‹ Les Vendéens dans la SartheChapitre 4 sur 49 · ICI REPOSE · texte numérisé non relu

ICI REPOSE

Jean-Claude LAUDREAU,

Ancien Jurisconsulte, juge au Tribunal civil du Mansj né à ternay en 1737, mort au Mans^ le 30 octobre 1 13. Distingué par ses tnlenSy il le fut encore plu^ par ses vertus; modèle de probité et de désintéressement, il vécut dans la médiocrité et mow^ut en cfirétien. Irréprochable au milieu de nos révolutions, il n'eut jamais un ennemi ; toujours respecté et chéri, il est regretté de tous ses concitoyens.

Au meilleur des pères, ses enfants inconsolables,

Domiuus solus dux ejus fuit.

% Cant. Moy* *

In memoria aeterna erit justus. Ps. Hi(2).

11) V. Le procès verbal de l'assemblée électorùle du département de la Sarthe, pendant la session du l" septembre ' 1791, iii-4o, Pivron, 1791, p. 94. Les élections législatives et départementales, faites alors, avaient presque toutes été modérées dans la Sarthe.

f-^} Cette épitaplie, qui a été imprimée à par^, se trottve aassi i

Les juges des districts qui furent appelés à faire partie du Tribunal criminel pendant le premier trimestre de 1794, et k qui échut de la sorte la pénible mission de condamner les Vendéens, étaient MM. Pierre Lavalettejuge à La Flèche, plus tard juge au Mans et enfm président du Tribunal crimi- Del en 1803; David Lemore, juge à Sablé, et JosephiDDOcent Launay, de Loué, juge à Sillé, qui mourut bientôt emporté par la contagion.

Le 17 nivôse (6 janvier 1794), ces trois magistrats représentaient au Tribunal les commissions qui leur avaient été données pour exercer les fonctions déjuges. L'après-midi de la même journée, tous les membres du Tribunal entraient à la Mission, mais on n'affrontait pas impunément un pareil séjour, qui était comme l'antichambre de la mort. Ils furent bientôt tous atteints successivement par la contagion. Seul le greffier Laudreau put résister aux atteintes du fléau, c(; qui lui permit, dans son infatigable dévouement, de ne pas cesser un seul instant de veiller sur les joîts des prisonnières.

Dès le 19, le président Ysambart était forcé d'abandonner le Tribunal. II était remplacé par l'un des juges du district du Mans,R.Guédon-DulJOurg, suivant les dispositions de l'arrêté de Garnier de Saintes. Les prisonniers n'eurent pas à s'applaudir de ce changement. Le nouveau juge, qui fut môme président pendant un moment, était un fervent adepte du parti révolutionnaire. Agé d'environ Irente-trois ans, natif d'Ambriôres, dans 1 \ Mayenne, notaire à Parigné-le-Pôlin, il avait débuté par être commandant de la garde nationale et maire de sa commune, combattant les prêtres et les ci-devant, comme il le dit lui-même dans une lettre du 4 prairial an II, où il établit ses états de services.

reprodaitc dans M. Eltoc-Demazy, E^sai fur les sépullnres du Mans, p, 8?.

90 LES VE.NDÉfiISS

Son zèle Tavail emporté trop loin, même d*après le jugement de son parti , dans raecomplissement d'une mission à Mézeray, le 59 mai 1793, jour de la Pentecôte (1). Accompagné d*un autre commissaire du déparlement, son collègue, et d'un gendarme, il avait enlevé et mis en croupe deux sœurs grises, qui priaient Dieu dans la chapelle située dans la lande de la Brosse. L'attroupement, qui s'en était suivi, avait été réprimé avec une violence inouïe, pour venger les coups reçus par Guédon dans la mêlée. Cette aventure n'avtit fait qu'exciter encore sa haine « contre le fanatisme des prêtres. »

Voici une de ses lettres adressées \k la Société républicaine du Mans avec la nicntion recommandée :

« Laigné-en-Belin, ce 23 septembre 1793, * Tan 11® de la République.

« Citoyens, frères et amis, les sans-culottes du Mans:

« Je ne puis vous dire (]u'un mot sur le résultat des opérations que vous m'avez confiées. Noire conquête a commencé par la découverte d'un buttin de l'ancien vicaire de Laigné, lequel buttin

étoii dans la chambre d'un aristocrate. Je

l'estime à plus de trois mille livres, je l'envoyé au département avec une jument que j'ai trouvée chez un fuyard; je ne puis vous en dire davantage et je pars pour cerner les bois où les attroupés doivent être. S'ils y sont véritablement , je les dénicherai morts ou vifs, fusscnts-ils métamor- [)hosés en blereaux ou renards. Comptez sur mon zèle et soyez persuadés, citoyens et amis, qu'en deffendant vos intérêls, je remplis les sentimens

(I) V, le Courrier patriote, u"' -il, du yo niai lT9:î,

DAISS LA SARTHE. 91

de mon cœur. Une lettre que j*écris au département vous en dira davantage. Communiquez-la à la Société.

« Salut et amitié étemelle, « GuÉDON, commissaire.

« J'oubliois à vous dire qu'une aristocrate vient de mettre au monde un enfant. On n'étoit pas disposé à le porter à Téglise, mais je me suis permis du le faire porter, après que l'ofticior public a eu consialé son état civil. J'ai invité le commandant de noire gendarmerie à être le parrain et la cérémonie va se faire pendant que je vais charger les ^oulnines et les culottes du calotin. Adieu (1). »

Appelé du tribunal du district à siéger au Tribunal criminel, ce fut lui qui, comme président, prononça, quelques iustauts avant la condamnation de l'abbé Goubaud, le 28 ventôse an II, le curieux discours que j*ai communiquée l'auteur de Tliistoire de l^Égîise du Mans durant la Révolution [^).lie\(inu nalurcllenient un des adhérents du parti baziniste, l'exaltation qu'il déploya, le 7 girminal, contre Garoicr de Saintes, lors de Tarrestation de ses amis, le fil aussi envoyer par le proconsul devant le tribunal révolutionnaire de Fouquier-Tinville. Il lut le bonheur de sauver sa têle et d'ôlre acquitté ; retenu néanmoins en captivité, il connut toutes les misères des prisons d'alors. Une lettre écrite par lui au citoyen Rolland, marchand, au bourg de Parigué-le-Pôlin, « Paris, le 4 prairial, de rhospice.

