CHAPITRE II
Ce ne fut pas au Mans que l'on vil commencer alors rimmolation judiciaire des Vendéens. Sablé était familiarisé avec les sanglants instruments de la justice révolutionnaire ; cette ville avait vu le tribunal criminel de* la Sarthe condamner à mort Tabbé Daugré, le 22 septembre 1793. Elle avait vu le conventionnel Thirion installer dans ses murs une commission centrale militaire, qui, le 30 vendémiaire, fit tomber les têtes de Laurent Gautbier et de Joseph Renou, de Mareil, puis transporta au
I Mans le théâtre de ses exécutions (1).
Enfin, le 14 frimaire, après le passage des Vendéens se dirigeant sur La Flèche et Angers, une nouvelle commission militaire avait été établie à
> Sablé, en vertu d'un simple réquisitoire du procu-
reur syndic du district.
(1) Ses victimes, parmi les insurgés du district de Sablé,
furent au Mans, le 11 brumaire, Basile Bourgault et Marin
i Artbos, d'EpineU'le- Chevreuil ; le 17, Matburin Bignon, de
Saint-Christophe, Michel Vallée, de Mareil; le 34, René Gruau
dit Labarre, de Saint-Ouen; le 25, Pierre S uneau, maire de
Chevillé; le 38, André, Jean et Julien Oger, de Viré; en tout
: , onze condamnés à mort, à raison de l'insurrection, en y com«
I prenant les deux victimes du 30 vendémiaire. L'approche des
' Vendéens vint seule sauver les autres détenus^ si nombreux
et dont plusieurs, bien que déjà transférés hors du Mans,
y avaient été ramenés pour comparaître devant la Commission
LES VË.NDÉËNS DANS LA SARTIIE. 4S
A la différence de la première commission, dont les juges avaient été choisis en grande partie, par Thirion, parmi les membres des nombreux comités des environs, chargés de poursuivre et d'iuterroger les insurgés du district, celle-ci était formée uniquement d'habitants de Sablé (i). EPc était composée de Jean Rouault, président, Charios Chapeau -Cadet, François Campeau-Desaint, Lefèvre fils aîné, et Maric-Ath^asc Riffault. Jean Richard HIs, secrétaire, fut souvent remplacé par Guyard, secrétaire adjoint (â). Elle tenait ses séances dans la salle de la Municipalité. Le jour même de sa création, elle avait procédé incontinent au juge ment d'un traîneur vendéen, Jacques Leroy, laboureur à Saint-Florent, arrêté dans la nuit vers deux heures, à Auvers-Ie-Hamon,à un petit quart de lieue du bourg, criant Vive le Hoiy proférant des menaces à la porte de Lecomte,oflicier municipal , et n'étant plus en état de marcher. Il était porteur de quatorze cartouches, vingt balles, un moule ^ cartouches, une poire à poudre, trois assignats de chacun vingt-cinq sous. 11 avouait avoir tué trois Bleus, à coups de fusil, dans un champ près de Fougères. La Commission l'avait condamuô à mort.
Si depuis ce temps elle ne s'était pas dissoute, les nombreuses fusillades sommaires du district de , Sablé avaient singulièrement abrégé sa besogne (3). Il restait cependant à condamner quelques prisonniers détenus dans la maison d'arrêt, confiée à
(1) La Gommissioo créée par Thirion était composée de Faacbon, président, Lottin, Nicoliis, Troussard, Delélée, j âges, Richard, greffier. [Archives Nationales. W, 193.)
(2) Voir sur cette Commission M. Berriat-Saint-Prix, La Justice révolutionnaire en France^ p. lâô, et le regislre de ses condamnations et de ses interrogatoires aax Archives de la Sartke,
(3J V. t.IL«>. 34âeiSi3.
46 LES VENDÉEMS
la surveillance du concierge Plessis , ou qui y furent conduits plus tard par les gardes nationaux. Je ne parle que des hommes ; quant aux femmes, aux jeunes filles, aux enfants, la municipalité de Sablé et celles des communes environnantes, Anvers, Poillé, Solesmes, Précigné, etc., avaient eu de rhiimanité pour leurs infortunes. La plupart de ces malheureux, comme on ne tardera pas à le voir plus au long, avaient été recueillis et réclamés par leshabitants,mêmepardes familles qui comptaient de leurs membres dans la Commission miliiaire.
Deux des juges de la Commission procédèrent aux interrogatoires des prisonniers , les 29 et 30 frimaire, 2, 3, 6 et 1 1 nivôse, avec le concours du secrétaire adjoint, dans la maison de qui les accusés comparaissaient les portes ouvertes. Les condamnations ne furent prononcées que le 12 nivôse, c'est-à-dire près de quinze jours après les premiers interrogatoires (1). Ce jour-là, le malin, neuf brigands furent condamnés à mort en vertu de la loi du 19 mars, et leurs biens déclarés confisqués. Voici les noms des condamnés :
Laurent Petiteau, soixante-dix ans (!), métayer de Saint-Aubin-de-Luigné (Maine-et-Loire) ;
Pierre Graveleau, âgé de trente ans, domestique de laboureur, à la Verrie, district de Monlaipfu, département Vengé ;
Pierre Laudereau, Agé de trente-deux ans, domestique de laboureur, à Cholet;
Jacques Vinel, vingt cinq ans, garçon laboureur au Petit-Cholet;
Jean Papin, idem, vingt ans, de Cholet;
(l) 11 restait même trois prisonniers, interrogés dès le 15 frimaire. Mais la Commission, ou se trouvaient quelques gens humains, iïe se pressait nullement de juger les détenus. La condamnation du 12 nivôse ne fut déterminée, sans doute, que par l'arrivée de la G ommissioa Proust . .
Jean Minguet, Tingl-cinq ans, garçon laboureur, de Saint-Lumine de Clisson ;
René Simoneau, trenle ans, domestique à Cholei ;
Pierre Potlicr, dix-neuf ans, laboureur à La ftoche-sur-Yon ;
Jean Guéhcry, vingl-neuf ans, laboureur à Chanlonnay.
Dans raprès-midi , la condamnation fut plus largue et comprit vingt V<Mjdéens ;
iicnë David, trente-trois ans, garçon laboureur à la Basse-Mer (Loire-Inférieure) ;
Pierre Abélard, vingt-huit ans, tisserand aux Loges, district de Vihiers;
François Battiau, trente-sept ans, laboureur à Chanlonnay ;
Mathieu Cbapeau, vingt-sept ans, vigneron *a Yitlainr(Sariho),qui se disait prisonnier des brigands;
René Brocbard , vinpt-deux ans , domcsti(]ue laboureur, à La Merlollière , déparlement Veiifié ;
Pierre Paluffière, soixante-cinq ans, journalier, de Saint-Laurent-du-Moltay (Maine-et-Loire) ;
louis Ghalais, dix-huit ans, garçon laboureur à Cholct;
Pierre Thomas, vingl-six ans, garçon tisserand, à la Jubaudière (Maine-et-Loire);
Jean Boulclou, domeslique, né à Précigné, âgé de irente ans, laboureur à Gouy, dislrict de Châleauneuf ; •
Pierre Merlet , vingt-cinq ans, garçon laboureur à Saint- Denoîne, département Vengé;
René Boiteau, tisserand, âgé d'environ quaranle-six ans, de Saint-Martin de Beaupreau ;
Pierre Boisseau, âgé de vingt-quatre ans, domestique, laboureur à Saint-Saturnin dislricl d'Angers ;
Louis Bretcau , âgé de cin(|uanle-scpt ans, serçer, de Saint-Laurenl-de-la-Plainc ;
Charles Ouvrard, la'Ueur, de la comnlune de Chaudron, trente ans ;
Pierre Robinaul (alias Bobinoit), domestique laboureur, à La Châtaigneraye, vingt-un ans ;
Jean Maillet, closier à Juigné-sur-Loire, quarante-six ans;
François Gasnicr, trente-quatre ans, aubergiste à Saint Jean-des-Mauverais;
Marin Tranchant, quarante-sept ans, jardinier à Saint-Augustin, né à Villiers, disirict de Châteauneuf;
François Albert, cinquante ans, de La Chapelle- Basse- Mer ;
Jacques Doucet, cinquante ans, de Trémentines.
