^, se délier de Tauthenticité de son récit, si coloré à la manière de Grille.
(I] Touiefois, Marceau dit aussi : < La colonne de Cherbourg força l'ennemi à une retraite si précipitée qu'elle traverîNa avec lui le pont du Mans.» Mais cela n'a irait qu'à ia dernière défense qui eut lieu à Ia Lune de Pontlieue.
(S) Uestés blessés au Mans, les deux oiTicicrs adressèrent au journal les Affiches^ le récit de la bataille à laquelle ils avaient pris part, pour rectifier le récit contenu dans le Rapport des admlnistrateors da département, dont une partie, insérée dans celte feoille loeale» amoindrissait le tôle de l*armée de Cherbourg. Lenr letlie leetileaitive se tronve dans le naméro des À/iehes du Man$ du 10 nivdfe an IL On a peine ^ comprendre comment Grille» qai dn reste I reproduit fort intiactement la fin de cette pièce* a Mimé tout cela. Il travestit le récit fait par le jonmal les Altchei^ le a nivôse, k Taide dn nappan dn 97 frimaire de radmini*tratenr dn déparlemeat Roustel, en mi léeit du maire fêii et
DAI«S LA SARTRE.
en militaires des positions que, pendent le reu,TilIy fiut prendre à ses deux brigades à droite et à gauche de la roule d'Arnage, de façon à ne se laisser nidéborder, ni en foncer. «Cela fait, après une fusillade d'une demi-heure, on a battu la charge, et, la baïonnette en avant, on a repoussé Tennemi jusqu'à la Lune de Ponllieue; s'élant arrêté pour faire quelque résistance, on a fait plusieurs feux de peloton et un feu de file»
« L'adjudant général Vachot, qui avait été démonté au commencement de Paflhire, était à pied au premier rang de ravant-aardc, et à la iclc de rinircpide compagnie des grenadiers d'Armagnac, lia fait cesser le feu, et emporté d'assaut tous les retranchemenls qui étaient au pont: rien ne leur a résisté (1). d
publié le 24 frimaire; de plus, le maire se serait empressé de faire îîre la rectification dans tous les carrefours du Mans, le 25 frimaire! (Griîîe, î. lîl, p. 309-311. ) A quoi bon inventer gratuitement ces suppoi^itions aussi niaises qu'impossibles ? — Le récit des ofliciers de Tarmée de Cherbourg est un de ceux dont la véracité doit inspirer le plus de conflance» et qu'il faat apprécier dans sa pure intégrité.
(l) Vachot dirigeait Tavant-garde dont faisaient partie les liussards du 9e régiment commandés par le lieutenant-colonei 1 béodore Vidal. (Voir le récit de la composition de l'armée de Cherbourg, donnée dans leur ieUre, et qu*a aussi esquissée Pa*u-De8hau ischamps.)
Vachot est bien connu par la part qu'il prit quelques temps plus tard à la guérie des Chouans. Quml i Vidal, bOn nom a .surtout, jusqu'k ce joiir, été cilé comme celui d'un des sauveurs de M. d*Âutichamp. — Resté au Mans, malade, le commandant du 9« hussards s'élevait fortement contre les excès des Jacobins manceaui. Un 8oir« lê lina en écharpe, il assistait k une séance dn elnb ; indigné des dtb'^oiirs de einq on six nenears bien connus^ qoi lui semblaient tromper le peuple, et ch^n^her k Taifomer au lien de lui procurer du pain, il ne put supporter la seéiérûUsse de
Les deux amazones vendéennes, Françoise Des-* prés et Renée Bordereau, racontent en quelques
mots celte série d'engagements : « A Tarrivée des Bleus, a écrit la première, le combat commença hors de la ville. Les Vendéens qu on avait pu réunir sous les drapeaux se battirent en désespérés ; ils repoussèrent plusieurs fois les Républicains, et les mirent même en déroute, en démasquant une batterie qui leur tua beaucoup de monde. Enfin, après un combat long, opiniâtre et très-meurtrier, les Vendéens ftirent repoussés dans la ville, où les Républicains entrèrent pôle-méle avec eux (!).«>
Renée Bordereau, qui unissait la bravoure à la charité, et venait de prêter à M^^^de Batissandeau et tà M^^« de Chabot, ne pouvant plus marcher, chargées d'un petit enfant, un cheval (]u'eile avait acheté au Mans, dit que les républicains, après leur attaque du 21 au soir, revinrent le matin entre quatre etcinqheureSjqyCïls Turent repoussés à une lieue et demie, et perdirent beaucoup de monde et deux ou trois pièces de canon; qu'à poiac les Vendéens rentrés, les Bleus revinrent, qu'ils furent repoussés jusque dans une forêt de sa])ins, mais que l'arrivée d'un renfort obligea les Iloyalistesde se replier (2). Il est à regretter que Tintrépide Vendéenne f]uî, d'après ses dires, n*a pas quitté le champ de bataille de cinq heures du matin à quatre heures du soir, et ramassait les boulets pour les rcnvoyeràrennemi,n*ait pas donné plus de détails sur les divers épisodes de cette lutte; d'autant
semblables harangues. II sortit rn prédisant la chute prockaine des bébertisles dn Mans, et en s'écrîant : c Vîen8-t*en, camarade, N... de D. . je leur ferai voir ce qac je sois* » {Arehipes de VhâtflSoubise, W. 856, 744.)