(1; Lettre autographe aux Archives municipales du Mans.

{'l Y. Dom Piolln, l. llï, p. 513. Cette pièce, qui n'est pas me des moins carieuses ijoe j'aie dérouvertes pour servir k riiistoire de la justice révolutionnaire, fait partie, aux Archives B-ilionales, des cartons du Tribunal révolutionnaire,

maison ci-devant de l'évôché, » révèle la part des souffrances qu'il avait à son tonr à supporter : « Je suis dans la dernière misère ,.*• retenu dans un lit par une maladie cruelle, réduit à n'avoir que du pain et de Teau; oh! que j'ai enduré de maux depuis que je vous ai vus !... Mon état est à faire trembler. Si votre femme me voyait, elle aurait pitié de moi (1). » L'ère nouvelle inaugurée par le 9 thermidor , vint enfin le mettre en liberté, ainsi que ses compagnons de captivité.

Tel était le juge appelé, le 19 nivôse, à combler le vide laissé dans le Tribunal criminel par l'absence du président. La maladie d'Ysambart eut heureusement des intermittences. Il revint siéger au milieu de pluviôse, mais la tâche était au-dessus de ses forces; il fut forcé de quitter le siège le 26, et ne revint que le l*"^ germinal. Le 9, il était de nouveau « forcé de discontinuer, attendu la faiblesse, suite de la maladie qu'il venait d'éprouver. » 11 resta longtemps encore souflrant, et obligé de commettre un autre juge à sa place, pour présider à l'interrogatoire des Vendéennes, jusqu'à son complet retour à la santé.

Moins heureux fut son collègue Launay. Dès le 3 pluviôse, la maladie Tempôchait de prendre part aux jugements, qu'il avait cessé de signer depuis le 51 nivôse, et la mort ne tardait pas à l'emporter, comme elle enlevait un huissier du môme tribunal, Julien Le Blay, tombé, ainsi que lui, victime de la contagion. Lavaletle, qui remplissait les fonctions de président depuis l'absence d'Ysambart, fui lui-môme atteint par le fléau, le 13 pluviôse, et ne remonta plus sur son siège. Lemore ressentit aussi de bonne heure les premières , atteintes du mal ; après avoir lutté quelque temps, il était enfin remplacé par un nouveau venu,

(l> Archives nationales, ut supr^-

I»A>S LA SAHTHE. 9H

au milieu de ventôse, et retournait à Sablé, où le Mi 33 ventôse, la municipalité lui accordait le certificat de civisme nécessaire pour obtenir une des jeunes captives du Mans qu'il réclamait.

De la sorte tous les juges qui étaient de service pour le premier trimestre de 1794, furent empêchés de siéger, par' suite de mort ou de maladie, et le Tribunal se trouva un instant composé de membres entièrement nouveaux. L'accusateur public tomba lui-même malade dans la seconde semaine de pluviôse, et fut un moment remplacé par Bordier, juge au district du Mans. D'abord avocat à Bonnélable, membre du bureau de ce district en 1787, a. Jacques Bordier avait écrit quelques articles dans le journal de Phîlippeaux, son collègue au Tribunal, dont il partageait les opinions. Après avoir rempli longtemps encore les fonctions de juge au Mans, il fut nommé conseiller à la Cour d'Angers, oui! mourut le 10 juillet 1815(1).

Pour combler les vides, on prit d'abord des membres du Tribunal du district du Mans, outre Gui'don et Bordier, MM. Faribault-Dubourg et Nenard. Puis on eut recours à des juges d'autres districts. MM. Jean-Baptiste Hamon,juge de La Flèche, Mathurin Troussard, de Sablé, et Nicolas- Jean Roger, de Sillé, remplacèrent Lavalettc, Lomore et Launay, et siégèrent jusqu'au 1«' geriiiinal. Alors commença un nouveau trimestre, beaucoup plus calme heureusement. Thomas- Denis Verdier, de LaFerté, Coupvenl, de Mamers , Péan François, de Fresnay, qui fut délégué par Ysambart, au commencement du mois, pour interroger les Vendéennes, furent les magistrats des

(1} M. Bordier fut aussi membre de la commission bibliognphiqae da Mans. Outre ses articles de journal, on a de lui Ckanxon républicaine, an II, Hymne à i'arithmétique. il demeurait alors place de la Tempérance.

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districts voisins appelés à siéger au Mans. Le 12 germinal, Garnier de Saintes autorisa de nouveau le Tribunal criminel à se faire assister par les juges du district du Mans ; aussi plusieurs d'entre eux, entre autres Michel Hiet, dit Lebrun, créature du proconsul, qui avait remplacé Guédon-Dubourg, vinrent-ils prendre part à l'exercice 'de '-ette juridiction, que les lois révolutionnaires du temps rendaient si pénible pour ceux mêmes qui avaient mission de l'exercer.

On voit ainsi comment des magistrats, purement civils, ont pu à l'improviste se trouver chargés d'appliquer les lois sanglantes du temps, dont les articles n'étaient guère que la mort. Ils étaient forcés d'obéir à ces énormités de la loi, dont ils devenaient esclaves, en prenant place sur leurs sièges déjuges. Aussi comprend-on pourquoi d'anciens jurisconsultes se sont bien gardés d'accepter alors des fonctions judiciaires, qui pouvaient les réduire à devenir les égaux de la hache du bourreau.

Hélas ! ce reftis pouvait rendre suspect, et plonger le téméraire dans les cachots ! Mais il se trouvait encore des gens qui aimaient mieux être guillotinés que guillotineurs, pour parler comme une des plus fameuses victimes du Comité de Salut public.