Ënfm la Commission.se transporta à ThôpitaU où deux Vendéens étaient retenus au lit, ce qui avait empêché leur transport à la salle d'audience. C'était Louis Janot, âgé de dix-huit ans, laboureur de Verne, département Vengé, et Guillaum<î Bureau, marin, âgé de vingt-deux ans, de Vertou, blessé au bras gauche à Tattaquc de Granvilie, et qui était demeuré à Thôpital de Sablé depuis le passage des Vendéens. La Commission entra dans la salle où les deux moribonds étaient couchés, et là, les portes ouvertes, dit le registre, en présence du public, les déclara convaincus de s'être joints aux brigands, d'avoir porté les armes, crié Vive le roi, et les condamna, comme les autres, hélas! à mort. Ils avaient été de môme interrogés, la veille, dans leurs lits. C'était en tout trente et une victimes à fusiller (1).
(1) C'est à tort que M. Marc, Recherches historiques sur Sablé, 1850, in-8», p. 168, et que M. Pilleraut, notes manuscrites aux archives de laSarttie, parlent de Ireate-tr ois coudamnés. M. Pilleraut, lui-même, ne cite que trente-deux noms, en y comprenant celui de Leroi, condamné le 14 frimaire,* ce qui porte en effet à trente-deux le nombre total des exécution ordonnées par la deuxième commission de Sablé.
Le jugement devait être exécuté dans les vingtquatre heures. Aussi, le jour môme, le commandant de la garde nationale de Sablé était-il invité à choisir soixanle-dix hommes a dans le nombre de ceux qui avaient donné les témoignages les moins équivoques de leur dévouement entier à la chose publique, et qui paraissaient avoir le caractère le plus énergique, » et à les réunir à trois heures aux Halles, ailn de conduire les prisonniers pour subir leur peine.
Les interrogatoires de ces trente -deux Vendéens sont conservés aux archives du département de la Sarthe. Ils font connaître non-seulement la condition des condamnés, mais les sentiments qui leur ont mis les armes à la main, et la composition des bandes de cette émigration sans précédents, qui ne ressemblait en rien à une armée. Les questions qui leur sont adressées par les juges sont presque toujours les mômes. On demande à chaque accusé depuis quel temps il se trouve dans Tarmée des insurgés, dans quelle inlenlion il Ta suivie, quel service il y faisait, s'il a fait usage d'un fusil, quels étaient ses moyens de subsistance avant et pendant son passage chez les rebelles. Les réponses de ceux des prisonniers qui avouent franchement et noblement être entrés sans contrainle dans cette armer, établissent, conformément aux assertions des ouvrages les plus judicieux sur les guerres de TOuest, que l'insurrection vendéenne fut une insurrection plutôt religieuse que royaliste. Sans doute un certain nombre déclare s'être joint aux insurgés, dans la double intention d'avoir un roi et de soutenir la religion, le cierge, les bons prêtres ; mais la plupart mettent en avant le seul molif religieux. René David dit qu'il a suivi Tarmée pour la religion et pour •< ravoir » ses prêtres, que ce n'était pas pour ravoir un roi, puisqu'il était
mort. Louis Brcteau déclare qu*ii est parti pour soutenir la religion, sans y être contraint, qu'il n'a point crié Vive le RoU* mais quelquefois Vive la lieligion, René Boileau dit qu'il ne se souciait pas d'avoir un roi, mais de ravoir les bons prêtres non sermentés. François Albert prétend aussi n'avoir voulu soutenir que la religion, et que pou lui importait qu'il y eût un roi ou qu'il n'y en eût pas. François Batliau répond qu'il .se remettait à la volonté de Dieu, que si Dieu permettait qu'il y eût un roi ou des prêtres il le voulait bien, et que si Dieu permet la République il y consent.
A côté de ces fervents adhérents de la cause vendéenne, d'autres et en grand nombre déclarent n'être entrés dans l'armée qu'au moment du. passage de la Loire, n'avoir passé le fleuve que pour se sauver, que par peur du feu. comme un grand nombre de ceux de leur voisinage, et pour échapper aux Bleus et à l'armée de MayenCe qui brûr laicnt tout(l). Quelques-uns prétendent avoir été forcés par les chefs vendéens et leurs menaces de mort, et n'avoir embrassé leur parti que par crainte. Trois disent avoir été faits prisonniers par les brigands, et s'êlre vus forcés de les suivre : Guillaume Bureau, marin sur la Loire, pris par eux en octobre, en arrivant de Paimbœuf dans une gabare, et deux habitants du département de la Sarthe, Mathieu Chapeau et Jean Boutelou.
Mathieu Chapeau, vigneron de Viilaine, disait être parti de La Flèche le 12 septembre avec la masse des hfibitants de celte ville (quatrième compagnie de ce bataillon), pour aller à Saint- Lambert se battre contre les brigands, qui l'y avaient fait prisonnier. 11 prétendait n'être resté dans leurs rangs que par crainte d'être fusillé ,
(1) Je parlerai plus longuement de ces incendies, k propos des dépositions des Vendéennes captives au Maus.
soit par eux, soit par les palriotes, el être sorti de ta ville du Mans vers les neuf heures du soir, le jour de la bataille, clans rinlenlion de revenir dans sa famille.
Jean Bouielou, originaire de Précigné, était domestique dans la commune de Gouy, chez Salmon, cultivateur à la métairie de Granno, lors du passage des Vendéens à Durtal, le 12 frimaire. Il rapportait qu'il s'en était trouvé quarante chez son maître, qu'ils Tavaient pris et emmené avec eux La contrainte n'avait pas été très-forte, car les brigands lui avaient simplement crié alors qu'il était dans le jardin à planter des choux : « Habille-toy promptement, il faut que tu viennes avec nous, nous nous battons pour avoir un Roi et pour la religion. » Ils étaient partis quatre de son voisinaj^e. Bouielou, bon prophète, leur avait dit en quittant la commune : « Mes gars, nous faisons peut-être une bêtise. » Un certain nombre d'autres jeunes gens de Gouy s'étaient de même joints aux rebelles (vingt-neuf, d'après le maire de Durtal), et prétendaient également n'avoir marché que par contrainte. La plupart avaient regagné leurs foyers immédiatement après la déroute d'Angers; mais la commune de Durtal n'en envoya pas moins leur état nominatif au district deChâteauneuf (1). Boutelou avait suivi l'armée plus longtemps. Il avait quitté Le Mans, disait-il, le jour d'avaat la déroute, avec lavant-garde et plusieurs canons et caissons qui avaient pris la route de Lavai. Il avait laissé son fusil dans les rues de la ville, et s'était sauvé à travers les champs, dans le dessein de rentrer à Durtal.
(1) Sur les procédés du district de Ghâteauneuf, après la déroute d'Angers, voy. M. Godard- PauUrier, le Champ det mar- /yr«, p. 79; M. Betmi-^SAml'Pmf la Justice répoiuiionHuire, t. I, p. 175.
Si2 LES Vi^PiDÉENS
Il fut arrêté sur le territoire de Noyen. Des gardes nationaux de cette commune, en patrouille, qui allaient à la découverte des brigands, passant le 29 frimaire par le chemin de Noyen à La Suze, rencontrèrent le fils de Philippe Jamet, cultivateur, qui leur dit : « Venez aider mon père à arrêter un brigand qui est chez nous . » Le détachement vola vers la ferme et arrêta Jean Boutelou. Le prisonnier, conduit devant les membres du Conseil municipal de Noyen, réuni en permanence sous la présidence du citoyen Frontanlt, maire, prétendit qu'il n'était parti que de force, et les pria d'écrire à Durlal pour s'en assurer « Dans la crainte de faire périr un innocent, » le Conseil crut par prudence devoir déférer à la prière de « ce déserteur royaliste ; » mais le maire de Durtal, tjui avait peur de se compromettre, se borna à répondro, dt'îs le lendemain, que c'était au district à peser les cliarges et les excuses de l'accusé, et invita la municipalité à le faire transporter au chef-lieu de district » qui le renvoyra de suite au Tribunal révolutionnaire pour être jugé suivant la gravité du cas. » L'argent du prisonnier avait servi bien inutilement aux frais du voyage à Durtal. Les frais de l'exprès, qu'on y avait envoyé, avaient été payés sur les 26 livres 5 sols en assignais trouvés sur lui, et que la municipalité avait gardés par devers elle. Conduit à Sablé, Boulelou fut compris, comme les autres détenus, dans les condamnations prononcées contre tous ceux qui étaient entrés, ne fût-ce qu'un moment, dans l'armée « brigantine » (I).
