LES V£NDÉ£UNS
détruit le conte des amours de ^larceau et d'Angélique ; mais cette lettre est évidemment fabriquée de tous points par Grille, qui, lorsqu'il a besoin d*un document, ne se géne nullement pour l'inventer. Je ne cite donc ce favx que comme curiosité. Grille d'il sa pièce êcrile de Laval, le 26 frimaire, [lar Seprélnin à Dolaunay d'Ernée :
t( Je t'envoie ma domestique Jeanneton avec « une jeune fille dont le sort esi touchant. Père, K mère, amis, elle a tout perdu« Elle se nomme d des Heslicrs, elle est de Mon tfaucon. Elle étaitau « Mans iliius le désastre, assaillie par des soldats. n Elle aper(,'oit Marceau et se jette à lui, il dit à « Savary de la prendre et de la sauver, puis il or- « donne de battre la générale, afin de rallier la « troupe et d'arrêter le désordre.
« Savary met la jeune flilé dans une voiture et « la fait suivre Tarmée. Il m'a conjuré de ne pas « laisser périr cette pauvre enfant, que Je te conu fie à toi-même et que tu garderas bien. »
En face de ces incertitudes, je laisse aux historiens de Laval le spin de mieux préciser^ s'il est possible, rasile de Mademoiselle des Mesliers, dont
la tradition a pu conserver le souvenir chez quelques vieillards, point qui n'est pas, du reste, d'une importance capitale.
Le 26 frimaîro, Marceau quittait Laval marchant à la poursuite des débris des Vendéens: il ne revit jamais sa prisonnière. Là, s'arrêtent doncles visiies (?) qu'il lui fit, dît-on, en compagnie de Kléber, qni
parle ainsi de M^'<' des Mesliers, dans ^cs}[é mondes: « Jamais on ne vit de femme plus jolie et mieux « faite, e'c sous tous les rapports plus inlôressanie; « elle avait à peine dix-nuit ans. >* Ces courtes entrevues du â3 au 3S frimaire, et le peu d*inslants que Marceau put consacrer à sa jeune captive
DANS LA SAtITHE
sufHrenl-ils pour faire [tasser Mademoiselle des Mesliers de la reconnaissaïKie à un senliment plus tendre, de rnmiliéù raiiiour ? La chose csl fort croyable. Qu'on se rappelle la fihysionoii ie de Marceau, telle que nous la représentent le burin do Sergent et de Souhait ou le ciseau de Préault, et Ton avouera que ce général de vingt-quatre ans, avec son costume pittoresque, le dolmen et l'écharpe flottante, sa taille élevée et bien prise, sa fine moustache, sa tournure fiére et digne, son cœur ardent, son àme pure [tlie wUlieness of lus soul^ a dit de lui Byron), et surtout son auréole de sauveur, était bien fait pour inspirer de Tamour à cette jeune fltle de dix-huit ans à peine, qu'il venait do sauver et qui n'avdil que son cœur à donner pour payer sa dette de reconnaissance.
Marceau ne ressemblait en rien aux généraux sans-culottes d'alors, Bonsin, Rossignol, Rouyer, Rolf>ert, Triboust, Turreau , dont le débraillé^ le • cynisme et la laideur physique sont restés fameux, vrais caporaux de corps de garde, sans respect pour les personnes comme pour les proi^riétés, teignant leurs mains du sang des prisonniers, n'épargnant ni les femmi s, ni les enfants. 11 savait allier la lierté d'un héros à la grâce d'une femme, et la bonté de Tenfant au courage du guerrier. Cette guerre fratricide répugnait à tous ses nobles insLincts d'Imnianité, et sa générosité s'efforçait d'en atténuer et d'en restreindre les horreurs. « Kléber et Marceau ne sont pas là, disait Wcs- « termann après Savenay, nous ne faisons pas de c( prisonniers, il faudrait leur donner le pain de «r la liberté. »
Mademoiselle des Mesliers, sans oublier ce qu'elle devait à sa cause, pouvait donc aimer le jeune général républicain qui savait respecter ses ennemiii après leur défaite, et avait les mains pures du sang des prisonniers. Cet amour est cependant
888 LrES VENDÉENS
resté à létal d'énigme; comme l'a dit le bavoû Ernouf, ce mystère fat promptomenionseveii dans une tombe sanglante (1); la hacbe du bourreaa vint briser ces fiançailles du cœur.
L èiiigme loulelbis n existe que du côté de Mademoiselle des Mesiiers. « Ce n'était pas Briseïs que l'on enlevait à Achille, répète à satiété el avec son mauvais goût habituel Sergent, en parlant de son beau-frère ; il n'avait pas couvert de ses baisers son esclave, il ne lui avait pas placé nue rose dans les cheveux... Il n'a pu nous la nommer quand il nous en parla, et voici ce qui prouve qu'il était loin de songer à l'amour. Lorsqu'il me narra ce fait de bouche, deux mois après, il me dit : « Le soir, plus tranquille, elle m'a semblé jolie tm fraîche. »
C'est ici que la légende commence à entrer plus avant dans lliistoire. Aprrs son départ do Laval, Uarceau n'a plus revu Angélique des Mesliers ; il lui a donné un sauf-conduit, procuré un asile, iUa cru mettre ses jours à l'abri. Nais il a compté sans l'atroce cruauté du comité révolutionnaire cL de la conunission iiiiiiiaire de Laval. Mademoiselle des Mesliers ne devait pas goûter loni^^tcjnjjs la sécurité et le repos, après le départ de ses sauveurs.
On a vu, par les arrêtés de Garnier de Saintes, quelle inquisition fut exercée dans le Maine sur
les débris des Vendéens, qui avaient pu trouver un refuge chez quelques gens de cœur.
Dès le lendemain du départ des généraux, pendant qu'on faisait des battues dans les campagnes pour mettre à exécution les arrêtés extermina-
(1) Voir Ktéber, par le baron Ernoiif, Ueme eouimporaine, 1866, p. 014.
leurs de Garnier de Saintes, de Bourbolle, de Prieur et de Turreau, on prescrivait aux habitants de Laval, dit Savary, de faire la déclaration des étrangers restés en ville, ét Ton commença les visites domiciliaires.
Mademoiselle des Mesliers ne put échapper à la perquisition ; peiit-ôtre même ne chercha-t-elle pas à s'y soustraire et se livra-t-elle, elle-même, de peur de nuire à la famille qui lui avait donné asile. Elle ne déguisa pas, paralt-il, lo nom de son sauveur, croyant que ce nom serait pour elle le salut. Elle remit sans doute aux membres du comité révolutionnaire le .sauf-conduit de Marceau, qui du comité a passé dans les archives départementales, et ne fait pas partie des dossiers de la Commission militaire. C'étaient là de trompeuses illusions : la franchise d'Angélique fut même* sur le point d*ôtre fatale à ses libérateurs. Savary dit qu'on instraisil contre les généraux une procédure qui eût pu leur devenir fatale, si Bour- • botte, resté malade à Laval, ne Tavait anéantie, ce dont il les instruisit le lendemain du combat de Savenay en rejoignant Tarmée.
