SCÈNE III
LES MÊMES, TONKOUROU.
TONKOUROU. — Ah ! frère tu est ponc tuel. L'indien «st habile, il a réussi, tu le sais, à brouiller Lozet et le capitaine.
RUZARD. — Oui, et le capitaine s'est vu mettre dehors, bien poliment,c'est vrai ; mais, tout de même, il a été éconduit. Cela n'empêche pas le capitaine d'aimer Louise, et Louise d'aimer le capitaine.
LA SORCIÈRE— Mettant dans une Jiole la liqueur qu'elle a préparée. — Ne dis rien, j'arrangerai cela, moi.
TONKOUROU.— J'ai dit à Lozet: Veille sur ta fille. Elle se compromet. Le jeune
étranger abuse de son innocence, et de ta bonté. Il se fait aimer de Louise ; il lui fera perdre l'amour de Ruzard, et ensuite il la plantera là pour s'en aller en tromper
d'autres J'ai dit cela à Lozet. Je l'ai
dit partout. Et maintenant tout le monde le dit, et tout le monde en dit bien plus
long que cela Si bien, que toute à
l'heure le curé a défendu à Lozet de laisser fréquenter sa fille par cet étranger.
RUZARD. — Bon ! bon !
TONKOUROU.— Ce n'est pas tout, j'ai dit à Lozet tantôt : Viens à la tombée de la nuit, vers la pointe du bois des hurons, sur la grève, tu comprendras le danger que ta fille court.
RUZARD.— Comment cela ?
TONKOUROU. — Tu vas voir. C'est un tour de ma façon. J'ai envoyé le petit Laperche dire à Louise de la part de Léon, de se rendre ici vers le soir, et je l'ai envoyé ensuite dire la même chose au capitaine, de la part de Louise. En sorte qu'ils vont se rendre ici tous deux. Une fois rendus, ils s'expliqueront cette rencontre comme ils le pourront, ce n'est pas mon affaire. Puis le père Lozet arrivera. Voistu ?
RUZARD.— Parfait ! parfait ! Ah ! j'ai toujours le père pour moi ! surtout depuis les courses sur la glace, surtout depuis l'incendie de la grange
TONKOUROU.— L'incendie de la grange! j'ai eu une bonne pensée cette foîs-là. Il ne faut reculer devant rien pour
arriver au but Lozet croit dur comme
fer que c'est le capitaine Léon qui a mis le feu à sa grange pour se venger
RUZARD. — Tout était contre lui. Lozet
Pavait surpris au pied de l'orme On a
dit qu'on l'avait tu rôder autour de la
grange Puis les soupçons ne pouvaient
pas tomber sur nous, puisqu'après avoir
allumé le feu on était allé veiller avec Lozet lui-même.
TONKOUROU.-Dis, j'avais bien arrangé l'affaire.
RUZARD. — Magnifiquement.
LA SORCIÈRE, s'avançant vers Ruzard et lui donnant une fiole. — Tiens, tâche qu'elle boive quelques gouttes de cette liqueur, et je te jure qu'elle deviendra amoureuse de toi. Si tu as besoin de moi, tu me trouveras à la cabane.— {Elle sort.) SCÈNE IV.
TONKOUROU.— Prenons un coup ?
RUZARD.— En as-tu ?
TONKOUROU, tirant une petite bouteille de sa poche. — Regarde!
RUZARD.— C'est bon ! cela remet. (Ils boivent à même la bouteille.)
RUZARD. — Si les cons tables anglais étaient venus prendre ce jeune révolté de capitaine qui cherche à soulever le peuple contre le gouvernement, ça aurait bien simplifié l'affaire.
TONKOUROU. — Ils pourraient bien venir. Après tout, ils n'ont tardé que de quelques jours.
RUZARD.— Ah ! s'il pouvait être fait prisonnier ! s'il pouvait être exilé !
TONKOUROU. — On travaillera pour qu'il le soit. Tu sais que Tonkourou est tenace, il ne lâche pas prise facilement.
RUZARD. — Voici le capitaine, là-bas ?
Vois-tu ?
TONKOUROU. — Oui ! c'est lui ! le misérable ! je le hais ! jè le hais plus que tu ne le hais toi-même ! Tiens ! va de ce côté je te rejoins dans la minute, derrière la grosse roche. (Rtizard se cache.)