Quelques-uns des condamnés n'avaient pas même été armés de fusils, pendant la tournée de
(l) V. riaJerrogJtoire da prihoanier, avec le procès-verbal de la commane du Noyen et la lettre da maire de Durtal,
a u X i rchives de la S art lie.
DAPiS LA SARTàE. 53
Galerne, Plusieurs ne portaient que des bâtons, un aiguillon, une baïonnette au bout d'un bâton, ce qu'explique fort bien la panique qui avait poussé les habitants vers la Loire après la bataille de Cholet. On voit, devant la Commission de Sablé, des domestiques qui, après avoir conduit à Saint-Florent des bœufs, des voitures, émigrent sans préméditation aucune, au delà du fleuve, comme les autres, entendant les chefs leur dire : « Que ferais- tu dans le pays, vois tu les Mayençais qui brûlent et tuent tout le monde ?» Un jardinier part armé d'une hache, un autre porte une fourche de fer avec laquelle il a monté la garde à Cholet. Le plus grand nombre est armé de piques, qu'ils changent quand ils peuvent con* Ire lies fusils. Un Vendéen malgré lui assure qu'on lui a enlevé son fusil, pour lui donner une pique, en le traitant de mauvais soldat.
Tantôt armés, tantôt point, beaucoup portent de mauvais tUsils de chasse, qui ne veulent pas partir, ou ne portent pas la balle. Aussi voit-on des échanges d'armes i)erpétuels : on troque son fusil avec celui d'un camarade, on ramasse dans les champs de bataille les bonnes armes, les fusils de munition qu'on peut attraper. La plupart de ces armes ont été abandonnées dans la déroute du Mans, jetées dans les rues ou sur la route. Un prisonnier déclare avoir donné son fusil pour une paire de souliers, dans l'espoir de s'en aller plus vite dans son pays; un autre dit l'avoir remis à un inconnu qui lui dit : « Rends les armes. »
Si les bandes vendéennes ne ressemblaient aux armées régulières ni par leur composition, ni par leur armement, elles en différaient aussi par leur mode de subsister. Sur la rive gauche de la Loire, les soldais et ceux qui les suivaient avaient reçu le pain des municipalités, et une livre et
demie de viande par jour des bouchers de . Tarmée ; mais il n'en fui plus de môme lorsqu'on eut quille la Vendée. Les soldais continuèrent parfois à recevoir le pain de Tarmée, le pain de munition donné par le comité, distribué à la porte des boulangers, ou porté sur les voitures. Mais ces distributions partielles furent bien insuffisantes, car les cinq sixièmes des prisonniers déclarent qu'ils mendiaient leur pain dans les campagnes, qu'ils vivaient du pain qu'ils allaient mendier dans les villages, de porte en porte ; que, quand ils étaient en ville, ceux chez qui ils logeaient leur en fournissaient.
Un vieillard de soixante-dix ans, le métayer Laurent Peliteau, de Saint-Aubin de Luigné, qui avait fui tout épouvanté par les incendies consumant les métairies de son canton, et avait abandonné sa vieille mère âgée de quatre-vingt-quatre ans, sa femme et sa tille, déclare qu'il allait après l'armée avec son bâton, s" occupant souvent à prier Di^w; qu'il mendiait son pain d'une métairie à l'autre, et qu'un boulanger de La Flèche lui en a donné un morceau (1). Un Vendéen dépose qu'il vivait de ce qu'il pouvait attraper, qu'il achetait des vivres tant qu'il a eu de l'argent, qu'il a été réduit à mendier depuis, et n'a jamais reçu de 'pain d'étape. Un autre déclare qu'il a vécu des 80 francs qu'il avait pris en partnnt et dont il lui restait li francs dont on Ta dépouillé en l'arrêtant. Quelques-uns avouent qu'ils mangeaient parfois du lard que leurs camarades leur procuraient, ou que ceux-ci avaient volé. Un prisonnier dit n'avoir pris qu'un seul morceau de lard, qui était le dernier du
(1) Ce vieillard, englobé Jans les co.idjin nations, avait été atteint d'une balle sur le cou, b cinq .on six lieues du Mans,
saloir; un autre enfin, peu préoccupé et pour cause, comme bien des soldats d'une autre épotiue, de la provenance des victuailles, avoue qu'il mangeait du lard et des volailles, mais qu'il ne savait pas (Voù elles venaient,
La plupart de ces condamnés sont d'obscurs Vendéens; quelqoes-unscependantont de [>etites propriétés. Le grand nombre ne connaît, parmi les chefs, que La Rochejaquelcin et Stofnei,5tou* phlet, comme écrit le secrétaire, ou plus souvent encore MUtophlei^ Mistouflet, etc., comme l'appelleut les déposants. Ce n'est que très-rarement qu'on trouve nommés fionchamps, Mari^^ny, Duhoux, d'Elbée [Dalbrei\ Designé du Loroux, cl quelques capitaines de paroisses. René Boiteau « a connaissance qu'il y avait un moulin à poudre dans l'armée, mais qu'il fallait quinze à dixhuit personnes pour le faire marcher, et qu'il fut fait une invention que deux hommes pouvaient Aiire mouvoir et qui fut placée dans le château de Beaupreau. Par ce moyen ils se procurircnt de la poudre autant qu'ils le voulaient. »
Après la déroute du Mans, tous ces fuyards avaient quitté la roule de Laval, à une distance plus ou moins grande de la ville, gagnant la campagne dans l'espoir d'y rester cachés, et de irouver une occasion de retourner dans leur pays; mais ils avaient été partout traqués, et découverts au bout d'un certain temps par les gardt>s nationaux des communes. On en voit d'arrêtés à Ballée, d'autres à Poillé, etc., après avoir suivi Tarmée jusqu'auprès de Saint-Denis-d Orques et môme de Saint Jean. Amenés à Sablé, on a vu qu'ils étaient tombés, jeunes et vieux, sous les fusillades judiciaires du ii nivôse.
Si 'es juges de Sablé avaient eu si grande bàle de prononcer toutes ces. con-lam valions en un
o6 LES VENDÉENS
seul jour, ce n'était cependant que pour empêcher une autre Commission militaire, plus redoutée, de s'établir et de s'implanter dans la ville. Le là nivôse, la deuxième Commission militaire d'Angers était arrivée à Sablé.
On a vu que cette Commission, présidée par Joachim Proust et accourue d'Angers au Mans, où elle eut à peine le temps de s'installer le 29 frimaire, avait été mandée à Laval par les représentants du peuple Bourbt»tte et Bissy ; mais les deux proconsuls, afin d'aller plus vite, créèrent, le 2 nivôse, la fameuse Commission militaire et révolutionnaire de la Mayenne, qui fit tant de victimes, et commit tant d'atroces cruautés. Seulement, comme il aurait été par trop cruel, ainsi que je l'ai dit, d'avoir inutilement dérangé la Commission Proust, arrivée à Laval, suivant les ordres qu'elle avait reçus, et de la laisser sans occupation, on envoya la Commission militaire de la Mayenne fonctionner à Mayenne et 'a Ernée, et l'on retint à Laval Joachim Proust et ses collègues, q^i se mirent aussitôt à l'œuvre. On connaît aujourd'hui dans tous leurs détails les condamnations de la Commission de la Mayenne, Les renseignements donnés par Théodore Perrin, M. Isidore Boullier, Dom Piolin et surtout par M. Berrial-Saint-Prix, ne laissent que fort peu de chose à ignorer sur son compte. On ne sait presque rien, au contraire, sur les actes de la Commission Proust à Laval; M. Berriat-Saint-Prix n'a fait qu'indiquer son séjour dans cette ville. Je pense donc qu'on ne trouvera pas superflues les quelques lignes que je vais lui consacrer.