Bien que ces lignes aient été écrites par Savary qui, s'il ne dit pas Loujours toute la vérité, ne dit habiluelleuïent que des faits vrais, elles donnent lien à quelques réserves. Bourbotie était resté malade à Laval, le fait est certain ; le 2 nivôse il y créait avec Bissy la Commission révolutionnaire de la Mayenne. Le 3 nivôse, après Sdvenay. Prieur et Turreau écrivaieiU à la Convention « qu'ils regrettaient bien que leur bravé collègue « Bourbotte, rest('* malade à Laval, n'eût pas été téa moin de leurs succt^* n Uevint-il dès le lendemain? je 1 ignore; mais si son retour avait été moins prompt, je comprendrais mieux comment il put instruire les généraux du danger qu'ils avaient un instant couru. Mademoiselle des Mesliers, s'il
29Ù LES VElHDÉBffS
faut en croire une lotire (luelle écrivit, dit-on, à sa lanlc le 9 nivôse, n'aurait été arrêtée que le 6. Voici cette lettre :
a Ma chère el bonne tanU^
a Vous savez qu'au Mans Tarméo républicaine a « obtenu une vicloirc complète. J*ai eu le malheur « afû'eux crêtre séparée de ma famille dans cette . « horrible déroute ; je désirais la mort et je n'ai « trouvé que de la pitié parmi les troupes républi- « caines. J*aî été sauvée par le général Marceau, « qui m\'i traitée non-seulement avec humanité, a mais encore ai-je à me louer de son honiiélelé el « de sa générosité. H m'a conduite à Laval, où mal- ¥ gré les précautions qu'il avait prises pour me « soustraire à tout péril, j'ai été conduite à la mai- « son d'arrêt, où je suis depuis trois jours. On me «t fait espérer que mon âge me met hors la loi. Je a puis donc ne rien craindre pour mes jours ; mais, a ma chère tante, j'ai tant d'autres sujets d'uiquié- « tudcs! Qu'est devenue maman ? Ma sœur, mes a frères existent-ils? Vous qui aviez tant d'amitié « pour ma pauvre mère, combien vous serez ton- Il chée de son sort, quel qu'il soit! Prenez pitié du « mien aussi. Voyez'^moi seule, isolée, sans appui, « sans proLcciewr, sans conseils. Que cjeviendrai- « je ? N^^ pourriez- vous pas me faire réclamer? Je c( me j<Hte dans vos bras, ne m'abandonnez pas : « que je vous doive la liberté !
K Puissé-je aller vivre à Nantes auprès de vous! a Je connais le malheur bien jeune ; toute ma vie « je pleurerai la peifiB que je viens de faire ; car <( je ne puis presque pas douter que ma malheu- « rcnse mére n'ait été massacrée dans le premier « monwnt de fureur,
a Je n'ai dû mon salut qu'à ma jeunesse ; elle a « été respectée par le général bienfaisant qui m'a « protégée.
DANS LA SAKTIIE. 291
« Éloignée de tous les miens, je ne possède plus « rien; ma misère vous louchera sûrement. Ma H bonne tante, j'ose compter sur lassistance que
réclame de vous votre malheureuse et innocente M nièce,
. u Angélique dès Mesusrs.
c( 9 nivôsCj an II de la République. »
« Adressez votre lettre à la maison d'arrêt, aa citoyen Paul, qui me la remettra (i). »
C'est seulement après Tarreslation de Mademoiselle des Mesliers que Marceau dut se trouver compromis. Je ne nie pas cependant qu'une dè-
noncialion n ait pu de très-bonne heure être lancée contre lui. Marceau était suspect à tous les gén(^raux de larmée de Saumur, à Prieur, c'i Turreau ; un envieux qui avait surpris son secret» put le dénoncer, pour avoir soustrait une Vendéenne à Tapplication de la loi. Cette dénonciation aura été lacérée par Bourbotte, dont Marceau avait sauvé la vie à Saumur, se vcn^^caiil ainsi noblement des soupçons du Représentant qui l'avait fait jeter en prison. Bourbolte trouvait là une occasion de réparer ses torts, comme il put bientôt en rencontrer d'autres k Nantes, alors que le jeune général fut payé de ses succès par une disgrâce.
(1) Cette lettre a éié ritéepour la jytmière fois parJohannet qui, dans la Vendée à /roifi epoqucs^i, I, p. 243etsuiv., a consacré un chapitre tout ontior à M"c des Mesliers, et a rempli, le premier, son histoire de fables qu'on s'est enii^rossé (le reproduire. Elle se trouve aussi dans AI. Crctineau-Joiy et dans M™^ delà Rochère, Épuoiles des guerres de l Ouest, p. lOG. Je dirai plus bas quel éiaii alors le sort de madame de Concise, tante de M"» des Mesliers.
â92 LES VENDÉBfIS
La pauvre Angéliqoe fut moins heureuse : jetée i toul d'abord en prison, elle comparut, au bout de , près (l'un mois de captivité, devant la Commission nnolutionnaire de la Mayenne, le 3 pluviôse ' (22 janvier 1-794), le lendemain de Timmolation des quartôrze prêtres. Elle tai condamnée à mort malgré son âge, avec sept autres femmes. Madame veuve Hay et ses qyatre filles, dont Tune avait, dit-on, il peine quinze ans, et deux autres victi* mes (i) : « atiendu, dit le jugement de la Commission, que par leur interrogatoire il est prouvé que ces huit accusées ont fait constamment partie des brigands de la Vendée, les ont suivis dans tous les lieux qu'ils ont dévastés, et sont par conséquL'iiL les fauteurs cL complices des meurtres et pillages commis par eux... (2). »
Dès neuf lîcurcsdu matin,cet assassinat juridique, décidé à huit heures, avait son sanglant dénouement; ces huit têtes de femmes et de jeunes filles tombaient sousie couteau de la guillotine, sur la place au Blé, aujourd'hui la place du Palais ;3).
C*est autour de cette mort que s'est surtout escrimé le roman. M. Johannot, puis M. Crétineau-Joly ont supposé que Marceau, non plus, disaient -ils (retenez -le bien), à Farmée de rOuest, mais à Tarmée du Nord, avait appris au fond des Ardennes le danger qui menaçait Mademoiselle des Mesliers. Aussitôt, selon Tbis-
(1) M. Hay avait été con;lamnc îi mort par- la deuxième commission militaire ir4ngers, le 5 nivôse.
(2; Voir sur ce ju^^enient M. Berriat-Sainl-Pnx, la Justice révolutionnaire ; tes Marfijrs du Maine, 2« édition, l. II, p. 278, et les rei,'istres de la Commission au greffe du tribunal il^ Laval, feuillet 22. '
(3) Les romanciers disent qu'Angélique tenait aux lèvres, en mourant, une rose artiticielle dont Marceau avait orné sa chevelure.
lorien de la Vendée mililairef il monte à cheyal (il n'y avait pas alors de moyen de iocomolion plus rapide), vole d'abord à Paris, arrache au
Comité de salut public la grâce d'Angélique, remonte à cheval, arrive à Laval, bride abattue, sur la place au Blé qui a vu tant de fois se dresser réchafaud, criant : « Grâce, Grâce. » Au moment même, il aperçoit la tète sanglante de Mademoiselle desHesliers, qui venait de tomber sous le couperet et que le bourreau montrait au peuple. C'est d*un dramatique achevé, c est poignant, mais ce n>st pas là de Thisloirc (1).
Toutefois une pareille mise en scène n'a pu naître de toutes pièces dans rimagination d'Au^^usle ;lobannet : il faut lui trouver un germe. Ce récit, si chaudement coloré, a pris évidemment naissance dans celui d un historien lavaltoiSt Fauteur des Martyrs du Maine. Théodore Perrin attribue an général Beaufort ua voyage à grande vitesse, de Laval à Paris [aller et retour), pour sauver les dames Hay et Mademoiselle des Mesliers, dont il aperçoit la têlë sanglante à son arrivée (2). Crélineau-Joly a seulement changé les noms, en allongeant le voyage, puisqu'il fait venir Marceau des bords du Rhin (3). Comment Théodore Perrin,
(1) Ce régit (l'Auguste Johaniiet et de M. Crétinenn-Joly, t 1, p. 396, a été reproduit par Pitrc-Chev;ilier, BrclagNe el Vendée, p. 491; M"'« Kugénie de la HorÎK re, dans son romaa bistorique des Épisodes des guerres de ( Ouest ; M. Bonne-, mère, la Vendée, p. 314; MM Lepellelier, Bourcier, Dom Piolin, etc. Th. Muret, I, p. 444, a su se garder de ces i^cits fabuleax,
(2) Voir ies MariyrJi du Maine, S« édition, t. p. âSl.