Un ancien collègue de Menard de la Groye au présidial du Mans, son compagnon d'exil, M. Paul- François Poisson du Breil, « magistrat intègre et fort instruit, » dit Négrier de La Crochardière, eut le courage de s'exposer à ce danger. Désigné par ses connaissances juridiques pour siéger au Tribunal du district du Mans, il refusa et fit partie de la grande fournée de suspects, qui furent incarcérés au commencement d'octobre 1793.

yieu\ et malade de la goutte, il n'ol)liBt que le â germinal, du Comité révolutionnaire, l'autorisation

momentanée d'être Iransporlë à Thôpital. Sa femme, heureusement, veillait sur ses jours. Une dotnande en liberté, écrite d'une imiin émue, et accompagnée d'un certificat de civisme de la municipalité de Marolles-Ies-Braux, fut adressée k Gamier de Saintes et renvoyée par lui au Comité de surveillance révolutionnaire, qui rendit la décision suivante :

« Vu la pétition ci-dessus, le Comité atteste qu'il n'est parvenu aucune dénonciation contre le citoyen Poisson; qu'à la vérité il a refusé une place au Tribunal, donnant pour excuse ses grandes infirmités (1).

«Fait en Comité, le 6 floréal, Tan II de la République française une et indivisible. »

(Suivent les signatures.)

Sur cet avis favorable, le proconsul donna la liberté à l'ancien conseiller au i^résidial, ou plutôt il la lui fit acheter et payer à beaux deniers comptants. Car l'arrêté de mise en liberté , scellé du cachet de cire rouge du représentant, est accompagné d'un bordereau intitulé : offrande volontaire^ constatant la réception par le receveur du district de 3,000 livres en assignats, offertes par le citoyen Poisson du Breil en don volontaire^ sur rinvith- 'Jon de Car nier de Saintes, dans le mois de floréal de l'an I!.

Après tout, ce n'était pas payer trop cher le '

(1) < Le seul reproche qui luy est fait, dit la pétition de ^ femme (uée de Canx), est son refus de la place de juge aa tribunal de ce district ; mais il est de fait constiint que ^3s infirmités habitaelles, et qui sont- telles que personne an ^ans n'est plas inlirme que iuy, en luy renxlnnt Texercice •Recette place impossible, ont nécessité son refus, le seul qu'il 3it jamais fait >

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plaisir d'échapper aux geôliers, de revenir embrasser sa famille et de respirer, après les senteurs de la prison, l'air si doux de la liberté, sous les charmilles de La Touche, dans les vertes campagnes de Marolles-les-Braux (1).

On me pardonnera, je l'espère, de m'ôlre arraché un instant, moi aussi, à l'air étouffant de la prison des Vendéens, pour raconter l'hisloire du tribunal à qui échut la pénible mission de les condamner. Il fallait bien aussi que je montrasse que la loi seule, et non ces magistrats, était responsable de tout ce sang versé. La suite du récit fera voir que si, vis-à-vis des Vendéens, vis-à-vis des hommes, des combattants jeunes et vieux, chefs ou obscurs soldats, le Tribunal fut l'instrument des implacables vengeances de la loi, il sut, à l'égard de leurs femmes et de leurs enfants, s'honorer par sa courageuse humanité, et s'abstenir de verser ce sang innocent, ce que malheureusement ne surent pas faire les juges d'Alençon, de Nantes, de la Mayenne et de Maine-et-Loire.

Le 17 nivôse, en vertu de la commission qui lui était imposée par Garnier de Saintes, le Tribunal criminel du Mans se mettait en mesure de juger révolutionnairement les prisonniers faits sur l'armée des brigands, œuvre à laquelle il lui était désormais impossible de se dérober plus longtemps.

De peur d'étendre davantage sur la ville l'épidémie, qui faisait déjà de grands ravages, il installa courageusement le lieu de ses séances au

(1) Les pièces originales de ce curieux épisode, que j< publierai peut-être aiii<ïursplus longaement, font encore partie, bien loin du Mans, des archives de faïuille des héritiers de M. Poisson duBreil. A Marolies, il ne reste plus rien ni du château qu'il avait bâti, ni des charmilles, ni du bois qui l'entouraient.

DANS LA SARTME. 97

foyer même de la contagion, dans la prison de la Mission :

a Attendu que le local du palais est trop concentré et qu*il y aurait lieu de craindre que les différentes maladies, dont sont attaqués les brigands, coosii tués prisonniers en différentes maisons nationales de celte cité, et les miasmes contagieux qu'Us exhalent^ n'occasionnassent quelques maladies pestilentielles ou au moins épidémiques dans l'intérieiir de cette ville, lesquelles en se propageant pourraient avoir les suites les plus funestes, le Tribunal arrête que les autorités constituées, ayant la police des différentes prisons, seront requises, à la diligence de Taccusateur public, de faire transférer les détenus à Theûre présente desdites maisons en celle dite de la Mission, comme lieu le plus aéré«t le plus commode pour ropération dont il s'agit, où il sera cboisi un appartement pour la tenue des séances et pris toutes les précautions convenables pour enlretenir la salubrité de Tair. »

Le môme jour 17 nivôse (6 janvier 1794), le Tribunal se rendit à la Mission et fixa le lieu de ses séances dans Tancienne bibliothèque, où les détenus durent être amenés. 11 passa le reste de la journée, jusqu'à cinq heures du soir, à interro- ;'er séparément douze accusés, ce qui indique qu'il ne s'acquittait pas légèrement de sa pénible lâche, el qu'il sut s'abstenir des procédés sommaires des Commissions militaires. Le lendemain 18, la séance fut reprise à neuf heures du matin, et il fut procédé publiquement à Tinterrogaloire de dix-huit autres Vendéens, « desquels interrogatoires, ainsi que des réponses de chaque individu, notes ont été tenues par le greffier sur un cahier particulier. » Qu'est devenu ce curieux cahier ? Je ne saurais le dire. A la différence de l'inlerrogatoire des Vendéennes, je n'ai pas été

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assez heureux pour le découvrir, chose peu surprenanle, en l'absence de tout classement dos anciennes archivés provenant du Tribunal criminel et des autres juridictions du Mans. Celte pièce pourrait donc se retrouver un jour ou l'autre, et fournir i\es renseignements inédits sur les condamnés (1).