(1) Détailê historiques sur Françoise Després^ p. 36.
(9) Mfimires deBenée Bordereau, p. 92.
DANS LA SARTHB.
plus <pïe dans le camp des Yendéens les témoins oculaires sont bien rares. Je ne trouve h ajouter à
ces témoignages que ceux de Billard de Vaux et d'un obscur soldat de M. de Lvrot.
Billard deVaux, qui se trouvait à raffaireduMans dans la division de La Rochejaquelein, à l'avantgarde, ne parie d'aucun fait particulier. 11 se borne à rappeler qu'une petite pluie fit rentrer isolément beaucoup de Royalistes en ville après avoir ro» poussé les Bleus Jusqu'à Amage; que là les combattants furent surpris et repoussés par l'armée de Cherboiii g. « M. de La Rocliejaquelein, disputant le terrain avec moins de deux cents hommes, fut ohW^à de reculer, contre son habitude. Pour comble de malheur, son cheval fut lue, et n'en ayant point d'autre sous la main, il fut forcé de rétrograder pour s'en procurer un. C'en fut assez : voir ce général, Tidole de l'armée, se replier, répandit la consternation et la terreur dans tous les cœurs ; ce ne fut plus que désordre et conftisîon (1). »
Voici ce qu'a dit on résumé un soldat vendéen, Pierre-René Mondain d'Andrezé, dont les souvenirs, grâce à une heureuse exception, ont été consignés par écrit, et décrivent surtout la campagne d'Outre- Loire, la luneste tournée de Galerne^ qui pour tant de braves fut un voyage de mort :
« Avant de rentrer au Mans, nous trouvons une belle place pour tirer. Noos avions une tranchée, nous laissons Tennemi arriver jusqu'à deux cents pas, nous faisons une décharge de notre artillerie
masquée et nous repoussons les Bleus jusqu'aux sapins; ils nous ramènent comme nous les avions menés. Stofflet nous encourage à m.ourîr ou à vaincre. Nous repoussons l'ennemi jusqu'aux sapins; il nous ramène à son tour jusqu'au pont.»
(1) BfMûire du Yendien, p. 148 et 79.
18 LES VENOÉENS
Attei&t<d'un(3 blessure, ce brave paysan rentre au Mans» SUIS rien nous révéler de plus sur rissue du combat (I).
C'est le récit de madame de La Rochcjaquelein qui a été suivi par la plupart des historiens de la Vendée, trop discrets à l'égard de cette lutte en avant de Pontlicue avec la division de Cherbourg. Seul Berthre de Bourniseaux s'est arrêté à rapporter quelques-unes de ses particularités (â).
Westermann est encore le témoin qui donne les détails les plus étendus» sinon les plus exacts, sur ces événements auxquels il prit une si large part :
(( Le 22, à dix heures du matin» nous attaquons l'année royale forte d'environ quatre-vingt à quatre-vingt-dix mille honîmes (3). Elle était retran^ chée au Mans jusqu'aux dents, et partout des
chevaux de frise étoient placés. J'avois embusqué ma petite infanterie. L'ennemi sort de ses retr anchements et se porte sur moi. Nous soutenons le combat pendant prés de trois heures; chaque coup de canon renversa des brigands; enlin je fus obligé de replier, la cavalerie et le canon soutinrent la retraite de Tinfanterie.
