‹ Les vepres siciliennes, tragedie en cinq actes, précédée du Discours d'ouverture du second théatre françaisChapitre 5 sur 59 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

SALVIATI

Des rois!

PROCIDÀ.

Depuis deux ans j'ai quitté la Sicile :

Avant que la tempête éclatât dans cette île ,

Du pontife de Rome il nous fallait l'appui ;

Il craignait nos tyrans , je me présente à lui.

Il apprend mon dessein , l’adopte, l’autorise,

Près du roi d’Aragon m’offre son entremise :

« C’est le sang de Mainfroi qui doit régner sur vous ; » De sa fille , dit-il , je couronne l’époux. »

Au monarque espagnol je l'annonçai moi-même :

Le dangereux présent d’un nouveau diadème Est un brillant appât pour un front couronné.

Don Pèdre d'Aragon , par l'espoir entraîné , S’empresse d'obéir à cette voix divine ,

Veut rassembler sa flotte et descendre à Messine. Mais bientôt d’une guerre , utile à nos projets ,

Ses trésors épuisés font languir les apprêts.

Je le quitte , et les mers, que je traverse encore,

Me portent de l’Espagne aux rives du Bosphore. J’apprends que de nos rois le successeur altier Des Césars d’Orient menace l’héritier.

Ce prince intiinicfé se trouble au bruit des armes.

Je parais , mes récits redoublent ses alarmes.

J’ai vu tous les vaisseaux , j’ai compté les guerriers: J’élève jusqu’aux cieux ces nombreux chevaliers, Nourris dans les combats, ardens, pleins de vaillance. Que je hais en Sicile et que j'admire en France.

Il tremble , mon projet se montre à découvert ;

De l’empire aussitôt le trésor m’est ouvert ,

Et don Pèdre reçoit, par un secret message.

Un secours important dont je presse l’usage.

L’empereur , généreux pour sauver ses états ,

Assure aux conjurés l’appui de ses soldats :

Déjà de l’Àragon la flotte est préparée ,

Le pontife est armé de la foudre sacrée :

Voilà , Salviati , le fruit de mes efforts.

Contre nos oppresseurs tout s’unit au dehors:

Ici , de nos amis , parle , que dois-je attendre?

SALVIATI

Vous les verrez, seigneur , prêts à tout entreprendre. Eberard de Fondi , Philippe d’Aquila ,

Oddo , Loricelli , Mario , Borella ,

Voulaient fixer sans vous la sanglante journée , Promise à leur fureur trop long-temps enchaînée. Des ordres de Montfort complaisans dangereux , Admis dans ses conseils , plus souvent à ses jeux , Nous savons , aux plaisirs appliquant son étude, Tromper de ses esprits l’ardente inquiétude.

Nos coups seront plus sûrs. Dans ces jours solennels. Où les chrétiens en foule approchent des autels ,

Le saint asile ouvert aux remords du coupable Couvre nos entretiens d’une nuit favorable.

Nous levons à demi ce voile ténébreux ;

Nous laissons pressentir des changemens heureux; L’interprète du ciel au fond des consciences

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