(3) Il pleut des voyages dans cet épisode : ainsi, suivant des compilateurs, à la nouveile du danger qui menace Marceau dénoncé, Bonrbotte quitte Paris, arrive ï Nantes, vole au tribunal, détruit les procès-verbaux îl! Voir Qaierie Aw-
294 LES VfiI«D£fil«S
bercé sur les geooDx d'une mèrequi avait renUiée des prisons, et qui avait oonsu, dit-iU Madame Hay et ses compagnes de captivité^ commeol
Théodore Perrin a-t-il inlroduil dans son récit le nom do r)eau orl / On peiil dur (lu'il s'est simplement trompé de personne et qu il a remplacé le nom de Marceau, peu connu à Lavai, par celui de Beaufort qui a laissé de plus nombreux souvenirs dans;ie Bas-Maine; mais reste toujours le prétendu voyage, la grâce arrivée trop tard, et selon Perrin, une condamnation hâtive de la part des juges qui craigneut de voir celte proie leur échapper.
Beaufort n'a pas été uoo plus un iuslrument de Marceau, malade à Rennes, ainsi que je le dirai. On concevrait fort bien que ce général, habituel-
lemejit à Fougères, a Ernéc ou à Vitré, ait fait, .sur la prière d'un frère d'aunes, un voyage de Bennes à Laval, el apporte la grâce d'Angélique signée du ReprésenUmt du peuple, et que cet acte, bieu simple et tout à fait possible, ait été défiguré par des additions légendaires. Hais ce voyage n'^a pas eu lieu (1). Scrait-<ce la famille Hay seule que Beau-
torique de la Révolution frauiaise, par Albert Maann, t. III, p. 93.
(1) Lo ffénéral Beanfort, qui trouvait .ilors conim«nd;înl de rarnii'u' de Cherbourg, el faisait une rode guerre nui Chouans, avait de rares éclairs d liuinanité, dont il donna 1.1 preuve cil refusant, le 59 uivùse, de biùlcr le château de Thijrii^ny et de tuer les prisonniers, et en snuvaot une orpheline n eticiilit' par Perrault. Le 11 nivùse, Garnier de Saintes avait même ordonné son arrestation et celle de Dellière, demeurant a Laval, au carrefour <lr> Toiles. Mais, dès Je jour même, il ré\*0(|«jiit cette arrestaiirji . dont le motif même n'est pas connu, ce i\\n ne laisse pas ici que d'iulriguer cl d'ouvrir matière aux coujectures relativemciU au récit de Perrin (Voir cet, lettres inédites aux Archives de Lavai;. — A l'aide de la coriespondauce de Beaufort ou peut connaître
fort essayait cle sauver? Ce sont encore là des présomptions sans grands fondements. Laissons à d'autres de plus amples découvoi les, mais disons que d'après le récit de Théodore Perrin, tout fantaisiste qu'il est, il semble que des eflorts qnt été faits pour sauver Mademoiselle des Hesliers ou ses codétenues.
Rien de tout cela ne figure dans le récit de Sergent, qui n'y fait pas môme allusion en réfutant les inventions romanesques écrites de son temps, ce Marceau, se boroe-t-il à dire, ne forma pas la ré* « solution, dans son désespoir, de la suivre dans a la tombe. Je Tai vu la pleurer longtemps après, « mais seulement parce qu'il regrettait que ses cl- ' « forts pour lui conserver la vie, en exposant la a sienne^ eussent été infructueux, et parce que d cette intéressante personne, en allant à l'écha-^ « faud, lui avait légué une petite montre (de peu K de valeûr), qu'elle avait cachée dans son sein et « dont il fit présent à une de ses jeunes sœurs. »
Veut-on savoir où se trouvait Marceau au moment de la mort d'Ang(^Iiquc des Mesliers? H n'était pas du tout à Tarmée des Ardennes^ où il ne fut envoyé que longtemps après, le 36 germinal (15 avril), au sortir d*une longue convalescence. Abreuvé d*ennuis, de dégoûts, d^amertumes par le général Turreau, qui voulait le rendre victime de sa basse jalousie, en l'accusant d'insubordination et de tiédeur républicaine, suspect à cause des dénonciations des Rossignol et des Rouyer, qui voyaient en lui un reste de la clique de la Mayence, Vdmi et le voisin du scélérat Péthion^ il avait été d'abord relégué dans la petite ville de
alors ses différentes résidences. On a précisément une lettre de loi, écrite de Vitré, le janvier, jour de la mort d'Angélique l!! (Voir Savary, t. 111, p. 116 à m et S4ô.)
Cbftteaubriant. Là, presque sans troupes et sans emploi, i!i(lip^n(^ des inrplies des généraux et des excès Carrier, dévoré par le cliaî^rin qui, ainsi que les latigues, avait augmenté )e mauvais état de santé dont il se plaignait dès le \^ novembre, il avait obtenu un congé. Celte ^erre fratricide était trop amère pour lui; il avait demandé à être envoyé aux frontières et déchargé du coïiiinandement suprême qui lui pesait. « 11 a me répugne bien de combattre des Français, c( disait-il, je n'y resterai pas. Je veux porter <i mes armes contre l'étranger, c'est là qu'est a rbonneur et la gloire (i). »
Le 16 janvier, le minisire de la guerre écrivait à Turreau : '
D'après les o))servatîons qui m'ont été faites a par des Représentants sur Tétat de santé de « Marceau, je i>i autorisé k se rendre à Chartres <f pour se faire traiter. » Dès avant cette époque, Marceau avait dû quitter Tarmée de TOuest; le 7 janvier, Kléber avait reçu Tordre de se rendre à CMteaubriant, pour le remplacer après son départ, et était parti le 10 pour cette destination. Mais ce n'était pas dans son pays, à Chartres, que s'était d'abord rendu le jeune général. Il s'était retiré pialade à Rennes chez le comte Leprétre de Chàteaugiron, dont lun des fds, Hippolyte, était un de ses aides de camp. Là, dans cette maison hospitalière, l'amitié essayait de panser les blessâtes (iiie lu} avaient faites le chagrin et les fatigues d'une guerre sans trêve et sans merci. Hippolyte avait aussi une sœur. Mademoiselle Agathe de Châteaugiron fut sensible au charme el à la séduction que
(1) J'ai parlé aussi d'une lettre de Sergent k Robespierre, do 4 décembre, citée dans Vnis(otre de Bobespierre^ t. Ilf, p. 976, par M. Hamel, qui en tire des conséquences tout k fait dusses. x
* DANS LA SAHTHE. 297
le jeune général savait exercer autour de lui, et Marceau paya de retour la sœur do son ami. C'est au milieu de ces naissantes amours qu'il apprit la ■ mort de Mademoiselle des Mesliers. Au lieu de la scène dramatique racontée par M. Crétineau-Jolyi veut-on la vérité tout entière? Eile est assez émouvante par elle-même et elle est inédite (1).
