H4 LES VENDÉENS
vendéens du Mans, dont j*aie retrouvé trace, ce qui achève de me faire croire que ce prisonnier avait été arrêté longtemps avant la déroute, et est bien le même que Nicolas Pernon.
Le 34, il y eut six condamnations seulement : les prisons commençaient à se vider. Le président Lavalette était remplacé par Guédon-Du-
bourg.
Ces six condamnés étaient :
Jean-Baptiste Imbert, vin.:; t- un ans, garçon laboureur, de Lunéville , soldat au quinzième bataillon de chasseurs;
François Bout and , sans profession (ex-bénédictin), de Vertou, près Nantes, fils d'un chirurgien de l'armée contre-révolutionnaire v
François Morin, vingt-deux ans, jardinier à Angers ;
Jacques Desnoux, vingt-huit ans, marchand à Angers ;
Nicolas Pelletier, âgé de vingt-quatre ans, garçon fermier chez son père, à Mareil-en-Champagne;
Daniel Sérenda , quarante-six ans , scieur de long, natif d'Ambert, en Auvergne, demeurant à Saint-Mars, en Poitou.
François Boutand, qui avait eu soin de ne pas révéler sa qualité, était un ancien bénédictin, arrêté avec son élève, le jeune Berthome, par la municipalité d'Ëcommoy, et écroué avec lui par la garde nationale, le 26 frimaire, au Mans. Précepteur de cet enfant, fils d'un capitaine de marine dé Nantes alors à Saint-Domingue , il s'était retiré un instant avec la mère de son élève à Vertou, d'où la présence des rebelles les avait empêchés de retourner à Nantes. Quand survinrent les Mayençais, tandis que la mère et ses filles se retiraient ensemble du côté de Luçon, Boutand avait, pour ^insi
DANS LA SARTRE. 115
dire, enlevé de nuit son élève» à l'insu de sa foniille, et Favait déterminé à le suivre, à force de sollicitations et de peintures effrayantes des dangers auxquels il restait exposé en ne cédant pas à ses conseils. Hélas ! Tanden bénédictin, maufais prophète, était fusillé le 24 nivôse. Son élève, plus heureux que lui, n'avait guère que quinze ans à peine ; il dut à son âge d'être épargné. Prisonnier à la maison d'arrêt de l'Ëvéché jusqu'à la fin de fructidor, il fut alors réclamé par le concierge de celte prison, Pierre Durand, et de prisonnier devint l'aide du geôlier !
Nicolas Pelletier ne fut pas condamné pour avoir fait partie de l'armée rebelle, mais pour avoir refusé de partir lors de la première réquisilion, et avoir ensuite participera la révolte contre- révolutionnaire » de Brûlon , du mois de septembre, qui avait fait jeter tant d'habitants des campagnes, hommes et femmes, dans les cachots. Il s'était tenu caché depuis lors et avait été arrêté porteur d'un ftisil.
Le Tribunal prononça un sarsis, pour avoir des renseignements, en faveur de Robert Comilleau, â^ë de cinquante-cinq ans, journalier à Autheuil près Mortagne. C'était un prisonnier qui, erreur dangereuse, se trouvait confondu avec les Vendéens. Il avait été arrêté dans son domicile pour D'avoir pas déclaré neuf boisseaux de blé et traduit dans les prisons de Mortagne, de Bellesme et du Mans. Le 24 prairial, il fut enfin renvoyé devant le directeur du jury d'accusation de Mortagne (Orne).
Le 27, il ne resta au Tribunal qu'un des captifs à condamner k mort, Marie Gouraud, âgé de vingtsix ans, laboureur de Ghavagnesi, district de Montaigu. C'était le seul Vendéen, âgé de plus de seize ans, qui fûtcncorc délçnu dans les prisons du Mans,
H n^avait été écroué que le 25 nivôse, sur l'ordre de la municipalité de Ruillé-en-Ghampagne.
Deux autres accusés comparurent devant les juges. Le premier, René Grasset, n'avait, suivant sa déclaration, que quinze à seize ans, « ce que son physique annonçait assez d'ailleurs. » 11 était domestique à Mazières près Cholet et originaire de Saint-Hilaire-de-Chambrun. Il fut simplement maintenu en arrestation ; le 8 pluviôse, il sortait de prison et était accordé à Blot fils, maréchal ^ Yvré. Un sursis ftit prononcé à regard du second, Etienne Nouvel, âgé de trente-six ans, maçon et tailleur de pierres à Nantes, prévenu qui, « d'après son récit très-suivi et paraissant de bonne foi, » n'avait pas fait partie de Tarmée des rebelles. Ce malheureux eut bien de la peine à sortir sain et sauf de la série d'aventures dans laquelle il se trouvait engagé. Il était allé ii Paris se faire pratiquer l'opération de la taille et revenait de Chartres où il avait subi celle de la ponction. Arrivé au Mans, le vendredi d'avant le passage des rebelles, il part le lendemain, va coucher à trois ou quatre lieues sur la route de La Flèche. Averti de l'approche des Brigands, il prend la traverse, sur droite, vers Louplande. Là les Vendéens le dépouillent et lui enlèvent son passeport. Il reste deux jours à une métairie de la terre de Villaine, va à la municipalité de Pirmil y faire sa déclaration, et prie qu'on le conduise au Mans, de peur de se voir soupçonné d'être le complice des Brigands et d'être sacrifié comme tel. Il fut écroué à la prison de la municipalité de cette ville, lé 10 nivôse, en vertu d'un mandat d'arrêt du maire, puis transféré à Sai nie- Croix le 13, « arrêté faute de passeport, commune du Breil,» dit le registre d'écrou. Le Tribunal sursit à prononcer sur son sort, jusqu'à plus amples renseignements. Enfin, le 2 prairial, un nouveau jugement le mit en liberté.
Les juges avaient ainsi condamné indistinctement tous les Vendéens détenus, les chefs, les soldats, comme ceux qui ne combattaient pas, les jeunes gens au-dessus de seize ans, et les vieillards euxmêmes.
Les ordres de Garnicr de Saintes avaient été exécutés dans toute leur rigueur* A La Rochelle, suivant la distinction faite par le conventionnel Laignelot,' la Commission militaire n'avait condamné que les ci-devant prôlres, bourgeois, nobles, maltôliers ou contrebandiers et les déserteurs. Les laboureurs et ouvriers « que leur ignorance profonde avait livrés à la séduction des autres, » bien que pris les armes à la main, n'avaient été condamnés qu'aux travaux do la chaîne à Itocbefort (l)* Au Mans il y eut égalité complète dans le sort des prisonniers. En dix jours, la mort vint tous les précipiter dans les fosses de Pontlieue !
Nous serions réduils à n'avoir aucuns renseignements détaillés sur les interrogatoires des condamnés, si deux de ces Vendéens n'avaient préalablement comparu devant les administrateurs du district de Mamers, dont les registres nous ont été conservés.
