‹ Les vengeancesChapitre 4 sur 82 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

MAD. LOZET, JEAN LOZET.

LOZET.— Sais-tu qu'il y aura 6 ans demain que nous sommes mariés ?

Mad. LOZET. — J'y pensais toute à l'heure

LOZET. — Six ans de bonheur. Oui, car tu as été une bonne femme et une bonne mère.

Mad. LOZET.— Je n'ai fait que mon de-

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LOZET.--Eb Dieu nous a bénis. Il noua a bénis. Il nous a donné un enfant, un bel enfant, un enfant plein d'intelligence ; et nous en ferons un monsieur. Faudra pas le laisser courir avec les petits G-agnon, ces enfants-là sont élevés pauvrement ; ça ne fera que des quêteux.

Mad. LOZET. — Ils ont de bons parents.. .

LOZET. — Pouah ! des paresseux ! des paresseux I

Mad. LOZET.— 11 ne faut pas mépriser les pauvres.

LOZET. — Les pauvres, ah ! les pauvres. . . des voleurs !.....,. des gens qui vivent à nos dépens, je connais ça !

Mad. LOZET.— Les pauvres sont les amis de notre Seigneur ; c'est l'écriture qui le dit

LOZET.— Pas les pauvres que je connais, toujours

Had. LOZET.— Parlons de notre enfant plutôt. Nous le ferons instruire ?

LOZET.— Oui, nous le ferons instruire à fond. Nous le mettrons au séminaire de Québec. C'est là qu'on en apprend de ces choses I... On en fera peut-être un prêtre.

Mad. LOZET— Oh ! mon Dieu! s'il faisait un prêtre !

LOZET. — Il ne faut pas trop y compter d'avance, en cas qu'il aimerait mieux se faire docteur ou avocat.

Mad. LOZET. — Avocat ! Ils sont bien savants les avocats ils savent bien parler ; mais il paraît que dans les procès il n'y a toujours qu'eux autres qui gagnent quelque chose

LOZET. — C'est pour cela que ça ne me iéplairait pas de voir notre garçon embrasser cet état-là Crois-tu, hein ! que

nous aurons du plaisir quand le monde dira en parlant de notre enfant : " c'est M. le curé Lozet, le fils à Jean — c'est le docteur Lozet... c'est M. Lozet, l'avocat..." Et puis nous ne serons pas obligés de quêter pour le mettre aux études et pour l'établir. Nous avons une terre magnifique.

C'est la meilleure de la paroisse... Et

j'ai joliment des pièces blanches dans mon coffre

Mad. LOZET. — Il ne faut pas trop aimer l'argent, Jean, le bon Dieu pourrait nous punir.

LOZET. — Bah ! tais-toi donc. Si je ramasse de l'argent, c'est pour le petit. Tiens ! nous ferons une petite fête, ce soir, à l'occasion du 6e anniversaire de notre mariage... Je vais me hâter d'aller au champ pour revenir de bonne heure. Je vais aller atteler mes bœufs. (Il part — sa femme le retient.)

Mad. LOZET.— Ecoute donc, Jean, si je donnais un écheveau de laine à la Baptiste Gagnon, à l'occasion de notre 6e anniversaire ?

LOZET.— Donner ! toujours donner l laisse-moi donc... qu'ils me rendent moa sarrasin ! (H sort.)

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