Le Tribunal fit suivre ces interrogatoires d'un procès-verbal de déclaration de huit témoins, dressé par les juges de paix du Mans, les 15 et 16 nivôse ; puis tous les accusés furent amenés à la barre sous l'escorle de volontaires et de gardes nationaux. L'accusateur public, « après avoir peint toute la noirceur et l'atrocité des crimes commis par les rebelles dits de la Vendée, dans les différents lieux qu'ils ont infectés, et les maux incalculables qui sont résultés,» requit l'application de la loi. Lecture faite dos décrets de la Convention nationale des 4 décembre 1792, 19 mars et 9 avril 1793, le Tribunal condamna à la peine de mort vingt-huit accusés. Deux seulement avaient été exemptés de la cruelle sentence édictée par les lois du temps. L'un, qui n'avait que quinze ans et demi , fut maintenu en arrestation ; on sursit à prononcer sur le sort du second, René Gournet, qui n'avait jamais fait partie, disait-il, de Tarmée des brigands, et avait été arrêté à Loué le 27 décembre, c'est-à-dire quinze jours après la déroute, en se rendant, d'après ses dires, de Gouptrain à Graon.

Les vingt-huit condamnés étaient :

Toussainls Patarin, âgé d'environ dix-sept ans, de Soulaine, près les Ponts-de-Cé ;

(1) On verra plus loiii les réponses de dtux prisonniers vendéens, condamnés au Mans, Blanvillain et Gadache, qui avaient été préalablement interrogés à Mamers, le S4 frimaire, par les,admittistratears du district,

André Rabin, dix-sept ans passés, du Loroux-Bot-

tereau ;

Julien LerooDnier,prélre insermenté, de la commune du Ménil ;

François Chauveau, Irente-qualre ans, du May, près Cholel;

Jean Goubeau, âgé de vingt-sept ans, originaire el ci- devant chapelain de la paroisse de Gorzé, près Angers, rétracté;

Pierre Roturier, vingt-trois ans, de la paroisse de Saint-Christophe, près Cholel ;

Toussaints Lelièvre, vingt-quatre ans, de la paroisse de Soucelles, dislricl de Châteauneuf ;

Jean Legagneux, vingt ans, de la paroisse de Coulures, près Saumur;

Christophe Joyau, trente ans, de Montaigu, près Xanles;

Jean Chesnais, trente-trois ans, de la paroisse de Basse-Goulaine, près Nantes ;

Joseph Feroin, vingt-lrois ans, de la paroisse de Somloire, près Vihiers ;

François Gautrais, vingt ans, de la paroisse d'Aigrcfeuille, près Nanlos ;

Pierre Moineau, dix-huit ans, journalier à Vihiers, originaire de Vertou, près Nantes ;

Louis Naudet, vingt ans, d* Angles, en Bas-Poitou;

René Menard, vingt-cim] ans, domestique, à Sainl-Laud-lez-Angers ;

Pierre Rouge [aliàs Rogue), vingt deux ans, à Tiercé, près Angeçs ;

Pierre Leroycr, dix-sept. ans el trois mois, cordonnier, au Lion-d'Angers ;

François Gautier, âgé de vingt-qualre ans» laboureur, à Denée, près Angers ;

Pîerre Mangin, vingt-deux ans, de Saint-Jeande-la- Croix, près Angers;

Uu^s Pineau, tisserand, trente-sept ans, à Saint- Mclaine, près lt»s Ponls-de-Cé;

Jacques Dodet, trente et un ans , journalier, à Saint-Pierre-de-Chemillé ;

François Poirier, trente-deux ans, tisserand, à Saint-Aubin-des-Ormeaux ;

René Durand, quarante ans, maître d'école, à Sain t-André-de-ia-M arche, près Choiet;

Louis Blanviliain, vingt-six ans, cordonnier, à Joué, près Martigné;

Jean Bois, trente-deux ans, garçon meunier, à Chenille, prè<s Château-Gontier ;

Julien Paquereau, trente-quatre ans, laboureur, au Loroux-Boltereau ;

François Dupont, vingt ans, journalier, à Soucelles;

Pierre Guibon, dixrhuit ans, garçon laboureur, à Soucelles(l).

Le Tribunal déclarait qu'il était constant qu'ils faisaient pactie de Tarmée des Brigands de la Vendée ; que vingt-quatre y étaient en qualité de fusiliers et piquiers; que Blanviliain était en outre, de son propre aveu, déserteur de Tarmée de Sanlerre et de Menou ; qu'ils étaient convaincus d'avoir crié Vive le Roi , d'être les auteurs ou complices, fauteurs, adhérents ou participes du rétablissement de la royauté , de l'abat de l'arbre de la liberté, des assassinats ^ vols , pillages et autres crimes commis les 20, 21 et 22 frimaire, dans la cité du Mans et aux environs.

Il ordonnait, en conséquence, qu'ils seraient fusillés dans les vingt-quaUe heures, sans recours à la voie de cassation, déclarait leurs biens acquis à TÉtat et confisqués, sous la réserve portée par l'article 7 de la loi du 19 mars en faveur des parents

(1) Cette liste a été publiée dans les Affiches du Mans, do 7 plaviôsc, à part les noms de Rotrae et de Lcroyer , Yoy. aussi les martyrs du Maine, l. II, p. 381.

DAINS LA SARTHE. If'l

des condamnés, et de Tindemnitè due aux habi* tants pillés.

Le jugement devait être imprimé au nombre de cent cinquante exemplaires et affiché.

