Quoi ! vous, notre ami ! vous — Soriez
— Au moins, monsieur, vous ne refuserez pas de me rendre le dépdt que vous a confié le vicomte (le S*'*. — Que voulez-vous dire? — Usez (Albert
lui ilonna le billet dont il était porteur Que
rrpon(l(v.-vous? — Rien. — Mais ce dépôt. ~ le le rendrai à qui me Ta remis. — Voilà son billet. — Je le jette au feu. — Monsieur! — Ma conscience m'ordonne de désobéir au vicomte. Vous donner son argent, ce serait en faire présent aux républicains qui vont vous arrêter. — 0 trahison! Misérable! » La porte s'ouvre; une escouade républicaine entre, a Citoyens, s Lcrio M.deB..., arrêtez ce brigand qui venait 'me torcer à lui donner asile, n
Albert est conduit sur sa demande au commandant de la place, au généreux Delisle. Pour rester seul avec lui, il annonce avoir un important secret à lui révéler. 11 lui raconte son histoire, la perte de sa mère et de sa s(eur : n Viens avec moi, lui dit Delisle qui veut encore une lois le sauver. J'ai eu le bonheur d'arracher à la mort un grand nombre de femmes vendéennes, que la fureur du soldat était près dMmmoIer. — Où sont-elles? — DansTéglise de l'Oraloire. »
Les deux amis y volent suivis de quelques oiliciers.
Ici se place le lugubre et pathétique tableau de la prison de roratoire» que je réserve pour une des pages les plus émouvantes de Thistoire des prisonniers. Albert retrouve enfin au fond d'un confessionnal sa mére morte et sonaniantè qui, déposée chez le coucierge du Collège, expire quelques jours après.
Abattu par tant de malheurs, il reste malade chez rhôte de Delisle, et y prolonge son séjour.
. c( Mais il n'était guère possible . qu'un Vendéen n'attirât ni los regards, ni les soupçons, dans une ville qui venail iVcirc dévastée par le passage de Tarmée catholique. Il vit à quels dangers il exposait son hôte et partit déguisé en mendiant. » Delisle avait^aussi quitté Le Mans pour se rendre i Nantes, où six mois plus tard,victime d'une obscure délation , ce généreux officier trop humain fut arrêté à la téte de son régiment (1).
Enfin, pour en finir avec les anecdotesj j'ai trouvé aux Archives de la Sarthe, la note suivante qui n'a aucim caractère officiel. Je la reproduis
telle quelle, en faisant observer seulement qu'elle a été écrite sous le Directoire et qu elle est antérieure à floréal an Vil, ainsi que le constate une uote qui y est jointe :
« Lors de la déroute de Tarmée vendéenne au Mans» quatre femmes, qui en faisaient partie, furent aperçues traversant la compagne qui borde la route du Mans à Laval, (jue suivaient alors les brigands vivement poursuivis par Tarmée républicaine.
« Les quatre femmes se réfugièrent d'abord dans un large fossé, couvert d'une double baie, où elles restèrent un certain temps (comme une heure ou environ). De là, elles gagnèrent une habitation non
(1) Lentes philosophiques^ publiées far M. R ...« B
p. S35-d50. Ce récit a été reproduit dans la Gazette du Muine. l\ doit y avoir une part de fiction dans ce récit; car la fille du vicomte de S. . l'amazone de seize ans, la belle Sophie, ne mourut pas au Mans. I/autcur devait ne pas rignorer, à cause du séjour au Mans de ^^. de Sapinaud de .Boishuguet, le traducteur des Psaumes, qui est aussi Fauteur des Tfolices sur quetques généraux vendéens^ insérées dans les Mémoires de de Sa|)inaud, et dont la mère avait donné î^siie un instant k celle qui semble être « la belle Sophie. »
L£S VE»DÉËNS
éloignée et s'y Uareui cuc'/.rcs avec soin; ne s'y croyant pas assez en sûreté, elles se rciirôrent dans une autre maison, qui louch? le bord de la
grande roule ci-dessus mentionnée.
«Un habilaultle^environsqui les avait observ êes avec allenlion, ne. les vit pas pluLôL sorties du fossé, lieu de leur première retraite, qu'il y enlra après elles. Après avoir scrupuleusement examiné Aes alentours et Pendroit précis où elles s*élaienl tenues cachées, il crut apercevoir la terre fraîchement remuée cians le Tond du fossé. Il eu soulève la supei licie avec son couteau et trouve à très-peu de profondeur : 1^ plusieurs lions au nom de Louis XV i de la valeur de mille francs chaque ; i9 une chaîne de montre en or; 3» une i)ague qui paraissait être de prix ; 4^ une botte ou tabatière richement garnie en or, portant sur le couvi rcle le nicdaillun d'un oflicier de la marine ci-devant royale en grand uniforme (ce portrait est infailliblement, ou du ci-devant comte Paris de Soulange, capitaine de vaisseau, ou du ci-devant comte du ChafTaut, ex-ofTicier général de la marine) ; 5» enfin une certaine quantité de lettres, toutes signées par des membres de la famille du Cbaffaut ou de celle Paris de Soulange, son alliéi". Les adresses, autant que Ton peut s en rappeler, portaient également le nom ou du Chaffaut ou Paris»Soulange.