Ces deux prisonniers, Blanvillain et Caduche, avaient été arrêtés le matin du i3 frimaire, sur la route de Bonnétable au Mans, d'où ils étaient sortis la veille au soir, au moment de la déroute. Ils prétendaient avoir déserté l'armée des rebelles. Conduits par la garde nationale à Mamers, où ils arrivèrent à huit heures et demie du soir, ils y avaient été interrogés publiquement, l'un à dix heures, Tautre après minuit. L'administration leur
(1) V. Berriat-Samt-Prix, l, I. p. 275. — Les décrets des 10 mai et 5 juillet 1793 réservaient aa^si le dernier supplice pour les chefs des révoltés.
avait fait subir un long interrogatoire, pour se procurer des renseignements sur les événements et tranquilliser les esprits (i).
Restés dans la prison de Mamers jusqu'au 4 nivôse, ces deux Vendéens furent alors conduits au Mans : les membres du district les avaient adressés <' aux citoyens composant la Commission militaire. »
Voici leurs interrogatoires, plus circonstanciés que les quelques questions sommaires adressées aux accusés par les juges révolutionnaires du temps. L'un concerne un Vendéen des Manges, dont la famille compta plus d'une victime ; Tautre, un Suisse soutenant encore la cause pour laquelle ses compatriotes étaient morts au 10 août :
« Le premier desdits détenus ayant été introduit, les questions suivantes lui ont été faites :
Interrogé s'il est Français ?
A répondu que oui.
Enquis de ses noms, profession et demeure f
A dit se nommer Louis Blanvillain, âgé de vingt-
(i) ajournée du S3, jusqu'à quatre heures du soir, avait ^té pleine d'anxiétés k Mamers. Un coup de canon terrible s'était fïiit entendre dans la nuit, vers une h ure du matin, et avait paru partir de Bonnétable ou de Ballon; U avait été pris pour l'annonce de l'approche de l'ennemi, ce qui avait augmenté l'alarme. Les administrateurs qui avaient conduit à Mortagn«3 les archives, le trésor et des voitures dugrains, croyant même la commune « souillée par les Brigands,» avaient filé sur Verneuil Ce ne fut qu'à quatre heures du soir qu'un commissaire du district, envoyé la veille à Bonnétable, et qui était allé jusqu'à Savigné (arrêtant dans sa route Tun des deux Vendéens), apporta la nouvelle du succès du 32 an soir, c'est-à-dire l'entrée en ville de quelques hussards, suivis d'un peloton d'infanterie, qui avaient porté la mort et l'effroi partout où ils avaient passé, puis s'étaient repliés à cause de leur petit nombre et de l'arrivée de la nuit. Il annonçait aussi drjà que la horde des rebelles diiigeait sa marche sur Laval.
cinq k vingt-six ans , cordonnier, de Joué , en Anjou, district de Vihiers, département de Maineet-Loire.
Interrogé d'où il vient ?
Avant-hier au soir, je me rendis à Bonnétable, de la ville du Mans, où je m'étais rendu deux jours auparavant avec l'armée chrétienne.
Interrogé pourquoi il qualifie aimi cette armée de brigands f
Je la qualifie ainsi, comme tout le monde ; ceux qui la composent ne savent pas s'ils combattent pour la chrétienté.
A lui observé quHl est étonnant quHl réponde ainsi et qu'il devait savoir pourquoi il se battait contre ses frères f
A fait réponse que nous devions savoir qu*on dit que c'était pour la conservation de leurs prêtres et le rétablissement d'un Roi ; mais qu'il y a un grand nombre d'hommes dans celte armée qui ne savent pas pourquoi ils se battent et qu'il l'assure.
Interrogé pourquoi il se contredit dans les deux questions cC-dessus?
A fait réponse qu'il ne sait pas pourquoi on a qualifié cette armée de chrétienne. ^
Interrogé pourquoi il se trouve dans CfUe armée?
A fait réponse qu'après avoir combattu les rebelles cinq mois, il avait été fait prisonnier et que, depuis cette époque, il était resté avec eux.
Inteirogé dans quelle armée il était lorsqu'il s'est battu contre les rebelles?
A fait réponse qu'il était dans l'armée de Santerre.
Interrogé à quelle époque il a été fait prisonnier?
A fait réponse qu'il y a environ deux mois.
Interrogé à queue époque il a été incorporé dans hrmée du général Santerre?
lâO LES VENDÉENS
A fait réponse qu'il y a environ sept mois et quMl était dans le bataillon de Vihiers, commandé par le citoyen Avril, dont était capitaine le citoyen Blanchard, cloulier, de la commune de Gonnord, district de Vihiers.
Interrogé où il a été fait prisonnier ?
A fait réponse que c'était a l'affaire de Tremond, près Doué.
Interrogé de quelle manière il a été traité, lorsqu'il fut fait prisonnier'?
A fait réponse quMl fut reçu par ses parents et des gens de sa connaissance, qui font partie de cette armée, lesquels lui dirent qu'ils étaient charmés de l'avoir arrêté, en ce qu'ils avaient appris qu'il commandait un bataillon contre eux , qu'ils lui réservaient un coup de fusil et que provisoirement il fallait qu'il les suivît (1).
Interrogé s*il n'a fait aucune observation aux Brigands et s'il leur a fait des reproches de prendre les armes contre leurs frères ?
A fait réponse que non, qu'il n'aurait pas osé.
Interrogé quelle est la marche que l'on observe dans cette armée et quelles sont les manœuvres des généraux et leur conduite envers ceux qu'ils font pnsonniers ?
A fait réponse que, quand ils font quelqu'un prisonnier, ils le traduisent devant les officiers, et que sur le plus ou moins de tmlriotisme on l'absout ou on le punit de mort, et qu'en toute
(1) M. de Quatrebarbes, Une paroisse wendienne sous la Terreur, donne des renseignements sur ces Blanvillain de Ghanzeaux, et notamment sur Tabbé Blanvillain dont il sera bientôt question.
Les archives du district de Mamers renferment aussi un passeiiort délivré ^ un Bleu, relâché après la prise de Saumur, sous serment de ne plus combattre. 11 est analogae k celui qu'a publié M< de la Boutetière, Le chevalier de Sapi» mud et les chefs vendéens du centre^ 1869, p. 8?.
aulrc chose ils en veulent beaucoup aux corps constitués ou gens en place.
Interrogé de combien d'hommes Varmée prétendue catholique est composée f
A fait réponse qu'on prétend qu'elle est à peu près de cent mille, mais qu'il n'en croit rien; qu'il estime qu'elle ne l'est que de quarante à cinquante mille, dont environ dix mille ont péri depuis le passage de la Loire, par maladie, et qu'il y a maintenant un tiers de l'armée de malades et de blessés (1).