« Huiler arrive avec sa division» il avance; mais à la première décharge il prend la fuite et ordonne à sa troupe de le suivre pour, dit-il, prendre posi-
(1) Ce récit a été inséré par M. Théodore Muret, à la fln de son premier volume des Guerres de l'Ouest; voir pottP le combat de Pontlieue, p.
(3) V. Boaroiseaux, t. H, p. SOO; de Beauchamp, t. Il, p. 299, édit. de 18&0. L'autear a modifié le récit précédemment dooDé dans les autre» éditions ; Théodore Muret, t. I, p. 416. — On ne trouve pour ainsi dire rien sur cette partie de la lutte dans M. GrétineauJoly>ni dans Savary. Comparer à ees divers récits eelui de VBnquéie.
(8) Turreau lui-même, dans ses Mém&ireê,p. US, 195, s'est moqué des ebilDres et des pompeux récits de Westermann.
DAfiS LA SARTHE
tUmi effet, il prit cette potiUon kFauUMourle^ à quatre lieues du Mans.
«c La division de Cherbourg, commandée par le général Tilly, arrive après coup, elle avance iicrement sur rennemi ; le combat s'engage, et en moins d'une heure les brigands se replient. Je me mets à la téte de ma cavalerie et, de concert a\ec la division de Cherbourg, nous chargeons lennemi avec tant d^impétuosité que bieul6t il fuyoit à toutes jambes dans Le Mans (1).
a Huiler^qui me croyoitbattu, motionnoitbien loin de là contre moi auprès du Représentant du peu-* pie Bourbolte, qui de bonne foi croyait tout perdu. Marceau arrive et me trouve à la poursuite de rennemi, à trois portées de fusil du Mans. Il me remit la lettre suivante :
« Ton imprudente attaque a déj^ plusieurs fois compromis le succès de nos armes et le salut public ; tu viens encore par ton attaque de tantôt de nous exposer & être battus et mis en déroute. Nous t'ordonnons de te renrermer strictement dans les ordres qui t'ont été donnés par le général en chef. Ces ordres te défendent d*attaquer rennemi, mais seuhuuenL d'éclairer sa marche, de le harceler sur ses derrières et de ne jamais engager d'action. Songe qu'il y va de ta léte. Elle est là pour nous répondre de ta soumission à ce qu'exigent de toi les représentants du pays et le général en chef.
« Signé : Bourboîte. »
a U faisoU nuit et Marceau donne ordre de
(1} Ben^ben, qui toutefois ne parle pas de visu^ dit anss! qne TiUy cbargea rennemi avec Wealermann, le chassa de quatre retranchements et le força avec Ja baïonnette k rentrer en ville. (n»pportf p. 7e.}
prendre position devant Le Mans pour rattaqner, le lendemain. Il ne connaissoit pas comme moi les retranchements de Tennemi devant cette ville ;
raUaque étoit difticilc et auroit coûté la vie à bien de braves républicains. Je lui dis que iamcillewre place éloît dans Le Mans, qu'il falloit profiler du moment, je marchai toujours en avant. Marceau me serra la main et me dit : <* Tu joues gros jeu, bonhomme, mais va, je ne te quitte pas (1). »
Ce récit de Westermann est confirmé par celui de Kléber :
(( Marceau arrivant dans ce moment (-2), propose à Westermann de prendre une position en attendant la division de Kièber... MaisWcsfermann, qui ne savait point s'arrêter, répond vivement : Ma position €$i au ManSy Vennemi est ébranlé^ il faut en profiter. Marceau ne veut point contrarier ce projet qui pourtant n*était pas sans danger ; il donne ordre à la colonne de Cherbourg de soutenir l'entreprise de Westermann et Le Mans est at* laqué (^3). »
S1I ftllait en croire on prétendu billet de Westermann, cité par Grille, l'ardenl sabrcur n'aurait pas au contraire eu la pensée d'entrer au Mans dans la soirée. « Je serais au Mans, dit-il, si cet ivrogne de Mulier n'avait pas dérouté comme un coquin qu'il est... J'ai sabré à Pontlieue, puis il a fallu reculer devant les bandes massées qui tombaient sur nous de toutes parts en hurlant. Mais à demain la revanche. J^espére que par mon
(1) Campagne de Wesiermann^ p. sa
(9) Apprenant la déronte de Malier, Mareeaa étsît parti de Poalletoarte ponr rétnblir le combat, et éuit arrivé an moment d« saccès de la division de Gherbonrg.
