ACTE II, SCÈNE II. a
Nous croyons la justice une vertu vulgaire;
Il nous semble plus grand, surtout plus téméraire, Quand un empire entier cherche en nous son recours. De braver ses douleurs que d’en tarir le cours.
• MONTFOKT.
Gaston!
GASTON
Tous ces rivaux dont l’imprudente ivresse , En partageant vos goûts, les flatte et les oaresse. Aux frivoles amours sans frein abandonnés,
Essayant sur le luth des chants efféminés....
MONTFORT
Un tel délassement nuit-il à leur courage?
Je plains l'austérité d’une vertu sauvage,
Sans pitié pour les arts, ornemens de la paix,
Et dont l’éclat tranquille ennoblit ses bienfaits.
Ne peut-on aux exploits qui donnent la victoire Unir le soin plus doux d’en célébrer la gloire?
Cet espoir les excite et plaît à leur fierté ,
Il enflamme la mienne; oui, la postérité Dira que les enfans des bords de la Durance Ont offert les premiers cette heureuse alliance ,
Et saura respecter aux mains de ces guerriers Un luth que leur vaillance a couvert de lauriers.
GASTON
Pendant çes jeux trompeurs qu’un vain délire anime, La Sicile murmure et sent trop qu’on l’opprime.
Des pontifes divins le pouvoir respecté
Plie en se débattant sous notre autorité.
Prompte à nous censurer, leur adroite éloquence Ressaisit par degrés sa première influence.
D’un fanatisme ardent le peuple est possédé.
Par les grands soutenu, par leurs conseils guidé , Il s’essaie à braver un sceptre qui lui pèse.
Il s’agite sans but, il s’irrite, il s’apaise :
Cet esprit inquiet , ces vagues mouvemens Sont les avant-coureurs de grands événemens Du nom de Procida souvent il nous menace ;
De ce fier citoyen je redoute l’audace.
Ne peut-il nous tromper par un retour prochain ? On dit qu’il a juré de venger Conradin ;
On dit
MONTFORT
Dans tous les temps la rumeur populaire Excita mes mépris bien plus que ma colère.
Irai-je , recueillaut ces discours mensongers, ^ Quand tout semble tranquille inventer des dangers Suivre de mers en mers un sujet qui s’exile,
Pour exhaler sans crainte une haine inutile ?
Lui, qu’il ébranle un joug par le temps affermi! Vain projet! Lorédan n’est-il pas mon ami?
J’aime à me reposer sur sa reconnaissance.
Je le plains , si jamais , trompant ma confiance ,
Il tente A ce penser puis-je encor m’arrêter?
Un faux bruit répandu doit peu m’inquiéter;
Et si nous concevons de plus justes alarmes Nous sommes tous Français et nous avons des armes!