Interrogé combien ils ont perdu de monde à Granvide f
A fait réponse qu'il a appris par les révoltés, depuis le siège, qu'il y en avait eu beaucoup de tués, mais il n'a pas entendu fixer le nombre.
Interrogé de combien d^hommes est composée la cavalerie de Varmée prétendue chrétienne et de combien de pièces de canon f
A fait réponse qu'ils ont à peu près six cents hommes de cavalerie organisée, mais qu'ils ont au moins douze cents chevaux, dont partie sont montés par des femmes, qu'il estime être au nombre de deux mille ; que l'artillerie est composée de trente-deux pièces de canon.
Interrogé combien il y a de prêtres dans cette armée scélérate?
A fait réponse qu'il y en a à peu près trois cents, dont partie prennent le commandement et exhortent très -fort par leurs prédications publiques les révoltés à se battre courageusement.
(I) L'armée est évaiaée jusqu'à deux cent mille hommes, par quelques prisonniers, Jean David, condamné ii Aleuçon, le 31 brumaire, René David, de La ChapclieBasse-Mcr, interrogé à Sablé, le 29 rrimaire. Les Vendéens, surtout les chefs, grossissaient k dessein le chiffre prétendu de leurs soldais.
Interrogé sHl connaît quelques-uns de ces prêtres ?
A fait réponse: Je ne connais que l'évêque d'Agra, qu'on dit avoir prêté et rétracté le serment, ainsi qu'un de mes parents, nommé Bianvillain (1). Je connais également un nommé Lemonnier, des environs de Château-Gontier, lequel est aumônier de d'Autichamp, général de cette armée* Je connais aussi le nommé Dernier, ci-devant curé de Saint-Laud d'Angers, lequel est leur grand docteur.
Interpellé de déclarer s*ll connaît tous les généraux et commandants de V armée dont il s'agit ?
Il a répondu qu'il connaît le nommé La Rochejaquelein du Bas-Poitou, commandant général d'Aulichamp, qui commande toujours l'avant-garde et ceux envoyés à la découverte; le nommé Stofflé, commandant l'infanterie, et Bernard deMarigny, ^l'artillerie, qui est servie d'un canonnier et de ses servants.
Interrogé quel était le but des révoltés lorsqu'ils se sont portés sur Granvilte?
(1) On trouve cités deux Blanvillâin, prêtres, morts pendant la guerre de Vendée : le premier, un des défenseurs héroïques du clocher de Cbanzeaux, Une paroisse vendéenne sous la Terreur, 5« édition, p. 46 et 130; l'autre, Pierre Blanvillâin, vicaire de la Jumclliëre, fusillé dans la prairie de Sainte-Gemmes, en janvier 1794. Il est parlé de lui dans une chanson vendéenne :
Monsieur Blanvillâin, fldcle A la voix du Seigneur, Fait connaître son zèle Par ses cris, par ses pleurs.
Ah! s'il pouvait réduire Les méchants inhumains!
Il soulTrirait martyre Pour sauver les chrétiens.
V. Dom Ghamard, les Vies des saints personnages de l'Anjou, t. III, p. 531.
DANS LA Marthe. 128
A fait réponse que les solide s'y rendre pour le leurs généraux faisaient celle c barquer pour l'Angleterre, Hr connu le citoyen. avoir jamais fait l'aveu ; qu'au ^^nt il a dit quHl mettaient aux femmes de leur pro sèment avantageux à Granville, alvslé \k la femme quor avec les Anglais. il aurait à la
Interrogé s'il a des connaissances parti d'aller cette même armée pour la fixation d^e lui raconlonqu'elle fut repoussée de Granville ? « du Mans.
A répondu que les projets des soldats i avec tes se rendre dans la Vendée, parce qu'ils e s'y battre plus avantageusement qu'ailleurî:
Interrogé s'il est vrai que les soldats se métier au pillage et s'il est vrai que, lorsqu'ils foncercé prisonniers, ils leur votent leur portefeuille 'r
Oui, les soldats aiment beaucoup les assignarsoit'à la face royale ou à ef6gi9de la Liberté. ^-
Interrogé s'il a connaissance de ce qui s'esr passé au Mans et de quelle manière Vai^mée catholique s'y était prise pour s'emparer de cette ville?
A fait réponse que si 1 armée du Mans n'eût point quitté son retranchement pour se porter à une demi-licue au delà surrennemi,ilne serait pas pan'enu à franchir les retranchements et à entrer dans la ville du Mans.
Interrogé si V armée des rebelles a été bien reçue dans Le Mans ?
A répondu qu'en arrivant à Pontlieue, les habitant criairnt fort : Vive le Roi, à l'exemple des rebelles; mais ceux de la ville du Mans n'avaient pas le même acharnement; qu'étant en pleine possession de la ville, sans savoir si l'armée des rebelles a perdu beaucoup de monde, ils se dispersèrent tous chez les habitants et se firent donner à boire et à manger ; qu'il ne douie nullement du pillage qui se sera exercé sur les citoyens, parce qu'il a cherché à se sauver et qu'il n'a pas con-
j^g:^ VENDÉENS
^ l'afs^^ ^" ^^"^ ^^^ perdu beaucoup
de Ta^^ j au^ ^^>^^ ^^ motifs qui Vont dé ter-
tnif^ .fféfX^^^ que depuis l'instant qu'il a été
A ^^'Ljî/er» il a toujours été dans cette inten-
fyit P''^ /ïu'il ne voulait pas se battre contre sa
P^l^fjfTogé s'il était armé et en quoi consistaient
^A répondu quMl n'avait qu'un sabre qu'il a laissé
„ jgatis, chez la citoyenne Vincent, dont le mari
'^l sapeur (dans la garde nationale), et qu*il ne s'est jamais servi de ce sabre pour se battre contre /psciloycns patriotes.
Interrogé sHl a connaissance que les généraux eussent des correspondances dans les villes qu'ils attaquaient et prtncipalement dans celle du Mans?
A fait réponse qu'il n'est pas surprenant que Penncml se procure des renseignements, puisqu'il a reconnu plusieurs jeunes gens de cette ville et des campagnes pour s'être glissés dans l'armée des rebelles ; en conséquence, il pense que cette conduite est plus que suffisante pour lui faire croire la justice de son soupçon.
Interrogé s'il sait les noms de ceux des jeunes gens qui ont commis ce crime ?
A répondu que non.
Interrogé s'il connaît le particulier qui a été arrêté avec lui ?
A répondu par la négative : il a seulement dit qu'il était Allemand, allié des Suisses.
Interpellé de déclarer pourquoi^ lors de sa déserliony il n'a pas cherché les moyens de se rendre chez, lui ?
A fait réponse qu'ayant connu précédemment le nommé Vincent, dont il a déjà parlé, et sur la déclaration que sa femme lui lit que son mari était
à Bonnétable, il prit le parti de s'y rendre pour lo voir.
