‹ Les vepres siciliennes, tragedie en cinq actes, précédée du Discours d'ouverture du second théatre françaisChapitre 17 sur 59 · MONTFORT, GASTON · texte numérisé non relu

MONTFORT, GASTON

GASTON

En vain à mes conseils vous voulez vous soustraire; Pour les périls, seigneur, ce mépris téméraire Vous livre sans défense au fer d’un assassin.

Palerme peut cacher un sinistre dessein;

Et vous sortez sans garde ; et jamais vos cohortes Sur le seuil du palais n’en protègent les portes !

Ce peuple est dangereux , redoutez ses fureurs.

MONTFORT

Quoi , toujours des soupçons et de vaines terreurs !

GASTON

Montfort, d’un vieux guerrier pardonnez la franchise,

L’intérêt de l’état peut-être l’autorise

Pour marcher sans escorte , on doit se faire aimer.

MONTFORT

Eh bien, suis-je un tyran? m’oserait-on blâmer?

OU tendent ces discours ?

'GASTON

Votre longue indulgence A de nos chevaliers enhardi la licence.

a4 VÊPRES SICILIENNES,

Sous l’abri d’un grand nom sûr de l'impunité,

A d’horribles excès leur orgueil s’est porté.

C’est trop fermer l’oreille aux .plaintes des victimes. On blâme la faveur dont vous couvrez leurs crimes.

MONTFORT

Des crimes! sous quel jour montrez- vous des erreurs? Ne pardonnez*vous rien à de jeunes vainqueurs?

Tant de gloire à mes yeux rend l’orgueil excusable. Je vois trop de héros pour chercher un coupable !

GASTON

Des exemples pieux, des leçons de Louis,

Les souvenirs pour vous sont-ils évanouis?

Ou parmi ses vertus votre âme ardente et fière Ne sut-elle admirer que la valeur guerrière?

Ah! si vous l’avez vu de ses royales mains Forcer devant Tunis les rangs des Africains;

Combien plus redoutable à sa jeune noblesse.

De ses sujets contre elle il soutint la faiblesse !

Les plaintes des hameaux s’élevaient jusqu’à lui.

Tour écouter les pieqrs du pauvre sans appui,

D’un chêne ençor fameux l’ombrage tutélaire Semblait à sa justice un digne sanctuaire.

Et l’amour de son peuple, heureux de l’entourer.

Le plus sublime encens qu’un roi pût respirer.

Tels étaient ses plaisirs; cependant la naissance D’un droit presque divin consacrait sa puissance ;

Et nous, que la fortune a seule couronnés,

Sur un trône conquis, d’écueils environnés.,

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