Cette Commission, qui s'était signalée au Mans par des sentiments d'humanité (1), débuta à Laval par ne pas les dépouiller tout d'abord.
(l) V. t. Il, p. 2i7 et 249,
Dans la sarthe. 87
Le â nivôse, jour de son entrée en fonctions, si elle prononça la condamnation à mort d'Rtiennc Morin, laboureur, de Brain^sur-rAuthion, âgé de vingt-deux ans, en revanche elle prononça l'acquittement de trois filles ; l'une, Françoise Châtelain, née à Martigné, district de Laval, âgée de vingt-quatre ans, qui n'avait suivi les Vendéens que par crainte, et fut réclamée par la commune de Loiron ;Mes deux autres, Marie et Bose Aubry, sœurs, de Nuillé, accusées, sans preuves, d'inteiligences avec l'ennemi et davoir dépouillé les soldats morts. Le lendemain également, il n'y eut qu'un seul condamné à mort, Marchais Pierre, âgé de quarante-six ans, habitant d'Avesniëres qui avait suivi les Vendéens (1). Un autre prisonnier était condamné à la détention comme suspect.
Le tribunal constatait que cet accusé, Dominique Morin, de la paroisse de la Trinité de Laval, âgé de quarante et un ans, ne s'était joint aux envahisseurs, à la Toussaint, lors du deuxième passage, que sur les invitations et les menaces de Tancien commandant de la garde nationale, qu'il avait commis un grand acte de faiblesse, mais qu'il pouvait être excusé. Quatre autres étaient acquittés : Léonard Desnos, de Laval, vieillard de soixante-quatorze -ans, accusé d'avoir retiré chez lui un brigand qui s'y était réfugié; Louis Mcault, de soixante-quatre ans, prévenu de s'ôlre prêté à révasion d'un brigand; Etienne Le Breton, de soixante et un ans (tous deux également de Laval), arrêté sous la prévention d'avoir recelé différents effets des prêtres réfractaires ; Michel Aubry, de vingt-huit ans, de Nuillé, faussement accusé de s'être réuni aux Vendéens.
Le 4 nivôse, la rigueur augmente ; le matin, il
(1) M. Berriat-Saini-Piix, t. I, p. 150, a publié son juge-
meut.
y a quatre condamnés à mort, Jacques Gussoueau, garçon laboureur de dix-sept ans, de Saint-Erblon, près Ancenis; Joseph Girou et Jacques Girou, deux frères, garçons laboureurs de Saint- Germain, près Monttaucon, âgés l'un de dix-huit ans, le second de quinze (l); Augustin Vincent, garçon cordier, vingt et un ans, né li Abbeville, demeurant à Dieppe. Un autre accusé, Josepli Béchet, âgé de vingt ans, ciiarbonnier, de Cheffois, district de La Châtaigneraye, contraint par les Vendéens de conduire leurs blessés, est seulement condamné, comme excusable, à rester détenu jusqu'à décision de la Convention.
Le soir, la Commission fait quatre nouvelles •victimes: René Rcnou, âgé de quarante-cinq ans, charpentier, de Beaulieu ; René Ouvray, vingthuit ans, sabotier, du Loroux-Bottereau ; Jacques Fretelière, quaranU'-cinq ans, garçon tisserand, de Cessé, près Chem'll'; Pierre Valée, quarantequatre ans, laboureur, de Saint-Jean-des-Mauvrels.
Deux accusés, reconnus excusables, sont seulement condamnés à la détention : Gérôme Ganichon, garçon batelier, de la Basse-Goulaine, enveloppé, et pris de force sur son bateau par les brigands à Ancenis, n'ayant jamais porté les armes ; Jean Gouzy, enfa7il de treize ans et demi, demeurant àGonnordchez son père (1). LaCom-
(1) Le ?2 frimaire, à Angers, ta Commission avait également condamné à garder en prison, jusqu'à décision de la Coiiveniion, François Audio, âgé de quatorze ans, pé à Ghemille, marchand de Qlet, chez son père, qui avait suivi i*armée sans armes et à la sollicitation d'aatrui. Le dernier jour de ses séances à Angers, U Commission avait prononcé la eon* damnation ù mort d'André Renou, tisseranJ, de Saint-Andrésur-Sèvre. Commo* pour les précédents condamnés, elle se transporta, le lendemain, maison du citoyen Lechalas, sise place de la Guillotine, à Angers, afin d'être présente à l'exécution. (Rxtraits du registre inédit de la Commission Proust.)
DAMS LA SAliTHË. S9
mission constatait que col enfant, dans un âge encore tendre, n'ayant plus de^ mère, avait été en- ( rainé par son père ; quant à l'autre, elle faisait celte curieuse remarque « qu'il était prouvé par son interrogatoire' que, sur le nombre de cinquantequatre prisonniers faits par les hussards de la Hépublique, finquanU-trois avaieot été fusillés, et lui seul détenu. » Voilà une preuve irréfragable de la façon dont les fusillades sommaires avaient abr^^gé, dans le Maine, fœuvre des Commissions mi II (aires !
Le 5, la mort frappe à coups redoublés et atteint quelques personnages marquants. Huit victimes sont immolées : François Sejan, tisserand, d'Âvesniéres, âgé de quarante et un ans ; François Hay, ci-devant noble de ^anlcs, âgé de soixante ans, qui prétendit en vain être parti par contrainte, et dont la famille devait périr le 3 pluviôse avec mademoiselle des Mesliers(l); Joseph Doyen, âgé de soixante-trois ans, ci- devant noble (le Saumur, qui avait porté la croix de Saint-Louis lors de l'invasion de cette ville, y avait fait partie (l'un Comité provisoire, prouvé par un écrit portant en tôle : « au nom du Roy, » et s'était joint (lès lors aux rebelles, qu'il lui aurait été facile d'abandonner, disaient les juges ; Pierre Vilain, irente et un ans, laboureur de Saint-Saturnin, pr6s les Ponts-de-Cé ; Joseph Busson, vingt-quatre ans, tisserand de Bonchamp, près Laval ; Claude l'erigo, laboureur à Saint-Jean-de-la- Croix, trentesix ans ; François Brunet, âgé de trente-trois ans, (le Saint-Saturnin ; René Censier, vingt-quatre ans, laboureur de Bourgncuf-la-Forôt. Le jugement déclarait qu'ils avaient participé aux horreurs dont on parsemait la roule.
Un autre accusé, Pierre GuyarJ, de vingt-quatre
(1; V. Perrin, les Martyrs du Maint, i. II, p. 978.
ans, tisserand de Saint-Germaiu-de-Fouilloux, arrêté chez lui longtemps après ia déroule et contre lequel il n'existait aucune preuve, fut condamné à la détention comme suspect; un autre, Toussaint Montrieux, âgé de vingt et un ans, tailleur, de la paroisse d'Angers, reconnu victime des brigands et leur prisonnier, excellent patriote, ayant un certificat de son capitaine, visé par le Comité révolutionnaire d'Angers le 2 nivôse, fut mis en liberté.
Le 6, trois Vendéens sont condamnés à mort :
François Guillory, quarante- deux ans, tisserand, de Saint-Martin de Beaupreau ; Jacques Homon, trente ans, tisserand, de Salnt-Laurent-sur-Sèvre ; Thomas Charrier, trente-six ans, de Gonnord. Trois accusés sont seulement frappés de détention : Jean Boulon, trente ans, de Saint-Germain de-Fouilloux, prévenu d'espionnage et de vagabondage; Michel Paillard, vingt-six ans, garçon laboureur. d'Astillé, enlevé par les Vendéens lors de leur second passage, pour leur servir de charretier, ainsi que Louis Guyais, âgé de seize ans, de Ruillé-le-Gravelais. Trois autres prévenus plus heureux, on ne saurait dire plus innocents, sont acquittés par la Commission : Jacques Rabé, vingt-quatre ans, de Grenoux, accusé d'avoir caché chez lui un d« s condamnés du même jour, Jean Boulon, qu'il employait ostensiblement comme journalier ; Jean Guyais, quarante-quatre ans, de Ruillé-le-Gravelais, dont le passeport n'était pas écrit sur papier timbré; Jean Deffay, vingt-huit ans. laboureur de Châlons, qui avait conduit de force les Vendéens, lors du dernier passage, n'était resté qu'une heure avec eux, et fut réclamé par sa commune; François Guérin, vingt-trois ans, laboureur de Bonchamp, commandé parla municipalité d'Avesnières, sur la réquisition des rebelles, pour conduire leurs voitures avec son harnais.