Interrogé pourquoi il dit avoir connu le citoyenrincent, tandis que précédemment il a dit qu'à ne Vavait jamais vu ?
A fait réponse qu'ayant manifesté 2i la femme Vincent son intention de déserter, il aurait à la sollicitation de cette femme pris le parti d'aller voir son mari li Bonnétable, à l'effet de lui raconter tout ce qui s*était passé à la déroule du Mans.
Interrogé de quelle manière il a vécu avec les Brigands, puisqu'il ne voulait pas pillei* ?
A répondu qu'il demandait sa vie.
Interrogé s'il y a longtemps qu'il exerce le métier de cordonnier et si auparavant il n'a point exercé d'autre profession ?
A fait réponse qu'il y a deux ans qu'il est cordonnier e>. qu'auparavant il a fait ses études pendant six années, parce que ses parents le destinaient à la prêtrise, mais qu'il n'a pas voulu parvenir à ce degré, parce qu'il a fait quelques petites farces.
Interpellé de déclarer en quoi consistent les farces dont il veut parler ?
A fait réponse que c'est parce qu'il faisait des cordes pour descendre, par les croisées du collège, pour aller se promener en ville.
Interrogé pourquoi il porte la cocarde nationale, tandis qu'elle est en horreur aux rebelles, et comment il a pu faire pour se la procurer ?
A répondu qu'il Ta prise au Mans, parce que la femme Vincent la lui a donnée. »
« Ce fait, nous avons cessé d'interroger le détenu. Lecture à lui donnée de nos interrogats et de ses réponses, a dit qu'elles contiennent vérité, y a persisté sans vouloir changer, diminuer ni augmenter et a signé.
« Louis Bi^anvii^lain, »
Cet interrogatoire se lermina à onze heures et demie du soir, le 23 frimaire ; l'autre détenu fut extrait de prison pendant la nuit, et conduit devant les membres des autorités constituées qui lui demandèrent d'abord son nom.
« À répondu qu'il se nomme Jean-Louis Caduche.
Interrogé de quel pays il est?
A répondu qu'il est né au pays des Grisons.
Interrogé dHoù il vient f
À répondu qu'il arrive du Mans.
Interrogé de ce qu'il faisait au Mans ?
À répondu qu'il était de l'armée des Brigands.
Interrogé depuis quel temps il servait dans V armée des rebelles ?
A répondu qu'il avait été fait prisonnier à Fougères, le 3 novembre dernier, et que depuis ce temps il a servi avec eux.
Interrogé pourquoi il s*est joint atix rebelles et a combattu avec eux contre les armées de la République?
A répondu qu'il avait été forcé d'agir comme les rebelles, sans quoi ils l'auraient tondu et tué, parce que, lorsqu'ils faisaient des prisonniers, ils leur demandaient de se joindre à eux pour combattre «et les menaçaient, en cas de refus, de les mettre à mort.
Interrogé des noms des généraux qui commandent Vannée ennemie ?
A répondu qu'ils se nomment La Rochejaquelein, d'Autichamp, La Tri m ouille ou Tallemont, Piron, Marigni et StofQé.
Interrogé sV sait le lieu de la naissance de ces généraux ?
A répondu qu'il ne sait pas, mais que cependant il a entendu dire que La Rochejaquelein était des environs du Mans et quckiues autres des confins du ci-dev^ni Poitou,
Interrogé sur le nomln^e des hommes dont l'artnée des rebelles est composée?
A répondu qu'elle pouvait être d'environ cent mille hommes, mais sans organisation, et que la plupart d'entre eux ont mis bas les armes, ces jours derniers, au Mans et auparavant.
Inlerrogé s'il y a beaucoup de prêtres dans l'armée des Brigands ?
A répondu qu'il l'iguore, que cependant il en a vu quatre ou cinq qu'il ne connaît pas.
Interrogé s'il y a beaucoup d'étrangers dans ïwrmée rebelle ?
A répondu qu'il s'y trouve des Allemands et des Suisses, mais qu'ils ne font point de corps particulier.
Interrogé de ce qu'il faisait avant d'avoir été fait prisonnier ?
A répondu qu'il était garde national dans le huitième bataillon du Calvados.
Interrogé pourquoi, plusieurs occasions s'élant présentées de se rejoindre aux républicains, ses frères, il n'en a pas profité pour rentrer dans son devoir?
A répondu qu'il avait fait plusieurs tentatives et eutre autres à Pontorson, à Dol et à Angers, pour rejoindre les drapeaux de la République; mais qu'il ne lui avait pas été possible d'efl'ccluer son retour au devoir, parce qu'il se trouvait dans les campagnes des citoyens qui auraient pu l'arrêter.
Interrogé comment il ose assurer qu'il ne lui a pas été possible de se réunir aux armées de la République, parce qu'il craignait les obstacles des citoyens de la campagne, tandis qu'il est certain Que la plupart de ces citoyens sont de vrais républicains, et que loin de s'opposer à sa fuite ils t'auraient favorisée ?
A répondu qu'jl craignait moips les citoyens de
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la campagne que les Brigands, qui étaient dispersés et qui ne lui auraient pas fait grâce, s'ils Teussent rencontré dans sa fuite*
Interrogé sur Vuniforme de V armée des rebelles ?
A répondu qu'elle n'a aucun uniforme particulier et que les brigands qui la composent se vêtent à leur goût, pourvu qu'ils n'aient pas Tuniforme national, ni celui des troupes de ligne de la République.
Interrogé de quelle manière et pourquoi y étant né dans le pays des Grisons, il s'est rendu dans le Calvados pour y servir dans te huitième bataillon?
A répondu qu'il s'était d'abord rendu à Paris où il s'était livré au commerce de peaux de chèvre, pendant environ treize ans, dont il en avait passé quatre à l'Hôtel-Dieu de Lyon, et environ neuf en qualité de portier au collège. Qu'ayant perdu sa fortune, il se rendit h Paris pour y trouver une place ; qu'on lui en a offert dans des maisons d'émigrés qu'il ne voulut pas accepter ; qu'ensuite il obtint une place à la Monnaie en qualité de tireur de cordon ; qu'il a conservé cette place pendant environ neuf mois ; qu'elle lui procurait vingt-six sous par jour ; mais que les opérations de l'hôtel de la Monnaie se ralentissant parles circonstances, et ne travaillant plus que deux ou trois fois par semaine, il n^avait pu trouver dans les salaires de quoi subsister.
Interrogé à quel âge il a quitté son pays?
A répondu qu'il en était sorti à trente-cinq ans.
Inteirogé sur son âge ?
A répondu avoir cinquante-un ans.
Interrogé sur le temps qu'il a demeuré à Paris ?
A répondu qu'il y avait demeuré environ treize mois.
