Les Vendéens dans la Sarthe
Jusqu'à ce jour rien n'a étft écrit sur le sort ni sur la misère des prisonniers vendéens de tout âge et de tout sexe renfermés dans les prisons du Mans, sauf quelques lignes de Henouard et des pages plus ou moins exHcl.es de M. de Qualroharbes, relatives à la famille Boguais. Des ombres profondes entourent leurs soulfrances, surtout celles (lu premier mois de leur caplivlié. Le tableau de ces prisons vaut cependant, hélas ! la peine d'être esquissé.
Le Mans, trop peu soucieux de son p3ss'\ i! a rien légué aux hi^storiens de la Révolution et d^ l.^ Vendée. On dirait qu'il a eu peur de se souvenir et s'est empressé d'oublier tout ce qui avait trait aux suites de la déroute vendéenne. C'est un tort. En passant l'éponge sur la cruauté de quelques rares enragés ^ on ensevelit dans le môme oubli la charité, le dévouement et l'héroïsme du plus grand nombre des habitants. Il faut donc, quoi
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qu'il en coûte de retracer de si poignantes misères , pénétrer dans ces sombres demeures au lendemain de la défaite, et voir quel fut le sort de ceux que les fusillades avaient momentanément épargnés.
Le jour même de leur entrée au Mans, le 23 frimaire (13 décembre 1793), les vainqueurs, à part quelques exceptions, avaient fait peu de prisonniers, au milieu de la fièvre prolongée du combat, surexcitée par la ténacité de la défense. Le souvenir des vengeances impitoyables exercées de part et d'autre, depuis le commencement de la guerre, faisait f)résager pour l'heure de la victoire ces terribles représailles. Les Conventionnels avaient donné l'ordre de ne plus faire de quartier et d'exterminer « les brigands. » Puisque, d'ailleurs, tous les vaincus étaient destinés à la mort, autant valait les tuer tout de suite ; c'était épargner de la besogne aux jupres et les délivrer des remords d'assassinats juridiques, accomplis de sang-froid, longtemps après rapaiscmenl de la lutte. La mort suivit donc immédiatement l'arrestation dos premiers prisonniers ; mais une fois la fureur du combat ralentie, les soldats partis, l'odeur du sang dissipée, l'humanilé reprit un peu de ses droits ; quelques Veijdéens furent épargnés, et déposés dans les maisons d'arrêt.
Ceux qui, plusieurs jours plus tard, furent trouvés cachés dans les maisons, ceux qui furent ramenés des communes voisines, où on avait eu la prudente humanité de les garder quelque temps, ceux qui avaient été pris sans armes par des gardes na- I ionaux humains et ne voulant pas se déshonorer par le meurtre d'ennemis désarmés, tous ceux, en un mot, qui ne furent pas immolés sur les différents points du département, vinrent remplir les prisons du Mans.
Les anciennes maisons d'arrêt, dévastées, remplies
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d'inimon(Uccs,ayaQl leurs clôtures brisées, étaient trop étroites pour contenir celte masse de détenus, arrivant sans relâche, comme le flot de la marée montante. Déjà les prisons avaient été insuffisantes lors du transfert au Mans des suspects de Maineet-Loire et de la Mayenne, à l'approche de Tarméc vendéenne : ils avaient été déposés dans les églises, notamment à la Couture, de môme qu'à Mamers, à la Visitation et à Saint-Nicolas.
Les Vendéens, celte fois, furent aussi entassés dans les églises et dans leurs dépendances, à la Mission, à TOraloire, dans l'ancienne église de Sainte-Croix et dans son presbytère.
La Mission était l'ancien hôpital de Coëfforl, bâli, comme Thôpilal d'Angers, par Henri II, roi d'Angleterre et comte du Waine. Il était devenu la maison des Missionnaires Lazaristes en 1615. A Tancien hôpital, devenu T église du couvent, étaient joints de vastes bâtiments destinés au logement des religieux, réédifiés dans les premières années du XVII le vsiècle, et auxquels touchaient d'immenses jardins de près de six hectares, donnant sur des marécages. Déjà les prôlres réfractaires avaient été renfermés à la Mission au mois d'août 1792; des mesures avaient été prises pour y assurer leur captivité. On avait muré des portes s'ouvrant sur la prairie et transformé Tancien hôpital en maison (le détention. Le voisinage de Pontlieue et du q^iartier général avait tout probablement fait choisir ce vaste local, comme dépôt de prisonniers, par rétat-major républicain, le matin du 23 frimaire avant la fin du combat, et ce premier noyau de captifs en avait simplement attiré d'autres , qui étaient venus grossir le flot.
De même que la Mission, l'église Sainte-Croix et son presbytère étaient écartés de la ville, ce qui éloignait des habitants la contagion que les Vendéens portaient avec eux: éloignement d'autant
plus nécessaire, que Sainte- Croix ne fut pas simplement choisi comme lieu de dépôt pour les enfants, surtout pour les garçons, mais comme hôpital pour beaucoup de prisonnières, qui toutes, à vrai dire, étaient plus ou moins alteinles du typhus (i).
L'Oratoire, au contraire, était situé dans Tintérieur du Mans. Cet ancien collège des Oraloriens, (jui n'avait pr)s été vendu nalionalement, était devenu une sorte de collège communal , où des élèves de l'Oratoire, devenus des révolutionnaires ardents, avaient remplacé leurs anciens maîtres. Ce fut dans l'église de ce collège, qui avait entendu' la voix de Mascaron, et sous les voûtes de sa grande Sa//e des Actes, que fuvenl plus particulièrement enfermées les femmes vendéennes. Si l'Oratoire avait été choisi de préférence à d'antres églises, c'est que, sans doute, les bâtiments qui y étaient joints permettaient facilement l'établissement d'un poste, et qu'on regardait sa situation élevée, proche des Jacobins, comme moins dangereuse qu'une autre peut-être pour la salubrité de la ville, et comme présentant d'autres avantages, plus menaçants, hélas ! pour les prisonniers, qui ne se trouvaient séparés que de quelques pas du lieu des fusillades.
Ce fut dans ces trois endroits qu'on enferma la masse des Vendéens, sans parler de quelques rares détenus, assez heureux pour avoir été déposés dans d'autres maisons de détention, moins encombrées et moins désignées aux colères de la foule.
J'ai déjà dit combien étaient violentes les co-
(1) Comme cette église, 1a Mission était située sur le territoire de la commune de Sainte-Croix. L'église Sainte-Croix, vendue plus tard nalionalement, fut détiuite vers 1794. L'ancien presbytère existe encore rue Erpell, eu face la rue Saint- 3ertrand(.
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iôres de la population exaspérée par les pillaj^cs (les: envahisseurs , surexciti^c par de longues IV.'iycurs, lorlurée par la misère et surloul par la fiim. La haine s'épanchait de bien des cœurs ou |il tôt de bien des entrailles affamées, môme (ontrc les pauvres captives, qui pouvaient consommer des vivres, augmenter la famine et menaçaient de répandre la contagion. L'histoire du massacre des femmes sur la place des Jacobins» que j'ai longuement racontée, n'est pas autre chose qu'un éjûsodc de cette sombre histoire de la faim^ ce mol qui, comme Ta dit M. Dauban, éclaire des horreurs qui, sans lui, seraient incompréhensibles (1).
Si Ton songeait aux prisonniers, ce n'était que pour désirer et demander leur mort « pour le«tr faire passer le goût du paio, » suivant la terrible expression du temps. Si on les oubliait, chacun ne songeant qu'à ses malheurs, à ses propres intérêts, « versant ses premières larmes sur les débris amoncelés Bdr les brigands, » ce n'était guère pour eux un sort moins malheureux. Car pour les Vendéens, l'oubli c'était encore la mon : ia mort lente par la faim, plus terrible et plus douloureuse que la mort par la fusillade.
Qu'on se figure ce que durent souffrir ces pauvres femmes épuisées par la misère et par deux mois de souffrances, dévorées par une maladie contagieuse, entassées sous les voûtes de l'Oratoire, n'ayant par ces nuits glaciales de décembre que de froides dalles, sans même un peu de paille
(1) M. Dauban , Paris en 1794, histoire de ia rue^ du club et de la famine, p. 30. Voir aussi p. 549 : < La faim est une rage, elle n'a pas bescin d'armes; les dents et les ongles suffiseot. Poussées par elle, les feuimes sont terribles. Elles quittent le logis, comme la bête Tauve quitte l'antre pour y rapporter la proie et b pilturc aux petits. »
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pour reposer 'leurs corps à moitié mourants. Dans ce pêle-mêle de victimes, les malades et les mortes étaient couchées a côté de celles à qui restait un peu plus de forces, et qui toutefois n'étaient gfuère elles-mêmes que « des cadavres vivants. » Qu'on se rappelle les prisonniers, envoyés de La Flèche an Mans, par Garnier de Saintes, exhalant une odeur cadavérique et même en plein air infectant à distance! Toutes ces femmes, hélas! dans les premiers jours de leur captivité, dans ces cruelles journées de famine, n'eurent pas de pain ; elles ne reçurent que quelques rares pommes de terre qu'on leur jetait, disaient-elles, comme à d'immondes animaux. La faim, dont la ville elle-même souffrait durement tout entière, et le typhus menaçaient d'abréger largement la tâche des juges et des exécuteurs. Il y eut Icàdes scènes d'une suprême horreur, qui font songer à Ugolin dans la Tour de Pise ou au prisonnier de Chillon. Aujourd'hui, y eût-il pour les dépeindre un Dante ou un Delacroix, on refuserait d'ajouter foi à de pareilles douleurs, si elles n'avaient pas été attestées tout d'abord par d'irrécusables témoins.
Heureusement pour la vérité, ce tableau des prisons du Mans, au lendemain de la déroule, a été, pour ainsi dire, gravé sur l'airain par un homme dont le témoignage est irréfragable. C'est le plus ardent ennemi des Vendéens, l'auteur des Lettres philosophiques lui-même, qui a écrit les lignes que voici : « Douze cents Vendéens de tout sexe, de tout âge et de toutes conditions gisaient dans une église (l'Oratoire), expirant de fatigue, dévorés par la faim ou frappés de la contagion. La ville était sans vivres. Les habitants pressés par la disette qu'y avait occasionnée le séjour de l'armée catholique, se répandaient dans la campagne pour y chercher le peu de subsistances dont ils alimentaient leurs familles; et les malheureux pri-
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sonniers, oubliés dans leur dép6l, imploraient en vain depuis trois jours la mort ou un morceau de pain.