(S) Savarf » t. II, p. 4S7.
DANS LA fiARTHE*
sabre je dtaerai au Uamavant deux fois te coucher du soleil (1). j>
Ce billet soi-disanlécrilàPhilippeaux répond bien dans son ensemble au caraclère de Weslermann , mais il répond encore mieux au style de Grille. Comprend-on que» dans celte jouruée sans trêve, le démon des Bleus ait eu le loisir de prendre la plume entre la déroute de MuUer et la rescousse de Tiliy, pour causer avec Philippeaux qui tout d*a* bord n'avait pas même été westemianniste! Cetie idée seule suffit, sans parler des autres invraisemblances, pour mettre en dcllance contre cet autographe et pour le ranger dans la catégorie trop nombreuse des pièces de pure invention, qu'on craint toujours, à bon droit» de rencontrer dans les recueils de H. Grille.
Marceau ne se cachait pas lui-même, parait-il, d'avoir eu confiance dans la fuvia incorrigible de Weslermann. Dans ï Eloge historique de ce général (2), on Ut qu'avant Le Mans, Marceau consulta Westermann, el que, satis&it de ses réponses et lui reconnaissant une excellente vue et un véritable talent, il garda en poche sa destitution « et ne cacha point les obligations qu'il avait a ses conseils et à ses mouvements devant Tennemi. » Il est fâcheux que le journal de î\larceau ou les fragments de Mémoires jadis possédés par son beau-frère Sergent, n'aient pas été déposés à la Bibliothèque de Chartres, d'après les intentions de Sergent luimême (3). Le journal du jeune général contient sans doute plus de détails que ses rapports si
(1) V. Grille, t. III, p. 295. On trouvera plus bas des détails sur le rôle de Westcrmano dans la batoille du Mans.
(-2) Eloge historique de Marceau, par Lavaliéex an VI, p. 47,
f3) Voir Notice biographique sur Sergent, par M. Noël i>ariait, 1848, note m fine.
LSS VENDÉEffS
brefs sur la balaUle du Mans, et sur la part qa*y prit Westermann (1)»
SI les généraux et les historiens, comme on vient de le voir, font peu de révélations sur ces
préliminaires de la prise du Mans, les correspondances inédiles que je vais citer, écrites dans la journée, ne jettent pas non plus une grande lumière sur ces événements. Depuis onze heures, dans la contrée, on entendait sans cesse le bruit du canon; on savait les deux armées aux prises, mais on ignorait le résultat de la lutte. Les nouvelles en apparence contradictoires de la retraite de Huiler et de la victoire des Bleus laissaient du doute et de l'inquiétude dans les esprits. Ce ne fut que fort lard dans la soirée qu on connut d'une façon certaine le succès de l'armée républicaine. Voici des lettres de raprès-midi et de la soirée du 22, toutes relatives aux diverses péripéties du combat
Du Grand-Lucé, le correspondant habituel de Saint-Calais, Rochelle, transmettait à cette ville le rai^port fait à cinq heures par le citoyen Freulon, de Mulsanne, et confirmé de bouche, disait-il, par
un citoyen absolument digne de foi :
« Le citoyen Freulon vient de nous rapporter que sur la soirée Tarmée républicaine s'approchait de Ponttieue et a devancé Tarrière-garde des brigands après Arnage, et nous assure que nos troupes ont tué aux ennemis environ mille hommes; que le i)Oste de cent brigands sur la route d'Ecommoy, au Tertre-Rouge, a été débusqué; quatre ennemis y ont été tués.
(1) Att Dépôt de ia guerre on trosverait sans dooCe le premier rapport de Marceaa, da 23 frimaire, que n'a pas donné Savary. Anenn de ces rapports n'ayant été eommnni* qaé 11 la Convention, on n'en tronve pas trace anz àtMvu de Vhêtel SouHee.
DANS iA SARTHE.
« Le dloyen Freulon a de plus rapporté qae rarmée républicaine assiégeait Le Mans, et qu'il croyait qu*une partie s ciait enfuie ; voici ses propres expressions.
«Mais quatre vedeltes que nous avons envoyées de Lucé viennent de nous rapporter ce qu'ils ont vu de bien prés, puisqu'ils ont été avec un hussard à la portée du fusii.
« Ces quatre vedettes, accompagnées d'un hus* sard, ont été jusqu'à Pontlieue.
