‹ Les véritables origines du chant grégorienChapitre 20 sur 22 · X. — La pari de Grégoire · texte numérisé non relu

X. — La pari de Grégoire

« Une seule tâche, dit M. Gevaert, restait à accomplir: coor- (( donner et réunir tous les chants de la messe dans un recueil (( pareil à celui que le pape Agathon avait fait élaborer pour les a chants de l'office des heures, en un mot, rédiger la partie du Li- (( be?' ajîtiphonarius qui est devenue notre Graduel d'aujourd'hui. (( Cette tâche — nous l'avons indiqué plus haut — échut, selon {( toute vraisemblance, au Syrien Grégoire III ».

De la longue série de conjectures que nous venons de parcourir, voilà certes la plus difficile à justifier au point de vue historique, comme il a été démontré plus haut à propos des témoignages d'Adrien 1er et d'Egbert d'York.

On n'apporte d'ailleurs en sa faveur aucune preuve spéciale (') : on se contente d'avancer la parfaite V7^aisemb lance de la chose. Cependant on conviendra qu'il fallait ici quelque chose de plus solide, surtout si l'on considère que personne pendant près de douze siècles n'avait encore entrevu cette vraisemblance. Supposé donc que nous n'eussions aucun témoignage direct, aucune tradition même, en faveur de Grégoire 1*^^^ mieux vaudrait, vu l'absence complète du plus léger indice extrinsèque ou intrinsèque relatif à l'œuvre de Grégoire III, s'en tenir prudemment, comme Agobard, à o un Grégoire quelconque », pour expliquer l'épithète de « grégoriens » accolée dès leur première apparition aux recueils liturgiques de Rome (2).

(i) Je ne considère pas comme telle la traduction du décret de Cloveshoe dont il a été parlé plus haut, p. 38, note i.

(2) M. Gevaert se prévaut de quelques passages de la discussion relative à l'âge des Sacramentaires dans les Origines du culte chrétien de M. l'abbé Duchesne. pour donner comme un fait assuré que « la compilation de l'Antiphonaire (c romain a été antidaté de plus d'un siècle, et que si l'épithète grégorien a « quelque droit d'y figurer, elle désigne ou Grégoire II, ou plus probablement (( encore son successeur Grégoire III ».

Je ne saurais exprimer tout le respect et la gratitude que je ressens pour réminent professeur qui nous a donné dans a ce petit livre » des Origines un travail aussi fécond en idées qu'en faits, et auquel, j'en suis sûr. auront fait comme moi <( bon accueil » tous ceux qui s'intéressent à l'étude des « rites vénérables de notre vieille mère l'Eglise catholique ».

Mais, pour dire toute ma pensée, ce livre sera .surtout utile à ceux qui ont fait une étude approfondie des matières liturgiques : pour ceux qui ne sont pas aussi

XI. — Comment s'explique l'injustice de l'histoire à l'égard des papes helléniques.

Arrivé à la rin de l'exposé de son système, M. Gevaert se demande <( comment le souvenir des faits qu'il a essayé de reconstituer a pu « s'effacer de si bonne heure à Rome ». — « La solution de ce pro- (( hlème, dit-il, se trouve probablement dans les haines religieuses « et nationales qui surgirent entre Rome et Constantinople à par- (( tir du schisme iconoclaste 1726)... C'est là ce qui a pu porter les <( chroniqueurs latins, tel que Jean le Diacre, à jeter un voile dis- <( cret sur beaucoup d'actes accomplis par les pontifes orientaux, et <( à mettre exclusivement en lumière la personnalité des grands <{ papes d'origine italique ».

Dans ma première réponse, je n'avais pas caché ma complète incrédulité à l'endroit d'une telle explication, .l'étais de ceux pour qui (( la thèse des papes helléniques avait fait son temps » (^). M. Gevaert, « pour prouver qu'il n'a pas parlé tout à fait au hasard »

pleinement initiés, il peut offrir plus d'un écueil difhcile k éviter. La raison en e.st qu' (c au fond », comme dit Fauteur lui-même, « il n'y a ici que des notes de cours » ; par conséquent, beaucoup de sous-entendus, beaucoup de traits réclamant quelques légers correctifs que le maître dans ses explications orales savait distribuer avec un à-propos qui m'a charmé moi-même en plus d"une rencontre.

Ainsi, pour ce qui est de la discussion sur lâge des trois Sacramentaires tels que nous les possédons, les Origines donnent bien la date du \i^ siècle pour le Léonien, la tin du vii*^ siècle pour le (jélasien, la tin du \'iii^ ou l'époque d'Adrien I*^"" pour le Grégorien. Mais cette étude, si intéressante qu'elle soit, n'a d'autre but cjue de constater l'âge de ces divers documents comme nous les avons présentement dans les manuscrits. Ce n'est là qu'une partie du travail. Au critique alors de recommencer à propos de ces recueils liturgiques l'opération délicate faite déjà sur tant de vieilles chroniques : l'analyse cies divers éléments constitutifs de ces recueils, afin d'en discerner le fonds primitif, de lui assigner sa date, s'il v a lieu, et de le séparer des interpolations et additions postérieures. M. Duchesne lui-même a tenté fort heureusement ce travail pour ce qui concerne le Sacramentaire grégorien ; et quoique par une louable réserve il propose finalement de l'appeler « Sacramentaire d'Hadrien ». il ne prétend pas évidemment par là fixer à la fin du vm*^ siècle la rédaction proprement dite de la collection dans sa forme primiti\e.