Interrogé de ses occupations et de ses moyens d'exister pendant les quatre mois qui excèdent les neuf qu'il a été employé à la Monnaie^
DANS U SARTHE. Iii9
 répondu que de temps en temps il suppléait à l'absence des ouvriers de la Monnaie ; que d'ailleurs il avait encore par devers lui quelque argent et qu'il trouvait des secours dans ses connaissances.
Interrogé dans quel temps il s'est engagé dans le huitième bataillon du Calvados ?
A répondu qu'il s'y est fait enrôler le âJ ou le 22 janvier dernier.
Interrogé du temps qu'il a servi dans le bataillon du Calvados ?
 répondu qu'il y a été pendant environ neuf mois.
Interrogé de V opinion de l'armée des rebelles sur la garde nationale ?
A répondu qu'elle n'était pas trop bonne, mais qu'elle était encore plus mauvaise sur la troupe de ligne, parce que l'armée des rebelles les regarde comme les assassins des rois.
Interrogé si dans les conversations qu'il a eues avec les Brigands^ il n'a pas acquis quelques connaissances sur le lieu de naissance de quelquesuns Centre eux ?
A répondu que quelques-uns disaient qu'ils étaient des environs de La Flèche, d'au 1res d'Angers, et d'autres, enQn, des environs de Sablé.
Interrogé si dans l'armée des rebelles on avait un culte public ?
A répondu au'on y disait la messe les fêtes et dimanches, et qu'à Fougères ils firent à leur retour de Gran ville chanter un Te Deum,
Interrogé si les Brigands paraissent contents de s'être révoltés contre la République et de leur sort?
A répondu que dans certaines occasions ils paraissaient satisfails, et que dans d'autres ils annonçaient leur disposition pour abandonner l'armée des rebelles.
Inletrogé si les généraux ennemis communia quaiefU de temps en temps avec les Brigands et leur parlaient?
A répondu que les généraux ne parlaient aux rebelles que lorsqu'il s'agissait de combaltre, que d'ailleurs ils avaient un conseil dans lequel des prêtres paraissaient ^tre admis, et que Tarmée des Brigands n'était instruite du résultat des délibérations de ce conseil qu'à l'instant de la marche.
Interrogé s'il a connaissance que les généraux rebelles envoyassent des espions pour prendre des renseignements et les leur communiquer?
A répondu qu'il n*en est pas certain, mais qu'il a ouï dire que des gens qui paraissent patriotes, instruisaient les ennemis de ce qui se passait.
Intetrogé s'il connaissait Vautre rebelle quiy comme lui, est détenu dans les prisons de cette ville ?
A répondu qu'il ne se rappelait pas l'avoir jamais vu, mjis qu'il avait dit k lui, interrogé, qu'il croyait se souvenir de l'avoir vu dans l'armée des rebelles.
Interrogé si, lorsqu'il a abandonné Varmée des rebelles, U était encore armé ?
A répondu qu'au sortir du Mans il a gardé son fusil, pour que les patriotes en profitassent; qu'étant entré, à environ une lieue du Mans, dans une maison qui se trouve sur la route, il s'y était caché dans de la paille ; que le jour commençant à paraître, il a demandé un morceau de pain aux maîtres de la maison qui le lui ont donné ; qu'il les a avertis qu'il laissait son fusil, qui est de munition, avec sa baïonnette et sept ou huit cartouches; qu'il est parti de cette maison sans aucune arme ; qu'arrivé à Bonnétable, il a été conduit à la municipalité, qui a ordonné qu'il fût traduit au corps de garde, d'où il a été tiré par deux gendarmes pour être amené en cette ville.
Dans la sarthe. 131
InUnogé si les armes des rebellns ont quelques marques distinctives ?
A répondu que non ; que les uns ont des fusils de munition et les autres de chasse.
Interrogé sHl a quelques connaissances sur les moyens par lesqu^eU les Brigands se sont pourvus d'armes et de munitions ?
A répondu qu'on lui a appris que les rebelles étaient armés et pourvus de munitions de ce qu'ils avaient enlevé des villes par lesquelles ils ont passé, et des armes qui avaient été abandonnées par les soldats de la République dans différentes occasions. A ajouté qu'on lui a môme dit que les Brigands avaient trouvé beaucoup de poudre et d'armes au Mans.
Interrogé sHl n'a pas appris ou s'il ne s'est pas aperçu que des convois militaires arrivassent aux Brigands et de quel côté ?
A répondu qu'il n*a aucune connaissance à cet égard.
Interrogé si l'armée des rebelles a beaucoup de subsistances et de provisions de bouche ?
A répondu qu'il ne croyait pas qu'ils eussent de fortes provisions ; que les subsistances qu'ils avaient, ils se les procuraient à la campagne et dans les villes par lesquelles ils passaient.
Interrogé si les ennemis ont des fours militaires, si la distribution des vivres se fait avec ordre, ou si chacun est obligé de s'en procurer particulière meiit?
A répondu qu'ils n'ont point de fours militaires à sa connaissance , que lorsqu'ils arrivent dans quelque endroit ils forcent les boulangers de cuire , et qu'ensuite le pain est distribué d'abord aux malades et aux blessés, et après au reste de l'armée.
Interrogé sur la qualité et la quantité de pain qui se distribue aux Brigands ?
A répondu que le pain est de très-mauvaise
13î2 LES VENDÉENS
qualité, que suivantlescirconstances la quantité est plus ou moins considérable ; mais que souvent ils se trouvent sans pain et qu'il n'y a que les particuliers voisins de leur paroisse qui puissent s'en procurer.
Interrogé si, à son départ du Mims, il se proposait quelque terme particulier pour s'y rendre et si, lors de sa fuite, il était instruit de la marche de l'armée des rebelles et du point où elle devait tendre ?
A répondu que son dessein était de prendre une route opposée à celle des Brigands et de se transporter à Paris pour y trouver les moyens de subsister, qu'au moment de la déroute de Tarmée ennemie il avait entendu dire qu'elle dirigeait sa marche vers Laval ou A lençon.
Interrogé de la maison dans laquelle il a logé au Mans ?
A répondu qu'il avait logé sur la place des Halles, dans un café qui est à côté de l'auberge du Soleil, qu'il croit que ce café est à la droite en entrant dans l'auberge.
Interrogé de l'heure à laquelle il est parti du Mans ?
A répondu qu'il en est sorti avant-hier entre les six et sept heures du soir.
Interrogé si, dans L'armée des rebelles, il connaît un individu nommé blaiivillain ?
A répondu qu'il n'en connaît aucun de ce nomlà, que même ce nom lui est absolument inconnu.
l9iterrogé s'il a connaissance qu'il y ait un moulin à poudre dans V armée des rebelles ?
A répondu qu'il n'en a aucune connaissance.
Interrogé si, avant d'arriver à la ville de Mamers,il la connaissait?