« Quand D.. .. entra dans ce sôjour du désespoir, Podeur infecte qui s'en exhalait faillit lé touffer, lui et ceux qui raccompagnaient. Ils s'arm^^eDl pourtant de courage et s'avancèrent au milieu de celte affreuse scène. Mille spectres se soulevèrent à la fois et ne firent entendre qu'un seul cri : du pain (li! »
Voilà révélées en quelques lignes les souffrances de cette prison ou plutôt de ce charnier !
La mort par suite du besoin et du démlmenl lit de larges vides parmi ces agonisants. J'ai dit déjà que le i9 frimaire, en présence des horreurs de la famine , le commissaire ordonnateur des sruerres et la Commune se disputaient à qui ne fournirait pas aux prisonni<>rs quelques misérables vivres, prélevés jusqu'alors sur les magasins militaires, alimentés par des réquisitions faites dans les communes et les districts voisins. Los exaltés voulaient en finir par des fusillades en masse, et dégorger les prisons, comme à Saumur , à Angers et à Nantes, pour éviter d'avoir à nourrir les détenus et de subir les atteintes de la contagion (i). Des femmes mômes et de celles, hélas! sur
(1) V. Lettres phiioêophigueSf p. d46. L*auteur ajouta qae D. donne des ordres afin de pourvoir aux be&oius les plus pressés des prisonniers, que son compagnon retrouve enfin au Tuod d'un confessionnal sa mère morte, et son amante, qui, déposée d'abord chez le concierge du collège, expire quelques jours après. — Des prisonnières m'ont montré, l'une, la stalle où elle passa sa première nuit de captivité, l'autre, la dalle froide où elle mit au monde le fruit deses entrailles.
(2) Sur la fusillade des prisonniers de S'iumur atteints du t)phus, au milieu de juillet 1793, voir M. Bonnemère, La Vendée en 1793, p. ^07 : « On eut recours ii un moyen suprême, effroyable. On entratna ces infortunés dans une vaste
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les lèvres desquelles ou s'attendait le moins à rencontrer de semblables menaces, disaient en voyant ramener de leurs pareilles au Mans: « 11 n'y a pas besoin de les interroger, il faut les fusiller. » Les gens plus humains demandaient leur transfert dans d'autres villes, qui ne seraient pas en proie à la famine, et voulaient éloigner d'eux ces prisonniers qui mawgf^afm/, ce foyer d'infection, ce sang humain qui, un jour ou l'autre, serait répandu et serait une tache pour la ville. Pendant toutes ces hésitations, les captives mouraient à bout de forces, d'épuisement et de maladie, les femmes pauvres comme les riches, qui, si elles avaient pu à grand'peine conserver quelques pièces d'or pour se procurer des soulagements et tenter la cupidité
prairie où ils furent fusillés tous et laissés snr place. » ~ J'ai longuement parlé déjà des massacres de Nantes et de la boucherie de Sainte-Gemmes, ordonnés par Carrier, Francastel et Félix, pour vider les prisons, encombrées par les prisonniers atteints du typhus. Du reste, le tableau des prisons dans tout rOuest est à peu près le même qa'au Mans. A Angers, dès ie mois de frimaire, les détenus, manquant de tout et entassés, avaient été gravement atteints de maladies contagieuses. Le 26, le comité révolutionnaire, à l'exemple de celui de Nantes, « considérant le grand nombre de prisonniers, tous attaqués de maladies pestilentielles, engorgeant toutes les maisons (!e détention, » demandait à Francastel « des moyens prompts et sûrs pour débarrasser les prisons. > (Voir sur les prisons d'Angers, Berriat-Saint-Prix, La justice révolutionnaire en France^ in-8»,t. I, p. 158; M. Godard-Faultrier, Le champ des martyrs, p. 71 et suiv., etc.) On sait combien de viciimes sans nombre le typhus et la faim firent li Nantes, à TEntrepôt, à l'Kperonnière, au BoulTay, prisons k jamais fameuses, dont le tableau a été retnicé bien des fois, tombeaux où les détenus étaient ensevelis vivants. (V. Berriat,t. I, p. 45 et suiv., tous les historiens de Carrier, de Nantes, de la Vendée, Emile Souvestre, Soa»^»/r« d'un Bas-Breton, t. II, p. 166; M. Renoo, le Boujfay, 1864, p. 340-353; M. Alfred Lalllé, Notes sur te Bouffùy, 1865, etc.)— A Laval, la contagion enleva même deux des médecins les détenus, et détermina l'évacuation de la
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d'avides geôliers, souffraient néanmoins autant de celte vie de privations plus nouvelle et plus pénible pour elles.
On put croire que le sort des Vendéens allait enfin ê;re décidé par l'arrivée de Garnier de Saintes. Au coniinencemont de nivôse, le proconsul, qui regrellail, disait-il, d'avoir quitté la ville pour se rendre au poste où il était appelé, était enfin revenu au Mans, pour opérer l'épuration et laréort,'anisation des autorités constituées, ordonnées par la loi du 14friniaire.Garnier, il faut le reconnaître, ne s'était guère pressé de revenir dans la Sarlhe. Peul-ôtre le souvenir de sa fuite du 10 décembre i'avait-il retenu éloigné du Mans, et attaché prudemment au sol de la Normandie (1). Il resta bien
prison du Yal-dc-Mayenne, dans les prisons du château, le L'4 plu\iôse. A Rennes,* la maladie pestilentielle, écrivailla rommission Biatus-Magnier, a fait justice elle-mêiue d'une inJinité d'autres contre-révolationn.iires. » A La Rochelle, des c.-ntaines de c pauvres brigands » moururent de misère et de maladie et communiquèrent la contagion ai leurs juges. A Fontenay-le-Comte, le besoin faisait révolter les prison- Diers affamés. Les prisons de Noirmoutiers furent «également infestées par le typhus, partout attaché aux Vendéens. (V. une curieuse lettre de l'accusateur public Hudoux, du 36 messid.ir an H; M. Bourcier, La Terreur en Ànjou^ p. 245.) C'est la crainte de la contagion qui, li Alençon, les fit immoler si sommairement. A Saint-Maio, l'état de faiblesse et de maladie de vingt-ciiiq d'entre eux ne permit pas de les interroger, ce qui n'empêcha pas de les juger après leur décès. (Y. Berriat, t. I, p. 30, 217, 285, 275, etc., et M Du Chatellier, Prmns et détenus de l'an 11^ dans les départements^ rive droite de la Loire, travjux de l'Académie des sciences morales, 1865, l LXXIV )Sur les prisons d'Alençon, voir encore les différents mémoires relatifs au procès de l'agent national Chauvin, et de l'affreux concierge des suspects, Marçonnay, aussi cruel que Paul Chassebœuf.le concierge de Laval. Sur les prisons do Blois, voir Les prisons de B lois, an! H, etc.
(1) A part les nombreuses lettres et proclamations du Garnier de Saintes, que j'ai citées, je connais peu de traces de
peu de temps dans notre ville, cinq jours à peine ; le court séjour de moins de vingt-quatre heures, qu'il y fil un mois plus tard, prouve encore qu*il s'y sentait mal à Taise.
Alonçon ne lui rappelait pas aussi vivement le souvenir de sa retraite, et ne lui offrait pas non plus des hommes aussi énergiquement trempés que les quelques membres du club du Mans, qui voulaient le dominer et lui dicter leurs volontés.
Ce retour de Garnior fut néanmoins tout un événement. Les principaux chefs du Club en ont ainsi constaté Timporlance :
« Notre commune, envahie par les brigands de la Vendée, reprise par les soldats de la République, languissait, accablée par les plus terribles fléaux, la contagion et la famine. Les citoyens versèrent leurs premières larmes sur les débris amoncelés par les brigands. Chacun ne songeait d'abord qu'à ses malheurs et aux moyens de les réparer par le travail et l'industrie. La Société populaire n'était pUis fréquentée que par une poignée d'hommes jaloux de la conserver et de la soutenir au détriment de leurs propres intérêts, et ce fut dans ces tristes circonstances que Garnierde Saintes vint opérer l'épuration des autorités constituées, ordonnée par la loi du 14 frimaire. Sa présence ranima les esprits ; les prin-
ses œuvres d'alors à Âlençon : il y régla les oiarclies et contre-iuarclies et la subsistnnce.i) l'aide de réquisitions, des :innées de la Mayenne et de Chabot, dont une colonne reprit le chemin du Mans par Beaumont, dès le 34, et contribua aux nombreuses arrestations de prisonniers. Le 27 frimaire, il donnait l'ordre de faire revenir Ji Alençon les caisses publiques ; le 28, il lançait relativement au maximum une violente proclamation qui, le 14 nivôse, fut rendue commune au iléparlenient de la Sarlhe. c Le paiple^ fatigué de l'oppression des riches, etc., » imprimé en placaid par Malassis, et au Mans, in-i*», par Pivron .
cipes qu'il développa rafTermircnl le patriotisme ; ses promesses bannirent les alarmes et les regrels. 11 s'était déjà fait connaître à son premier voyage dans nos murs : il avait renversé les idoles de la superstition ; il avait propagé les lumières de la plus saine philosophie et n'avait laissé d'autel qu*à la Liberté (i).
« Les patriotes espéraient tout de son énergie, lorsqu'ils le virent disposés à se conformer au vœu du peuple pour le choix des fonctionnaires publics... Il se retira au bruit des acclamations répétées de Vive la République (2) ! »
Gamier fut, eu effet, dans la plupart de ses choix, dominé par les membres de la Société populaire, qui, d'ailleurs, d'après le Comité de Salut public, devaient être le flambeau des Représentants dans les épurations. Tous les jeunes apôtres du Jacobinisme, ennuyés de la viande creuse des discours et du rôle de tribuns, voulurent avoir, comme leurs devanciers, une part plus solide de souveraineté et se lancèrent à la curée. Il faudrait les ïambes vengeurs de Barbier pour dépeindre les ardeurs de cette avidité longtemps inassouvie, déplorée bientôt par le proconsul lui-même, sûr désormais que les hommes qu'il croyait élus librement par le peuple étaient « ceux qui se portoient les uns les autres aux places et qui sMudiquoient
(I) Le 5 nivôse, Garnier de Saintes donna une noavelle preuve de sa haine c pour la soperstition » en adressant aux habitants da district de Châtcaa-da>Loir une de ses plus violentes proclamations contre le fanatisme et les prêtres. Imprimée en placard par Ptvron, puis en 10 p. in-8«, à Blois, chez Billaud, elle a été reproduite par un historien du Blésois, tandis qu'aucun hislorioA de l'Église du Maine n'a inséré ce curieux document.
