IX. — La pari de Sergius
Ce serait de loin, parait-il, la plus importante.
(( Nous n'hésitons pas, dit l'auteur des Origines du chant litur- « gique, à voir dans ce pape l'inspirateur des derniers travaux du K Graduel romain, lesquels durent consister à remanier tous les <( anciens chants du Propre de la Messe d'après un style mélodique <( uniforme. Une telle opération peut seule expliquer comment il « se fait que les messes des fêtes primitives de l'Église (Pâques, l'As- (( cension, la Pentecôte, Noël, les Quatre-Temps, etc.) ont des (( cantilènes absolument semblables, quant à la facture musicale, à « celles des offices introduits dans la liturgie au temps du pape « Serge lui-même » .
Quand bien même cette dernière observation serait tout à fait fondée, la seule conclusion qu'il faudrait en tirer, en tenant compte des témoignages historiques relatifs à Grégoire I^r, c'est que, à la fin du Vile siècle, on avait encore le secret de composer des chants
liturgiques dignes de figurer à côté des véritables mélodies grégoriennes.
Mais déjà le lecteur sait à quoi s'en tenir au sujet de ces a offices introduits au temps du pape Serge ». On l'a vu plus haut : il est impossible de démontrer positivement que la suite du VI I^ siècle ait ajouté une seule pièce vraiment originale aux chants de la messe proprement dits (^).
Quant aux autres chants qui peuvent dater, en effet, de l'époque de Sergius, j'ai fait observer qu'ils se distinguent à première vue, soit pour le texte, soit pour la mélodie, des morceaux faisant partie du fonds primitif du répertoire romain.
S'il y a une conclusion à tirer a priori de la facture musicale des pièces introduites sous Sergius, c'est qu'elles ne doivent pas provenir de la même source que l'Antiphonaire grégorien ; qu'elles sont nées à une époque où la richesse avait fait place à la pauvreté, l'originalité au plagiat, le reste de vigueur du génie latin aux dernières prétentions de l'hellénisme envahisseur.
Ainsi, le remaniement supposé des mélodies sous Sergius non seulement n'a aucune raison d'être, mais, indépendamment même du fait historique de l'origine grégorienne de l'Antiphonaire, cette hypothèse ne peut tenir devant un examen attentif du caractère intrinsèque des cantilènes mises en cause.
(i) J'avais encore un doute, on s'en souvient, sur la provenance de la communion Nos antem de l'Exaltation de la Sainte-Croix, donnée par les plus anciens manuscrits. Dom Pothier a l'obligeance de m'envoyer une copie de la mélodie d'après le Codex Murbacensis . Elle est simplement calquée, comme la Communion de l'Assomption, sur la pièce grégorienne Dico anteni {Liber g7-aditalis de dom Pothier, p. [3o]).
Le P. Rivière, dans la note déjà citée des Études religieuses (juin i88g, p. 3i3), désirerait un travail sur les retouches qu'a dû subir V Antiphonaire postérieurement au vi* siècle. Ce que j'ai dit à plusieurs reprises de l'œuvre musicale du vii^ siècle montre suffisamment qu'un tel travail n'a pas autant de raison d'être que celui de M. Duchesne sur le Sacramentaire. Pour ce dernier livre, il n'était pas bien malaisé de composer de nouvelles formules : mais ajouter de nouvelles mélodies, c'était plus difficile. On se contenta donc généralement, jusqu'à l'époque d'Adrien P"", de mettre l'Antiphonaire au pair du Sacramentaire, en indiquant les morceaux du fonds grégorien qui devaient être exécutés aux fêtes d'introduction plus récente. Après Adrien, on poussa plus loin encore le respect de la forme primitive du recueil : les fêtes nouvelles n'y furent pas admises, mais rejetèes au Breviariiim. à tel point que certains exemplaires écrits au xe siècle représentent néanmoins l'état du chant grégorien à la fin du viii<^ siècle {Paléographie musicale, p. 74).