« De Pontlieue, là ils ont vu les deux armées, celle des Mayonçais, commandée, dit-on, par Westermann, et celle des brigands en présence Tune de Tautre.
a Le feu de Tartillerie et de la mousqoeterle fatsait un bruit effroyable ; farmée de Mayence était sur le chemin d'Angers, répandue dans les landes, et celle de l'ennemi à Pontlieue retranchée. Le combat a duré cinq heures de temps ; ils étaient acharnés les uns contre les autres* Il a été tiré plus de trois mille coups de canon de part et d'autre*
« Les citoyens n'ont rapporté d'autre résulut du combat, sinon que notre armée reculait et avançait, les brigands faisaient de môme ; ils n'ont pu savoir laquelle des deux armées avait eu le dessus. Mais nous venons d'apprendre depuis que noire armée se repliait en ordre sur Ecommoy, ce qui met Lucé en grand danger. Nous ne savons pas combien nous avons perdu de monde ni l'ennemi. Adieu, citoyens, tranquiliisez-vous, l'ennemi n'ira, je ne crois pas, de votre côté.
a Salut et fraternité.
tt Rochelle. )>
(Envoyez^oi quelques courriers, je ne trouve
ici personne.)
Cette dépêche, écho des nouvelles contradic-
S4 LES Y£KDÉ£KS
toîres, ]elâ eacore une fois l'alarme dans Saint- Calais.
Un citoyen qui avait vu une partie du combat de la vallée des Cerisiers, rapporta aussi dans cette commune que Tarmée ennemie occupait une partie de la route de Lucë, et une partie de celle de
Ruaudin; que les Républicains tenaient la roule
de Chàtcau-du-Loir vers le Tcrlrc-Rougc , qu'il avait vu les combattants poursuivis jusqu'au-dessous de la croix de la Basilerle sur la roule de Lucé; que îe feu avait cessé, que l'armée de la République rétrogradait. C'était le récit de ce qu'il avait pu apercevoir de la déroute de Muller, à rextrémc droite.
A6ouloire»oneutégalement peu de renseignements et bien peu de nouvelles rassurantes; une lettre de
celle commune, écrite à sept heures du soir,disait que des vedettes allant de Parigné au Mans avaient rencontré un détachement de Mayençais, qui les avait forcées d'aller à la découverte avec eux, et leur avait rapporté que tout allait bien; mais qu'un courrier avait fait signe que Tarmée de JUayence revenait sur Tarmée composée de trente mille hommes.
Une lettre écrite d*Ecommoy donnait des nouvelles plus fraîches et de meilleur augure:
«J'arrive d'Arnage. La première colonne se repliait. Westermann a arraché la victoire des mains des brigands. Lui et Beysser {Usez Sépher) les ont poursuivis jusque dans les murs du Mans. Ils se sont retranchés dans la ville, d'où ils seront dé* busqués demain, n
Plus avant dans la soirée, dans toute la contrée voisine de la rive gauche de THuisne on connut enfin d*une façon plus certaine la victoire des Bleus. Des citoyens arrivés à Connerré par laroute dTvré y rapportèrent que Tarméc républicaine avait fait rentrer les rebelles jusque dans la ville ;
DAMS LA SARTHB.
« Cela annonce, remarquait-on, que nos troupes ont eu un pctU avantage contre ces gucux^à. »
A dix heures du soir, Tinfaligable commissaire de SainUCalais, Blavctle, arrivé à Parign6 -rEvéqiic dans l'après-midi, accouru de Parigné. vers Pontlieue, transmellail lui-môme de Chan;:fé les renseignements qu'il s*était procurés, etque je donne ici tout entiers, bien qu'ils anticipent sur la partie des événements que j'ai racontés. C'est de Phis* toire écrite au bruit, presque à la lueur du canon :
Changé, ce 22 frUmire^ Pan il de la République une et indivisible.
HL Le sans-culotte Blavetteaux citoyens composant le comité de défense du district de Saint* Calais.
« 10 heures du soir.
«Aussitôt arrivé àBouloiro, j'en suis reparti avec les citoyens Légueré, Ribot et Desganeries. On nous a dit en route quMl y avait un poste ennemi
à la Fourche; ilcs culants que nous avons trouvés en deçà des étangs nous ont dit la môme chose. Nous avons pour nous en assurer tourné ce poste par la roule de Connerré ; nous armant alors de courage, nous avons passé ventre à terre sur le chemin de Changé. De là nous avons vu, examiné un poste et une sentinelle avancée ; nous avons alors délibéré sur la route que nous devions tenir, et notre zèle nous a poussé à nous approcher le plus près possible de Pennemi, dans des chemins a nous inconnus et sans guide.