{% Les Membres de la Société populaire du Mans^ traduits et acquittés au tribunal révolutionnaire » à leurs concitoyens^ in-40, p. 9.
réciproquement pour celles quMls se réservoient, après avoir fait adopter la destitution de ceux qui les ombrageoient... Ces nominations, dit-il, obtiennent les applaudissements publics: je dois les croire libres. Ils étoient ceux de la crainte et je ne pouvois m'en douter (1) ! » Mais ce n'est pas le lieu de parler longuement de cette curieuse épuration de toutes les autorités, dont une partie des nouveaux membres, ainsi que le rapporte encore Garnier, fil régner dans Le Mans un système de terreu r, corn prima tous les bons ci loyens, dénonçan t cl poursuivant comme suspect quiconque ne pensait pas comme eux. J'indiquerai simplement ici le chanjîement du maire et du président du tribunal criminel.
Ces deux fonctionnaires, Potier La ÎWorandière et Menard-la-Groye, avaient d'abord été tous deux réélus dans leurs fonctions à lunanimité par le peuple, le 2 nivôse. Potier, ainsi que Roustel, était secrétaire de l'Assemblée populaire. Il avait prodigué au représentant de tendres marques d'amitié, en lui demandant à l'embrasser. Ils s'étaient tous deux, au milieu des applaudissements, donné une accolade, qu'on peut, lorsqu'on songe aux événements qui suivirent, appeler plutôt un baiser de Judas qu'un baiser fraternel.
Gomment donc, après cette touchante effusion. Potier ne fut-il pas confirmé dans sa place de maire, non plus que Roustel dans celle de membre du département? Pourquoi furent-ils tous deux écartés de fonctions où ils venaient d'acquérir une triste célébrité?
Je laisse à chacun le soin de résoudre cette énigme dans un sens plus ou moins favorable à
(l) Compte rendu par Garnier de Saintes, sur la partie critiquée de sa mission; imprime en vertu d'un décret de U Convention, p. 2.
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ces deux personnages, dont le premier , chose curieuse, devint Tennemi de Garnier de Saintes, tandis que Roustel resta son (idèlc instrument et son séide. Toujours est-il qu'une des créatures de Garnier, le commissaire ordonnateur, Tafucs, demandant des commissaires des guerres, pour le dt^partement, exprima le désir d*avoir pour coopéraleurs Marat Rouslel et Potier, « connus par leur patriotisme, leur zèle, leur probité, » disent les rédacteurs du Procès- Verbal, qui ne sont autres que ces deux citoyens. Ils fureul aussitôt propos(!'S par Ganiier, le 4 nivôpe, aux suiïrages du peuple, réunirent toutes les voix, et durent être soumis ti l'approbation du ministre qui ne tarda pas à ratifier ce cboix du proconsul.
Potier se trouvant éloigné de la mairie, il Tallul procéder à une seconde élection. Le nouvel élu du peuple fut M. Menard-la-Groye, ancien constituant, i|ui venait la veille d'être confirmé dans la charge de président du tribunal criminel, qu'il exerçaitdepuis la fin de i79i. L'humanité eut à s'applaudir <le cette élection du chef de la commune. Bien que la municipalité ne fût presque pas modifiée dans son personnel, elle allait aussitôt retrouver des sentiments humains et rentrer pleinement dans la voie de la modération, ce qui prouve que Tancien maire en était évidemment Tâme, Tinspiraicur, le mauvais génie, le démon!
Le tribunal criminel était de la sorte privé de son président. Ysambart, jupre au district, fut choisi pour remplacer M. Menard-la-Groye. C'était encore une recrue pour la cause de l'humanité, ainsi qu'on sera bientôt à môme de l'apprécier.
Ces séances ô'épuralion « à jamais mémorables » furent closes le 3 nivôse (1). On y parla, Je Taidit
(1) Procéi-verbal de l'assembtée des fonctionnaires publics H de tous les citoyens de la commune du ManSf convoqués
déjà, de l'invasion dont le souvenir était encore si cuisant, du courage des défenseurs de la ville, des victimes et de l'atrocité des brigands, de la misère des pauvres patriotes à qui on consacra le produit des efiTets abandonnés par les Vendéens; mais, chose étonnante! il n'y fut pas question des prisonniers. Garnier de Saintes était sans doute embarrassé pour les faire juger. Il n'avait plus sous la main de commission militaire. Quant au Tribunal criminel, dont il espérait se servir comme d'un instrument docile, à Texemple de celui de l'Orne, ses membres avaient été dispersés par Tinvasioii. D'ailleurs, leurs fonctions s'étaient terminées avec le dernier trimestre de frimaire. Ceux qui devaient siéger en nivôse ne s'étaient pas encore rendus au Mans. Le nouveau président n'avait pas prêté serment. Le Tribunal ne comptait pour ainsi dire en exercice que l'accusateur public. Embarrassé donc sur le choix d'une juridiction, hésitant peutêtre aussi sur le sort de tant de femmes, de jeunes filles et d'enfants, Garnier se borna k adresser le môme jour, 5 nivôse, une dépêche au Comité de Salut public, afin de savoir quelle conduite il devait tenir à cet égard (1). Puis il s'empressa de quitter la ville et retourna se tapir dans son gîte d'Alen-
par le repréaentant du peuple Garnier de Saintes..., pour l'épuration des autorités constituées et de tous ceux gui possèdent quelques places dans ladite commune, 12 p. in-i», Pivron .
(l) Au Mans, le 4 nivôse, il signait Tarrèté suivant : < Nous arrêtons que les détenus du district et commune de Sablé, qui sont soit au Mans, soit h Chartres, resteront en arrestation dans cette dernière ville, jusqu'à ce que, par un représentant du peuple, il ait été statué sur leur sort. » Sur la demande du Comité de Brûlon, du 2 nivôse, le Représentant s'occupa aussi du sort des femmes suspectes de Brûlon, arrêtées en si grand nombre, et parmi lesquelles il y avait plusieurs membres de la famille Ghappe.
von, malgré que la situation du Mans, toujours en proie à la famine et k la veille d'être décimé par la contagion, fût des plus criti(îucs et réclamût impérieusement sa présence.
Presque aussitôt après son départ, dès le 9 du reste, le district et la commune, sans ressources, étaient réduits à envoyer des commissaires à Alençon pour lui exposer Taffreuse pénurie de la ville, et lui demander l'autorisation de puiser des grains dans les magasins miliiaires. Garnier, afin de sauver pour un instant Le Mans de la disette, autorisa le district à faire des réquisitions de 3,000 quintaux de grains dans les autres districts du département, presque dénués eux-mêmes de subsistances. Et pour assurer le résultat des réquisitions, il lançait, le 19, une proclamation irritée contre ceux qui refuseraient d'y obéir, et voudraient se rebeller, les menaçant des tribunaux révolutionnaires et de l'incendie de leurs maisons (1). J'écrirai ailleurs, tout au long, cette histoire de la famine dans la Sarthe pendant la Révolution ; il me suffit de dire ici que Garnier fit alors ce qu'il put pour en atténuer les affreuses rigueurs : « î^ans lui nous serions morts de faim, » disait on quelques mois plus tard au Mans.
En attendant la réalisation des réquisitions accordées par le Représentant ou par le Comité des subsistances de la Convention dans les départements voisins, la disette restait toujours extrême et les soupçons ne faisaient que l'augmenter. Les recensements et les visites domiciliaires ne donnaient guère de pain. Les rassemblements se succédaient à la porte des boulangers, où chacun était réduit à la portion. Le pain de pommes de terre était vu d'un mauvais œil et suspecté comme
(1) Proclamation aux habilants des départements de l'Orne, Sarthe et Mayenne, dq 19 ni vote, 4 p, in-4«.
une des causes de la contagion qui commençait à faire des viclimes dans la vi]le(l). Outre le manque de subsistances, il y avait dénûmenl général, pénurie de bois pour se chauffer pendant ce rude hiver, et manque de sabots pour la plus grande partie de la population.
C'est à côté de la terrible surexcitation causée par cette cruelle disette et par la mi;îère que les prisonniers vendéens du Mans, dévorés par la fièvre et ne recevant qu'une nourriture à peine suffisante pour les empêcher de mourir, virent leur agonie se prolonger, sans qu'aucune condamnation judiciaire ait été prononcée contre eux avant le 18 nivôse.
Un point qui peut rester douteux, c'est de savoir si les fusillades Sc^ns jugement cessèrent complètement pendant ce répit de la première quinzaine de nivôse. J'ai longuement parlé de celles qui suivirent les jours de la déroute^ Les nombreuses lettres du temps, le Rapport de Rouslel du 27 frimaire ne laissent pas de doute sur leur triste réalité. Mais jusqu'à quand ces exécutions sommaires se continuèrent-elles au Mans? 11 est presque impossible aujourd'hui de rien savoir de précis à cet égard (2). 11 n'y a jamais de preuve offîcielle, de preuve écrite de pareijs actes. Ce sont la plupart du temps les Mémoires des contemporains, ou des témoignages postérieurs, qui viennent seuls les révéler et les mettre en lumière. Mais jusqu'ici,
♦ (1) La majeure partie des subsistances au commencement de nivôse ne consistait qu'en pommes de terre ; on les mélangea avec du grain pour faire le pain, suivant les conseils de Lambert-la-Vannerie.
(3) Perrin, t. II, p. 375, parie aui.si de fusillades arbitraires dans la Mayenne, longtemps après la déroute; mais il a commisplus d'une erreur. C'est ainsi qu^il dit IVf. Hay fusillé sans forme de procès aux Capucins, tandis qu'il fut cond-Huné il moit par la Gomniission Proust, 'ç 5 nivôçe.