A part les deux prêtres Julien Lemonnier et Jean Goubeau, la plupart des autres condamnés étaient des personnages obscurs, laboureurs, tisserands, journaliers, bêcheurs, ainsi que les qualifie le Tribunal. Julien Lemonnier avait été écroué à ia prison de l'ancien Palais, le l^^' nivôse seulement. D'après la déposition d'un des Vendéens interrogés à Mamers, il aurait été aumônier de d'Autlchamp(i).

Julien Paquereau, laboureur, au Loroux-Bottereau, près Nantes, appartenait à une famille qui compta bien des victimes. Tr^is autres Vendéens du môme nom, Joseph, Laurent et Pierre, furent bientôt condamnés par le même Tribunal. Un jeune garçon de douze ans, Etienne, du Fief-Sauvin, près SaiDl-Florent, resté orphelin au Mans, à Sainte- Croix, déclara que son père Jean Paquereau, fermier, avait été fusillé à Maigné et que sa mère était morte de maladie à Dol. Rose Paquereau, âgée de quatorze ans, qui avait eu le même sort, dit son père Jean Paquereau, laboureur au Loroux -Bottereau, mort à Sablé, et sa mère à Ancenis. La vue des incendies allumés, à un quart de lieue de leur village, leur avait, suivant elle, fait prendre la fuite. Ces deux enfants furent réclamés par des cultivateurs de Saint-Gervais-en-Belin et de Ch&-

(1) Toos ceux qui ont parlé de ce prêtre angevin de la commone du Ménil, semblent l'avoir confondu avec son compagnon de mort Jean Goubeau, de la paroisse de Gorié, qui est resté jusqu'à ce jour inaperçn.Voy. Perrin, 1. 1, p. 805 ; Dom Piolio, t. Il, p. 49S; Mariyrotoge du cierge français pendant ta RévoMion^ p. 3ô0 ; Dom Chamard, les Vies des taints personnages de l'Anjou^ t. III, p. 630.

leau-rErmilage. Etienne mourut en ce dernier lieu, le 7 fructidor.

A la Mission ou à Sainte-Croix restèrent aussi plus d'un membre de la famille des autres condamnés, Marguerite Patarin, Jeanne Babin, Jean Durand, etc. Jean, qui n'avait que treize ans, était le fils d'un d'entre eux. Son père, René Durand, à la fois maître d'école et sabotier, voyant le feu mis aux maisons de son voisinage, était parti, avec sa femme et ses trois enfants. Deux se perdirent à la déroute du Mans. Jean avait été*^ déposé à Sainte-Croix avec sa mère, Renée Baronne, qui y mourut de maladie (1).

Le jugement fut immédiatement exécuté. Il requérait les officiers de la force publique de fournir un nombre d'homme» convenable pour l'exécution et pour prêter main-forte à la loi. La fusillade, moyen expéditif et économique, donna du repos à Texécuteur des hautes-œuvres, Jouanne, et à ses deux aides, qui avaient fonctionné avant l'entrée des Vendéens (2).

Le lieu du supplice venait d'être préalablennent désigné. Afin d'éloigner de la ville le danger résultant de l'amas des cadavres des condamnés, la commune du Mans avait demandé que leur immolation eût lieu dans la campagne.

Quatre commissaires de la commune avaient sollicité verbalement du directoire du district l'autorisation « de faire enterrer les rebelles de l'armée ci-devant royale cîitholique, faits prisonniers, et actuellement détenus dans les différentes maisons d'arrêt de la Mission, Sainte-Croix et autres lieux, aussitôt après qu'ils auraient été mis à mort d'a-

II) Kxtraits de Tinterrogatoire de l'enfant, da 5 bruaiaire an m. Voir plus bas ce qui a trait à Blanvillain.

(*i) En 179^, l'exécuteur recevait, au Maas> deux mille livres par an, et ses frais de transport.

près les jugemenU du Tribunal criminel du département de la Sarthe, soit dans ki prairie de la Mission, soit dans un terrain près de la Sapinière du citoyen Cailleau le jeune, où étaient ci-devant les fourches patibulaires, au moyen de ce que la majeure partie desdits rebelles est attaquée de maladies pcrtiuentielles. "Ce fut ce dernier lieu qui fui choisi. Le 17 nivôse (6 janvier 1794), le directoire du district autorisait la municipalité à faire enterrer les condamnés aussitôt jugés et mis 'a mort, à Pontlieue, près ladite Sapinière. C'est là qu'ils furent fusillés, sur le bord de leurs fosses (1). Les fourches patibulaires étaient plîicées h sejit cents mètres du pont, à l'entrée d'une lande située à droite de la route de Lucé, à gauche du chemin deRuaudin (2). Les extractions de sable qui ont eu lieu à cet endroit ont mis plus d'une fois à jour les ossements des victimes vendéennes. Si aucun reste de vêtements n'a été retrouvé parmi eux, c'est que les corps étaient complètement dépouillés avant d'être confiés à la terre, ainsi que l'indiquent d'ailleurs tous les documents contemporains.

Le lendemain de la première condamnation, le 19, de huit heures du matin à quatre heures du soir, le Tribunal continua l'instruction contrôles prisonniers. Le président, ressentant déjà les atteintes de la contagion, fut forcé de se faire remplacer. Les vinjît prisonniers interrogés furent tous condamnés à mort ; trois ou quatre d'entre eux prétendaient avoir été contraints de faire partie de l'année des rebelles , ou ne pas avoir porté d'armes, mais seulement des bâtons. Le jugement constate qu'ils étaient restés librement parmi les

(1) V. Reoouard, t. II p. 966.

(9) Pescbe, Dictionnaire de la Sarlhe, t. IV, p. 494.

104 LES VE^iDÉliNS

fi rigands, et que ce n'était que faute d'occasion qu'ils n'avaient »pas été armés.