« Une fusillade et une canonnade, telles que les fastes de Phistoire n'en donnent pas d'exemple, se faisaient continuellement entendre; et, chemin faisant, nous avons remarqué que nos troupes ont
avancé jusqu'à Pontlîeue, ensuite ont été repoussées, et à leur tour oat doimë la chasse k TennemL
« A un quart de lieue de Changé, nous sommes entrés dansune ferme où nous avons trouvé une bonne citoyenne qui nous a conduits à Changé et
nous a dit que rcnncnii était à Yvré, et qu'on en avait vu plusieurs. Arrivés à Changé, nous n'a- 1 vonspu nous procurer d'autres renseignements, parce qu'il n'y avait presque plus personne, sinon que le ieu avait recommencé à sept heures du matin, et avait toujours continué.
« Non contents de cela; à trois heures da soir, nous avons été à pied dans la lande de Pontlieue pour découvrir la ville. Nous sommes entrés chez un paysan qui nous a conduits et nous a dit avoir vu le combat. Voici son récit, sur lequel vous pouvez compter :
a A sept heures du malin, les tirailleurs de Mayence ont commencé à la Source sur la route de Tours; l'armée est arrivée à neuf heures et a commencé le feu de Oie; Tarmée de Mayence était com* posée de 10,000 hommes. Le feu de Tennemi était si terrible, que cette armée ne voyant pas de secours a cru être trahie et s'est repliée jusqu*au camp de la Fédération, au bas du Tertre-Rouge.
« Elle s'est rangée en bataille. Là il s'est engagé une affaire des plus terribles, le canon et le fusil ont cessé de se faire entendre. On s'est battu à l'arme blanche avec le plus grand acharnement, i Cavalerie, infanterie, tout était péle-mélOt et notre j armée aurait sans doute été taillée en pièces sans I rarrivée de 6,000 hommes avec deux pièces de siège v qui sont celles que vous entendez à Saint-Calais. Ce secours est arrivé à onze heures ; alors nos troupes se sont ralliées, l'ennemi a été forcé de faire sa retraite sur Pontiieuc.
<c On entend le feu, nous le suivons dans sa
DANS LA SAKÏHË*
marche. Un combat terrible s'est ensragé à Pontiieue. Le bruit du canon se faisait entendre comme le feu de flle le plus nourri, ivoire armée a franchi tous les obstacles : elle est entrée en ville vers cinq heures du soir. De part et d'autre, le canon vomissaiL la mort dans les rues, nous avons suivi la marche du canon jusqu'à la place dos Halles; Tenfer semblait alors vomir toutes ses furies; nous voyions bien clairement le feu du canon. Suivant nos conjectures, Tennemi a été repoussé du côté de Saint-Jean. A neuf heures, nous croyons enlendre le canon vers la route de Laval.
(( Nous entendons soixante coups de canon à la minute, et certainement Taffaire d'aujourd'tiui, quelle qu'en soit Hssue, figurera dans les fastes de Thisioire autant que les sièges de Lille et de Mayence. le n*al pas le temps d'entrer dans plus de détails intéressants, je vous les donnerai demain. Si je vis, j'approcherai à la barbe de Tennemi. Je ne puis cependant vous taire que le général Duhoux et le ci-devant évêque du Mans sont avec les Brigands.
tf Les citoyens Légueré et Ribot partent à dix heures; le feu est toujours aussi terrible.
« BLAVfiTifi, commissaire civil. »
Enfin, une dépêche d'Evaillé, faite sur le rapport du maire de Chahaijrnes, Pitard, parti en vedette, et qui était lui-même de retour à Lucë le 22 à onze heures du soir, donnait des nouvelles, plus concises, mais aussi décisives :
« Le citoyen Pitard a demandé au commandant du détachement des hussards stationnés àParigné, la faculté d'accompagner la première patrouille qui irait à la découverte de Tennemi.
« La patrouille était composée d'un adjudant et de six hussards. Les citoyens Pitard^ Mauduit et Goutard, de Loué, les ont suivis jusqu*au Mans,