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dans le Maine, presque aucun recueil de Mémoires n'a été écrit ou du moins publié sur la Révolution (1). Il semble, je le répèie, que les témoins se soient donné garde de se rappeler ces sombres journées de deuil, et qu'il leur en ait trop coûté pour avoir le courage de prendre la plume et de fixer de si pénibles souvenirs. Peut-être aussi leurs révélations sont-elles encore consenrées 'iiscrètementparles familles, dans Tombre du foyer domestique. J'aime mieux pour ma part croire à cette discrétion qu'au silence des contcm]K>rains. Il est impossible qu'un curieux n'ait pas, à une heure plus propice qu'aujourd'hui, fait appel aux souvenirs des geôliers et des gardes nationaux du temps, à ceux des médecins et des femmes charitables qui ont forcé l'entrée dos prisons, pour porter un morceau de pain et un mot du cœur aux pauvres cap lives. Je ne puis croire qu'avant moi on ait laissé [larvenir jusqu'à la mort, ou jusqu'à l'extrême vieillesse, les prisonnières restées dans nos murs après la pacification, sans obtenir d'elles, ne fût-ce <|u'avec les larmes de leurs yeux, le récit de leur raptivilé, et de la mort de leurs compagnons d'inlorlune. On connaît aujourd'hui l'histoire des prisons de Paris, de Nantes et d'Angers ; je pense qu'il en sera de même un jour pour toute histoire (les prisonniers vendéens du Mans, que je regrette d'être forcé de laisser sans grande lumière pour les premières semaines de leur captivité.
(1) Ce n'est que depuis la rédaction de ces lignes qu'on a commencé la publication des Mémoires des abbés Ducastel et l^'ieury. Nous aarons, peut-être bientôt, ceux du cbanoine Neveu et de l'abbé Mériel-Bucy. Plusieurs pages des recueils de Négier-la-Crochardière ne sont autre chose aussi que «les mémoires. J'ignore si ceux de Sjuqujiie-Souligné, dont M. Louis Blanc a fait co.inaître des cxlraits, renferment des particulurités relatives au Maine, pays de leur auteur.
M. de Quatrebarbcs dans sa Commune vendéenne sous la Terreur, et d'après les dires de la famille Boguais, a bien écrit quelques pages émues, sur les prisons du Mans. M. Pilre-Chevalier en a aussi tracé une esquisse pendant ses voyages à travers la Vendée, en consignant dans son livre les souvenirs de ses conversations avec madame de Joannis, née Sophie de Sapinaud. Ce sont môme ces écrivains qui parlent de fusillades sans jugement longtemps après la défaite, et dont les récits appellent le contrôle et l'examen de la critique.
On lit dans M. de Qualrebarbes : « Tous les matins, la porte s'ouvrait pour laisser passer un certain nombre de prisonniers. Ils étaient remplacés bientôt par d'autres qui ne tardaient pas à
subir le môme sort Quinze jours s'étaient
passés dans celle affreuse attente. »» C'est alors que Fromental entre dans la prison de la Mission avec rintention de délivrer des captives, et dit à madame Boguais qu'il sait que la nuit prochaine tous les détenus de cotte prison doivent être massacrés. En effet, pendant la nuit, la prison est envahie « par une troupe ivre de meurtre, qui était accourue réclamer sa proie » et qui chasse devant elle les prisonniers enchaînés deux à deux. « Puis on entendit tout d'un coup comme un roulement de tambours et le sourd murmure de l'orage ou d'une fusillade éloignée, et tout rentra dans le silence accoutumé... L'horrible vide laissé par la mort fut bientôt comblé. Dès le jour suivant, la prison était remplie (1). »
S'il faut s'en rapporter à ce récit fortement dramatisé, les fusillades arbitraires avaient donc continué quinze jours après la défaite et vidaient
(1) Voir aussi ïli. Muret, t, I. p. 442; M. Crétineau- Joly, t. l, p. 398.
DANS LA SARTIIË. H
encore largement les prisons do la Mission jusqu^au 8 nivôse environ, jour où Ton est amené à rapporter approximativement la lugubre scène nocturne décrite par M. de Qualrebarbes.
Quant à Pitre-Chevalier, il raconte que, lorsque mesdemoiselles de Sapinaud et de Lézardière furent transférées au Mans de Brûion, où elles étaient demeurées dans un discret asile après leur arrestation, il y restait encore près de trois cents prisonniers, qu'on en fusillait chaque jour un certain nombre dont les cadavres restaient sous les fenêtres de la Mission, et qu'un ami annonça aux deux jeunes Vendéennes qu'elles seraient fusillées le lendemain ( 1 ) .
Ce dernier récit, je le dis tout de suite, me semble entaché d'erreur. Que des menaces de mort aient été proférées contre les deux nobles Vendéennes a cause môme de leur nom, c'est fort probable; mais à l'époque de leur arrivée au Mans, je pense qu'on ne fusillait plus de prisonniers. Non-seulement les exécutions sommaires avaient pris fin, mais les fusillades judiciaires elles-mêmes avaient probablement presque cessé à cette époque (2). Ce sont donc les dires de M. de Qualrebarbes seul, qui peuvent faire l'objet d'une sérieuse discussion, quant au fond du récit, bien entendu, en laissant do côté les accessoires dramatiques.
J'avoue tout d'abord que je n'ai rencontré
(1) Bretagne et Vendée y p. 487.
;2} On irouveia plus loin des détails sar les deux captives. Je sais porté à ne les croire transférées au Mans que (e Bpluviôse, époque k laquelle on ne fusillait i-lus; il ne serait pas impossible toutefois, comme on le verra, qu'elles l'aient été dès le 18 nivôse, en pleines fusillades judiciaires, et c'est pour cela que j'émets une simple opinion. En tous cas, Pitre- Chevalier, en plaçant ce transfert six mois après la déroute, a commis une grave eri-eur.
Ûi LES VEJSDKENS
aucune preuve formelle de leur exactitude. On pourrait aller jusqu'à dire qu'il existe en leur faveur des présomptions ; maïs, pour qu'elles fussent concluantes, il faudrait avoir les registres d*écrou des prisons, qui seuls permettraient de connaître d'une façon certaine le nombre des prisonniers, la date de leur entrée et de leur sortie. Or je ne connais, pour ma part, aucun registre d'écrou de rOratoire ni de la Mission. Les seuls registres encore existants n'ont trait qu'aux maisons d'arrêt de Tancien palais el de l'ancien èvéché, qui ne recueillirent que quelques captifs el pour ainsi dire de rares épaves. Y eut-il même des écrous dresses à l'Oratoire, où les prisonniers ne firent qu'un court séjour, au lendemain môme de la déroute ? On peut certes en douter. Quant au registre de la Mission il a bien certainement existé : il en est question même dans l'histoire de la famille Boguais, rt Ton sait qu'il fut plus d'une fois lacéré pour ne pas laisser de traces des évasions. On voit le concierge venir lui-même se plaindre à la municipalité de la lacération de sept feuillets par les hommes du poste.
Ce n'est qu'a partir de pluviôse, ou mieux encore lie vculôse, qu'on possède quelques renseignements un peu certains sur le nombre des femmes ou des filles détenues au Mans. On voit alors leurs noms inscrits sur différentes listes, et pouvant s'élever jusqu'à près de trois cents; mais à cette époque, la maladie et la mort avaient fait un large vide dans la prison, sans parler des évasions et des mises en liberté provisoire, accordées plus ou moins discrètement à de jeunes détenues. Les prisonnières de Sablé, de Brûlon, n'avaient en outre été conduites au Mans que fort tardivement, près'de deux mois après leur arrestation, de sorte que ces listes ne permettent aucunement de connaître quel fut le nombre des
DANS LA SARTHE. fi
captifs de la première heure et des premières semaines. De plus, ainsi que je l'ai dil, elles iront irait qu'aux femmes et à quelques enfants.
Il ne faut donc pas s'étonner de voir les chiffres allégués relativement au nombre des prisonniers varier dans une assez f(»rte proportion.
L'auteur des Lettres philosophiques ^ qui, il est vrai, ne mit ses souvenirs par écrit que vingt ans plus tard, mais était à même de bien voir, et ne devait pas être disposé à grossir le nombre des captifs, parle, on Ta vu, de douze cents prisonniers déleuus dans la seule église dtî FOraloirc, vers le 26 frimaire; il n'était rentré au Mans que dans la journée du 25, arrivant de Bonnétr*ble. Le 29 et le 30, les administrateurs de la commune et du département évaluent à neuf cents environ le nombre des brigands à juger au Mans par la Commission militaire. Le 30, un correspondant officiel du comité de Saint-Calais écrit du Mans qu'ilyaciw^ cents brigands détenus dans l'ancieune église de l'Oratoire, dont les trois quarts sont des femmes (l). Ces évaluations varient avec les dates, et deviennent piw5 faibles à mesure qu'on s'éloigne des premiers jours de la captivité : quelques-unes aussi n'ont trait qu'à une seule prison, tandis que les autres se réfèrent à toutes les maisons de détention. Cauvin parle de « six cents yendéens renfermés dans l'église de l'Oratoire et d'un grand nombre de femmes détenues à la salle des actes du collège. »
L'auteur des Martyrs du Maine dit que les fugitifs ramenés au Mans furent enfermés à la Mission : m quatre cents femmes environ avaient
(Il V. t. Il, j). 250 et 242. M. Crélincau-Joly, copié par M. Pitre-Chevalier, t I, p. 398, dit : «Trois luille, au moins, sont resti''s prisonniers avec des femmes et des eu-
fau(s. »
â4 LES YKiNhÉEINS
(échappé au carnage. Le nombre des hommes qu'on ramassa de tous côlés fut bien plus grand. Lorsque la mort eut dépeuplé les prisons, les femmes vendéennes furent transférées de TOrntoire dans les bâtiments de la Mission où les hommes étaient déjà (I). » Renouard, plus voisin des événements, ainsi que Cauvin, a écrit que « les femmes vendéennes qui étaient à l'Oratoire, furent bientôt transférées à la Mission où Ton renferma aussi sous bonne garde les hommes qu'on ramassait de tous côlés. » îl parle, sans rien préciser toutefofs, d'environ quatre cents hommes captifs fusillés à Ponilioue, et de quatre cents femmes prisonnières (2). Des notes plus récentes, rédigées d'après les souvenirs des prisonniers du temps, portent à cinq cents le nombre des femmes conduites dans les chambres delà Mission.
