‹ Les vengeancesChapitre 74 sur 82 · SCÈNE J · texte numérisé non relu

SCÈNE J

RUZARD.

RUZARD. — Je l'attends ici. Il y viendra. L'abîme est profond, le lit du torrent est semé de cailloux. Tonkourou, il faut que tu meures ! Ah ! il n'y a plus de place

pour nous deux sur la terre Si Léon

n'était pas revenu !.. Maudit capitaine ! . . . ne passe pas par ici ! — Ah ! vous brisez mon bonheur au moment où je vais le goûter dans toute sa plénitude ! — Vous êtes venus un jour trop tôt ! malheur à vous ! je suis plus fort que vous deux !. . . je vous tuerai !... Chut ! voici quelqu'un. SCÈNE IL

RUZARD, TONKOUROU.

T< >NKOUKOU, {de loin.) — Est-ce toi,

Léon? est-ce toi? {Il avance.) Ah!

mais c'est François, je crois —

RUZARD. — Oui, c'est François ! .. c'est François qui vient de jeter Léon {Il montre de la main.) là, à cent pieds

TONKOUROU, {s' avançant vivement.) — Que dis-tu ? malheureux ! tu as jeté Léon

dans le précipice ! Ah ! tu n'es pas si

méchant que cela !

RUZARD. — Regarde ! 11 se tord

comme un serpent sur les cailloux rouges de sang

TONKOUROU, {sepenchant sur l' abîme.) Pauvre !... {Il n'a pas le temps d'achever, Ruzard lui donne une poussée, Tonkourou tombe, mais en tombant il saisit Ruzard par une jambe, et reste suspendu au-dessus du. gouffre. Alors commence une lutte désespérée. Ruzard veut faire lâcher prise au sauvage qui V entraîne avec lui.)

RUZARD, {se cramponnant au sol.) — Laisse-moi ! laisse-moi !

TONKOUROU. — Viens ! viens dans l'abîme avec moi ! . . . . Viens ! nous avons été amis ! Viens ! nous mourrons

ensemble !

RUZARD. — Laisse moi donc ! malédictions !

TONKOUROU. — Ah ! l'indien a les

doigts comme des tenailles Tu ne

m'échapperas pas ! .... je te tiens, va !

RUZARD. — Grâce, pour l'amour dé Dieu !. ..

TONKOUROU. — Misérable I tu oses

parler de Dieu ! Viens donc ! mais

viens donc ! —

RUZARD— Ah ! maudit ! laisse-moi ! ..

Remonte, viens !

TONKOUROU.— Remonter ! c'est impossible !... Tu le vois bien !... tu glisses'., tu glisses ! ah ! tu viens !

RUZARD. — Ah ! si je pouvais te mordre

les doigts laisse-moi ! Pas une branche

pour m'y attacher ! mon Dieu ! mon Dieu !

Ah! {On entend sonner la cloche

de V église.)

TONKOUROU —Entends-tu ? Ce sont nos glas qui sonnent! {Moment de silence. Euzard fait des efforts désespérés.) .

TONKOUROU.— Ah! c'est moi qui

t'ai perdu j'ai été bien coupable

le ciel me punit par ta main. . Je me soumets j'accepte le châtiment!

Ruzard, adieu ! adieu !....,, Mon

Dieu ! pardonnez moi comme je lui pardonne! {Il desserreles doigts et tombé

dans l'abîme.) {Ruzard, délivré de l'étreinte, s'éloigne en marchant sur les mains et les genoux et il rit d'un rire idiot.)

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