Voici les noms de ces victimes:

Edouard Rosier, vingt-cinq ans, sans profession, se disant originaire de Fisme-en-Champagne ;

Charles-Luc Renault, dix-neuf ans, étudiant, natif de Paris;

François Martin, vingt-un ans, natif de Rennes, employé dans les bureaux de la commune de Paris,!);

Pierre Cahet, vingt-sept ans, jardinier, de Nantes ;

Jean Moriceau, trente-huit ans, de la commuac de Saint-André, près Cholet;

René Châtellier, trente-huit ans, tisserand, de la commune de Saint-André, district de Cholet ;

Nicolas Rousseau, dix-sept ans, journalier, de la commune de Saint-Julien-de-Concelles, district de Clisson ;

André Oudet, dix-sept ans, garçon laboureur, de la commune de Mozé, district d'Angers;

Pierre Vincent, dix-huit ans, garçon laboureur, de la commune de Bouzillé, district de Saint- Florent ;

François Drouel, vingt-huit ans, originaire de la paroisse des Genettcs;

Etienne Ruffm, vingt-quatre ans, garçon laboureur, de la commune de Saint-Cyr (Mayenne); .

René Sautereau, vingt-sept ans, journalier, de Soucelles ;

René Jolivet, trente ans, domestique à Soucelles;

Antoine fiordet, vingt-quatre ans, tisserand, de Trémentine, district de Cholet ;

(l)Ce8 trois Vendéens, arrêtés ii Boimétablc« le 37 frimaire, étaient d'une autre condition que les autres condamnés. Voy. t. Il, p. 239.

Louis Drapeau, vingt-huit ans, domestique, de Fougeray ;

Pierre Denescheau, trente-deux ans, palefrenier à Montigné, près Angers ;

Jean Poisson, vingt-neuf ans, à Vauch rétiens, district de Vihiers ;

Louis Foucher, dix-neuf ans, vigneron à GharcA, district de Vihiers ;

Pierre Leroy, dix-neuf ans, vigneron à Charcé ;

Pierre Meslé, dix-sept ans,filassier, du Loroux- Béconnais, district d'Angers (i).

Le 20, il y eut vingt-cinq comparutions d'accusés, cl vingt-cinq condamnations à mort. Le jugement constate à la c)iarge de Lécluze, employé a la régie, salarié par la nation, qu'il n'a pu quitter son |H)ste pour entrer parmi les rebelles « qu'à Tétat de contre-révolutionnaire outré et dans la coupable intention d'employer ses talents ^ faire des prosélytes. »

Voici quelle était cette troisième fournée de condamnés :

Pierre Lumeau, vingt-deux ans, menuisier, de Sainl-Maurice-des-Noues, près Fontenay-le-Peuple ;

René Âllard, vingt-huit ans, métayer, de Loire [Maine-et-Loire) ;

Esprit Trureau, trente-un ans, voiturier, de Trémentine ;

Mathurin Legendre, dix-sept ans, laboureur au Lion-d'Angers ;

François-Marie-Laurent Lécluze, vingt-six ans, employé dans la régie nationale à Brest, natif de Quimper ;

(I) Y. les ÀfUches du Mans, du 15 plaviôse, qui ont ODbtié René ChAtellier , et cité deux fois Louis Foucher.

Les noms des communes sont pour la plupart défigurés et «lifQrilcs k rétablir.

i06 LES VENDÉENS

Charles Bouju, (rente ans, charron à Mazîères, district de Cholet;

Pierre Brunet, vingt et un ans, tisserand, de Coron, district de Vihiers ;

François Focqueray, trente trois ans, frotteur, de Saint-Léger, district de Dourdan, demeurant à Versailles;

Joseph Paquereau, vingt ans, du Loroux-Boltcreau;

Laurent Paquereau, trente-cinq ans, fermier, du Loroux-Bottereau;

Jean Bourbon, vingt-six ans, jardinier, de Saint- Michel, district de Château-Gonticr ;

Pierre Beaumain, dix-huit ans, métayer, de Joué, district de Vihiers;

Jean-Thomas Chereau, vingt-huit ans, journalier, de Bourgneuf-la-Forêl, district de Laval ;

François Mercier, cinquante-deux ans, laboureur, de Saint-Laurent-du-Mottay, district de Saint- Florent;

Jacques Rezeau, vingt-huit ans, garçon laboureur, du Breuil-Baret, district de La Châtaigneraye ;

Etienne Goupil, vingt -six ans, d'Andouillé (Mayenne) ;

Jean Martin, vingt- trois ans, domestique à Denée, district d'Angers ;

Pierre Chemineau, vingt-six ans, garçon laboureur à Mazières, district de Cholet ;

Pierre Paquereau , quarante ans , fermier au Loroux-Bottereau ;

Julien Naudol, vingt-six ans, bêcheur, du Loroux- Bottereau ;

René Chauveau, trente-un ans, bêcheur, de Coutures, district d'Angers ;

Pierre Pinard, trente-trois ans, laboureur à Saint-Laud-lez-Angers ;

François Buttereau, quarante-huit ans, domestique, de Saint-Paul, proche les Herbiers ;

DANS LA SARTRE. 107

François Benoît, trente-cinq ans, boulanger, liii

Mesnil, district de Saint-Florent (1).

Le jugement du 31 nivôse prononça la plus large condamnation. Elle comprenait vingt-neuf Vendéens :

Jean Trouvé, cinquante-neuf ans, fermier à Faye, district d'Angers ;

Pierre Berthelot, dix-neuf ans, garçon laboureur, natif de Cerizais et demeurant commune de Saint-Hilaire-des-ChauverolIes (Maine-et-Loire) ;

René Drapeau, vingt-cinq ans, garçon laboureur à Thorigné, district de La Roche ;

Jacques Duçhàteau, vingt-six ans, garçon ronlier au LoDgeron, district deCholet ;

Julien Esnault, soixante ans, fermier à Saint- Laurentrde-la- Plaine, district d'Angers ;

Pierre Ossilleau, quarante-cinq ans, laboureur à La Pommeraie-sur- Loire;

François Audouin, vingt-sept ans, journalier à Saint-Florent-le-Vieil;

Pierre Hurseau, dix-buit ans, garçon laboureur àSaint-Laud, près Angers;

Michel Morière, vingt-deux ans, garçon laboureur, à Saint-Augustin, près Angers;

Maihurin Turiot, quarante ans, marchand à Mortagnc, près Cholet ;

Pierre Hérault, trenle-deux ans, fermier à Saint- Hilaire, district de Mortagne;

René Blu, vingt-trois ans, tailleur de pierres à Bouère, district de Château-Gontier;

Jean Coutau, cinquante-neuf ans. fermier à la Verrie, district de Montaigu ;

Jacques Le Mineau, trente ans, fermier à la Verrie;

(Ij V. Àfficheit du Mam, du 9^ pluviôse.