Un jour de pluviôse, Marceau est à Rennes dans rhôteî de Chàieaugiron. Sa sœurEmira était arrivée en hâte, pour le sauver do la maladie dangereuse qui le mettait aux portes du tombeau^ et « presser sur son: cœur la main languissante du vainqueur du Mans (3). » Eile est auprès de son lit. Un homme lui remet un petit paquet cacheté, n Qui m'envoie ceci? demande Marceau. — iréruV- « ral, jcl ai reçu du bourreau de Nantes, dont je a viens exprès, avec Tordre de ne le remettre qu'à tt vous, et d'apporter un reçu. » La comtesse de Chftteaugiron et ses deux filles étaient alors dans la chambre de leur hôte, pour tâcher d'abréger pour lui les heures de la maladie.
Marceau ne voulait point recevoir le paquet, n'ayant, disait-il, aucun motif de rapport avec un bourreau. » Ce nom lui faisait horreur. Ces dames insistent, leur curiosité est éveillée ; elles pressentent quelque chose dinattendu, de mystérieux qui excite leurs désirs et fait taire leurs répugnances. Elles pressent Marceau d'ouvrir le paquet et de s'assurer, par là, si quelque malheureux ne rëcla- •maitpas sa protection. Il se rend à leurs instances, et trouve renfermée, sous plusieurs papiers, une très-petite montre d'or fort simple, à laquelle était attachée une petite ganse de soie noire. Il déploie
(1) Voir les Mémoires maauscrits de Sergent sur Marceau* p. 5 et 6.
(2) Emira, mrur aînée du général, au cUoyeu OuiUard, manuscril de la Bibliotbëque de Chartres.
298 LES V£^DÉËNS
ensuite un billet où d'une écriture assez commune, ainsi que i*orthographe, on lui disaii : <x Monsieur « le général, en sortant de notre prison, pour con* « duire sur la place du supplice une jeune demoi- <f selle vendéenne, amenée ici du Mans, devant « notro !ribnnal,elle m'a remis cette petite montre <( qu'elie lonaiL cachée sur sa poitrine, et elle m'a « dit :« Promettez moi devant Dieudefairç remetm trc à M. le général Marceau, où il sera, le seul* « ^age ({ue Je puisse lui donner de mareconnafs- « sance. » Je lui ai promis, Monsieur le géné- « ral, et je remplis mon devoir. » VA il avait signé, exécuteur {\).
Le général s\^crie : « La pauvre enfant, Tinforiunée, je lui avais promis qu'elle vivrait. » Le billet échappe de ses mains : il saisit celles de sa sœur assise à son chevet, des larmes couvrent ses joues, et il ne peut plus parler.
Cette scène émeut vivement Mesdames de Chîiteaugiron et leur fait admirer lu noblesse d'àme de Marceau. Il donna la petite montre d'Angélique des Mesliers à sa plus jeune sœur, devenue plus tard Madame Guillard.
Voilà la stricte vérité, qui achève enfin de mettre à nu tous les récits romanesques auxquels a donné Heu cet cpisode.
Bientôt v arceau quittait Rennes, avec sa sœur, pour se rendre un instant à Chartres. Il emportait avec lui l'amour de Mademoiselle Agathe de Chàteaûgiron, et la promesse formelle de la com-^ tesse qu'il serait sou fils. Il a rendu compte lui-* même des nobles sentiments que cette passion avait fait naître dans son cœur.
«' Lk, dit-il, j'éprouvai la puissance de l'amour, c( Jo le tus à tout le monde. Je n'aurais eu de con-
(1] M. de Laval avait envoyé le paquet à M. de Nantes, croyant Marcean encore dans le voisinage de celte \i\\e.
DA?iS U SARTHE. 299
« solalioA de personne, di Ton m'avait arraché mon
« secret. La passion que je sentis naître excila chez (( moi celle de la gloire ; c>elle-ci fut la seconde. a Je désirai ra'iiluslrer en combattant les ennemis « de moa pays, pour me rendre digne de la périr sonne que j'aimais. Je connaissais ses vertus, je , « m'appliquai à pratiquer la vertu. Je n'avais à lui « offrir qu'une grande âme, de fhonneur, une <( main et un cœur sans tache; je voulais donc « pouvoir me présenter riche de i estime de tout •c îe monde (1). »
De Cliartres, Marceau se rendait à Paris, où les médecins lui prescrivaient, à son grand regret, un traitement de six semaines pour le revivifier, comme il récrivait, le 3 ventôse, à son aide de camp Mau;xars. Il passait ie reste de son congé dans ta famille de Madame D... à Paris, et à la campagne dans un château voisin. Puis le 26 germinal (11 avril) seulement, il était envoyé à l'armée des Ardenncs. Il était devenu le, flancé de ïîademoiseiie de Châteaugiron. L'opposition violente du comte enijiécha pendant longtemps leur union, qui allait entin s'accomplir, quand la mort vint enlever le vainqueur du Mans.
Lorsqu'il fut blessé à, mort à Altenkirchen, le 21 septembre 1786. bien jeune encore et pourtant déjà abreuvé de chagrins, il portait sur son cœur, eofermé dans un médaillon, le portrait de sa iiancée.
La comtesse Agathe de Châteaugiron en lit présent à Émira, qui lui donna des cendres de Marceau, que Bernadotte avait recueillies dans une urne. Plus tard, en 1845, Sergentdonna le portrait de la comtes^e (morte marquise de Dodun) ti la ville de Nice qu il habipiit, et où était consul de
(1) Extrait des Ménwires de Marceau, par M* Noël Parfait Ifotiee H&ffraphique 9ur Sergenf^ 1848.
France Tancien aide de camp de Marceau, M. le
marquis Hippolytc de Châleaiipiron, à qui on doit la première pubiioalion des IJusiorieLles de Tallomant des Kéaux» dont il avait acquis le manuscrit, autographe.
Chose étonnante, Mademoiselle Angélique des
Mcslicrs n'est pas la seule de sa famille, paraît-il, à avoir fourni des anecdotes à riiisloire. Alors qu'elle était prisonnière à Laval, sa sœtir, à peine âgée de seize ans, était jetée en prison à Nantes avec sa tante Madame de Concise, à qui sans doute Angélique écrivait la lettre touchante du nivôse, et avec sa cousine Mademoiselle de Concise et Mademoiselle d'Armaillè. Lcà encore ces jeunes victimes, destinées aux bateaux de Carrier, rencontrèrent yn libérateur.
Un ofticier qui , comme M. de Fromental au Mans, s'était introduit dans les prisons, entreprit
de les sauver. A la veille de leur immolation, i! survint muni de sursis, mais seulement pour trois prisonnières, Madenioiselle des Mcsliers, Mademoiselle de Concise et Mademoiselle d'ArmaiUé. Madame de Concise et ses autres compagnes, moins heureuses, furent envoyées à la mort. Quant & Mademoiselle des Meslierscllc s'échappa le lendemain de l'Entrepôt, et se retira chez une couturière où elle travailla ignorée de tous (1). Après la racîticalion, elle reparut en Vendée, au grand élonnement des habitants. Devenue la Temme de M. du Doré, elle devait encore; en iSlS et eu 1832, soute- . nir courageusement la cause vendéenne. Le sort
(1) On trouve ces allégations (dont je n'assume pas la responsabilité) (iniis Auguste Johannct, la Vendée à trois èpom quesy t I, p. %3. Voir aussi Eugène Loudan, ia Vendée, 1849» in-8«, p 71. Voir ccpcndiuii d'aufres assertions relatives ^ Mn« de Concise, Mémoiresjie M<°e de Sapinaud, p. 59.
DA?îS LA SAUlilE.
agité des deux sœurs a été certes mêlé et confondu par les romanciers.
En voici bien long sur cette petite anecdote, qui pourtant n*a pas dit sur tous les points son dernier mot, jet laisse plus d'un secret enseveli dans deux tombes si prématurément fermées !