Tout cela n'est guère précis ni concordant.
D'autres ont prétendu qu'il y avait eu tout d'abord des catégories bien distinctes de prisons, la Mission pour les hommes, l'Oratoire pour les femmes, Sainte-Croix pour les enfants. L'examen des pièces officielles, des dépositions des femmes et des enfants, les seules qui existent et que j'ai été le premier à connaître, prouve au contraire qu'il n'y eut rien d'aussi tranché dans les premiers jours quant k la répartition des détenus. Si le plus grand nombre des femmes fut déposé à l'Oratoire, ce ne fut pas cependant la seule prison des Vendéennes. On en voit qui sont conduites directement à la Mission, dès le lendemain de la défaite ou trois ou quatre jours plus tard ; d'autres passent par l'hôpital, ou bien par Sainte-Croix avant d'entrer à l'Oratoire
(1) V. Perrin, t. II, p. 378, 379.
(5î) Essais sur le Maine, t. Il, p. '?G3 h 2n7.
OU à la Mission ; quel<|ueS'Unos gardent lenrs enfanli, surtout leurs filles, avec elles dans celte dernière maison d'arrôt. On voit des lilies de dixsept ans, des femmes plus âg<^es même, rester ù Sainte-Croix pjirce qu'elles ont toujours été malades. Je trouve des femmes transférées à la- Mission dès le le' nivôse, d'autres le 6, de la prison de la municipalité qui conserva plus longtemps, jusqu'à la veille même de leur condamnation, quelques détenus vendéens. Ce fut sans doute la crainte du typhus qui fit vider fOratoire et transporter plus loin du centre de la ville la masse des prisonnières, qu'on considérait comme un dangereux foyer d'épidémie. Une Vendéenne déclare avoir été détenue trois semaines à l'Oratoire, après être restée cinq jours dans un fossé, puis avoir été conduite k la Mission (i). Vers la seconde quinzaine de nivôse, la plupart des femmes avaient dû être transférées dans cefe dernière prison, où nous voyons dés lors indiqués de nombreux décès de prisonnières; en pluviôse, l'Oratoire était vide. Le li, le citoyen Froger recevait de la commune 13 livres, pour avoir nettoyé cette église et le puits des Jacobins.
Le Tribunal criminel, qui commença à juger le 18 nivôse, et condamna à mort tous les Vendéens au-dessus de seize ans qui se trouvaient dans les prisons, ne prononça alors que cent trente-cinq
1) Df*s Vendéeines malades, aprè^ avoir été déposées à Téglis'' de l'Oratoire, furent envovées à l'hôpital, d'où quelques' unes, après leur rétablissement, forent réclamées par de charitables habitants, sa>is passer par la Mi^sio^. Bugénie Borsier, jeune Vendéenne de dix-sept ans, qui avait perdu sa m:jîtri'S:>e au Mans, fut retirée de la sorte de Thôpital, par la ('iio\e'ine Floriot, domestique^ qui lui donnu asile de l'agrément du citoyen Paiibault, oilkier municipal. Plus lard, a| rès avoir élé délivrée â Jorry, marchand, elle fut placée, le 17 frudidor, chez le maire, M. Menard-la-Groye.
«rft
condamnalions. Les quelques prisonniers qui furent jugés plus lard n'arrivèrent de Sablé qu'à la fin de pluviôse. Ce chiffre de cent Irentc-cinq Vendéens semble bien peu élevé, on Pavouera, en présence des évaluations des premiers jouri*, et du nombre des captifs qui durent être amenés, à différentes époques, des communes les plus reculées du déparlement. Cette diminution ne peut pas s'expliquer seulement par le vide causé par la maladje. Elle ne se comprend que comme le terrible résultat des fusillades arbitraires, non judiciaires, qui eurent incontestablement lieu dans la première période de farouche exaspération qui suivit la victoire.
Quand ces fusillades sommaires vinrent-elles à cesser? Quand la loi prit-elle la place de la vengeance brutale de chacun ? Voilà toujours ce qu'il est impossible de préciser. Les curieusc^s correspondances que j'ai citées, cessent toutes cinq ou six jours environ après la défaite des Vendéens : les journaux de n'importe quelle époque se renferment dans un mutisme absolu (1). On trouve bien dans les colonnes d'un journal royaliste {l'Espion, no 12, 9 nivôse an V), au milieu d'autres accusations aussi violentes, qu'un des hommes les plus compromis d'alors livrait les prisonniers, au sortir de la prison, à la force armée
(1) Les Affiches du Manssoni le seul journal local d*aIors, et celte feuille hebdomadaire a trop souvent gardé une discréiion désespérante pour les chercheurs d'aujourd'hui Le rarissime Bulletin du département avait été interrompu par suite de l'invasion. .11 reparut cependant après la mi -nivôse» sous la direction de Goyet. jusqu'au commencement de germinal, époque de remprisonnement de ses principaux rédacteurs; mais ses numéros sont aussi rares que des manuscrits. Je considère comme une des principales raretés révolutionnaires de mon cabinet, le numéro du 3 ventôse, le seul d'alors que je possède.
qui, bientôt après, brisait leur crâne en sa présence. Mais il n*y a pas lii les dates que nous cherchons.
Un autre document plus impartial, contemporain des faits, etcomplétement étranger aux passions politiques, ne donne pas plus de lumières. Le citoyen Liberge, médecin, dans un rapport médical du il nivôse, dont je parlerai bientôt plus au long, présenté au Conseil général de la commune au nom des officiers de santé, a écrit les lignes que voici : «Tous ceux des brigands qui meurent de maladie et de misère, ceux que Von fusille^ sont dépouillés par des hommes qui ne craignent pas même de porter leurs vêtements sans les laver. » Or, le Tribunal criminel avait commencé à condamner les Vendéens à mort le 18 nivôse. C'est donc à des fusillades judiciaires que songe, sans doute, M. Liberge, en faisant allusion à celles dont il parle comme ctun fait actuel.
On peut considérer comme une présomption le chiffre donné sous réserves, il est vrai, par Renouard, de quatre cents victimes fusillées à Ponllieue (sans parler des fusillades aux Cordeliers, rapportées par d'autres historiens), alors que le nombre total des condamnés n'a été que de cent quarante-trois. Des battues avaient été faites aussi à des dates très-récentes dans certaines communes. C'était le 6 nivôse seulement que la force armée envoyée à Brûlon avait procédé « aux chasses à faire aux brigands (1), » déjà tra-
(1) Aux demandes d'hommes et de munitions adressées au Mans par les communes, ponr poursuivre et détruire les brigands, que j*ai citées précédemment, j'ajouterai celle des membres du Comité de surveillance de Loué, du S7 frimaire. < Nos voisins, disent-ils, n'osent pas attaquer seuls ces monstres, qui sont rassemblés dans les bois des environs, qui ont tué lijcr un des citoyeiiS de Brulon, et un des nôtres qui est cçr-
qués, il est vraU parles gardes nationaux des campagnes. Des prisonniers purent donc bien n'arriver au Mans qu'à la fin de la première décade de nivôse (l). Mais, je le répète, il n'y a pas là ces présomptions graves el concordantes, qui peuvent parfois engendrer la certitude.
Ce ne serait pas toutefois connaître T histoire ni les bizarreries du cœur humain que de s'étonner de voir des prisonniers fusillés sans forme de procès, tandis que d'autres ont été réservés pour les condamnations judiciaires. D'ailleurs, parmi les captifs, les uns avaient été pris les armes à la main, d'autres sans armes au contraire. Quelquesuns disaient avoir déserté volontairement les rangs des Vendéens, d'autres n'avaient été arrêtés que tardivement, après l'apaisement de la vengeance. Nous aurons bientôt l'occasion de voir qu'à part sept à huit exceptions, les condamnations du Tribunal du Mans n'atteignirent que de bien obscurs défenseurs de la cause vendéenne.
Voilà les réflexions que m'a suggérées le récit de M. de Quatrebarbes. Les immolations violentes de prisonniers, vers le 8 nivôse, auxquelles il a
taineracnt blessé li mort. ... On nous apprend en ce moment qu'uB ho jime el une créature viennent d'être assassinés dans les environs. » La commune de Loué était déjà familiarisée avec les chasses et les battues dans les bois, qui avaient eu lien autour d'elle, à la fin de septembre, après l'insurrection de Biûlon, époque à laquelle Téglise de Loné avait renfermé à elle seule plus de quatre cents prisonniers. (Sur le sort des Vendôens à Loué, voirPerrin, 1. 1, p. 318.) Les prisonniers étaient conduits à la mort, par escouade de douze à qiinze, dans la prairie du château, derrière la tannerie Laoniy.
(1) René Fradin, jeune laboureur de quinze ans, arrêté entre Saumur et Angers, retenu dans la commune où il avait été fait prisonnier, ne fut conduit au Mans que huit jours après Noël. On vuit un Vendéen arrêté à Loué, transféré an Ma:is, le $9 nivôse; un autre, le 4 piqviùse seulement.
ajouté foi, restent encore pour moi à l'c^lal d'énigme. Les souvenirs locaux et ceux des familles des captifs permetlronl, je l'espère, à ceux qui viendront après moi, d'éclairer d'une plus vive lumière ces ténébreuses journées de» la première quinzaine de nivôse. Mais quelles que soient les dates de ces fusillades sommaires, bien postérieures aux jours delà déroule, je ne crois pas que les femmes y aient été comprises, etqu*après le départ de Muller et la scène de massacre des Jacobins que j'ai longuement racontée, Le Mans ail vu répandre dans ses murs le sang des Vendéennes. Les captives purent bien entendre plus d'une fois retentir à leurs oreilles de terribles menaces ; mais elles en furent quittes pour la ]>eur, si toutefois, au milieu de leurs misèrer , elles ne considéraient pas la mort comme la délivrance. La vie était si dure pour ces pauvres femmes, qu'il leur aurait élé bien permis de penser que c'était une joie de mourir. J'ai vu moi-même une Vendéenne qui, extraite trois fois, disait elle, de la prison de l'Oratoire avec ses compagnes, menée sur l'ancien terrain des Cordeliers pour être fusillée, prête à mourir et ayant adressé à Dieu ses dernières prières, me déclarait ne pas avoir tant souffert à cette heure suprême, que des terribles angoisses de la faim qui la torturaient dans sa prison (1).
