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Comme pour retenir encore un peu la vie.
Puis, pâle, l'œil vitreux, mais encore jolie,
Elle s'affaisse auprès du guerrier déjà mort.
A tous deux le Destin donne le même sort.
Ils étaient fiancés, et l'heureux mariage
Aurait eu lieu bien sûr, disait-on au village.
Le plus tard aux jours gras, peut-être même aux Rois.
Ils moururent tous deux comme on voit sous les bois
Mourir deux tendres fleurs qu'un pied distrait écrase.
O couple infortuné qu'un doux amour embrase,
Soyez unis au ciel par un lien nouveau,
Et laissez-moi couvrir de fleurs votre tombeau !
De ses nombreux soldats soutenant le courage,
Markham hurlait toujours et semblait pris de rage.
Le chef des Canadiens, le bouillant étranger.
Comme tous l'appelaient, méprisant le danger.
Profondément chagrin de la perte d'un brave,
Et de la triste mort de cette fleur suave
Qu'il venait de sauver des mains d'un polisson j
Le chef des canadiens envoyés par Nelson,
A son tour s'avança sous la grêle de balles
Qui sifilaient dans les airs comme font les rafales }
Il arma son fusil, il visa de sang froid.
Et le bouillant Markham fut atteint au bras droit.
On vit ce commandant faire un geste suprême,
Et tomber sur le sol en poussant un blasphème.
Alors tous les soldats, surpris, épouvantés,
Commencèrent à fuir, courant de tous côtés.
Nelson et ses guerriers, armés depuis l'aurore, Dans leur maison de pierre, au bataillon de Gore Résistaient noblement. Déjà le jour baissait ; Gore perdait l'espoir, son ardeur s'affaissait. Ces simples habitants qu'il se vantait de vaincre N'étaient peut-être, alors, pas loin de le convaincre Qu'un peuple qui défend ses droits, sa liberté. S'il peut être vaincu, doit être redouté. Comme souvent on voit les flots pendant l'orage S'élancer, menaçants, jusqu'au bord du rivage, Couvrir d'écume, au loin, l'inébranlable roc Qui gémit mais résiste à leur furieux choc, Se replier enfin, et, secouant leurs cimes, Reculer et se perdre au milieu des abîmes j Ainsi l'on vit, soudain, l'orgueilleux bataillon Se replier et fuir, traînant son pavillon Où venait de s'inscrire une amère défaite. Et les clairons pleuraient en sonnant la retraite. Alors les Révoltés, joyeux, remplis d'espoir. Poursuivirent longtemps, sous le ciel déjà noir, Leurs ennemis nombreux emportés par la crainte- Et longtemps les échos répétèrent la plainte Que jetait en tombant le malheureux fuyard Atteint par une balle envoyée au hazard.
0 Perrault, que ton nom soit toujours cher aux braves ! C'est alors qu'en luttant pour briser nos entraves Tu trouvas aussi toi le glorieux trépas ! Ta balle d'un fuyard vient d'arrêter les pas : n tombe, mais il veut, dans l'ire qui l'enflamme,
Tuer un Canadien avant de rendre l'âme. C'est toi qui le premier passes auprès de lui. n se dresse aussitôt : son bras lui sert d'appui ; Son espérance, enfln, n'a pas été trompée : Il te perce le cœur de sa sanglante épée, Et retombant, Mdeux, le sang déjà figé, Il expire en riant de s'être ainsi vengé !
Mais tel ne finit poipt le combat de Saint-Charle !
Ils furent malheureux les héros dont on parle
Sous le chaume paisible, encor avec orgueil !
La sainte liberté sortit de leur cercueil.
Qu'ils se consolent donc et tressaillent de joie î
Ils furent écrasés. Comme un arbuste ploie
Sous le poids des glaçons qui couvrent ses rameaux j
Comme un vaisseau trop plein s'enfonce sous les eaux j
Ainsi ces fiers lutteurs s'affaissèrent dans l'ombre,
Pas vaincus, écrasés par la force et le nombre !
Et leur chef, un anglais ! et leur chef les vendit ! . . .
Que ton nom, lâche Brown, soit à jamais niaudi* •