Encore quelques lignes cependant. Marceau et Savary, en emmenant hors du Mans Mademoiselle des Mesliers, furent la cause, bien innocente sans doute» de sa mort. Restée dans cette vilie^ la jeune Vendéenne eût probablement été sauvée» et en tous cas sa téte^ne serait pas tombée sous Péchafaud. Si trop de femmes, au Mans, furent victimes, dans le jour de la déroute et dans ceux qui suivirent, de la brutalité des soldats et de la fureur populaire, aucune du moins ne périt par suite de condamna* tions judiciaires, icomme dans rOrne, la Mayenne, laLoire-Inférieure et le tfainc-et-Loire. Le tribunal ^ criminel du Mans eut le courage de se refuser à leur immolation. Toutes les Vendéennes restèrent en prison; les maladies épidémi(jucs, la misère, la fatigue vinrent, hèlas,éclaircîr leurs rangs; mais un bon nombre survécurent, surtout parmi les jeunes filles au-dessous de dix^huit ans, qui, avec la permission de Garnier de Saintes, sortirent de bonne heure de caplivité et lurent confiées à la garde des patriotes de la ville qui les réclamèrent. Quant aux femmes, elles restèrent prisonnières pendant plus d'un an, jusqu'au 12 pluviôse an m (31 janvier 1795). Quelques-unes eurent le bonheur de s'échapper de prison. Ce Ait même, peut-être, le sort de la mère d'Angélique, car, chose curieuse, je suis tenté de croire que Madame des Mesliers n'avait pas péri dans cette funèbre déroute de nuit, où tant de mères furent séparées de leurs enfants. .
Parmi u les brigandes » évadées de la prison des Ursules, où elles avaient été transférées de la
Mission, le 11 messidor aii il, je trouve Jeanne des Mesliers, de Nantes, âgée de quarante-deux ans, inscrite sous le n<> 193, qu'elle devaU porter
sur le registre d'écrou, et qui, à la Mission, avait élé logée au second colidor, n«> 1. Si Madame des Mosliers avait été interrogée, comme presciue loules les autres prisonnières, son identité, alors mieux établie, permettrait de changer en certitude une très- forte présomption. Mais son nom ne figure pas sur le registre des Interrogatoires {\).
Jeanne des Mesliers s'évada dans la nuil du 28 an ihermiHor, Klie eut, entre autres, pour compagnes d'évasion, Catherine Carreau, d'Hennebou; Suzanne Marion; Marie Verteuil, femme Desroches, de Saint-Hiiaire-sur-r Aulise , âgée de dix-huil ans, qui était devenue mère à la Mission; Flore- Julie Lelioux, agcc de vingt-huiL ans, liourgeoise de Choict, dont la vieille mèrê et trois sœurs étaient mortes au Mans; Madeleine Chevallier, veuve Jouifrion, de Bcaavais, k^ée de quarantedeux ans, qui avait également perdu dans cette triste guerre son marl^ ancien sénjtichal de Bazoges, et trois de ses quatre enfants.
Le concierge de la prison des Ursulines, Jean Vilfeu, et sa fille Geneviève furent soupçonnés d'avoir favorise cette évasion, ccmme Tavaient été déjà d'autres geôliers. Mais le tribunal criminel^ le 3 brumaire an 111, prononça qu'd n*y avait pas Heu à dresser d'acte d'accusation. La plupart des portes des chambres n avaient ni clefs, ni serrures, et celles des corridors pouvaient s ouvrir aisément et sans bruit* Les concierges ne pouvaient être
(1) Voir cependant Pitre-Chevalier, Bretagne et Vendée, . p. 521, disant que Bouisault, le convciitionnel, voulut, sans y réussir, corapléfer la bonne action de Marrcaii, en ia\ji.6aol aax iiojreurs de Nantes la mère de M"« des Mesliers.
suspects, du reste, de sympalhie pour les prisonniers; car la munîcipatité fit reproche à Yilfeu
d'avoir Uailé ces pauvres femmes avec trop de rudesse et de n'avoir pas ou assez de ménagements dans les propos qu'il leur tenait ainsi que sa fille (1).
Je m'arrête : que quelques curieux de Laval achèvent de recueillir des souvenirs locaux. Au Mans même, une femme dévouée qui, sons le voile, consacre depuis longtemps tous ses soins à Téducalion de la jeunesse, et dont les souvenirs d'enlance sont les mêmes que ceux de Tauteur des Martyrs du Maine^ peut connaître quelques particularités relatives au sort de Mademoiselle des Mesliers. Pour ma part, j'ai dit ce que je savais. Ce récil empêehera-l-il l'erreur de faire son cliemia? Il y a longtemps (]ue j'ai perdu nus illusions en pareille matière. Vouloir redresser des erreurs qui ont conquis des droits de bourgeoisie, qui sont installées dans les dictionnaires de biographie et les livres de compilateurs, c'est évidemment perdre sa peine. Je ne désespère pas même de rencontrer un jour, à Laval, un cicérone complaisant qui me montre l'endroit d'où Marceau aperçut la fête sanglante de la jeune Vendrenne! ^n-and public, du reste, aime assez à ce quon lui serve de ces mises en scène dramatiques, dii^nes de M. Ponson du Terrail, et regarde d'un œil défiant ceux qui, par amour de la vérité^ viennent battre en brèche ces vieilles légendes. Hongrie qui vonray je crois avoir rempli ma lâche de critique et d'historien en débarrassant de fables
(1) Registres et dossiers du tribiuidl cuminel de la Sarliic. En cohsuUant les registres de Télnl civil de iNantes, ou do MuiUfaucon,on s'assurciail lacilt iiieia de rideiilité de ia mère (le Mil" des Mesiier$»
romanesques la vie du jeune héros, dont Byron a dil:
brief. brave, aad glorlous was liis youDg career,
. . • he bad kept
Tbe wbltpness of bis soul, vl\ù Ibos men o^er hlm wepl.
« Elle lut courio, vaillante et glorieuse, sa jeune
carrière 11 conserva la blancheur de son âme,
et c'est pourquoi les hommes Tout pleuré (1) ! »
A côté do l'histoire de Mademoiselle des Mesllers, une autre qu'on trouve dans tous les livres, après
la bataille du Mans, c'est celle de la famille Boguais et de M. de Frômental.
ftacontée brièvenienl d'abord par Savary, qui avait arraché le matin du 23 ces prisonnières des mains de soldats furieux, exposée plus longuement, d'après dès souvenirs de famille, par M. de Qnah cbarbcs, cette anecdote pleine d'intérêr et d\niolion a passé de là dans le domaine commun Rigoureusement vraie dans son ensemble, rest-elle dans tousses détails? Il y aurait peutêtre quelques réserves à faire sur certains points (3). Mais ce que je me propose, au contraire, de bien
(1) Childe harolds pilgriniage, canto III, strop. tau.
(?) Savarv, t. II, p. 136 ; Une Commune vendéenne sous la Terreur, p. U9-178; Mosaïque de IVuesl ; Province du Maine, 1845, no n MM. Grëliiieau-joly, Pitre-Clievalier, p. 189 492. ^jmo Kugénie de la Rochrrc, P.pisodes des guerres de l'Ouest, p. 133-237. M. Bonoemère, la Vendée, p. SU. Tb. Muret,
t. I, p. Ml.
(3) La seule iinporlante est relative à une fusillade en masse de Vendéens tirés de piison la nuit, quinze jours après la déroute du Mans, c'est-à-dire vers le 28 décembre ou le 8 nivôse. On trouve aussi des allégations tla même ^eare dans l'anecdote relative à W^^ de Sapinaud.