( 1) Bien d'autres que moi ont dû connaître au Mans celte Veniôeone Maneile Bemier, qoi n'est morte qu'il quatrevingt-quatre ans. Aînée de douze enfants, elle était partie avec ses frères:, portant sur son dos sa jeune sœur, âgée de dixhait mois, dont beurensement les canonniers la déchargeaient parfois. Tirée de la Mission par M. Monnoyer, on voulut la lui armcher parce qu'elle iivait plus de dix-huit ans. M. Monnayer lutta dans son salon avec les pourvoyeurs des prisons, et conserva sa Vendéenne qai, grâce ^ sa petite taille, avait pv dissimuler son âge, et, après la pacilicalion, resta dans
30 LES VENDÉEISS
Si la fusillade épargna les Vendéennes, la faim, le dénûmenl et la maladie firent parmi elles de larges vides et vinrent les décimer. Sans parler du chiffre bien diminué des prisonnières qu'on retrouve en ventôse, il reste des preuves de plus d'un genre des morts nombreuses qui dépeuplèrent la Mission.
11 n'y avait pas de registres de décès dans les prisons, et les victimes qui succombaient n'étaient pas inscrites sur ceux de la ville ; mais plus tard, lorsque l'aurore de jours meilleurs se leva pour les captives, et que la porte de la Mission s'entr'ouvrit heureusement enfin pour elles, plus d'une Vendéenne fit constater pieusement le décès des compagnes de captivité, qui lui avaient été particulièrement unies parles liens de la famille, de l'amitié ou du malheur. Elles s'adressèrent au juge de paix, et même à des notaires qui dressèrent des actes de" notoriété, plus tard transcrits sur les registres de l'Etat civil de la commune de Sainte-Croix, dans l'enceinte de laquelle se trouvait la Mission où avaient péri les prisonnières. C'est de la sorte qu'on trouve inscrits sur les registres de cette paroisse plusieurs décès de Vendéennes, prisonnières de marque pour la plupart.
Je reproduis ici en les accompagnant de quelques notes les noms, parfois bien défigurés, que révèlent ces curieuses inscriptions :
Marie- Anne- Perrine Langereau, ouvrière en broderie, fille décédée à la Mission.
Une autre citoyenne de Juigné.
Mkrie-Madcleine Jouffrion, fille. Marie-Eugénie Jouffrion, âgée de trois ans (1).
lu maison de son libérateur où elle se maria. Sa sœar avait été recueillie par M. Rocher, de la Grande-Rae. (1} Ces filles appartenaient à la famille JoufTrion de Beauvais,
Marift-Jeanne Pasquicr, veuve de Jacques- Augustin Lehoux, morte le 18 janvier 1794; Valenline-Pauline Lehoux, 31 décembre 1793; Louise- Vieloire Lehoux, 1»r janvier ; Marie-Jeanne-Célesto Lehoux, 8 janvier (1).
Élisabelh-Éléonore Martel, morte à l'Oratoire, âgée de seize mois (2) .
Françoise Humeau, femme de Pierre-Angélique Lecoq, de Cholet, décédée en la maison de la Mission, le 15 nivôse (3).
de Bazoges en Pareds, bien connue dans la gaerre de la Vendée. Leur mère et lear sœur Victoire, âgée de quatorze ans et demi, étaient aussi prisonnières à la Mission. Une autre de leurs sœurs éiaii morte ii Bangé. Oft trouvera plus loin le décès de leur jeune frère.
(1) Quel drame en quatre lignes!
Une mère qui expire après s'être vu enlever en huit jours trois enfants ! Une autre Olle survécut, Flore-Julie Lehoux, âgée de vingt-huit ans. Los Lehoux étaient une famille de bonne bourgeoisie de Cholet.
(3) Cette jeune enfant appartenait li une riche famille d'Angers, oiiginaire de La Boohelle, qui avait suivi Tarmce vendéenne. Elle était confiée, ainsi qu'un autre enfant de trois ans, aux soins d'une domestique, Marie Belliard, âgée de trente-six ans. La bonne, dans la déroute, perdit son maître qui, disait-elle, était h cheval, armé d'un sobre; eilcfut détenue à la Mission, où elle entendit dire que l'autre enfant avait été retiré par un citoyen du Mans. — Ces mentions de dé» es sont tirées d'un acte de notoriété dressé, le 38 pluviô>e an III, par un des juges de paix du Mans, Mabilleau, sur les déclarations de Julien Lhorry, ci-devant concierge de la maison d'arrêt de la Mission, guichetier de 'a maison des Ursules; de Catherine Ânfray, épouse de Louis Faribanlt; Marie Belliard, tille majeure; Marie Moreau, veuve de Pierre Grenouilleau, et Renée Lanrindeau. Un extrait en fut inséré sur les registres de la commune de la Montagne Gazonfier^ ci-devant Saiiito Croix, le 28 pluviôse, sur la présentation de la citoyenne Dessalay, et du citoyen Deschamps, de Calais-sur-AnilIe.
(3) Inscription faite en vertu d*un jugement du tribunal du Mans du 10 floréal an XIH.
Renée-Françoise Ëmery , veuve de Charles- Ursule Maignau, négociaiU à Nantes, demeuranl au Corquoy, âg^ée d'environ Irenie-sept ans, décédée à la Mission, le 19 nivôse (1).
Marie-Henriette-Pélagfie du ChaffauU, trente-etun ans {aliàs quarante), épouse de Louis-Auguslin- Antoine-Marie de Chevigné, district de Monlaigu, commune de Cliavagncs (Vendée); Rosalie du ChaffauU, sa sœur, dix-huit ans, de la môme commune; la citoyenne Marin, épouse du citoyen du ChaffauU- La-Cuignardière, mère des deux précédentes, âgée d'au moins cinquante ans ; la citoyenne Marin de Chevigné, quarante-cinq à cinquante ans, belle- sœur de la dame de Chevigné; Maric-Henrette et Marie-Osmane de Chevigné, six et quatre ans, Hllcs de la dame de Chevigné; Charles Rorthaix-Marmande, quatre ans, de Luçon, fils de Charles Rorthaix-Marmande et de Marie-Osmane du ChaffauU; Augustine-Pélagie Chevigné, trentesix ans, religieuse à l'Union de Luçon (2).
(1) Deux de ses (lllcs, Eulalie et Anne Eulalie, iljçces de treize et qaatorze ans, eurent le bonheur de lui survivre, et furent réclamées parleur oncle de Nantes, en prairial an II. — Acte de notoriété dressé devant HourdeJ et Morin, notaires au Mans, le 31 pinviôse, transcrit le 29 ; déclarants, Marie Hervé, Marie Druat, de Cambon, district de Cliàteaabriant ; Eulalie Gorin-Ponsay, de Saint-Mars, district de La Gliâtaigneraye ; Rose Gazet, de la Limouzinière, district de Macliecoul; Julien Lorry, Marie Moulin, de Fontcnay-le-Peuple.
(3) La religieuse de Luçon s'était enfuie avec ses pensionnaires, dont nous raconterons r^'mouvan te histoire, chez sa belle-sœur, dans la commune de Chavagncs. Des dépositions lu disent décédée à La Flèche, et deux autres religieuses, de Luçon, mortes au Mans. On trouve, en cfTet, parmi les morts de riiôpital, Henriette de la Fontaine, fille rebelle et religieuse de Luçon, décédée le 13 nivôse. Marie-AnneBoursier, d'Avrillé, près les Sables, femme de chambre de la dame du Ghaffanlt, dit sa maîtresse, morte à La Flèclic. La cuisinière et la femme de chambre de la dame Ghevigné-de-rc:coi'ce, d'auprès
DANS LA SARTUE. 33
Louise La Bordinièrc, trenle-trois ans, religieuse (le rCnion de Luçdn.
Uose Joly, femme Després d'Embrenil, quarante-deux ans, de Fontenay-le-Peuple, morle le î8 décembre, Thérèse A moult, veuve Joly, mère (le la précédente, soixante ans (1).
Louise- Ange ligue Beaussin, veuve Paris, trentedeux ans, de Montaigu.
La citoyenne Beauregard, femme Lebœuf, (|uarante-un ans, de Saint-Mars, district de La Châtiiigneraye.
Louise-Rose Houllier-Villedieu, quatorze ans, de Fonlenay-le-Peuple (2).
Marie- Éléonore-Élisabeth Boucherie, veuve Menard, soixante-cinq ans,de Montaigu. Les citoyennes Angélique Tremblais, quarante-sept an«, et Robin, quarante- six ans, de Montaigu.
Hermine Gorin-Ponsay, cinquante-cinq ans, de Chantonnay; François-Philippe Gorin, veuf d'Eulalie Courdeau, soixante-sept ans, de Saint-Marsdes-Prés, district de La Châtaigneraye; Benjamin Gorin, cinquante-trois à cinquante-quatre ans, (le Saint-Mars ; Emilie Courdeau, épouse de Jérôme Gorin, quarante-deux ans, de Puybelliard, district de La ChAlaigneraye; Honorine et Marie-Ausanne-
de Montaigu, disent avoir perda leur maîtresse au Mans. On voit aassi prisonnier un jjeune domestique des fliies Marin, ex-nobles, à Boa (ferré, etc. Voir sur cette famille, une des principales de la Vendée, ci-dessus, t. II, p 317 et suivantes.
(1) il y avait prisonnière à la Mission, Marie Moulin, de Chaix, près Fontenay, di)mestiqae de la veuve Joly, bour* geoise, qui avait fui avec sa maîtresse, après avoir vu le feu mis au village.
(3) Jeanne- Louise Houllier de Yilledieu fut plus heureuse et sortit de la Mission le 31 ventôse. Cette famille noble, toujoars existante dans la Vendée, s'allia dans le Maine, après la HcvolatioD, aux Poisson du Breil.
Jérôme Gorin, sept et cinq ans, du môme endroit (1).
Éléonore Prévost, veuve de Martial Chabot, quarante-cinq ans, de Saint-Philibert. Marie-Anne Gaudincau, quarante ans, de Chantonnay.