A répondu que non et qu'il n'en a entendu parier qu'à Bonnétable, où on lui a dit qu'il y avait à Mamers une armée qui était prête à se porter sur les Brigands.
Dans la sahthe. 133
Interrogé si les chefs des Brigands ne commandent pas à leurs satellites de n'épargner en entrant dans les villes aucuns membres des autorités constituées et des clubs ?
A répondu qu'il n'a aucune connaissance à cet égard, mais qu'il sait cependant que les ciicfs des rebelles leur ont recommandé le pillage dans la ville d'Angers, s'ils réussissaient à s'en rendre les maîtres.
Interrogé sHl connaissait la ville du Mans avant tinvasifin des Brigands ?
A répondu que non.
Interrogé si, dans Varmée des rebelles, il y a quelques évêques ?
A .répondu qu'il n'en connaît qu'un, qui se nomme l'évêque d'Egra.
Interrogé si la cavalerie ennemie est nombreuse? ^ * ^ ^
A répond-Ut qifeîlé est d'environ quatre ou cinq cents hommes, dont vingt seulement peuvent être regardés comme cavaliers.
Interrogé s'il y a beaucoup de canonniers et d'artillerie dans f armée ennemie?
A répondu qu'il y a environ trente pièces de canon, dont la plupart sont du calibre de quatre, de six, quelques-unes de huit, et peu de douze, et qu'il n'y a aucuns mortiers ; que les rebelles ont environ cinquante canonniers, dont quelques-uns passent pour habiles pointeurs. »
« Nous avons cessé d'interroger Jean-Louis Caduche qui, après avoir entendu lecture de son interrogatoire, a déclaré n'y vouloir rien changer, y persister et a signé avec nous.
(( Jean -Louis Gadusch (I). »
(1) Oo sait combien sont rares les ioterrogatoires de Vendéens, publiés jusqu'à ce jour. Comparer ceux-ci avec les
Bien que ces condamnatious de cent trente-cinq prisonniers eussent alors vidé les prisons de tout Vendéen au-dessus de seize ans, il se trouva plus tard encore, dans le département, quelques fugitifs qui, restés d'abord inaperçus, attirèrent bientôt, par leur rareté môme, les regards inquisiteurs des Comités. Misérables épaves, ils s'en vinrent échouer au Mans, qui ne fut pas pour eux le port du salut, mais un asile de mort.
Le Tribunal, il faut le dire, ne se pressa cependant pas de les juger. Ecroués au Mans, les uns en pluviôse, la plupart en ventôse, ils ne furent condamnés que le 23 floréal. Garnier de Saintes, pour venir en aide au Tribunal criminel et empocher que la maladie, en y faisant de nouveau des vides, vînt entraver le cours de la justice révolutionnaire, lui avait donné pleins pouvoirs, lors de son séjour au Mans eh germinal, pour se recruter môme parmi les juges du Tribunal de Commerce,
« Nous Représentant du peuple, sur Texppsé qui nous a été fait par le Tribunal criminel de la Sarthe, qu'ils sont tellement encombrés par les affaires qu'ils ne peuvent y suffire; qu'ils ont besoin
interrogatoires reproduits par M. Robillard de Beattrepaire, le Tribunal criminel de VOme^ p. 73, 99 et 108. Celui qu'a publié M. Marchegay, dans la Reme d'Anjou^ t. I, 1853, p. 113, subi le 9 août 1793, n'a trait qu'au début de la guerre. Les interrogatoires de Joseph Catbelineau, de d'Eibée et de Taltnont sont souvent cités. Je ferai connaître pins loin ceux de près de trois cents femmes ou enfants vendéens, détenus au Mans, tous inédits, et qui forment la partie la plus neuve de ces études. J'ai extrait les principales parti cularités des trente-deux interrogatoires, subis devant la deuxième Commission militaire de Sablé. Plusieurs des interrogatoires des Vendéens, condamnés par les Commissions Félix et Proust, dont on connaît à peine les jugements, se trouvent au greffe de la Cour d'Angers.
DAISS LA SARTHE. 135
d'ailleurs d'une autorisation spéciale de notre part, poar juger les délits conlre-révolutionnaires qui se trouvent très-nombreux dans ce département, autorisons le Tribunal criminel à juger révoluiionnairement tous les délits relatifs à la sûreté générale de TEtat et tous autres qui seraient hors de la classe des délits particuliers, à Texception seulement des délits qui tiennent directement ou indirectement à la conjuration découverte dans la commune du Bilans, relative à Tavilissementet à )a dissolution de la Convention nationale. Autorisons les juges du district à assister le Tribunal criminel' dans tous les cas révolutionnaires, et en cas d'absence et d'empêchements légitimes, nous autorisons les juges du Tribunal de Commerce à , suppléer les juges du district. Sera notre présent arrêté, envoyé, à la diligence de l'accusateur public, aux Tribunaux de district et de commerce de la commune du Mans pour y être enregistré , pour qu'ils soient tenus de se conformer à ses dispositions.
« Au Mans^ le 1^2 germinal, l'an II de la République une et indivisible.
i( Garnier de Saintes. »
Ce fut en vertu de celle Commission du proconsul saintongeois, ainsi continuée, que le Tribunal criminel du Mans condamna le 25 floréal les derniors débris des Vendéens dans la Sarthe, au nombre de sept C'étaient :
François Mercier , laboureur à Saint-Florent, âgé de vingt-huil ans, éeroué à la prison de la Municipalité le 4 pluviôse (1) ;
(1) Avaient été érroués avec lui Pierre Tailleau, qai, le 33, fut transféié ^ l'hôpital de Sainte-Croix, et Anne Grimaud, ^eone de la commune de Neuvilletle, conduit^ ayi( Urs^les
lÇ?venV)sç,
Joseph Morin, vingt- sept ans, vigneron à Bazouges, district de La Flèche ;
Julien Drouet, dix-sept ans, domestique à Clisson;
Malhurin Londré, trente-trois ans, boulanger et aubergiste à Saint-Clémen tin, district de Bressuire ;
BenéPapin, vingt-sept ans, laboureur de La Chapelle-Basse-Mer, district de Clisson ;
Jean Peigné, trente-sept ans, garçon laboureur, de Basse-Mer, dislricl de Clisson ;
Malhurin Veret, dix-sept ou dix-huit ans, tisserand, dTsemay, district de Vihiers.
Ils furent condamnés rèvolutionnairemeut à la peine de mort, ce qui, dit le jugement, sera exécuté dans les vingt-quatre heures, à la diligence du Commissaire national prés le Tribunal du district.