108 LES VENDÉFNS

Julien Gohau, vingt-deux ans, fermier au Loroux- Boltereau ;

René Cocu, vingt- sept ans, laboureur à Saini- Silvain, près Angers;

Jean Pineau, quarante-cinq ans, journalier au Loroux-Bollereau ,•

Charles Auger, trente ans, bordier aux Herbiers, dislriet de Monlaigu;

Jean Ripoche, dix-liuil ans, journalier à la Verrie;

Pierre Bodet, vingl-neuf ans, domestique au Mesnil, district de Cbâteau-Gontier;

Louis Chauvière, trente-quatre ans, fermier à Chalonnes, district d'Angers;

Toussaint Cocu, vingt-trois ans, garçon laboureur à SainlSilvain ;

Pierre Gareau, serger, cinquante ans, à Saint- Laurent-du-Mottay, district de Saint- Florent;

Simon Menard, seize ans passés, journalier à Sainte-Gemmes ;

François Châtelain, vingt-deux ans, à Parné, district de Laval ;

Jacques Héry, vingt-quatre ans, garçon laboureur, de Saint-Silvain;

Mercier, vingt-un ans, garçon laboureur, de Saint- Laurent-du-Motlay, fils d'un des condamnés de la veille;

Jean Veau, trente-neuf ans, bordager à Saint- Laurent;

Jacques Girard, vingt-cinq ans, tisserand à la Tardière, district de La Châiaigneraye.

Trois autres accusés étaient également comparus : Pierre Gaboriau, de quinze ans, de la Gaubretière, près les Herbiers , Jean Guiton,de quinze ans passés, de la Verrie, que leur âge fil simplement maintenir en arrestation, et Pierre Lhommeau, de vingt-deux ans, journalier de Flacé, district du Mans. H fut sursis jusqu'à plus ample renseignement à l'égard de ce dernier, qui prétendait n'a-

DANS U SARTHË. 109

voir pas fait partie des rebelles el avoir été arrêté a La Suze^ca allant voir une personne de sa connaissance. Quant aux autres accusés, fusiliers, piqulers, conducteurs des blessés ou des bœufs, armés simplement de butons, ils étaient convaincus d éire entrés librement dans l'armée, sans y être coalraints, et condamnés à être fusillés « jusqu'à ce que mort s'ensuive. »

Le ^ nivôse, il n'y eut que les treize condam • nations suivantes :

René Bagonneau, seize ans, bêcheur, natif de Saint-Julien-de-Concelles, près Nantes;

Jean Busson, vingt-deux ans , de La Boisbonuorie, près Luçon;

Jean et René Papoyant, laboureurs, viogt-cinq ans, de la commune des Essarts ;

Jean Fromageau, trente-neuf ans, métayer, commune de Saint-Plerre-de^hemillé ;

René Villeneuve, quarante-deux ans, travaillant aux mines, de Boripère, en Bas-Poitou;

Louis Guimier, vingt-quatre ans, d'Angles, prés Luçon;

Pierre Miaut, vingt-quatre ans, laboureur, du ioDcheray ;

Jean BÔisseleau, trente-deux ans, laboureur, de Boulin, en Poitou ;

René Chardro, vingt-cinq ans, laboureur, de Saint-Pierre-de-Cholet ;

Louis Letessier, dix-sept ans, d'Angles, prés Uçon;

Pierre Terrier, quarante-quatre ans, journalier, Je Beaupreau ;

René Vincent, vingtiieux ans, domestique, de Saint-Laurent-du-Moltay. demeurant aux Pontsde-Cé.

A regard de deux autres accusés, Jacques Mau- ()in, originaire de Saint-Fulgent , el Pierre-Louis

110 LES VENOÉEiNS

Chesnais, nalif de SainlJulien-de-Concelles, âgés de quinze ans, le Tribunal ordonna qu'ils demeureraient en arrestation jusqu'à ce qu'il fût statué sur leur sort par la Convention (1).

C'est ce jour-là, âà nivôse, qu'au moment où le Tribunal allait descendre dans la cour, « pour interroger un autre détenu^ qui éuit dans rinipossibilité de pouvoir être transporté dans la salle de la Bibliothèque, vu son état d'extrême foiblesse, plusieurs citoyens dénoncèrent un trait de barbarie et d'inhumanité exercé envers ce malheureux par le nommé Pierre Blossier, marchand de balais, de la rue Basse. Le voyant agonisant, cet être sans entrailles avait eu l'indignité et la scélératesse de le dépouiller des mauvais habits qui le couvraient, par Tatroce cupidité d*en profiter, sans égard pour Fétat de cet homme, ni Textréme rigueur du froid qu'il faisait. » Le Tribunal le condamna aussitôt correctionnellement à huit jours de prison, et le déclara indigne d'être préposé à Tavenir à la garde et à la surveillance des détenus de la Mission (2).

Il fut incontinent écrouë par ordre du président Lavalette à la prison de la municipalité, où il fut conduit par le sergent Lesenne. J'ai dit déjà qu'il n'avait pas joui longtemps de ses sanglantes rapines : le 8 pluviôse, à onze heures du malin, il était emporté par la contagion.