Louis Courdon et Hermine Brolin, son épouse, trente- neuf et trente- six ans, de Saint-Mars-des- Prés. Laurence Rodais du Mohervé, cinquantehuit ans, de Nantes (2).
La ciloyenne Chesneau, Irenle à quarante ans, de Nantes. Marie-Madeleine La Pilleterie-Fontaine, trente et quelques années, de Luçon (3).
Louise Sausscau, vingt-six ans, de Saint-Marsdos-Prés. Éléonore Racodet, veuve Grelier de Bouîîereau, cinqminle ans, de La Chapelle, district de La Châlalgneraye.
La citoyenne Sochel, veuve Mores, de Luçon, d'au moins soixante ans (i).
(1) Encore une fjmille noble presque disparue ! EoIaFie Ponsay, de &?'.Dt-Mars-des-Prés, qui échappa à la mort, ainsi qu'Emilie Corin, de Puybelliard, déclara que son père, â^é de foixa'"c-dix ans, était mort en cette ville, par suite de ses inliimités et de ses fatigues.
{'2) Marie Pineau, domestique, prisonnière, dit avoir fui avec sa maîtresse, la citoyenne Rodais, bourgeoise, vivant de son revenu, au Loroux-Bottercau, morte k la Mission, à Noî-l, âgée de plus de cinquante ans. Bourniseaux. t. lîl, p. 264, cite, parmi les Vendéennes qui ont sauvé leur vie grâce à des déguisements, mademoiselle Rodais, qui faisait la cuisine, tant bien que mal, dans une maison oii il y avait des Bleus.
(3) Cette dernière est sans doute la religieuse de Luçon, morte à 1 hôpital, lé 12 nivôse.
(4) Od trouve à la Mission Marguerite Morais, Ûlle de vingtsix ans, de Saint-Georges, près Montaigu. faisant valoir une métairie avec sa mère.— Extraits d'un acte de notoriété dressé par le JDgede paix, Mabiileau, le 12 ventôse; déclarants: Faribault, oQicicr de santé, Jeanne-Louise Ingraud épouse de Maximilien HouIIier-Yilledieu, Eulalie Gorio-Ponsay, Eléonore Ménard, Madeleine Neveu, Renée Nevcu-Bçllelille,
Rose Avril, dile PigneroUe, épouse d'Heclor Boguais, d'Angers, âgée de quaranle-cînq ans ou environ, décédée le 9 janvier (20 nivôse) (1).
Marie-Antoinelte Morais-Serisay, épouse de Dominique Ducliesne, de Fonlenay-ie-Peuple, trenlesept ans, morie le !«' nivôse.
Léontine Bouchard-Luxembourg d'Aubelerre, religieuse, ci-devant abbcsse du Roiiceray, d'Angers, soixante-quinze ans, morte le 19 nivôse.
Louise Vaugirault, religieuse, soixante-neuf ans, d'Angers, morte le 27 nivôse.
Thérèse Queaussant- Vaugirault, soixante-trois ans, d'Angers, 30 frimaire.
Anne Dorveaux-Andagné, religieuse, quaranlo neuf ans, morte le 2 ventôse. '
Marie Guilliot-Ëunesse, religieuse, quarante-six ans, 27 ventôse (i).
Marie Garreau, épouse de Pierre Amiot, cultivateur, âgée de trente-un ans, de la Yerrio, districl de Montaigu, établie à Saint-Chrislophe, décodée à la fin de janvier (3).
Renée Grimaud, veuve du citoyen Jacques Garreau, cultivateur, âgée de cinquante ans, de Saint- Hilaire, demeurant à la Verrie, morte au commencement de janvier, à la Mission (4).
(1) V. ci-dessas, t. II, p. 305, et M. de Qualrcbarbcs. nie commune vendéenne sous la Terreur.
[^j Y. ci-dessas, t. U,p. 309. — Acte de Dotoriété, du 4 germiaal; préseots. Mai ic- Madeleine Neveu, femme de Jacques- François Neveu, Eulalie Goiiu-Ponsay, Renée-Françoise Nevea-BelleGlIc, Louise Courson et Madeleine Surel-Monchamp (deux religieuses vendéennes), et Faribault.— Bien des noms semblent écorchés. Anne Dorveaux est sans doute de la familledu célèbre Marie-Àrmaud Guerry de Maubreuil, maniuis d Orsvault, dont plusieurs parents, dit-on, périrent au Mans.
(3) Son mari était mort à Tarmée vendéenne, et un (Ils in Laval; un autre fils de six ans, Pierre, fut sauvé.
14) Deux nilc's, Louise et Perrine, de dix-neuf et dix-sept
Henry-Conslant Jouffrion, treize ans, de Bazoges, district de La Châlaigneraye, mort le 7 janvier.
Désirée Béjarry, fille de vingt-huit ans, de Saint- Vincent, district de La Roche-su r-Yon, décédée le 29 janvier (1).
Indépendamment de ces inscriptions, faites après coup sur les registres de la municipalité de Sainte- Croix, il y a aussi, à leur date, sur les registres du Mans, de bien rares mentions de décès de Vendéennes, morles en ville, chez leurs hôtes, où probablement elle étaient restées malades. Voici les seuls noms que j'aie alors rencontrés :
Le 2 nivôse, section de l'Égalité, est décédée une femme qui, fille, se pommait Jovancourl, paroisse de Fontenay, épouse du citoyen Dedenan, militaire (2).
Le 18 nivôse, chez la citoyenne Coutard, rue de la Perle, meurt Maric-Rrnée-Bénigne de Barbarin, fille de Barbarin et de Mario-Adélaïde Bodin, d'Aizenay, district de Luçon, âgée de douze à treize ans.
Mais ce qui abonde, ce sont les actes de décès d s jeunes vendéens : je ne puis citer lous les noms de cps enfanis dé l'armée rebelle, déclarés par l'aide du dépôt des enfants trouvés, à l'hôpital de la ville, et par les habitants (|ui leur avaient donné asile
ans, survi^curent détenues à la Mission, disant leur mère morte h ia lin de nivôse. Le père et les fiëres avaient été perdus à la déroute. -^ Acte de notoriété du 5 prairial; déclarants, Pierre Horde, tailleur, et sa femme, les citoyennes Renée Leraouinier, Julienne Olive, veuve Jean Âllain, Marie Amiot.
(1) Acte de notoriété du 13 prairial; comparants, les cit0)ennes Aimée Béjarry, GUe mnjeure, Marie Barbarin, Eulalie Ponsay, Françoise Letessier et Faribsuft. Le nom de Béjarry est celui d'un des principaux cbefs vendéens, et est encore plus connu que celui de la famille Jouffrion.
2) Le nom de Fontenav seul me fait présumer une Vendéc.ine. Est-ce la mère du baron Ducliène de Dcnant ?
DANS 1.A SÀRTHE. H7
OU chez qui ils avaient été placés en nourrice presque immédiatement. Leur âge varie depuis un jour jusqn^à quatorze ans. H y en a parmi eux «dont OQ ne sait ni Tàge, ni le nom, ni Torigine, » sur qui « on ne peut donner de renseignements que par le vêlement; » d^autrcs qui, apportés naisèanu de la Mission et nés au milieu de la douleur. meurent sans qu'on sache quelle est leur mère(i). Ce n'est pas encore la seule source d'informations sur les décès. Dans les interrogatoires des prisonnières, plusieurs d'entre elles déclarent qu'elles ont perdu leur mère, leurs sœurs dans les prisons du Mans. Les mcniions que j*ai relevées jus/]u'ici se rapportent surtout aux familles aristocrali({ues ou riches ; celles-ci, au contraire, ont trait indistinctement à toutes les victimes, mortes dans les premiers temps et dont les familles n'étaient pas pleinement éteintes, et avaient encore un rejeton dans les prisons. Elles parlent des captives mortes îk rOraloire, à la Missiun, à Sainte-Croix, à Thôpital, à côté de leurs enfants (2).
(1) Il y aurait seulement à relever les décès do ceux qai portent des noms connus : Levis, Uumeau, Des Rottes. Rirliard, Barbante, Des Roches, etc. — Il ) en a une trentaine d'inscrits, jusqu*^ la fin de nivôse, provenant de Thôpital de il ville. Les mentions sont bien plus rares en pluviôse. On trouve, le 32 pluviôse, inscrit parmi les morts de l'Iiôpital, Clément Beaussier, prêtre insermenté de Maine-ot- Loire, soixaiUe-iieuf ans Les décès de Thôpital de Sainte- Croix n'ont pas été relevés.
On troave aussi de ces irrscriptioos de décès de Vendéens flans les communes voisines. Le 14 février 1794, meurt à &pay, aux No^s, un Vendéen de seize ans, « brigand tiré des prisons du Mans. * Y. les Vendéens à Spay. {Chronique de l'Ouest, 1856, p. 341.)
i3) Je citerai les femmes Griffon et Amiot de Mortagne, Sottiet, Boëte, Allerite de Beaupreau, Gharbonneau, meunière à Saint-Laurent, près Gholet, Guéhery de Mortagne, Pas- «IQier de Montaigu (soixaate*cinq ans), les flUes Sourine
Quelques indications laissent malheureusement subsister un doute. Des prisonniers, au lieu de dire leurs parents morts de maladies, au Mans ou dans telle maison d'arrêt, les indiquent simplement comme « morts daus cette ville. » On ne peut, dès lors, savoir s'ils ont péri de mort naturelle ou violente ; rincertitude subsiste également sur le sort de ceux qu'on dit perdus dans la déroute.
11 est temps de clore ce nécrologe. Voilà certes assez, sinon trop, de mentions funéraires, pour donner une idée des décès qui se produisirent dans la prison où étaient entassées les Vendéennes, épuisées par les maladies contagieuses et la misère et ne recevant, dans une ville assiégée par la lamine, que trois ou quatre pommes de terre pour apaiser leur faim.
