SCÈNE XV
LES MÊMES, RUZARD, MAD. LOZET.
TOUS, (avec stupeur.) — Tonkourou I Tonkourou !
LOUISE (s'élançant dans la porte et appelant sa mère. — Maman ! maman !
François ! (Mad. Lozet et Ruzard arrivent à la hâte.)
LOZET.— Tonkourou, est-ce bien toi?
n'est-ce pas plutôt ton spectre? D'où
viens-tu? Que veux-tu? Des
prières ?
TONKOUROU. — C'est Tonkourou, en chair et en os... Ce n'est pas son spectre...
LOZET, donnant la main à Tonkourou.
—Tu as souffert? Tu es défait, Tu n'es plus reconnaissable
AUGER. — Dieu! qu'il est changé !
Mme. LOZET.-Quoi ! c'est-il Tonkourou !
TONKOUROU.— Oui, je suis changé ! . .
Et mon cœur est plus changé que mon visage...
LOZET. — Viens prendre quelque chose pour te réconforter... On n'est pas pour toujours demeurer à la porte ainsi ! . . .
TONKOUROU.— Je ne prendrai rien, Lozet, je n'entrerai pas dans ta maison, tant que tu ne m'auras point accordé mon pardon
LOZET.— Es-tu fou ? Que veux- tu dire ?..
TONKOUROU.— 0 vous, qui m'écoutez, sachez que je suis le plus misérable des hommes ! Regardez-moi avec horreur;
accablez-moi d'injures jamais, jamais
vous ne me mépriserez autant que je le mérite !
Mme. LOZET, à Auger. -Demandez-lui donc ce qu'est devenu le capitaine...
TONKOUROU.— Le capitaine... le capitaine ... (il essuie ses yeux) ah ! c'était un brave.
LOUISE, portant la main à son cœur. — Mon Dieu ! . . . Qu' est-il devenu ? . . .
TONKOUROU. —Je le dirai tantôt Avant de parler, il me faut mon pardon. . .
TOUS.— Son pardon ! . . .
TONKOUROU.— Lozet, il n'y a pas trois ans encore, ta grange a été brûlée, et tu n'as jamais su par qui ? . . .
LOZET. — C'est-à-dire que le capitaine. . . Du moins ça serait bien surprenant si ce n'était pas...
RUZARD, à part.— Mon Dieu ! s'il allait tout révéler. . .
TONKOUROU.— Celui qui a brûlé ta grange, ce n'est pas celui que tu penses. .
LOZET.— Hein? que dis-tu ?
TONKOUROU.— Le misérable qui a mis le feu à ta grang, ec'est . . .
RUZARD (à part.)— Ah! il va le dire ! . .
TONKOUROU.— C'est moi !...
LOZET.— Toi!...
TOUS.— Lui!...
TONKOUROU.— Oui, c'est moi. . .
RUZARD.— Il est fou ! . . . Vous voyez bien que la privation et la misère l'ont rendu fou. . .
TONKOUROU, à Buzard.—Tûs-toi !. . .
Tu sais que je ne suis pas fou. . . (à Lozet) Lozet, tiens ! (il donne une bourse pleine d'or à Lozet) une grange, cela peut se payer!. . . et je répare le dommage que je t'ai fait. .. j'ai fait la chasse dans les régions du nord, et j'ai été chanceux
Maintenant, je reviens ici avant de mourir, car, je le sens, je mourrai bientôt, je reviens ici demander mon pardon . . .
LOZET, qui a examiné et soupesé la bourse, tend la main à Tonkourou. — Je te pardonne ! . . . . eh oui, je te pardonne ! Viens, viens, n'y pensons plus ! . . .
TONKOUROU. — Arrête, Jean, ce n'est rien cela. . . (Tousse regardent avec surprise.)
RUZARD, à part. — Ah ! que va-t-il dire encore !
TONKOUROU. — Lozet, le ciel avait béni ton mariage. Ta femme était belle, et elle t'avait donné un charmant enfant. . . . Cet enfant, c'était votre amour, c'était votre espoir ! .. Un soir, il disparut. Il ne revint jamais !. . . j'étais méchant. . . j'avais une vengeance à exercer. . . (il tombe à genoux) Eh bien ! c'est moi qui t'enlevai ton enfant. . . Pardon ! pardon ! . . . (murmure parmi les assistants.)
LOZET.— Toi !
TOUS.— Lui ! lui !.. . ah !.. .
La Mère Lozet. — Tonkourou ! mon enfant, ! rends-moi mon enfant ! . . . (Elle part en criant) Mon enfant ! mon enfant ! Tonkourou reste à genoux. Il se fait un silence.)
LOZET. — Mon enfant ! Peux-tu me rendre mon enfant ! (On entend toujours
la mère Lozet dans la maison qui crie : Mon enfant ! mon enfant !)
TONKOUEOU, pleurant. — Il est
mort !
TOUS.— Mort !. . . il est mort !. . . (On entend encore la mère Lozet criant : Mon enfant ! mon enfant /