‹ Les vengeancesChapitre 35 sur 82 · SCÈNE XIX · texte numérisé non relu

SCÈNE XIX

LOZET. — Louise, prépare une bonne ponce pour ces pauvres naufragés

Mad. LOZET.— Vos habits sont mouillés ? je vais vous en apporter d'autres. (Pendant cette scène les jeunes gens se parlent.bas et se font des signes.)

LE CAPITAINE.— Nous ne pouvons pas les ôter maintenant ils sont gelés sur nous. Laissez-nous réchauffer un peu

Oh ! que la chaleur est bonne ! Oh ! que l'on est bien ici !

LOZET. — Pauvres gens ! je suis heureux de pouvoir vous donner l'hospitalité ! Vous passerez l'hiver ici, si vous le voule*. Jean Lozet n'est pas riche ; mais deux de plus, ça ne paraîtra pas

LE CAPITAINE.— Que Dieu vous bénisse, cher monsieur ! Il est bon dans le malheur, de rencontrer des âmes charitables. (Louise apporte aux naufragés un verre de rhum.)

LE CAPITAINE levant les yeux sur Louise. — Merci ! mademoiselle, secourir les malheureux, cela porte bonheur

LOUISE. — Secourir les malheureux, c'est un bonheur (les naufragés vident leurs verres et les remettent à Louise qui va les déposer sur la table, elle se trouve face à face avec Ruzard.)

LOUISE. — François ! que je suis contente de vous revoir déjà ! Vous ave* sauvé la vie à ces pauvres gens, que voui devez être heureux !

RUZARD.-J'ai failli périr

LOUISE.— Mon Dieu ! est-ce possible...

RUZARD.;— Je vous conterai cela... (Il fait signe à Tonkourou et tous deux se retirent à l'écart.) Dis donc, Tonkourou, ils oublient de nous payer, le capitaine nous a dit qu'il avait dans son gousset, une bourse pleine d'or

TONKOUROU.— Il a les mains dégourdies, à cette heure il peut s'en servir...

AUGER. — Capitaine, pardon ! nous oublions de récompenser nos sauveurs

braves gens qui se sont dévoués pour nous.

LE CAPITAINE. — Mon Dieu que je suis

ingrat ! mais j'ai tant souffert que j'en

ai perdu la tête, je crois. (Il met la main dans son gousset de pantalon et en tire une bourse.) C'est tout ce qui me reste de

mon bien quelques pièees d'or

Vaut autant ne rien avoir. Au reste, c'est

promis ! (s* adressant à Buzard. (Tenez, mon ami, c'est peu, mais c'est tout ce que je possède à l'heure qu'il est.

RUZARD, feignant le désintéressement.) — Jamais ! oh ! non jamais !

LE CAPITAINE.— Mais il me semble

que vous m'avez demandé

RUZARD. — Jamais ! vous vous êtes

trompé

LE CAPITAINE. — Il se peut que j'aie mal compris. J'étais troublé par le froid

et la douleur

AUGER. — Pourtant

RUZARD.— Ja ne veux rien ! je fais le bien pour le bien ! je suis assez payé * comme cela, (le capt. et Auger se regardent surpris.) TONKOUROU, à part.— L'hypocrite !

LOZET. — Que c'est beau d'avoir de pareils sentiments. Je n'ai pas honte de le dire tout haut, tu seras mon gendre, François ! [Louise penche la tête, murmure chez les jeunes gens.] TONKOUROU. — à part.— La, ferme est

à lui ! c'est sûr !

RUZARD au capitaine. — Si vous voulez donner quelque chose au sauvage, il

est pauvre, il a besoin

TONKOUROU à part. — Le traître !

l'hypocrite ! il m'enfonce !

LE CAPITAINE à Tonkourou.— Prenez,

mon ami, prenez !

TONKOUROU.— Ah ! l'indien ne sait

pas déguiser il est pauvre, [il prend la

bourse, la soupèse et la met dans sapoche.] RUZARD à Tonkourou. — Nous irons compter cet or chez moi et nous le partagerons, tu sais.

LE CAPITAINE aux jeunes gens. — Vous étiez à vous amuser, il ne faut pas que nous soyons des gâtes-fêtes. Continuez cela nous fera plaisir.

LOZET.— Votre tire est-elle faite ?

LOUISE.— Elle est au feu.

LOZET. — Allez l'achever, j'ai envie dUen manger un bâton... Ruzard, tu sais faire ça toi,latire ; tu en a assez vendu à la porte de l'église...... Eh! bien! tu faisais dea

sous avec cela : je t'ai remarqué dè ce

temps-là Va donc leur faire leur

tire [les jeunes gens sortent.]

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