Un huitième condamné à mort se trouvait compris dans ce jugement : Julien Lefebvre, de vingtsix à vingt-sept ans, boulanger, se disant marchand de peaux depuis dix-huit mois, originaire d*Avessac, district de Blain. 11 avait été déjà condamné par un jugement, ix primé, de la seconde Commission militaire prés les armées des côtes de Brest et de l'Ouest réunies, séante à Sablé, du Û2, nivôse. Son identité étant reconnue, le Tribunal ordonna que ce jugement fût exécuté i^elon sa forme et teneur (1 ).
La plupart de ces prisonniers venaient en effet de Sablé.
Mathurin Londré avait été une première fois interrogé dans celte ville, le 29 frimaire, par la
(1) Ces prisonniers n'avaient été écroui^s que le 6 ventôse, ao Mans. — Un autre prisonnier, Jean Grenier, condamné par la Commission militaire d'Auxonne, échappé des prisons, l'croué-au Mans, le l«r floréal, pur la garde nationale dsSaviguô-l'Évéque, fut aussi mis à morl par justice \c^ florcal,
seconde Commission do Sablé. Le 23 nivôse. la Commission Proust avait sursis à prononcer sur sou sort jusqu'à plus ample information; il s'était ensuite évadé. 11 se disait ennemi des Brigands, et arrêté par eux, mais n'avait pu obtenir le certificat de civisme qu'il avait demandé à sa commune. Jean Peigné avait été également interrogé le 30 frimaire par les mêmes juges improvisés et condamné le 33 nivôse, par la Commission Proust, à rester en prison, jusqu'à ce qu*il en eût été référé au Représentant du peuple.
Le jeune Mathurin Veret, d'Ysernay, s'était présenté le iâ pluviôse au Comité révolutionnaire de Sablé. II avait, disait-il, quitté l'armée vendéenne à Emée, et, depuis la déroute, était resté & Saint- Ouen-en-Cham pagne. Il avait travaillé dans cette commune, exprimant l'intention de vivre en bon républicain. Son hôte lui avait enfin enjoint de se présenter aux autorités. Il déclarait qu'il y avait encore trois Vendéens dans la même commune. Conduit à la maison d'arrêt de Sablé, il fut bientôt, sur les pressantes injonctions du Comité révolutionnaire d'Angers dont je parlerai plus loin, transféré au Mans, avec les autres Vendéennes qui étaient restées en assez grand nombre aux environs de Sablé. Le Tribunal criminel prétendit qu'il déguisait la vérité, et comprit dans cette condamnation tardive ce jeune homme au sort duquel on porte instinctivement un intérêt particulier.
René Papin avait été forcé , prétendait-il, de conduire les malades vendéens dians sa charrette et avec ses bœufs, qui avaient été perdus dans la déroute. Nous trouverons à la Mission sa sœur, ftgée de seize ans, qui l'avait accompagné, pour le soigner, disait-elle, et avait fui devant la terreur que répandaient les incendies allumés par l'armée de Mayence.
Ce fut la fin des condamnations prononcées par le Tribunal criminel contre les prisonniers de la Vendre.
Deux volontaires, pris à tort pour Vendéens à Mamers, en sortant ie Thôpital, avaient été acquittés le 6 ÛoréaU Une dernière et cruelle condamnation à mort fut cependant encore prononcée le 9 prairial par le Tribunal , contre un de ses propres concitoyens , contre un habitant de la Sarthe, accusé d'être complice des Vendéens et d'avoir paru dans leurs rangs.
Cette dernière victime était Isaac-Julien Lorcet, notaire dans la commune de Saint-Marceau, ci-devant feudiste, âgé de quarante-six ans. Il appartenait à une nombreuse famille d'architectes, dessinateurs et peintres, dont le nom est bien connu des artistes, et dont les membres se trouvent alors dans les rangs les plus différents, dans lexlergé, et jusqu'au sein du Comité révolutionnaire du Mans.
Il fut dénoncé tardivement le 26 floréal, alors qu'il se croyait bien en sûreté, par le commis d'un négociant de La Flèche. Le dénonciateur déclarait que Lorcet, lors de son passage dans cette ville, avec les Brigands, s'éf ajt présenté ch ez son père, notaire comme lui et qu'il connaissait. 11 s'était dit préposé pour les subsistances de l'armée, lors de ses deux séjours à La Flèche. Arrêté en vertu d'un mandat du Comité de surveillance de Beaumont , Lorcet avait été renvoyé devant le Tribunal criminel, qui consacra deux jours à cette affaire, « la matière requérant le plus scrupuleux examen. » Le malheureux accusé fut reconnu par des témoins de La Flèche et de Laval ; les efforts de Drouard, notaire, son défenseur officieux, ne purent le sauver. Le Tribunal le déclara convaincu d'avoir librement et volontairement suivi les Brigands, depuis leur premier passage à Laval jusqu'à leur retour à La Flèche, d'avoir exercé
Temptoi de surveiller la cuisson et la distribution du pain, d'avoir été ainsi le partisan et l'instrument des révoltés ; et jugeant révolutionnairement, le condamna à la peine de mort, « ce qui sera exécuté daus les vingt- quatre heures sur la place publique de cette commune, à la diligence du Commissaire national prés le Tribunal du district, u A la différence des Vendéens fusillés, Lorcet périt donc sous le couleau de la guillotine. Le Tribunal, par ce jugement qui dut être imprimé à deux cents exemplaires, déclarait ses biens confisqués.
Ce fut la dernière condamnation révolutionnaire du Tribunal criminel, que la cruauté d'un dénonciateur avait obligé, pour ainsi dire, à faire dresser au Mans le funèbre instrument de mort, qui n'y fit heureusement que de rares apparitions, hélas ! bien trop nombreuses encore (1).