Le 7, chose consolante, il y a aussi six acquit-
DANS LA SaRTHE. dl
temcnts prononces en faveur cU; : Jean Durand, vingt six ans, Louis Dataiue, dix-neuf ans, tisserands de Saint-Germain-de-Fouilloux ; Hen6 Garacnflaux, vingt et un ans, Louis Le Roy, vingt ans, voilurier, des paroisses de la Trinité et de Saitit-Vénérand de Laval ; René Tonnelier, dixsepians, de Saint-lsle; Jacques Hurbile, taupier, d'Arquenay, â{ç6 de vingt-six ans. Tous ces prévenus avaient été conlrainls de suivre les Vendéens, n'avaient fait qu'un court séjour dans Tarmép, dont ils s'étaient échappés, et se voyaient réclamés par leurs communes ou même par des personnes présentes de l'auditoire. Les rebelles, pour désarmer les citoyens de Saint-Germain-de- Fouilloux, avaient pris pour guide Dalaine, conlre qui il n'existai! d'autres reproches que d'avoir fui, lorsque les Bleus firent ensuite une perquisition dans la commune.
Ce jour-là, il n'y eut qu'une seule condannnation à mort, celle de Martin Renou, Agé de vingt ans. garçon laboureur de Sainl-Hilaire-dc Chambrolle.
La Commission avait reçu une leilre de Francastel, apportant d'heureuSés nouvelles sur la défaite des Brigands; l'accusateur public en donna lecture au peuple, aux cris de « Vive la République ! » Depuis l'arrivée à Laval , l'ex-sccré- (aire de la Commission, Parquet, remplissait les fonctions de juge, « attendu la démission présumée de Gabriel Morin. » Ce citoyen, qui devait être le collègue de Charles-Nicolas Vacheron, dans les fameux recensements des prisons d'Angers, et l'un des principaux auteurs des jugements par F, avait sans doute trouvé ses collègues trop modérés pour daigner siéger a côté d'eux; il devait prendre bientôt une terrible revanche sur les détenus d'Angers. Un secrétaire de la localité, Jean Tel lot, servit à Laval de greffier à la Commission.
Le 8 niv6se, jour où la prise de Toulon fut annoncée à l'auditoire, trois prisonniers, arrêtés comme les autres après la déroule, sont condamn<^s à mort : Michel Chanlcreau, vingt-cinq ans, menuisier do Chantocé; François Leroy, vingt ans, menuisier des Anges, près Craon ; Mathurin Pitou, vingt ans, garçon laboureur de Mesnil-en- Vallée. Deux accusés sont reconnus excusables : Jean Busson, dix-neuf ans, tisserand de Bonchamp, qui s'était joint aux Vendéens, lors de leur premier passage, n'avait point porté d'armes, était réclamé par sa commune et dit « égaré par fanatisme ; » Pierre Chesneau , laboureur de dix-huit ans. des environs de Vezins, forcé par les rebelles de remplir l'emploi de charretier.
Le 9, dernier jour de ses séances à Laval, la Commission condamne iro'S victimes : François Worin, journalier de Soulaine, âgé de trentequatre ans ; Jacques Guérin , de vinguqualre ans, tailleur de Vernon, près Parthenay, et Julien Rocher, cinquante ans, boulanger de La Tcssoualle.
Les prévenus reconnus excusables sont heureusement plus nombreux qu'aux séances précédentes. Douze accusés ne sont, en effet, condamnés qu'à la détention : Louis Cigogne, vingt-huit ans, potier, d'Avesnières, qui ne s'était rendu à Mayenne que pour ramener son frère, en l'arrachant c( à cette armée d'assassins, » et avait défendu Laval lors du premier passage; CharJes Girault, seize ans, garçon menuisier à Beaupreau, enfant orphelin, obligé par son maîlre de marcher avec les Vendéens ; Louis Girault, dixneuf ans, garçon laboureur, de Saini-Picrre-de- Mozé, enlevé par eux pourconduire leurs voitures, n'ayant jamais porté qu'un aiguillon, et ayant obligé les patriotes « en les arrachant au fer assassin des brigands; » Louis Plé, âgé de quinze
DANS LA SARTUE. 6S
ans, garçon laboureur, de Fenioux, district de Parthenay ; Jean Lucas, dix-sept ans, {(arçon laboureur, de la Gaubetière, enlevé de force ; René Mîndrin et Joseph Minau, tous doux garçons laboureurs, âgés de seize ans, de Saint-André, près Chantonnay, el de Saint-Fulgenl. Le tribunal prenait en considération leur â(ie tendre, leur défaut d'expérience et leur enlèvement par Tenncmi. Les quatre derniers accusés, reconnus excusables, étaient : René Morlou, vingt-cinq ans, poupelier^ d'Avesnières ; Jean Beauplé et Mathurin Godard, garçons laboureurs, de Meslay, âgés de vingt -trois et vingt-deux ans ; Jean Leeomte, vingt et un ans, du Bignon, et Etienne Sauvestrc. de Saint- Aubin des Ponls-de-Cé, garçon tanneur de dixsept ans, pris dans la paroisse de Sorges, près Angers, dans le temps du siège.
La Commission Proust avait prononcé en tout vingt-huit condamnations à mort à Laval (i) : nombre minime, lorsqu'on se rappelle que la Commission de la Mayenne allait condamner à mort à Laval, du 6 nivôse au iO vcnlôse, deux cent vingt-trois victimes; quand on songe que les prisons étaient remplies de femmes, dont Proust et ses collègues s'abstinrent de verser le sang, et qu'ils prononcèrent môme un nombre relativement élevé d'acquittements.
Francastel avait reproché à celle Commission les senliments d'humanité qu'elle avait laissé voir au Mans (2). Est-ce la même cause qui lui lit donner son congé de Laval par le représentant Bissy,
(1) Extraits du registre de la Commission, aa greffe de la cour d'appel d*Aagers.
fS) V. t. II, p. 348. Cette lettre de Francasîel, du 2 nivôse, la plapirt du temps citée incomplètement, se trouve en entier, p. 21 des pièces jostilicatives de la rarissime brutiiure Justiftcûtion de Goupil fils, apothicaire à Angers. Angers, Jjbieri't Ge-^lin, 23 messidor aq Ill,ia-8'>.
resté dans la ville après le départ de Bourbolle (i ) ? On serait presque tenté de le croire.
Le 9 nivôse (29 d(^cembre), Bissy lui écrivait la lettre suivante :
« Le représentant du peuple Bissy, aux membres de la Commission révolutionnaire de la Sarthe, actuellement à Laval :
« Citoyens,
« La municipalité de Laval, chargée de'prisonniers, vous avait inviiés, il y a dix jours, à venir dans cette commune purger le sol de la liberté d'une horde scélérate. Mon collègue Bourbotte et moi en avons établi une exprès pour le département. En conséquence, vous pouvez suivre le cours de vos opérations, qui sont dérangées par votre séjour ici, et aller à Sablé, lieu de votre destination, où vous êtes attendus avec impatience,
« Salut et fraternité.
« Le représentant du peuple^
« BissY (2) »
(l) Bissy prolongea son séjour dans la Mayenne jusqu'à ia iin (le nivôse. Esnue Lavallée donna aussi, de Rennes, ses soins à ce déparLmo:it. Le l«r pluviôse, il noaimait Bescher administrateur; le 6 et le 9, il ordonnait la mise en scène du supplice de Taltnont, et de ses deux compagnons d'échafand. Grosse-Durocher vint aussi dans la Mayenne , mais sans mission, en nivuse i;t au commencement de pluviôse. Garnier cissa de s'occuper de la Mayenne, vers la fin de nivôse. A partir de pluviôse, ce fut Fiançois-Primaudiëre, de Sablé, envoyé en mission dans le département, qui y représenta la Convention ; il fut plus tard remplacé p.ir Laignelot.
