MONTFORT, GASTON
GASTON
En vain à mes conseils vous voulez vous soustraire; Pour les périls, seigneur, ce mépris téméraire Vous livre sans défense au fer d’un assassin.
Palerme peut cacher un sinistre dessein;
Et vous sortez sans garde ; et jamais vos cohortes Sur le seuil du palais n’en protègent les portes !
Ce peuple est dangereux , redoutez ses fureurs.
MONTFORT
Quoi , toujours des soupçons et de vaines terreurs !
GASTON
Montfort, d’un vieux guerrier pardonnez la franchise,
L’intérêt de l’état peut-être l’autorise
Pour marcher sans escorte , on doit se faire aimer.
MONTFORT
Eh bien, suis-je un tyran? m’oserait-on blâmer?
OU tendent ces discours ?
'GASTON
Votre longue indulgence A de nos chevaliers enhardi la licence.
a4 VÊPRES SICILIENNES,
Sous l’abri d’un grand nom sûr de l'impunité,
A d’horribles excès leur orgueil s’est porté.
C’est trop fermer l’oreille aux .plaintes des victimes. On blâme la faveur dont vous couvrez leurs crimes.
MONTFORT
Des crimes! sous quel jour montrez- vous des erreurs? Ne pardonnez*vous rien à de jeunes vainqueurs?
Tant de gloire à mes yeux rend l’orgueil excusable. Je vois trop de héros pour chercher un coupable !
GASTON
Des exemples pieux, des leçons de Louis,
Les souvenirs pour vous sont-ils évanouis?
Ou parmi ses vertus votre âme ardente et fière Ne sut-elle admirer que la valeur guerrière?
Ah! si vous l’avez vu de ses royales mains Forcer devant Tunis les rangs des Africains;
Combien plus redoutable à sa jeune noblesse.
De ses sujets contre elle il soutint la faiblesse !
Les plaintes des hameaux s’élevaient jusqu’à lui.
Tour écouter les pieqrs du pauvre sans appui,
D’un chêne ençor fameux l’ombrage tutélaire Semblait à sa justice un digne sanctuaire.
Et l’amour de son peuple, heureux de l’entourer.
Le plus sublime encens qu’un roi pût respirer.
Tels étaient ses plaisirs; cependant la naissance D’un droit presque divin consacrait sa puissance ;
Et nous, que la fortune a seule couronnés,
Sur un trône conquis, d’écueils environnés.,