Heureusement la charité privée, la charité chrétienne, pour mieux dire, vint au secours de ces énormes souffrances. De nobles femmes, do courageuses chrétiennes pénétrèrent dans les prisons et risquèrent le sacritice de leur vie pour sauver celle des « pauvres brigandés. » Ah ! soyez bénies, vous toutes femmes de cœur, qui avez porté un morceau de pain, avec des paroles d'espoir et de consolation^ à ces mères mourantes ^ côté de leurs enfants, à ces filles voulant ne pas survivre à leurs mères! Ah! soyez bénies! LosVendéens étaient venus au Mans en ennemis ; le besoin, qui les dévor lit. les avait forcés d'épuiser le peu de subsis-
(i'Andiezé, mortes li Tbôpit»!, Héiy de Clulet, la veuve François Oltl'on de Cholel, les fjtumes Guidon de Moulins, fîtes Chùnllon, Thérèse Auray, épouse de Pierre Bordage, de Morlagne, Renée Baronne, l'einme de Jacques Durand, sabotier à S-jiut-Vndré-de -la-Marche, etc.
Peud'ho.nmes sont indiqués comme étant morts de maladie ; je ne trouve plus guère » citer que Malhurin Guéry, c n.art naturellement, au Mans. »
tances qu'il y avait en votre ville ; ils avaient rempli vos maisons, chassé vos fils et vos maris, effrayé vos jeunes enfants. Partout on vous les peignait commedesscélérats, et ils n'avaient plus d'autre nom que celui de brigands. Le souvenir de leurs cruautés de Machecoul et de Cholct était présent à toutes les mémoires, ainsi que celui du sang versé, à Château-Gontier, à Laval, à Fougères (1). Le paio était rare, les morceaux en étaient comptés. Les prisons étaient un foyer de contagion et de mort, autour duquel les prudents voulaient établir un cordon sanitaire. Bien plus, la pitié était suspecte, et quiconque avait de Thumanité pour les brigands, passait aux yeux des quelques rares Jacobins du club, qui, malgré leur petit nombre, dominaient la ville, pour leurs partisans et leurs complices. Eh bien ! malgré tous ces dangers, malgré tous ces obstacles qui écartaient instinctivement même de bons citoyens des prisons, vous n'avez pas hésité à vous dévouer. Vous vous êtes rappelé les divins enseigneracnls du Christ que bafouaient alors, dans tous les temples de la Raison, les clubistes et les apostats, et, conduits par la charité, vous avez tout bravé, vous avez affronté même la mort pour arracher quelques victimes à la souffrance et au trépas. Que vos noms restent toujours présents à la mémoire de vos concitoyens, que votre dévouement
(1) Les événements de Macliecoal étaient surtout connus au Mans, par la déclaration du citoyen BouUemer, que les administrateurs du département de la Sartbe tirent imprimer ii mille exem;)laires. Sur cette déclaration, reproduite aussi par le Courrier patriote de la Sarthe, du 16 juin 1793, par Grille, t. III, p. 4, par M. Bonnemëre, p. 1*29, voir M. Lallié, le District de Machecoul de 1788 à 1793, 18G9, in-8°, p 296 et sniv. ; M. de la Bouietière, le Chevalier de Sapinaud, etc., p. 61; Mortimer-Ternaux, Histoire de la Terreur, t. Vil, p. 93.
fasse conlre-poids dans la balance de Thistoire aux scènes d'horreur qui souillèrent alors !.e Mans ! Que votre exemple oblige à jamais les habitants de celte ville à l'heure terrible et sublime à la fois des grands et héroïques dévouements !
Je voudrais pouvoir dire ici tous les noms de ceux qui eurent le courage d'aborder « ces tombeaux anticipés, » de se dévouer ou môme simplement d'avoir de l'humanité, alors que bien des cœurs étaient glacés par la peur et que les Conventionnels avaient transformé la pitié en crime.
Je vous nommerai la première, vous, Marie- Louise Thébaudin de Bordigné ; car c'est vous qui la première, dit-on, avez eu la pieuse témérité de pénétrer dans ce redoutable asile de la souffrance et qui, atteinte par la contagion, au-devant de laquelle vous aviez couru, avez couronné votre dévouement par une prompte mort, le 5 pluviôse, trois semaines environ après vous être vouée à votre sainte tâche d'abnégation. Je me bornerai à citer les noms de quelques-unes de vos courageuses émules de charité, mademoiselle de La Brainiôre, madame Gandouard, dont le mari avait été arrêté comme sus{)ect à la veille de l'entrée des Vendéens, pour avoir chez lui du blé caché, et qui fut ellemême emportée par l'épidémie, ainsi que M. Ruillé et une sœur de charité, morts victimes de leur zèle à soulager les enfants déposés à l'hôpital de Sainte- Croix; madame Ledru, mère du général ; madame Bérard, dont le mari et le frère, M. Vétillart, avaient aussi transformé à Pontlicue leurs maisons en hôpitaux, où tous les blessés des deux partis reçurent les secours les plus dévoués (1).
(1) Plus tard, . Jpiit quelle étilt l'influence délétère de l'ennui parmi les prisonnières, madame Bérard leur procura du travail, des métiers pour filer, afin de les sauver à la fois d.' la misère et du désespoir. Le souvenir de tout ce dévoue-
DA.NS LA SAiiTHE. 41
Je regrette de ne pouvoir arracher k l'oubli que ce petit nombre de visiteurs des prisons. Mais plus bas on trouvera rappelés encore'bien des noms de dignes habitants, qui méritent d'être cités pour avoir recueilli de pauvres enfants, ou arraché des Vendéennes à la •captivité. Au resle, Renouard Ta dit: « Patriotes, aristocrates, tous les habitants du Mans furent ce qu'ils devaient être, sensibles et humains, excepté un très-petit nombre de démagogues enragés, encore parmi eux figuraient des étrangers... Les femmes surtout se distinguèrent par leur active bienfaisance (1). w
A côté de ces traits d'humanité, je n'ai à rapporter, en effet, que quelques cris de haine partis du club, rares, il est vrai, mais qui n'en rehaussent pas moius le dévouement des gens de bien .
Le 9 nivôse, la Société populaire demanda qu'on donnât, au commandant des postes de la Mission et des maisons d'arrêt, la liste de ceux qui étaient chargés de porter des provisions aux prisonniers, et invita la municipalité à donner des ordres pour que personne n'entrât à la Mission. Les commissaires de cette prison furent eux-mêmes invités de fournir la liste, la plus exacte possible, des citoyens qui porteraient des secours aux brigands. On décida que, dans le cas où ces individus n'en porteraient pas également aux volontaires, le Comité de surveillance révolutionnaire serait averti d'avoir à les traiter comme stispects.
La municipalité , dirigée par un homme de cœur, avait heureusement des sentiments plus humains. Le citoyen Lefaucheux, nommé par elle
meut de madame Bérard fut longtemps conservé, et le 14 août 1814, un prince qui entrait au Mans sut lui dire : < Je
connais ce que vous avez fait pour les Vendéens et pour
tons les malheureux. > (1} ^ifsaiflmr le Maine, t. Il, p. S6ô,
commissaire « pour prendre à regard des femmes des rebelles détenues, les soins et les mesures que l'humanité et la Toi leur garantissent jusqu'à l'époque de lour jugement, demanda à être autorisé par le directoire du district à faire les dépenses nécessaires pour la clôture des portes brisées, Tapprovisionnement de la paille, les transports des malades et autres articles indispensabloment nécessaires à Pexécution de sa commission. »
Le nouvel a<rent national du district, Tlmoléon Bazin, transmit a son administration la demande de la municipalité. Le 8 nivôse au soir, « prenant en considération l'écril de Bazin et partageant les sentiments qui l'ont dicté, » ello autorisa le citoyen Lefaucheux à faire toutes les dépenses nécessaires, ci -dessus détaillées, â charge de les faire viser par le district. L'agent national lui-même, si ardent adversaire des Vendéens, dont il réclama plus d'une fois la mise en jugement, avait pitié de la misère de ces pauvres femmes. Comme leur ennemi politique, il demandait incessamment leur condamnation, ma^s comme homme il ne pouvait s'empêcher de compatir à leurs souffrances. J'ai vu des prisonnières, pauvres petites filles en décembre 17S3, qui m'ont dit elles-mêmes qu'alors qu'elles étaient transies de froid, sous les voûtes de l'Oratoire, Bazin les avait fait approcher du feu, que quelques riches captives avaient obtenu à prix ■d'or peur réchauffei; leurs membres glacés.
Le S nivôse, la municipalité avait réparti le travail entre tous ses membres divisés en six bureaux. Le quatrième était chargé des hôpitaux, des prisons, des maisons d'arrêt, de détention, de peine et de juslicG. Les citoyens FaribauU, Tessier, Heurtcbise, Rousseau, Salmon, Reneau-Duflos en étaient membres. Le premier de ces municipaux, chirurgien habile, qui donna aussi les secours de son art aux prisonniers, est souvent cité dès lors
('X)mme ayant autorisé des habitants à se charg^cr (les jeunes Vendéennes.
A la fin de nivôse et au commencement de pluviôse, ces commissaires apportèrent leurs soins à l'assainissement des prisons, ainsi que le constate le compte rendu des opérations du Conseil général de la commune à ces deux époques (1) : « Toutes les maisons d'arrêt, particulièrement celles où le crime et Tinnocencc, confondus ensemble sous le manteau du soupçon, attendent que la voix de la justice se fasse entendre, ont eu part à notre solticilude et à nos veilles. Tout ce qui pouvait s'y trouver dlmmonde et de contraire à la santé en a été retiré.
<• instruits que la plus grande malpropreté régnait dans les maisons d arrêt, que plusieurs prisonniers étaient morts empoisonnés par le méphitismc qu'elle occasionnait, nous avons donné (les ordres pour que les immondices fussent retirées, afin que l'innocent n'ait plus à souffrir, outre rhorreur de l'emprisonnement, d'une odeur infecte qui lui faisait appréhender une mort ignominieuse »
Plus tard nous indiquerons les mesures qui furent encore prises afin de rendre moins meurtrier le séjour des malsons d'arrêt; mais pour suivre Tordre chronologique des faits, il nous faut parler des condamnations à mort, qui vinrent déblayer les prisons et les purger, comme on disait alors. Voyons donc à Tœuvre les commissions militaires et les tribunaux criminels, chargés, dans notre département, de la mission douloureuse de prononcer Vimmolation de ceux à qui les soldats avaient 1 lissé la vie,
U) Oatie les prisons desi Vendéens, il y avait encore, aa Mans, les maisons d*arrèt de la Visitation et des Ursales, celles de l'ancien Kvêché et de l'ancien Palais, contenant les suspects, les religieuse^, les prêtres insermentés, etc.