(3) Pour connaître toulc Thistoire de la justice révolution^ naire dans la Mayenne, il faut joindre» aux jugements de ces deux Commissions, les condamnations prononcées anlériearement djns l'église Saint-Vénérand, par la Commission Félix, qui se transportait place du Marché au Blé pour être présente
DAMS LA SARTHE. 65
Sur œlte invitation, la Commission Proust s*en &]\SL travaille)' à Sablé, où cite arriva le l'«" janvier 1794. Mais elle jouait vraiment le malheur... pour die, La municipalité de Sablé n'attendait guère son arrivée avec impatience et la considéra comme de sanglantes étrennes pour la commune. Cette ville avait assez de la Commission spéciale qui fonctionnait dans ses murs. Ce qui prouve encore
aux eiécnlions. (V. ci-dessus, t. T, p. 180 et 303, et Mémoires de jro>e de Sapinaudf p. 130, notice sor qnelques victiiues da tribunal révolutionnaire de Laval, après le passage des Vendéens, et le premier registre de la Commission Félix, ao greflTe de la cour d'Angers.)
Voici la lettre qui avait installé k Laval 2i la fin de brumaire la Commission Félix, partie k la suite de l'armée avec la guillotine et l'exécuteur Dnpuy (elle est extraite de la Juati/tcatioH de Goupil, pièces justllicatives, p. 14) :
«Les représentants du peuple près l'armée de l'Ouest aax président et membres composant la Commission militaire établie près de l'armée de l'Ouest :
< Les intérêts de la République, citoyens, exigent de nous de vous laisser k Laval, pour donner k tous les contrerévolutionnaires de cette commune et des environs les JQstes peines qu'ils méritent : d'ailleurs il existe maintenant dons ce département de la Mayenne une nouvelle espèce de briganis qu'il faut détrair**; tous les jours, sans doute, TOUS en aurez à juger, et votre justice produira la paix dans ces contrées. Agissez toujours en amis de la République, exterminez totts les traîtres et les lâches^ et ne doutez jamais de la confiance des représentants du peuple . Le citoyen Esnue La Vallée part demain pour Laval, il • dirigera vos opérations.
« TURRBAU. »
L'approche des envahisseurs empêcha la Commission Félix de faire de trop nombreuses victimes. Elle emmena toutefois avpc elle, sans parler des chouant récemment arrêtés^ quatorze déieuns, suspects d'avoir été favorables aux Vendéens : madame veuve Picquois, sœur de Turpin du Cormier, qui avait donné asile aux deux demoiselles Legrand, guillotinées le 1er frimaire; Charles et Jacques, ses deux fils ; Garry, juge de
66 LES VENDÉËJNS
son peu d'empressement à accueillir la nouvelle venue, c'est qu'elle eut le courage d'entraver son élablissement et de faire tout ce qui fut humainement possible pour paralyser son action. Le 13 nivôse, le président de la Commission, Joachim Proust, faisait enregistrer une copie de ses pouvoirs sur les registres du district de Sablé; mais la municipalité lui opposa l'art. 17 de la loi du 14 frimaire sur le mode de gouvernement révolutionnaire, qui ordonnait la révocation de tout congrès ou réunion centrale établis par les représentants du peuple, et de tout autre comité ou commission, quelle qu'en fût la dénomination.
Voici la lettre inédite de la municipalité de Sablé :
<( Les maires et ofliciers municipaux de la commune de Sablé, chef-lieu de district, « Aux citoyens, président et membres de la
paix de Parné ; Perrier-Dub-gnon, riche] Dumani de Chalals, nche; Lcoa et Jean, ses fils; Lecicrc de la Rangère; Mootfrand , lils, frère d'émigré, riche ; la veuve MontHaiid, mère du président, riche; Fontaine, musicien (V. M. Bourcier, la Terreur en Anjou). Ainsi que je l'ai dit, Perrier-Dubignon et Dumans de Chalals furent seuls condamnes à mort ; mais madime Picquois et son iils Jacques moururent en prison, ainsi que madame de Moutfrand, mère. La jeune dame de Montfrand et mademoiselle Dubignon suivaient les charrettes, au dire de Danican [Les brigands démasguéSf p. 168). — Comparer les mémoires de Danican, pour apprécier leur véracité, avec ses lettres du temps, citées par M. Bourcier, la Terreur en Anjou, p. 198 et suiv. Il sauva, dit-il, à Lavai, neuf mois aprè) la déroute des Vendéens, une jeune lille de Maulévrier, qui, lors de l'affaire du Mans, avait recueilli les derniers soupirs de sa mère, sur la grande route, et après avoir vécu six mois, errante de bois en bois, avait enfin été recueillie par le maître de poste de Meslay, Simon {Les brigands démasqués^ p. 206). Sur son rôle ii Sablé, voy. aussi iHdem, p. 187 et S18.
Commission militaire établie par les Représentants du peuple, en station dans leurs murs :
« Nous vous invitons et requérons, pour Texéculion de Tai ticle 17 de la section III du décret du U frimaire dernier, relatif au mode de gouvernement provisoire révolutionnaire, qui porte que tout congrès ou réunions centrales établis, soit par les Reprcsentanls du peuple, soit par les sociétés populaires, sous quelque dénomination que ce puisse être, même de société centrale de surveillance ou de conseil central révolutionnaire ou militaire, sont révoqués et expressément défendus par ce décret (ceux existant se dissoudront dans les vingt-quatre heures, à partir de la promulgation du présent) , de cesser, dans cette commune, les fonctions qui vous ont été confiées par le citoyen Bissy, représentant du peuple, suivant la commission que vous avez fait enregistrer au secrétariat de cette municipalité.
« Nous vous prévenons i|ue la loi citée a été enregistrée le treize du courant, et annoncée au son de la caisse dans cette cité ; ses dispositions sont trop précises pour que vous puissiez aller en avant, quoique nous désirions tous un prompt châtiment des scélérats. 11 doit être déféré, puisque la Convention commande.
((Salut et liberté jusqu'à la mort!
« Grosnier-Marsollière, maire, a TouTAiN, conseiller municipal, etc.
« Conséquemment à cette lettre et voulant obéir à la loi, les membres de la Commission militaire réunis ont arrêté que, dès cet instant, ils cessaient leurs fonctions, en se proposant pourtant de rendre compte de leurs opérations aux Représen- ^nts du peuple à Angers.
68 LES VE.NDÉENS
« Fail et arrêté à Sablé, maison commune, le 15 nivôse de Fan deuxième de la République, une et indivisible, sur les trois heures de l'aprèsmidi.
« (^\^\k^Xi^ucTéiaiYe greffier {\), »
Comme le donnait à entendre celte noie du greffier, la Commission ne lâcha pas sa proie. Elle alla se pourvoir à Angers devant les Représentants du peuple, qui prirent contre cet acte d'audace si rare alors et si honorable, un arrêté ainsi conçu : « Considérant que c'est par une fausse interprétation de la loi du 14 frimaire que la municipalité de Sablé a pu prétendre que la seconde Commission militaire établie par les Représentants du peuple près Tarmée de l'Ouest, se trouvait supprimée et ne pouvait plus continuer ses fonctions..., il sera enjoint à la seconde Commission militaire de se rendre à Sablé pour y continuer ses opérations ; le maire et l'agent national de la commune de Sablé seront appelés à Angers pour rendre compte de leur conduite (2). »
La Commission triomphait ; elle fit de nouveau
(1) Cet ancien secrétaire de la Commission de Sablé ne remplit qu'un instint auprès de la Commission Proust les fonctions de greffier et fut un moment remp'acé par Simou Moreau. — Extraits du registre de la Commission Proust.
