MAD. LOZET, LA MÈRE BIBAUD, JEAN LOZET
JEAN LOZET.— Tiens ! tiens ! la mère Bibaud !
Mère BIBAUD. — Eh oui ! Jean, eh oui !
LOZET. — Vous marchez toujours : vous êtes comme le juif errant.
Mad. LOZET. — Savez-vous encore la complainte du juif errant, la mère ?
Mère BIBAUD. — Ah ! seigneur ! je n'ai plus de mémoire, je n'ai plus de voix !
Il y a longtemps que je ne chante plus
quand j'étais jeune
LOZET. — Vous deviez être une fille de plaisir, la mère, dans votre jéunesse, ?...;... « quand je dis une fille déplaisir,! ça sç çpftr-, prend.
Mère BIBAUD. — Foutre ! ce n'est pas pour me vanter, mais je n'étais pas indifférente. Allons ! je fais ma commission et je continue mon chemin.
LOZET. — Vous avez le temps, la mère, tous avez le temps.
Mère BIBAUD. — Foutre ! à mon âge,
faut se dépêcher (à mad. Lozet) Ecoute
donc, Lizette, la femme à Baptiste Oagnon te fait demander si tu as un peu de laine rouge à lui prêter j c'est pour mêler avec de la grise, pour faire des bas à son petit g arçon qui va faire sa première commuai on dans quinze jours.
Mad. LOZET.— Oui, je pense que j'en ai encore un peu.
LOZET. — Ils feraient bien mieux de me rendre mon sarrasin que d'emprunter de la laine.
Mère BIBAUD.— Ecoute donc, Jean, moi je fais ma commission.
Mad. LOZET.— Allons ! Jean, tu sais qu'ils ne sont pas riches, chez Qagnon.
LOZET. — Lui, c'est un paresseux, elle, c'est une fausse ménagère.
Mère BIBAUD.— Vous ferez bien comme vous voudrez ; ça m'est égal. J'entrerai toujours en repassant, ça fait que si vous voulez lui en envoyer, je l'emporterai. Eh bien ! bonsoir Jean, bonsoir, Lisette... en repassant ! (Elle sort.)