établir ici à Tadresse des- sceptiques, c'est que les
personnages qui y figurent ne sont nullement légendaires, et ont leur présence au Mans bien prouvée par des docunionis officiels.
J*ai trouvé sur les registres de l'état civil de la commune de Sainte-Croix-lès-le-Hans, l'acte de décès de madame Boguais, ou du moins la pièce qui en tient lieu. Au moment de sa mort, on ne tenait aucun registre des dc'^cès de la maison d'arréi de la Mission, où elle était détenue. Mais les amies des prisonnières de marque avaient néanmoins à cœur de faire cons'ater, d'une façon officielle, le trépas de leurs compagnes de captivité. Elles y parvinrent au moyen d'actes de notoriété dressés devant le juge* de paix, et qui étaient ensuite insérés dans les registres de Tétat civil.
Le 18 ventôse, fut reçu par le citoyen Guillaume- . Pierre Mabilleau, juge de paix du canton du Mans, Tacte de notoriété coastataut le décès de Rose Avril, dite PigneroUe, épouse d'Hector Bo* guais, de la commune d'Angers.
Les comparan ts étaient la citoyenne Renée-Louise Drouault, épouse du citoyen Ilermand-Volé^e Vaugiraud, Julie-Aimée et Louise Yaugiraud, demeurant section de la Liberté (\)\ la citoyenne Marie ^ Beiiliard, fille majeure, demeurant section de TÉgalité; la citoyenne Anne-*Sûzanne Gariouet, épouse du citoyen Martin Arnoult, demeurant section de la Liberté ; le citoyen Julien Horry, l'un des concierges de la maison d'anét de la Mission, demeurant section de l'Egalité. Ils déclarèrent que la citoyenne Hoguais, âgée de quarante-cinq ans ou environ, était décédée à la maison d'arrêt établie au ci-devant séminaire de Coêflort, le 9 janvier 1794 (vieux style), 20 nivôse an II, et qu'ils avaient été
(1) Je parlerai plus loin de tous les uiemi^res dç la famille Yaugiraud.
LES VBNDÉBltS
témoins de sa mort. Cet acte de notoriété fol inséré, le 31 ventése, sur les registres de Sainte-
Ci uix, devenue commune de laMontagne-Gazonfier.
Ainsi Madame Boguais succomba, après moins d'un mois de caplivitf^; le guiclietier {\n'i cortifie son décès» esl probablement celui qui s clail laissé séduire par Tor du libérateur de cette famille.
Une autre pièce prouve aussi T intervention bienfaisanle de M. de Fromental auprès de la survivante des demoiselles Botruais, dont il élau devi nu le bcNiu-frère. Nous avons vu, quelques jours avant la prise du Mans, Garnier de Saintes, à La Flèche, donner à Fromen ial l'ordre de faire couper le pont de Luçhé (1); nous le retrouvons au Mans le li prairial. *
« Le 11 prairial, à neuf heures du matin, dans la salle d'audience du tribunal <lu district, devant moi Jacques Ysambart, président du tribunal criminel du Mans, est comparu le citoyen Justin Promental, inspecteur des subsistances militaires^ originaire de lilamot (Meurlhe), pourvu d'un certilicat de civisme délivré par les officiers municipaux de Sedan, le 9 août 1793, visé par le comité révolulionnaire d'Angers, le âS ventôse, lequel m'a requis de lui accorder Sophie-Pauline BoguaiSt sa bellc-sœur, arrêtée à la suite de Tarmée des brigands, à ses offres d'en ' répondre et de la représenter, si besoin en était.
« Avant dedéférer à la réclamation, j'ai enquis la citoyenne Boguais de ses noms, surnoms, âge et origine.
« A dil se nommer Sophie-Pauline Boguais, fille, âgée de quinze ans passés, née le 23 juin 1778, paroisse Saint-Julien, à Anç^ers, du mariage do Louis- Hector Boguais, cultivateur, et Rosalie Avril, son
(i; V. tome l, p. 273.
DÀNS LÀ SARTHE. Wl
épouse (ci-joint son acte de baptême, légalisé le 13 germinal).
« Si ses pareiiib vivent?
et A dit son père mort il y a deux ans (?) et sa mère morte à la Mission.
<( Demandé les motifs pour lesquels elle a suivi les brigands ?
« A répondu qu'elle demeurait à Denée, à trois lieues d* Angers, avec sa mère, où elles étaient
retirées depuis la mort de son père ; que vers la fin d'oclobre, l'armée de Mayence s'élant portée sur la commune, la frayeur saisit tous les habitants du pays, parce qu'on assurait qu'elle mettait le feu partout où elle passait et n'épargnait personne, ce qui les a déterminées à fuir comme les autres et à passer la Loire à Saint-Florent, dans Tespérance de retourner clans leurs foyers, sitôt que la sûreté et la tranquillité seraient rétablies. Mais elles ne purent y parvenir, et furent obligées de suivre Tarméc dans ses marches jusqu'au Mans, où elles furent arrêtées et déposées à la Mission, où sa mère est morte, environ quinze jours ou trois semaines après. Quelques jours plus tard, la citoyenne Arnoul, femme d'un ouvrier imprimeur, eut la charilé de la retirer des bras de la mort où elle était alors, par suite des fatigues éprouvées et de la petite vérole qu'elle venait d'avoir. Trois semaines après, la citoyenne La Pommeraie la prit charitalilcnieiit chez elle et a par ses soins opéré son parfait rélablissemonl. Qu'eiilin, cVs^ comme par hasard que le citoyen Fronienlal, son beaufrère, mari de la citoyenne Ëulalie Boguais, a été instruit qu'elle résidait en cette commune et se présente pour la réclamer.
« Vu l'interrogatoire et les actes produits, ouï l'accusateur public, déclarant n'avoir moyens d'empôcher ladite réclamation et proposant d'y
déférer (1), moi présidenl ai autorisé le citoyen Fromental à se charger de la citoyenne Boguais, à
condilion de prendre les soins que son sexe et son âge exigent^ de lui inspirer les principes et les pratiques des vertus républicaines, et môme de la représenter si besoin est, a quoi il s'est soumis sous les peines de droit et a signé ainsi que ladite citoyenne Boguais.
« Laudreâu, greiiier (2), »
Mademoiselle Sophie Boguais, qui» plus heureuse que sa mère» avait ainsi résisté au typhus si meur^ trier dans les prisons du Mans, épousa dans la suite le chevalier de Turpin (3).
M. de Ouatrebarbes donne pour compagnes à la famille Boguais, dans le caveau dérobé que Fromental avait obtenu pour elle du geôlier, Madame
(1) M"e Bo(,'uais» ayant moins de dix-huit ans, pouvait être remise à sa famille.
(2) Les signatures autographes de M'^^ Sophie Boguais et de Fromental, ainsi que le c erlilical <le civisme rie ce deniier. existent au dossier de l'inlerroptoire des Vendéennes.
(3) Les leamies, lors des tcntati\es de p;)cification, jouèrent un grand rAle. Voir sur celui de M'"^ Turpin de Crisse*, bellesœur et tante de deux chefs, Savary, l. Il, p. 855; Piire- Chevalier, Bretagne et Vendée^ p. 008. La sœur de Charelte joua aussi un des rôles les plus importants. Elle avait été arrêtée par l'ordre de Philippeaux , représentant du peuple de la Sar- Ihe, dont voici Tautograpiie inédit : c Les représentants du peuple informés que la sœur de Charette, l'un des chefs des brigands de la Vendée» s'est sauvée de Léger, déguisée en paysanne, dans les voitures qui ont amené les patrio/^ malar/^», et qu'elle est maintenant en cette ville, requiert l'officier public, auquel sera remis le présent^ de perquirer cette femme et de l'arrêter partout où elle se trouvera.
