‹ Les vepres siciliennes, tragedie en cinq actes, précédée du Discours d'ouverture du second théatre françaisChapitre 4 sur 59 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Près du trône des lis , dans les grandeurs nourri.

PROCIDA

Quel est son nom ?

SALVIATI

Montfort, le ministre docile Des ordres souverains transmis à la Sicile.

En partant pour la cour du pontife romain ,

Le monarque a laissé le sceptre dans sa main....

(Le jour augmente par degré.)

Fuyons, l’ombre s’efface, et l’aube va paraître.

PROCIDA

Il n’est pas temps encor; qui peut me reconnaître? Seul, avant mon départ, dans ces lieux renfermé, Invisible aux tyrans de ce peuple opprimé ,

J’ai su, sans irriter leurs fureurs inquiètes.

Ourdir les premiers fils de nos trames secrètes.

En vain , pour s’étayer du nom de mes aïeux ,

Par l’éclat des emplois , Charles flattait mes yeux : J’ai fui de nos vainqueurs le superbe visage;

La cour me croit errant de rivage en rivage :

Mon fils, par un billet instruit de mon retour,

Ici , pour me revoir, doit devancer le jour :

Je veux l’attendre.

SALVIATI

Au moins, daignez me satisfaire.

Le ciel a-t-il béni votre exil volontaire?

PROCIDA

Il m’inspirait. Le ciel a sans doute allumé

Ce feu pür et sacré dont je suis consumé.

Oui, c’est avec transport que j’aime la patrie;

Mais d’un amour jaloux j’ai toute la furie :

Je l’aime , et la veux libre; et, pour sa liberté,

En un jour, biens, amis, parens, j’ai tout quitté. Long-temps j’ai parcouru nos déplorables villes ; Honteux et frémissant, j’ai vu nos champs fertiles, Aux préteurs étrangers prodiguant leurs trésors ,

Se couronner pour eux du fruit de nos efforts.

Quels tourmens j’ai soufferts pendant cés longsvoyagcs! Combien j’ai dévoré de mépris et d’outrages!

Pour qu’un chemin plus libre à mes pas fût ouvert, J’ai porté le cilice , et de cendres couvert ,

Tantôt, durant les nuits, debout sous un portique. Je réveillais l'ardeur d’un peuple fanatique ;

Tantôt, d’un insensé, dans mes accès fougueux. J’imitais l’œil hagard et le sourire affreux;

Et des ressentimens qui remplissent mon âme.

Dans la foule en secret je répandais la flamme.

Par ces déguisemens j’échappais aux soupçons :

Ma haine sans péril distilla ses poisons.

Si quelque citoyen se plaignait d’une injure.

D’un soin officieux j’irritais sa blessure :

Tu connais le pouvoir de nos transports jaloux : J’allumais leur fureur dans le sein des époux ; Partout, dans tous les cœurs j’ai fait passer ma rage. Mais c’est peu qu’indignés d’un honteux esclavage, Des mécontens obscurs soient pour nous déclarés ; F.t nous comptons des rois parmi nos conjurés.

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