(1) Il venait d'être dressé deux mois avant, le S9 ventôse, poar faire tomber la tête dn lazariste Jean Guibaad, jagé révolotionnairement la veille fV. Perrin, 1. 1, p. 31; M. l'abbé Lochet, neme d'Anjou et du Maine, t. IV, 1858, p. 31 ;D. Piolin, t. Iir, p.'161 et 513, où se trouve le discoars d'un des juges, qde j'ai coumaDiqaé k l'aoteur de l'Eglise du Mans durant la Révolution). Ecroué a la giande naison de justice, après son jugement, le S8 ventôse, le condamné donna au concierge sa montre et son portefeuille. Un des juges requit le Comité révolutionnaire de faire venir le concierge. Mandé à l'instant* il représenta la montre, le portefeuille vide, et deux moucboirs. L'accusateur public présent requit que tout fût remis an greffier du Tribunal, sauf les deux mouchoirs qu'il permit an concierge de garder pour l'indemniser de ses dépenses {Registres du Comité^ S9 ventôse). Le S7 germinal, le Tribunal jugeant révolutionnairement condamna à la déportation la femme dévouée qui avait donné asile îi la victime, Louise Pavet de Ccurteille, religieuse d'abord h Monsort. plus tard aux Ursulines, âgée de trente*six ans. Victoire Pavy, aussi religieuse, et Françoise Denis, domestique, furent acquittées, comme ayant ignoré là qualité du prêtre. Jean Gnibaud avait
Un confrère de Lorcet, plus heureux que lui, Nezeau, notaire à Sceaux, accusé d*avoir aussi entretenu des liaisons avec les rebelles. lors de la prise de Laval, avait été une première fois acquitté sur ce chef le 9 floréal, et fut acquitté définitivement, le 13 messidor, sur le chef d'incivisme. Garnier de Saintes, le 7 frimaire, avait arrôlé qu'il serait jugé par la Commission militaire à laquelle il avait heureusement échappé, et Tavait ensuite renvoyé, le 7 messidor, devant le Tribunal criminel de laSarlhe. Ce fut la dernière fois que celle juridiction jugea révolution nairement. D*après le décret du 19 floréal, la connaissance de toutes les matières révolutionnaires revenait au Tribunal de Fouquier-Tinville ; aussi les
été dénoncé par une femme dont le frère, dit-on, avait exercé sa fureur d*nne manière sauvage contre les Vendéens- — L'abbé Rousseau, vicaire il Montbizot, dans les prisons depuis le 6 mai 1793, ne fut heureusement condamné qu'à la déportation le 3 tloréal, ainsi qu'Anaclet Jumeau, sous-diacre, originaire de Lamnay, arrêté le l^'aoùt, après avoir été dénoncé par des couvreurs, travaillant sur la maison da Daopbin, qui avaient nperçn, dans le grenier du citoyen Gaguot, un prêtre vêtu d'une aube et d'une chasuble, fenilletant on missel (jugement du 5 prairial). Parmi les autres justiciables da Tribnnal je citerai encore André Pommier, de Bonnétvble (36 ventôse), Jacques Médard, de Courcebœufs (39 germinal), Anne Liberge, femme Georget, de La Ferté-Bernard, Alexis Joubert, apprenti serrurier à Lucé, étudiant en tJiéologie (6 prairial), condamnés à la détention jusqu'à la paix, puis au bannissement, avec séquestre ou confli«cation de leurs biens. Le Tribunal accorda toutefois au dernier de ces condamnés: « une culotte noire, un pantalon d'espagnolette grise, aoe paire de bas de laine, un i)onnet, une paire de gants poil de lapin et deux mouchoirs blancs. > A côté de ces condamnations il y eut plusieurs acquittements, tels que, outre les jugements déjà cités,ceux de Mersant (3 pluviôse); Fay, 16 ventôse ; Charpentier, curé de Grandchamp, 36 pluviôse: Gabriel Pohu, sacriste de Sai ut-Céleri n , 7 prairial. — Extraits des registres du Tribunal criminel de la Sartlie.)
pièces concernant Richoux, de Gréez, accusé de délits contre-révolutionnaires et de dénonciations, furent-elles envoyées à Paris le 14 thermidor (1);'
Cestdonc en tout cent quarante-quatre condamnations à mort que le Tribunal criminel dii Mans a prononcées, du 18 nivôse au 9 prairial an II, contre les Vendéens et leurs adhérents. En y ajoutant les deux condamnations à mort de Tabbé Daugré à Sablé, le 22 septembre 1793, et de Tabbé Guibaud au Mans, le 28 ventôse, on a le total des condamnations capitales émanées de ce Tribunal. C*est peu quand on songe à celles que le Tribunal d'Alençon prononça dans le court espace de huit jours. C'est peu, surtout quand on considère les condamnations sans nombre qu'on rencontre dans la Mayenne, dans Maine-et-Loire, dans la Loire-Inférieure, à Rennes, dans tout rOuest en un mot. Et cependant, il n'y a pas lieu sur ce point à louer le Tribunal de son humanité . II vida les prisons de tous les Vendéens au dessus de seize ans ; s'il ne prononça pas plus de condamnations, c'est que le nombre immense des fusii-
(1) Richoax avait accusé faussement dMnteiligences avec les Brigands on cultivateur de Cormes, acquitté le 36 pluviôse, par le Tribunal jugeant révolutionnairement. ^ Dès le <8 prairial, les pièces d'André Tessier, prévenu d'avoir eu part aux troubles de la Vendée, étaient envoyéesau Tribunal révolutionnaire de Paris. II en fut de même de celles d'autres dôtenus prévenus de crimes contre-révolutionnaires. En messidor, plusieurs détenus célèbres de Nantes, allant au Tribunal révolotionnaire, Phelippcs de Tronjoly, Alexandre Dnmolard, Piedermant, séjournèrent dans les prisons do Mans.
le âl fructidor, on arrêtait encore Pierre Métaye, de quinze ans, prévenu d avoi ' fait partie de l'armée des Brigands, déjk interrogé et mis en liberté le S3 ventôse ; il fut conduit à La Flèche, le i*' pluviôse an 111. Le même jour, était arrêté Jean Lepelletier, prévenu d'avoir donné retraite aux Briginds: il fut Iransf/'ré il Paris.
142 LES VËJNDÉËIHS
lades arbitraires, dans tout le département, avait singulièrement abrégé et réduit sa tâche. Nous ne saurions trop le répéter, ce n'est pas ici, c*est à propos de sa conduite humaine et courageuse à regard des femmes vendéennes, que nous aurons l'occasion de reconnaître les nobles sentiments du Tribunal criminel du Mans, et nous ne man> querons pas de les proclamer.
Pour avoir le bilan complet de la justice révolutionnaire à regard des Vendéens dans la Sarthe, il faut joindre à ces condamnations :
Les douze prononcées contre sept femmes et cinq Vendéens par la première Commission militaire de Sablé, au Mans, le 17 frimaire;
Les onze prononcées par la Commission du Mans, le â4 frimaire;
Les trente-deux prononcées par la deuxième Commission de Sablé, les U frimaire et 12 nivôse;
Les douze prononcées à Sablé par la deuxième Commission militaire d'Angers, les 2i et 23 nivôse.
Ce qui forme un total de deux cent onze personnes condamnées à mort par suite de l'invasion des Vendéens (1). En y ajoutant les deux prêtres condamnés par le Tribunal criminel du Mans, puis l'abbé Bodereau qui monta également sur réchafaud, en vertu du jugement d'une Commission militaire spéciale, au Mans, le 8 mai 1793, et les onze condamnations capitales prononcées tant à Sablé qu'au Mans, du 30 vendémiaire au 28 brumaire, par la première Commission militaire de Sablé, à raison du soulèvement du district de Brûlon en septembre 1793, on a l'ensemble de toutes les condamnations à mort pronon-
tl) Il n'y en a en réalité que deux cent dix, puisque Julien Lefèvre fat condamné successivement à mort» par la Commission Proust et le Tribunal criminel de la Sartre,
cées dans la Sarthe à cette sanglante époque et qui ont fait immoler