(8) V. Blordier-Langlois, t. I, p. 405; Marc, p. 168; Dora Piolin, l'Eglise du Mans pendant la Révulution, t. II. p. 495; M. Bourcier./a Terreur en Anjou, p. 31; M. Berri^t Saint-Prix, la Justice révolutionnaire en France, p 185, et le manuscrit de M. Pillcrant, aux Archives de la Sarthe. .M. Marc dit que le maire de Sablé, Crosnier de 'a Marsolliëre, et Tagent natio* nal,Chcrouvrier, comparurent k Angers devant Pruncastcl, qui les renvoya absous, après l'énergique défense de l'agent national. Je ne pense pas toutefois qu'ils aient comparu devant une juridiction révolutionnaire, ainsi que lu prétend le même auteur.
enregistrer, comme preuve de sa victoire, l'arrêté de sa création sur les registres du district. La Commission de Sablé se dessaisit envers elle de ses pièces d'instruction et des interrogatoires divisés en plusieurs catégories.
La première classe renfermait seize prévenus brigands :
Michel Gaudubert, marchand de fli, quarantedeux ans, de Montrevault;
Jean Pasquereau, laboureur, quarante-huit ans, demeurant à Ruissouzé , commune du Loroux- Bottereau ;
Pierre Renuzot, treize ans, chez son père, fusillé à Sablé par la troupe, marchand et voiturier à Château-Guibert près Luçon ;
Henry Brichet, laboureur, quarante-neuf ans, de Saint- Aubin- de- Luigné ;
Pierre Pasquier, garçon meunier au May, district de Saint-Florent, âgé de quarante ans;
René Boulain, domestique à Nantes, né à Chinon, âgé de trente-huit ans, prévenu aussi d'avoir été l'a- ^eot d'un chevalier La Ferrière et d*un Portugais Paillard, négociant à Nantes ;
Julien Lefèvre, vingt-six ans, garçon boulanger, d'Avessac ;
François Gautier, vingt-trois ans, garçon charpentier à la Basse-Goulaine ;
Malhurin Laudré, trente-deux ans, boulanger à Saint-€lémentin, district de Châtillon-sur-Sèvre;
Jean Brouassard, vingt-trois ans, garçon laboureur, de Couffé, district d'Ancenis ;
Pierre Brou, vingt-neuf ans, marchand colporteur, né à Vallet, district de Clisson, propriétaire de trois homniées de vignes, et ayant entretenu beaucoup de liaisons avec d'Autich'amp, avec qui il vivait ;
Pierre Cesbron, cinquante ans, laboureur à Denôe ;
Jean Peigné, trente- sept ans, garçon métayer chez son père, h la Basse-Mer;
Joseph Leclerc, vingt-neuf ahs, laboureur à la JuDaudière, district de Cholet ;
Jean Rondeau, seize ans, domestique aux Herbiers ;
Joseph Ripoche, vingt- sept ans, tailleur de pierres à Saiut-Pierre-de-Montlimart près Montrevault.
La deuxièjne catégorie était formée d'Antoine Delyon, laboureur, trente ans, de Julliange, district de Brioude (Haute-Loire), accusé de port d'armes et de cris de Vive le roi! La troisième, de Joseph Bechet et Vincent Aboust, prévenus de di'^scitio.n et de réunion aux rebelles. La quatrième, de Jean Liouard, accusé de complicité de vol d'une montre et du vol de deux pistolets.
A ces vingt accusés, qu'on peut s'étonner de voir accouplés de la sorte, il pouvait s'en joindre encore d'autres, car on lit au bas de la liste : « On croit que, depuis le 4 nivôse, il a été amené dans la maison d'arrêt quelques autres particuliers prévenus d'avoir fait partie de la bande des brigands échappés de la Vendée. »
La Commission Proust donna décharge de ces pièces, ainsi que le constatent les reçus suivants (1).
(f Je sou signé reconnais avoir reçu de Richard,
secrétaire les dix-sept premiers procès-verbaux
énoncés en Tétat ci-dessus, et des autres parts, le récépissé des trois derniers ayant été donné par le citoyen Vacheron.
« Sablé, 22 nivôse.
« Allâin, accusateur militaire. »
(1) Elles doivent faire partie, an greffe de la cour d'Angers, des dossiers de la Commissioa Proust, dont je n'ai con< suite que le registre de jugement.
On lit en efll'et, écril de la main de Vacheron : (( Je soussigné, membre de la deuxième Commission mililaire établie à la suite de Parmée destinée à combattre les brif^ands, reconnais que son conciloyen Richard, secrétaire de la Commission de Sablé, lui a remis trois interrogatoires des nommés Joseph Bechei, Vincent Aboust et Jean Liouard, demeurés en prison à Sablé.
« Dont décharge, le 16 nivôse, an deuxième de Kl République française une et indivisible.
« Vacheron, juge. »
Vacheron était pressé, et n'avait pas attendu l'issue du conflit. Si j'ai relaté son reçu, c'est qu'il fisl le seul autographe, existant dans la Sarthc, dt; ce sommelier-juge, recenseur des prisons d'Aniîcrs, pourvoyeur infatigable de la guillotine et (les fusillades du Champ des Martyrs^ I inventeur, avec son collègue Morin, des jugements par F. et par G. (à fusiller, à guillotiner), cette œuvre d'enfer, plus barbare que les quelques jugements en blanc du Tribunal révolutionnaire de Paris (1).
En possession de ces pièces, et triomj hanle do la courageuse opposition qu'elle avait rencontrée,
(1, Y. dans M. Berriat-Saint-Prix, la Justice révolutionnaire en France, t. I, p. 161 et suiv., des détails sur ces sir.eux jagements c insistant pour chaque personne dans nne st'Qle lelire de Talphabel, F ou G. Si M. Berrlat-S*inti'rix a vulgarisé ces jagements par F, ils n'en étaient pas moins connos long^temps avant. On les trouve cités dèK '•iQ lit par Vial, Fasillades^ assassinats ^ etc., p 1-^8; 'i'x Citoyens composant la Société populaire d'Angers à lu rotttf«/ion nationale, le 5 frimaire an III, Angers, Marne, '"4o, p. 10. Avant M. Berriat-Saint-Prix, i's avaient élé inûiqaés aussi par M. Godard-Faultrier, le Champ des Mur- 'yw, 2« édition, p. 131, 133; liom Chamard, les Vies des mati personnages de l'Anjou j t. III, p. 53); Blordier-Lau- «toK,t. ï,p. 4eH), etc.
la Commission Proust put enfin se mettre à l'œuvre, sûre de ne plus être inquiétée. Dès le 22, elle condamnait à mort six brigands, Lefèvit, Dclyon, Boulin, Brou, Pasquicr, Brichet. Un des condamnés, Julien Lefèvre, à qui la Commission avait été tentée d'accorder d'abord u«i sursis,' en ne le considérant que comme suspect, parvint à s'échapper, mais fut repris plus tard et comparut devant le Tribunal criminel du Mans qui confirma, le 25 floréal, le jugement des juges de Sablé.
Le lendemain 23 nivôse, la veuve Baudin, de La Châiaigneraye, en qualité de suspecte, était condamnée à la détention jusqu'à décision ultérieure de la Convention, et quatre enfants de treize à seize ans, Suzanne et André Baudin, de La Châtaigneraye, Pierre Renuzot et Jean Rondeau étaient mis en liberté, lis devaient être nourris par la commune de Sablé, sauf remboursement par les parents. Le tribunal déclarait que l'influence de leurs père ot mûre ne permettait pas de les confondre avec les conspirateurs et les traîtres, qu'il importait au bonheur de ces jeunes enfants et. qu'il était de la justice et de l'humanité de les mettre à l'abri des insinuations perfides en les séparant de leurs parents, et qu'ils ne devaient pas être détenus comme suspects, mais sortir de prison. C'était avoir fait de grands pas dans la voie de l'iiumaniié.
Le même jour 23 nivôse,, six condamnations à mort étaient prononcées contre Gautier, Ripoche, Brouassard, Cesbron, Guérin et Rousselot. Ces deux derniers ne figuraient ,pas sur la liste, remise par la Commission de Sablé. Le premier, âgé de vingt-deux ans, était laboureur à Vallet, et le dernier, âgé de quaranle-cinq ans, journalier à Saint-Mélain(î. En revanche, d'autres qui y étaient portés ne comparurent pas devant la Commission Proiisl, pour cause de mort, de maladie, d'évasion,
icls que Michel Gaudubert, Joseph Leclercct Jean Pâsquercau (1), donl la famille eut lantde membres condamnés au Mans ; ils étaient sans doute, pour la plupart, morts du typhus.
