ACTE IY, SCÈNE ÏV
( Au* conjures. ) ' • ,
Ministres généreux des vengeances publiques.
Vous dont trois ans d’attente ont éprouvé lu foi,
Je vous connus toujours incapables d’effroi;
Votre dessein m’étonne , amis , et je dois croire Qu’un parti si honteux révolte votre gloire.
Je ne vous blâme point : l’impuissanoe d’agir Le commandait peut-être, et défend d’en rougir; Mais au glaive étranger avant d’offrir ma tête ,
J’ai voulu vous soumettre un doute qui m’arrête :
Nos torts par un aveu seront-ils expiés?
Quand ces fiers ennemis nous tiendront à leurs pieds. Qui peut vous assurer que leur reconnaissance Vous accorde un pardon que vous payez d’avance?
SALVÏATI.
Il serait dangereux d’oser nous punir tous.
PftÛCIDA.
Eh! qui choisiront-ils? prêt à mburir pour vous.
S’ils ne frappent que moi , jé bénis mon supplice ; Mais je crains leur clémence autant que leur justice. • L’intérêt pour un temps peut détourner leurs traits; On saura tôt ou tard vous créer des forfàits;
Et, brisant par degrés le nœud qui vous rassemble* Punir séparément ceux qu’on épargné ensemble. Est-il un seul de vous qui ne tremble pour lui? Demain il périra s’il échappe aujourd’hui.
Oui, vous périrez tous. Vous demandez U vie...
Ah! souhaitez plutôt qu’elle vous soit ravie.
De leur bonté superbe il faudrait l’acheter
7 o VÊPRES SICILIENNES,
Au prix de tous les biens qui la font regretter. Descendez de ce rang que la gloire environne ;
Les vainqueurs sontjalouxdu pouvoir qu'il vous donne, Ils ne pardonneront qu’en vous affaiblissant : .
Tant qu’on est redoutable on n’est point innocent.
Vous espérez en paix jouir de vos richesses :
Ne vous en flattez pas, ils craindraient vos largesses.
Ces noms que huit cents ans Palerme a révérés,
Ils vous resteront seuls, vous les déshonorez.
Insensés! vous payez de votre ignominie Les tourmens mérités d’une lente agonie.
Est-ce donc vivre, ô ciel! que trembler de mourir, Que d’obéir toujours, que de toujours souffrir.
Ou, nourris des bienfaits d’une cour étrangère,
D’y cacher de son sort l’opprobre et la misère?
Hclas! si vous fuyez, par vous abandonné,
A quel sceptre pesant ce peuple est enchaîné!
Dans ses maux à venir contemplez votre ouvrage :
De ses persécuteurs vous irritez la rage. 4^
. Tout deviendra suspect à leur autorité : ^
L’effroi chez les tyrans se tourne en cruauté.
Ils vont, sous les couleurs d’une feinte prudence.
Par des pleurs et du sang cimenter leur puissance. Sur des débris nouveaux l’affermir, l’élever.
•l’ai perdu la Sicile en voulant la sauver.
LORÉDAS
Qu’ai-je fait , misérable ?
SALVIATJ.
• O trop funeste image!
. ACTE IV, SCÈNE IV. ' 7 r
Philippe dwquila. •
De nos tristes enfans voilà donc l’héritage !
PROCIDA
Grand Dieu! si la fortune eût servi nos efforts, L’équité renaissait pour consoler ces bords :
Les lois de nos aïeux , auprès du trône assises, j Resserraient du pouvoir les bornes indécises.
Don Pèdre commandait; par vos mains couronné, '* Amis, c’est par vos mains qu’il aurait gouverné . I Vous marchiez après lui les premiers de l’empire. Instruit du noble but où votre espoir aspire,
T e n’entreprendrai point de surprendre vos cœurs A tous ces vains appâts des trésors, des faveurs,
Des hautes dignités dont sa prompte justice
Voulait récompenser un si rare service. 1 -
Ces honneurs séduisans ne vous ont point tentés;
Je le sais, j’en suis*fîer, mais vous les méritez.
Qu’au timon de l’état votre roi vous rappelle, lîorella, c’est un prix .qu’il doit à votre zèle.
Oddo, vous pouviez seul, réparant nos revers,
Des flottes d’un brigand balayer nos deux mers.
O brave d’Âquila! pleurez sur votre gloire:
Vous choisissant pour gaideaux champs de la victoire , Don Pèdre aurait fixé le destin des combats ,
Et le nom d’un tel chef eût créé des soldats.
Que le nouveau monarque élu par la Sicile
Aux talens, aux vertus ouvrait un champ fertile!
Quel destin pour vous tous, vous, son plus ferme appui ,
7 a VÊPRES SICILIENNES,
De verser ses bienfaits ou de vaincre pour lui ,
De partager ces soins de la grandeur suprême,
Qui font chérir un prince à des sujets qu’il aime. D’entendre un peuple entier vous nommer ses sauveurs!
Voilà les titres vrai», les immortels honneurs;
C'est là l’ambition qui trouble une grande âme,
Celle que j’aime en vous, la seule qui m’enflamme !
Ah! s’il n’estpoint d’exploitplus beau pour notre orgueil.
Que de ressusciter la patrie au cercueil.
Est-il un prix plus doux et plus digne d’envie.
Que de la rendre heureuse après. l’avoir servie?