RENCONTRE INATTENDUE
Les esquimaux enfin revinrent de la chasse :
Le plaisir rayonnait sur leur hideuse face ;
Les uns dansaient tenant des harpons dans leur main^
Et les autres jouaient d'un mauvais tambourin :
Les chiens, grondeurs, aigris et la langue pendante,
Traînaient avec lenteur la charge trop pesante.
Dans la hutte de glace ils trouvèrent encor
Les trappeurs Canadiens. — ^' L'oiseau prend son essor
" Quand il s'est reposé sur la branche du liêti'e,
Dit Léon à celui qui paraissait le maître :
" Nous sommes reposés, nous sommes bien et forts,
" Et nous allons marcher vers quelques uns des ports
'^ Après avoir fumé le calumet ensemble.
— ** Mon frère, dit le chef, si ma hutte te semble
" Une retraite sûre, un séjour de repos,
" Reste encore avec moi. — '^ Tes bienveillants propos,
" 0 chef hospitalier, me sont bien agréables ;
" Mais que ferais-je ici ? — '^ Nos femmes sont aimables,
'^ Et choisis si tu veux : la plus belle est à toi."
L'esquimaux n'était pas éclairé par la foi ; ?
H était infidèle. Il ne pouvait comprendi'e
Qu'à son offre galante on ne pouvait se rendre.
— " Mais puisque rétr.anger reut laisser ma maison '' Qu'il sache que là-bas, plus loin que l'horizon, " Un navire est resté dans la glace au rivage, ^' Et ceux qui sont à bord parlent tous son langage." — " Veux-tu nous y mener ? demanda le marin Dont l'espoir affaibli se réveillait soudain, Veux-tu nous y mener ? et pour ta récompense Prend ce fusil qui tue aussi vite qu'on pense. Le marché fut conclu. Du calumet de paix La fumée ondoya sous les glaçons épais j Les chiens-loups, reposés, reprirent l'attelage } Et les deux Canadiens avec le vieux sauvage Partirent bien drapés dans les soyeuses peaux.
Aux rives de l'Hudson étaient quelques vaisseaux
Sirrpris en chargement par un hiver précoce.
Et c'était vers l'un d'eux, et sous un ciel atroce,
Qu'alors se dirigeaient Léon et Petit-Nôt.
Ils couiurent longtemps. Un jour un m'atelot,
A l'heure où le soleil à ces lieux vient sourire, pj était, tout pensif, du pont de son navire ja neige et le verglas. En portant ses regards ""ers les caps élevés comme des boulevards,
voit vers lui venir une traîne rapide, ille porte deux blancs. Un indien la guide : ille arrive au vaisseau. Le matelot sui^pris, *our aider les chasseurs, d'une main vive a pris It fixé sur le bord une échelle de corde.
[Du cœur des Canadiens l'allégresse déborde,
[Car ils ont entendu la langue des aïeux !
Le matelot les mène, avec un air joyeux,
Aux officiers da bord. Croyant qu'il f;iit un rêve,
Alors, de son hamac un vieux marin se lève.
Il dessille ses yeux d'une fébrile main :
Et deux noms à la fois font retentir soudain
Du navire étonné le sonore vaigrage :
" Léon ! " " Auger ! '' Muet, attendri, l'équipage
Regardait les transports des deux anciens amis
A qui dans sa bonté le ciel avait pennis
De 86 revoir encor. Longtemps dans la cabine
Qu'une huile détestable et fumeuse illumine,
Le pilote et Léon épanchèrent leurs cœurs.
Racontant tour à tour leur joie et leur douleurs.