« Nantes, 16 septembre, l!aii II de la République française,
DANS LA SAUTHE.
d'Aubeierre, abbesso du Ronceray, el une dfe ses religieuses. « Entrées les premières au fond du cachol, elles avaient passé la nuit a prier Dieu, immobiles comme ces statues de marbre que la piété de. nos pères sculptait, agenouillées et les mains jointes sur la pierre de la tombe. »
^ Madame d'Aubeterre précéda d'un jour dans la mort Madame Boguais. Parmi les actes de décès constatés ultérieurement, en vertu d'actes de notoriété du 4 germinal, je vois celui de Léontine Bouchard-Luxembourg d'Aubeterre, religieuse, cidevant abbesse du Ronceray d'Angers, Agée dé soixante-quinze ans, morte le 19 nivôse. La religieuse qui raccompagnait partagea sans doute son sort. Je trouve parmi les religieuses qui Tavaienl suivie d^abord à lieaupréau, puis avaient passé la Loire avec Tarmée et qui tombent, comme .leur abbesse, victimes du typhus dans la prison de la Mission, au Mans, Louise Vaui;irault, religieuse d'Angers, soixante-nouf ans, délivrée de la vie le 27 nivôse ; Anne Dorveaux-Andagné, quarante-neuf ans, morte le 2 ventôse; Marie Guilliot-Eunesse, quarante-six ans, qui succomba le 27 nivôse (1).
Voilà ce que j ai trouvé d*inédit i^elativement à cette touchante histoire; il me faudrait parler
maintenant de celle de Mesdemoiselles de Sapiaaud.
H) Après la constatation (te ces tléûès. au milieu de ceux des religieuses, vient celui de Thérèse Oueaussant VaugirauIt, soixante-trois ans, d'Angers, morte le 30 frimaire, sans spécifier sa qualité. Registres de l'état civil de Sainte-Croix. (J'ai respecté leur orthographe.) — Voir ce que Grille, î. Ifl, p. 215, dit de M'"^ d'Aubeterre, abbesse deFonteuraull. Parmi les religieuses du Ronceray, qui survécurent au typhus contagieux de la Mission, je vois Madeleine Suret, alors âgée de trente-six ans, «t Louise Gourçon
LBS VENDÉENS
el Robert de Lé2ardière (I), sur qui j*ni eu le bonheur de rencontrer aussi des documents ofIBeiels. Mais comme ces courageuses Vendéennes ne furent transférées de Rrùlon au Mans que lonsrlemps après la dérouto, ol que feur prise rîoniia lieu, flans cette première commune, à de curieux et longs dél>ats, j'ajournerai le récit de leurs intéressantes aventures jusqu^au chapitre des prisonniers.
Je n ai trouvé aucun fait nouveau , relatif à MM. d'Âutichamp et de Bernés, Je le regrette; car il est f&cheux qu'un fait de ce genre, dont les acteurs ont survécu sllongtemps, n*ait pas été mieux
éclairci.
Comment et par qui Charles d'Aiitichamp a-t-il ét(*^ sauvé? Les uns citent comme son sauveur M. de Saint-Gervais, son parent, officier républicain ; les autres, le lieutenant-colonel YidaL On s*est borné longtemps à dire que d'Autichamp et de Bernés, blessés, avaient été recueillis chez Madame de Bellemare, où un officier républicain, blessé comme eux, les avait arrachés à la mort en leur donnant un équipement de hussard, et en les envoyant au dépôt de son régiment. Le dernier biographe de M. d'Autichamp a raconté différemment cette anecdote.
« Surpris dans une ruelle étroite et sans issue par un détachement de chasseurs que commandait le colonel Vidal, MM. d'Autichamp et de Bernés allaient être entourés el saisis, qu^md iu'. d'Autichamp, vers lequel se dirigeait en avant de sa troupe le colonel républicain, s'arme d'un pistolet qu'il portait toujours à sa ceinture et couche en joue le colonel Vidal presque à bout portant.
(1) Pitre-ChevaHer, Bretagne et Vendée, p. 48ui,
DAINS lA SàRTHë. 311
« Mon sort est entre ws motna, lui cria Vidal» ne
tirez pm el je vom sauverai! » I.e jeune d'AuUchamp se contia, avec la candeur de son 'à^c el la bonté de son cœur, à la foi de son ennemi qui lui tint loyaionient parole. Il défendit que Ton fil le moindre mal aux deux Vendéens, les déclara ses prisonniers, el plus tard, sous Tuniforme do son régiment, il parvint à les faire diriger sur Caen où il leur trouva un asile assuré (1). »
Ce récit, pour être venu le dernier, est-il le plus voisin de la vérité? M.Bougier, doué d'une si riche mémoire el qui écrivait surtout d'après les souvenirs qu'il gardait des curieuses conversations auxquelles ilavait assisté, a-t-il celte fois mis en œuvre des récits bien Odèles ?
Les autres écrivains, Angevins comme 4ui, qui ont pu vivre à côté de M. d'Autichamp, n'ont pas raconte de la sorte Thisloire du jeune prisonnier vendéen. 11 ne parle pas non plus, notoz-le l)ion, de la blessure de d'Autichamp, tombé de cheval, ni de celle de Vidal qui, le soir du Si, il le dit lui-même, reçut deux coups de feu, Tun au bras droit, Tautre à la hanche et fut obligé de se retirer (2). Il reste donc un coin de voile à lever, une part de vérité h dégager, deux versions d'un même fait a concilier; il suffirait, pour lever tout doute, d'interroger les souvenirs de la famille d'Autichamp (3). La maison hospitalière où les blessés
(]} M. Bûagler, les ReprésentanU de ttttine-et'laire, {% Le tableau de la bataille da Mans, ao Musée de cette ville, représenta aussi Vidal, sanvant M. d*Aiittchainp en lui donnant son uniforme.
(d) M"" de La Roehejaqueleîn^p. 340, dît qu'ayant été pris, il fut reconnu et babillé en hussard par M. de Saiot^Gervais. (Cet officier appartenait-il 2i la farniHe Le Bouycr de Monboudoa de Saint-Gervais?) Savnry, t. lî, p. 43?, déclare que les généraux h iguoraicot pas que d'Autichamp blessé était resté
Mi LES VENDÉENS
avaieni trouvé un asile, élait celle de Madame de Bellemare, située sur la place des Jacobins, dam
le voisinage de laquelle le combat se passait dès le 22 au soir, Pendam roccupalioii du Mans par les Vendéens, (l'Aut u hamp devait demeurer près de cette place ; car Madame de Laborde, demeurant place du Gué-de-Maulny , déposa qu'elle avait d'Autichamp pour voisin, et qu'elle disait anx soldats vendéens qu'elle pouvait lui parler par la fenêtre.
Kcnouard rapporte que ce chef royaliste était locf(^ chez M. de Lafosse-Desportes qui, par son intercession auprès de lui, sauva la vie à plusieurs patriotes (I).