Les juges avaient aussi prononcé trois sursis le i3» à regard de trois accusés. Mathurin Landré (aliàs Landry ou Londré), aubergiste-boulanger Cl oflicier municipal à Saint-Clémentin, district de Bressuire, dut être conduit à Angers, et ses pièces adressées au Représentant du peuple, afin de faire de plus scrupuleuses informations pour s'assurer de ses trames comme officier municipal. Jean Peigné, qui prétendait avoir été forcé par les rebelles de conduire un caisson et de prendre un t«isii au combat de Laval, dut rester à la maison d'arrêt jusqu'à ce qu'il en eût été référé au Représentant. René Bellanger, marchand-mercier de Bousse, près La Flèche, âgé de vingt ans, qui disait avoir été arrêté sur le chemin de Laval par les brigands, qui lui avaient pris son cheval et l'avaient attelé pour conduire deux femmes, fut renvoyé devant les officiers municipaux de La Flèche, afin de s'assurer de la vérité de ses dires, et d'être mis en liberté ou renvoyé à Angers. Quatre mois plus tard, Mathurin Landré, évadé de Sablé, et Jean Peigné, venant de la même ville, furent condamnés à mort, le 25 floréal, par le Tribunal criminel de la Sarlhe.
Le prévenu Jean Liouard {aliàs Léonard), volontaire dans les chasseurs de Mayenne, de Saint- Sulpice (Creuse), accusé de vol envers Michel
[h Rose Pasqaereau, prisonnière au Mans, dit en effet son pcre, Jean Pasqaereau, mort à Sablé.
On trouve au Mans différents membres de la famille de ces condamnés de Sablé et de Laval, des Petiteau, Papiu, Gaébery, Bureau, Gesbron, Ripoche, Rousselot, Lefèvre, Gautier. Pitou, Albert, etc.
Rouillon, hôte de Poilîé, de complicité avec deux camarades, dut garder les arrêts pendant quinze jours, « les citoyens no devanl pas envahir la propriété d'aulrui, sous le seul soupçon d'aristocratie. »»
Enfin la Commission, ayant appris du maire qu'une certaine quantité de femmes et d'enfants en bas âge, provenant tous de la déroute des rebelles au Mans, étaient épars dans les métairies et les maisons des différents particuliers du district, arrêta qu'il en serait rendu compte, à Angers, au Représentant du peuple.
Le :â5, la Commission Proust, dont tous les juges étaient d'ailleurs woniés comme ceux de la Commission Félix, rentrait à son gîte à Angers; elle avait fini ses tournées. Un de ses membres, Siivain Méry, ne figure dans aucun de ces jugements. Elle n'avait fait que douze victimes à Sablé, où d'ailleurs les prisons étaient presque vides , et n'avait pas condamné de femmes.
Elle continuait ainsi à se montrer moins inhumaine que la Commission Félix. On voit cependant que M. Blordier-Langlois s'est trompé en disant « qu'elle ne resta à Sablé que pour rendre la liberté à des prévenus dans des séances toutes de paix et d'indulgence, <{ui rentraient dans le naturel du président, homme humain et doux pour l'ordinaire, mais faible et trop souvent dupe de sa propre imagination, et facile à se laisser aller à des suggestions étrangères (1). &
Ce qu'on peut dire seulement, eu songeant au fameux recensement des prisons d'Angers, commencé le 29 nivôse par Vacheron et Morin, et aux hécatombes de femmes dont ils ont jonché le Champ des Martyrs, c'est que le mérite de l'huma-
(IJ Biordier-Langlois, t. I,p. 405. — Extraits du registre de la Commission Proust.
DANS LA SARTflE. 78
Dite rétive «!« la seconde Commission d'Angei's reste tout entier à son président (1). L'ancien membre du Comité révolutionnaire d'Angers trouvait sans doute qu'il y avait assez de sang répandu. Sa fougue exubérante s*élait bien apai s6e. \[ avait commencé par transpercer de son sabre les plats d'œufs au lait suspects, portés aux prêtres prisonniers à Angers {^) ; il en était venu à préconiser des boules soi-disant asphyxiantes pour exterminer d'un seul coup Parmée vendôcnne, puis à briser les téies des saints de l'église Saint-Maurice. Mais bientôt il avait donné d autres gages à la Révolution, et c'étaient des têtes humaines qu'on l'avait requis d'abattre. Cette fois, le chimiste angevin commençait enfin à s'apercevoir que cette Révolution, naguère l'objet de son enthousiasme délirant, avait besoin de s'arrê er. Il dit adieu aux ronclionsdcjuge. Ildevint surveillant de la fabrication du salpêtre révolutionnaire, ce qui était plus conforme à ses goûts et à sa première profession. N'oublions pas qu'il fut l'un dos premiers à s'élever, même avant Thermidor, contre les crimes des Vacheron, des Morin, et des autres membres auxquels il n'avait été qu'un instant accolé, ei qu'il ne craignait point de dire dans
(1) I.a Commission n'était partie poar Angers que le 35. On voit que Va^beron ne tarda pas à prendre une cruelle revanche. Les recenseurs des prisons envoyèrent à la mort près (ie boit cents victimes (sept cent soixante-six), dont plus de trois cent soixante femmes.
(3) J'extrais ce renseignement d'un manuscrit inédit, decin* quante-cinq pages in -8<*, contenant le récit de la captivité des prêtres à Angers, par un d'entre eux, depuis le moment où ils avaient été astreints II comparaître à un appel nominal, jusqu'au lendemain de la fédération de 179^. Ce manuscrit, qui m'a été commaniqué par feu M. Gady, neveu de Fabbé Gruget, fait peot-être partie de la série des curieux mémoires du curé de la Trinité.
76 LES VE^iDÉLNS DANS LA SARTHE.
la Société populaire, à Hentz, Francastelet Garrau, qu'ils soutenaient des scélérats (1).
Après le départ de la Commission Proust, les femmes, les enfants purent se croire désormais en sécurité à Sablé et assurés de respirer en paix l'air de la liberté, ainsi même que les quelques Vendéens restés cachés au fond des campagnes voisines. Vain espoir ! ce n'était qu'un répit. Les dénonciations des membres du Comité révolutionnaire d'Angers, dignes acolytes des Morin et des- Vacheron, devaient encore peser sur leur sort et venir^ les arracher aux familles qui leur avaient donné un généreux asile, pour les plonger à leur tour dans les prisons du Mans.
(1) V. Précis historique de la guerre, rédigé par la société populaire d' Angers, iûre^sé à la Convention, S7 fructidor an II, signé Bardou, président, Couionnier, seerélaire, 18 pages in-4«, p. 17; et Fusillades ^ assassinats, trahisons, abus d'autorité , fauXf contraventions aux lois, cjmmis par l'arn>ée terroriste dans le département de Maine-et-Loire,.., par Jean- Antoine Yial Angers, Manie, in-8°, p. 126 des pii^ces justificatives, séance de la société de TRst, du 37 pluviôse an II. Proust prit aussi, en ventôse, la défense de M. Brevet de Beaujour devant la Commission Félix. Y. Bougler, Mouvement provincial en 1789, t. I, p 308. ~ On a de Proust le Triomphe de la philosophie ou la réception de Voltaire et de J.-J. Rousseau aux champs Elysées, Angers, Pavie, 1789, 15 p. in-S», et Âpothéote d'Arlequin vivant, mascarade astronomico-comique , par des comédiens ruines, Angers, Jahyer, an X, 13 p in-S». Il faut éviter de le confondre avec son frère Joseph-Louis .' voir Blordier-Langlois, Angers et le déparlement de Maineet-Loire de 17à7 à 1830, 1. 1, p. 40; M. Antonin Proust, Archives de l'Ouest, série A, no iv, Anjou, p. 85 ; Grille, la Vendée, t. II, p. 145.