MME. LOZET, LA MÈRE BIBAUD
Mad. LOZET. — Bonjour, mère Bibaud.
Vous marchez toujours comme à l'âge de quinze ans.
Mère BIBAUD, appuyée sur sa canne. — Ah! foutre ! mes quinze ans sont loin, Lisette, et je vais clopin-clopant, maintenant Si je n'avais pas ma canne, je ne
pourrais pas monter la côte chez France. C'est-il ton petit garçon qui joue à la porte avec des petits chevaux de bois ? C'est un bel enfant.
Mad. LOZET. — Est-il à la porte ? Je me levais pour voir où il est. {Elle met la tête en dehors.) Ne t'éloigne pas, petit, à cause des méchants sauvages qui t'emporteraient.
Voix d'enfant au dehors. — Non, maman, non.
Mad. LOZET. — Venez vous asseoir, mère Bibaud, venez vous asseoir.
Mère BIBAUD. — Je ne veux pas être longtemps, car je m'en vais chez José Pieriche. Sa fille est malade.
Mad. LOZET. — Oui, j'ai su ça. Il paraît que c'est depuis que le p'tit Pierre-àJos l'a quittée pour aller voir la p'tite François- Louis.
' Mère BIBA'UÏ).— Oui. C'est bien mal ça dé' la part *d'urV garçon d'en faire accroire à une jeune fille et de la laisser ensuite.
Mad. LOZET. — Y a-t-il quelque chose de nouveau à l'Église ?
Mère BIBAUD. — Bigre de chien ! non,
non En effet, sais-tu que la petite Dé-
verique est par ici ? Elle vient de la ville. Elle a bien fait parler d'elle à Québec ; ce qu'on rapporte.
Mad. LOZET— Il se fait tant de nou-; velles, mère Bibaud. Il n'y a peut-être pa^ un mot de vrai dans tout ce que l'on a.di^.
Mère BIBAUD— Ah' ti va, < il n'y a ,p*tf> de fumée sans feu. Elle était si fièrent»;, orgueilleuse ! Si ce que l'on dit <sjtr
Trai, elle en a bien rabattu. Il paraît qu'elle va se marier avec le jeune chef sauvage.
Mad. LOZET.— Avec Tonkourou?
Mère BIBAUD. — Oui, oui! ça se dit....
Tonkourou, ton ancien !
. LOZET, au dehors, à son petit garçon. — Quand tu seras grand tu viendras au champ
avec papa Tu auras un gros cheval
qui marchera tout seul Seras-tu content?
Voix d'enfant au dehors. — Oh ! oui, papa. (Lozet entre.)