ACTE I, SCENE IU. , i
Pressant de son ami la dépouille sanglante,
Il lui parlait encor, l’arrosait de ses pleurs:
Tu n’es plus, criait-il, c’est pour moi que tu meurs! Nos vainqueurs attendris l’admiraient en silence; Mais Charles d’un coup d’œil enchaîna leur clémence. Cet enfant qui pleurait redevint un héros ,
Et son dernier regard fit pâlir les bourreaux.
AMÉLIE
Ta sœur n’était pas là pour recueillir ta cendre !
LORÉDAN
Pourquoi trop jeune encor n’ai-je pu te défendre?
PROCIDA
Dès que l’âge éclaira votre faible raison ,
Je reçus vos sermens sur sa tombe , en son nom ;•
Et je crus voir son ombre, un moment consolée. Pour unir mes enfans sortir du mausolée.
L’avez-vous oublié ?
AM ÉLIE
Comment puis-je jamais
Oublier mes sermens, seigneur, et vos bienfaits ?
PROCIDA
Oui: de soins paternels j’entourai votre enfance.
Ma sœur les partageait; sans doute en mon absence Son amour attentif ne se ralentit pas,
Malgré le poids des ans qui retiennent ses pas.
Si vous fûtes toujours digne de ma tendresse, Renouvelez ici cette sainte promesse.
i6 VÊPRES SICILIENNES,
Quel langage, seigneur? douteÉ-vous de ma foi ?
LOBÉ DAN.
Pardonner, Amélie, à mon injuste effroi.
Aux transporte insensés dont mon âme est saisie : Qui peut avec excès aimer sans jalousie !
PROCIDA
Rendez , rendez la paix à ce cœur égaré ;
Si j’ordonne un hymen trop long-temps différé , Jurez de l’accomplir sans regret, sans murmure. Hé bien?
LOREDAN.
Hésitez-vous?
AMÉLIE, à Prockta.
Seigneur , je tfttis le jure.