D'Auticbamp et de Bernés, incorporés dans un régiment de hussards, firent la campagne de 179i, a l armée du Nord; Bernés, suivant Grille, sous le nom de Julien, d'Aulichamp, comme instructeur, sous le nom de Villemet. billard de Vaux prétend que c'est sous le nom de Gilet que le futur représentant de Maine-ei-Loire resta dans ^a^ mée républicaine jusqu'à la fin d'avril 17% ';2).
en ville : n On leur dit qa*un hussard lui avait donné son manteao pour le sauver. » M. Crétinean-Joly le dit sauvé par Vidal, qui le trouva caché chez madame dcBctlemarc. Grille, t III, p. 367, prétend qu'il se jeta avec de Bernés, blessé avec lui, dans la maison de cette dame, dont la porte était ouverte; qu'il fut sauvé par M. de Saint-Gervais, soigné comme eux dans cet asile hospitalier. M. Bonnemère leiiiplace Saint-Gervais par le lieulenant-culonel Vidal, p. 312. Peut-èlre ces deux ofuciers prinuit-ils part succemvement ^ la délivrance de M. d'Autichainp. •
(1) Essais historiques sur le Maine, t. II, p. TA.
(2) Bréviaire du Vendéen, p. 119. Dans fies notes royalisJes sur {lifiï'rcnîs officiers vendéens (du 2G janvier 17aG), on se borne a due que M. le chevalier d'Autichanip, beau-frère de iM. de Bonchamps, fait prisonnier dans la retraile du Mans, après des exploits digues de sou courage, n évita U mort
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DAIKS LA SAKTHË. âlâ
^ Ce sont là les priocipales anecdotes auxquelles ■ ait donné lieu la bataille du Mans. Je rappellerai
i» encore Mademoiselle de Mouars, sauvée par l ad- * h judanl général Delaa^e sur la route de Laval, diir^i rant la nuit du 23 au auprès d'un pelil bois (1); ^ Je dévouement d*un pauvre jeune homme du Mans, ir nommé Goubin, partageant respectueusement sa L chambre avec une jeune Vendéenne noble, qui c mourante de peur, de froid et de faim, s'était réfugiée sous une porte cochère (2). Je n'ai rien à dire de Solilhac, pris et déposé dans une (église fprobablemeni la Mission), le 2â au soir» pour être fujsillé le lendemain, parvenant à se sauver avec quelques Vendéens en se jetant la nuit sur le corps de garde, si ce n*est que la lettre qu'a composée Grille pour délayer ces lignes de Madame de La Uochejaquelein est affreusement a|)Ocryphe (3). Le reste des anecdotes citées se borne à quelques lignes. Madame de Sapinaud a parlé de M. de Bejary, blessé grièvement, mis sur une charrette avec des mourants qu'on conduisait du côté de La Flèche et qui expirèrent à quelques lieues de Sablé. 11 eut le Loulieur de s'échapper, fut sauvé par . une bergère, prés de cette commune, et Uouva un heureux asile dans un toit à porcs (4). Dourni-
qa>n s*engageaDt sous un faax nom dans un régiment de bussards républicains. Savarj. t. VI. p. 139.
(1) Grille, t. HI, p. 37^; U. Bonnemèrc, p« 315. «
(2) M» Micbelet, t. Vil, p. 103 ; Al. Boonemère, p. 310. A Angers, on rapporte une histoire semblable du jeune Louis David : Pitre-Chevalier, Bretagne ei Vendée^ p. 134. Voir aussi sur les aventures de la famUle Bureau, Une commune veur ééenne eeus la Terreur, p. 524 ; Mosaïque ie l'Ouest, t. I, p. 66. Sur la famille GoUereau, voirM.Duchemin^Def^cépeaux.
(3) M*"» de La Rochejaquelein, p. 340 et 414; Grille, p. 386.
(4) Mémoires de M"» d(i Supiiiaud, |». 100. M»» de Sapinaud ne fut pas tciaoia de la déroule vendéenne. — Des membres
seaux a aussi parlé de M. de Beauvolliers 1 aîné, de Mademoiselle de Réctiignevoisin, sauvée par Mari* gny, d'un officier déguisé en garçon perruqu|er, allantcouper les cheveux à un proconsul,elc.,ctc.( i ).
\ (jici un autre épisode aujourd'iiui presque inédit. Je ne saurais dire la pan de Iiclion (jui peut s'y mêler à la vérité; mais le earaclére de l'auteur et le rôle qu'il joua lui-même dans les événements d'alors parlent bautement eu faveur de son authenticité.
Ayant pris une grande part à toutes les lugubres scènes d'alors, revenu au Mans, le 23 frimaire (15 décembre;, avec les administrateurs, l'auteur des Lettres philosophiques voulut retracer, vingt ans plus tard, le tableau que présentait Le Mans au iende.nain de la déroute des Vendéens, et encadra son récit dans l'anecdote à laquelle je fais allusion.
11 suppose qu'un jeune émigré des bords de la Loire, sauvé à Jemma[)cs par un oQlciiT républicain, Delisle, son ami de collège, et un noble cœur, s'em'ôle ensuite dans l'armée vendéenne, apprenant « que le fer et le feu ne faisaienl plus delà triste Vendée qu'un horrible amas de pierres et d'os calcinés. » Enflammé par a le spectacle de tant d'horreurs, » Albert suit les Vendéens comme aide de camp du vicomte de S'*% dont la fille, la belle Sophie^ une amazone de seize ans, lui a inspiré la passion la plus vive.
Après le passage de la Loire « commença la longue série de leurs calamités et de leurs défaites.
de la famille Bejary périrent dans les prisons du Mans, entre autres W^^ Désirée Bejary, âgée de vingt-huit ans, de Saint-Vincent-Fordulais, du district de la Roclie-sur-Yoïi, morte le 29 janvier^ aiusi que le déclarait^ le 13 prairial, Aimée Bejary.
(l}YoirBouriiiseaux,t. il,|).195, S07; t. iil^p. 191,^9,atc.
DÂISS LA SARTHB
La rigueur de la saison, les niarches précipitées, la fatigue, la faim, la peur enfanlî^renl parmi eux une sorte de peste. Ils tombaienl parmiliiers sous le soufOe mortel de la contagion, conome sous le canon 4e Granvillei d* Angers et du iMans. » Albert et Delisle, devenu chef d'escadron, se retrouvent dans le combat du Mans. Us se reconnurent et s'évitèrent sur le champ de bataille, qui était la grande place de la ville. Le corps de Delisle faisait partie de Tavant-garde commandée par Westermann et fut un des plus mallraîtés. On le laissa au Mans pour prendre *(iurlqucs jours de repos et pour y maintenir l'ordre, eu attendant le retour des autorités civiles et militaires. Albert, de son côté, séparé de sa mére et de son amanie, n'avait pu les retrouver depuis deux jours. Après les avoir hiulilement cherchées sur toutes les routes, il s*ètait décidé à renlrer dans la ville pour s'assuîer, à quelque prix que ce fût, si elles y étaient restées, mortes ou vivantes. 11 savait qu'un irrand nombre de femmes vendéennes avaient péri dans cette fatale journée, et les récits épouvantables qui se renouvelaient à chaque instant dans Tannée . vaincue, remplissaient rftme du jeune homme d'un sombre désespoir. Après ' avoir voulu le retenir, le vicomte de S*** bénit d'avance son union avec sa tille (pill le charj^e de sauver, et lui donne un billet pour le dépositaire de sa fortune, qu'il a laissée h son passage au Mans entre les mains d*un vieil ami.
Albert regagna las rives ensan^dantécs de la Sartho, rentra dans la ville par l'aubour;^ du Pré où demeurait l'ami tlu vicomte de S**'. H se présenta chez M. de li..., cet ami, qui f)àlit à son aspect : « Vous ici! lui dit-ii ; malheureux, c'est la mort que vous cherchez. » Au même instant le bruit d'une fusillade se fit entendre. « Nous sommes perdus, dit M. de B...; vous ne savez donc
LES VEM)ÉE>'S
pas que tout homme convaincu d'avoir recelé un
Vendôon — Mais je suis sans armes. — N'im-
porle. Malheur à moi, si l'on vous trouve ici! Sor-