Le â3, il y eut également treize condamnations, qui comprirent quelques prisonniers de marque, restés pour la plupart dans les prisons de la municipalité (ancien palais). Ils furent amenés successivement, par le concierge de la prison, dans la

{Ij V. Àffiekfs i* MMS, do 7 ventôse, (â) Ce jagemcBt est signé de Liodreav, grefler, qui s*lto- Dwa |iar son komaiiiié, ^ reUe triste époqae.

salle d'audience du tribunal du district, où eut lieu cette fois leur jugement.

C'étaient :

Mathurin-François-Simon-Auguste-Louis Lhonorey-Carière, âgé de trente-trois ans, homme de loi, originaire de La Rochelle et demeurant à Fonlenay-le-Peuple;

Jean Hutin, vingt-un ans, garçon épicier'-droguiste, à Orléans ;

Silvain NicauU, vingt-un ans, surnuméraire au bureau de l'Enregistrement, à Saint-Maixent;

Jean-Jacques Prunier, vingt-sept ans, garçon culottier, né à Rouen, demeurant à Paris ;

Claude Herbault, viugl-quatre ans, étudiant au collège de Poitiers, et né dans cette ville ;

Jean Sornet, vingt-un ans, facteur, originaire de Château-Renault, demeurant à Anlhon, district de Vendôme ;

François-Michel Poligny, trente-un ans, géographe, originaire d'Avranches, demeurant à Villedieu;

Mathurin Duval, trente-un ans, compagnon maréchal , natif d'Hambers , demeurant à Châlons, district de Laval ;

Pierre Seichet, seize ans et demi, garçon métayer au Loroux-Botlereau, district de Clisson;

Charles-Antoine Laborv, quarante ans, garçon sellier à Paris;

Jean-Louis Caduche ^ cinquante-un ans, portier au collège de Lyon, et enfin demeurant à la Monnaie à Paris;

Joseph Schuite, dix-sept ans, ci-devant soldat de la Légion germanique, natif de Rueil, près Paris;

René Pernon, vingt-six ans, vigneron à Mirecourt (Vosges).

Tous ces condamnés prétendaient avoir été forcés par les rebelles de se joindre à eux et n'avoir pas

m LES Vendéens

porté les armes. Le Tribunal persista à déclarer qu'ils avaient été libres fie s'en^ aller. Les quatre premiers étaient los Vendéens qui s'étaient rendus volontairement, le 24 frimaire, à Bonnétable, et dont j'ai déjà plusieurs fois parlé; ils avaient été écroués au Mans le :fô, dans la prison de la municipalité c4).

L'avocat Lhonorey disait pour sa défense qu'il avait pris soin des prisonniers ; les trois autres, anciens soldats de la République, prétendaient avoir été pris par les Brigands.

Claude Herbault avait été écroué avec eux le 25; était-il de la famille du vertueux Herbault dont la perte au Mans fut si regrettée par ses compagnons d'armes ? Bourniseaux (2) cite parmi les recrues -que fit l'armée vendéenne, après la prise de Tbouars, Herbault, abbé qui n'était pas encore dans les ordres. C'est là probablement le prisonnier condamné le 23 nivôse, qui peut-être ne fait qu'un avec le vertueux et vaillant homme que M™® de La Rochejaquelein dit avoir été blessé à mort dans la bataille du Mans.

Le géographe normand Potigny avait été arrêté à Aigné. Mathurin Duval avait déjà comparu le 24 frimaire devant la Commission du Mans, qui avait sursis à prononcer sur son sort. Il avait alors déclaré avoir été pris k la tranchée de Laval par les rebelles, en se battant contre eux, et avait voulu se faire réclamer par la municipalité de Châlons. Il n'avait de la sorte obtenu qu'un répit d'un mois, et était de nouveau saisi par la mort dont il avait un instant repoussé les étreintes.

(1) V. t. II, p. 106 et 238, des renseignements sor ces prisonniers qui s'étaient rendus volontairement à la municipaliié de Bonnétable, invoquant l'amnistie promise par Westermann, et qui. hélas I fut partout désavouée.

Seichet, Labory, Schuite , soldat de la légion germanique qui se disait égalemeot prisonnier des Vendéens, avaient de môme été écrouës à la prison du Palais le â3 frimaire (1).

Pernon, soi-disant aussi prisonnier, niait comme les autres avoir porté les armes. Gaduche, qui avait servi dans le bataillon du Calvados, et déclarait avoir été récemment fait prisonnier à Fougères, était un des deux Vendéens conduits de Bonnètablc à Mamers le â3 frimaire, et dont je reproduirai tout au long Tinterrogatoire. René Peraon est probablement le môme que Nicolas Pernon, qui avait compa-'u le 23 frimaire au Mans, devant la première Commission militaire de Sablé, et qui, déclaré suspect, avait été coodamné à rester clans la maison d'arrôt jusqu'à plus ample information. Il se disait ancien volontaire, tombé entre les mains des Brigands ; on Tavait arrêté le 27 septembre à Saint-Denis-d*Orques, muni d'un passeport vendéen portant : « Laissez passer librement Nicolas Pernon, prisonnier mis en liberté. » Rien, aux yeux de la Commission, n'avait justifié qu'il eût été contraint de rester parmi les Brigands ; cependant on avait sursis alors à prononcer sur son sort. Le détenu condamné le 23 nivôse, était porteur d'une montre à boîtier d'or, à la marque de Dupui à Paris, n» 204, qui fut comprise dans un envoi d'argenterie fait à la Monnaie, par le district du Mans, le 5 vendémiaire an m.

C'est le seul objet confisqué sur les condamnés

(1) Parmi les prisonniers qui avaient clé écroaés en même temps qu'eux, Imbert fat condamné le lendemain ;)René Porche, réclamé par sa commune, avait été élargi le 13 nivôse; René Grasset avait été conduit, le 17, li Saiute-Croix. Maurille Guittière, d'après les registres d'écroii, serait sorti le 25. Comment? Voitii ce qui reste li savoir; o.i ne S)rtait guère •ilors de prison que pour aller à la moi'ti

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