H Le particulier qui a fait cette découverte, en a probablement fait aussi son profit; aucune connaissance n oii est ofiicicileuient pai venue aux autorités constituées.
« Les quatre femmes, dont trois certainement appartenaient aux familles du Chaffaut et Paris-Soulange (deux d^entre elles paraissaient &gées de cinquante ans environ, une autre de seize à dix-sept ans), sont restées a jx u jircs un mois dans cette maison, sur le bord de la route de Laval au Mans, commune deLogues, canton deLouè. Elles s'y sôi^
DANS LA SAHTHE.
cachées avec le pl us f rand oin c t sous des vêtements qui annonçaient des gens du plus bas étap^e.
(( Au bout d'un mois ou environ, un cDiuinissionnairc qu'elles avaient envoyé porter une. lettre à Saumur, à l'adresse d'un membre du tribunal du Comité révolutionnaire établi pour juger les brigands pris les armes à la main, leur rapporta une dépêche, dont il fut amplement récompensé par une somme d'argent et une montre d'or. Cette dépêche fut suivie de près de l'arrivée d'un inconnu, qui vint visiter ces femmes, leur paria mystérieusement^ et le lendemain ou la nuit suivante disparut avec elles, sans que depuis il en ait été question. )>
Qu'y a-t-ilde vrai dans celte anecdote? Je Tignore» il ne faudrait pas s'effrayer de son apparence romanesque. La vérité, alors, est plus surprenante que ne l'est d'ordinaire le roman Ini-méme. Il faut cependant que cette famille ail été fort nombreuse, car pendant que MM. du ChatTaut combattaient encore à Savcnay, et que plusieurs succombaient sur la rive gauche de la Loire (l ), les membres de leur famille, restés captifs au Maus, y mouraient en foule dans les prisons.
Je trouve inscrites parmi les mortes :
Harie-Henriette-Pélagiedu Chatfaut,ûgéede trente et un ans {alias^ par erreur, quarante ans), épouse
de Louis-Aupuslin-Aniuiiie-Marie de Chevigné, district de Montaigu, commune de Chevigné (Vendée). Rosaliedu Chaffaut, sa sœur, âgéede dix-huit ans. La citoyenne Marin, épouse du citoyen du Chaffaut-la-Guignardiére, mère des deux précédentes, âgée d'au moins cinquante ans.
. La citoyenne Marin de Chevigné, âgée de «luarantc-cinq à cinquante ans, belle-sœur de la dame de Chevigné.
(l) Boorniseaux, t* ih, p. ^17*3^1.
LES YENDéBNS
Harie-Uenriette et Harie-O^mane de Chevigné^ âf^fées de six et de quatre ans, filles de la dame de
Chcvigné.
CliarlesRorlliaix-Marmande, âgé de quatre ans, de Luçon, nis du citoyen Rorthaix-Marmaade et de Macie-Osinane du Chafïaut.
La ciloyenneAu;; ustine-Pëiagie de Chevigné, Agée de lrente*six ans, religieuse àrUnion de Luçon (1).
On voit que la mort avait fauché largement parmi les membres de la famille du Chaliaut et parmi ses alliés. Les fuyards, alors, étaient conime autant de tribus errantes, dont il ne faut pas s\Honner de trouver en plus d*un lieu des branches et des rameaux divers. Malgré donc les nombreuses victimes, tombées dans les prisons du Mans, des reprcsenlanls des autres branches de la môme famUIe ont pu avoir un sort plus heureux sur la route de Laval.
En voilà provisoirement assez sur le sort des Vendéens, immédiatement â près la prise du Mans, en entrant dans les prisons. Plus tard, nous étudierons la destinée de ceux qui ont survécu, ou furent condamnés judiciairement. C'est dire que nous aurons à raconter une foule d'autres anecdotes dont le récit, dans sa vérité toute nue, renferme plus d'émotion et d'attraits que bien des romans.
(1) Je donnerai des roaseigueraents curieux et ctendtjs sur ceUe religieusl' et les jeunes pensionnaires de Lucon qui nvîuent fui avoc elle. — Sur M. de Chevigné, voir Mêmoirrs de ^[mc de Sapinaud, p. 65. — Anne BoursiiT, àp^rc <îe vingt ans, ci-devant fominf' de chambre de la dame du- Ghaffaul, d'Avrillr, près les Sables, déclara fpie sa maîtresse était uiortc à La Flèche. Elle mourut elle-même en prison. La femme de chambre et la cuisinière de madame Chevigné de l'Iicorce étaient aussi li la Mission; Tune d*elles dit ravoir perdue aa Mans.