Il est d'autant plus nécessaire de bien accentuer cette distinction, qu'elle semble avoir échappé à l'auteur du conipte-rendu des Origines du culte chrétien. publié récemment dans les Études religieuses (juin 1890, p. 3ig-32o).

(I) Études religieuses des Jésuites, juin icSqo. p. -iK^.

EXAMEN DU SYSTÈME DE M. GEVAERT yS

se contente de rappeler » les sorties outrecuidantes de Jean le Dia- (( cre contre la légèreté des chantres français et la grossièreté des (( chantres allemands n. J'avoue que je ne vois pas la portée de cet exemple pour le cas qui nous occupe. Est-ce donc une chose nouvelle, que cette tendance à exalter ses compatriotes au détriment des étrangers ;• Les Italiens de nos jours sont-ils plus justes à l'égard des Français et des Allemands que ne l'étaient leurs ancêtres du IXe siècle ? Et ces deux derniers peuples eux-mêmes ne sont-ils pas surpris chaque jour en ilagrant délit d'injustice, en se reprochant mutuellement ce qui peut leur rester soit de la a légèreté », soit de la (• grossièreté » dont les accusait, il v a neuf cents ans, le biographe de Grégoire 1^" ^

Mais pour le calcul attribué ici aux chroniqueurs romains du IXe siècle, franchement je ne puis l'admettre. Il serait assez étonnant qu'une éducation toute romaine n'eût pas suifi pour faire pardonner l'origine plus ou moins orientale de ces vieux pontifes, dont la mémoire a été de tout temps vénérée du peuple romain, dont les notices officielles, même après le schisme iconoclaste, contrastent par leurs amplifications exceptionnellement élogieuses, avec la maigre et insigniriante mention consacrée soit à des papes d'origine italique comme Vitalien, soit même à un romain pur sang comme Grégoire h'".

XII. — Esquisse historique du développement du chant liturgique dans l'Eglise latine.

Je ne me serais pas facilement aventuré dans une discussion publique sur les origines du chant de l'Église latine, vu la difficulté d'arriver à une solution satisfaisante dans l'état actuel des connaissances tant liturgiques que musicales. Cependant, après avoir critiqué moi-môme, je ne puis me soustraire à la nécessité de fournir à mon tour matière à la critique, en exposant les résultats positifs auxquels je suis parvenu de mon côté.

Il me suffira pour cela de réunir dans un tableau d'ensemble les conclusions particulières éparpillées çà et là dans le cours de cette étude. Je ne prétends pas, il est vrai, satisfaire à toutes les curiosités même légitimes ; mais on ne pourra nier du moins que je me sois fondé constamment sur les données de l'histoire et d'une analyse consciencieuse.

/^ Voici à grands traits, l'histoire de ce développement du chant / liturgique, tel que je le conçois.

/ir)Quelques éléments primitifs du répertoire liturgique, remontant pour le fond à la Synagogue elle-même, ont dû aussi recevoir d'elle la forme musicale dont ils furent revêtus dès l'origine du christianisme ('). Dans cette catégorie rentreraient les genres de mélodies appliqués aux psaumes-répons qui précèdent le sacrifice, et à divers récitatifs comme la préface, les oraisons et les lectures proprement dites. En cela consista la musique de l'Église à son berceau.

/2. )\u IV*^ siècle, après la fin des persécutions et le triomphe de l'Eglise, le chant liturgique se développe et s'enrichit de toutes parts, sous une influence analogue à celle qui transforme à la même époque en riches et spacieuses basiliques les modestes sanctuaires primitifs et les cryptes des catacombes. Tout en respectant le fonds antique des mélodies transmises par la Svnagogue, on ne se fait pas scrupule de l'accroître et de le féconder à l'aide de ce que l'art profane avait inspiré de plus pur et de plus noble.

f 3.) Entre tous les pays de la chrétienté, la Svrie est le théâtre de cè-^éveloppement extraordinaire du chant sacré. C'est à Antipche que la psalmodie alternative est inaugurée (344-357), sous la direction des deux ascètes Flavien et Diodpre. Mais c'est dans l'Église de Jérusalem que se révèle le foyer le plus puissant de l'inspiration liturgique, à cette période d'éclosion et d'exubérance universelle.

/^.y Les Occidentaux ne peuvent longtemps demeurer étrangers à ce,mouvement. Eusèbe de Verceil et Hilaire de Poitiers, durant leurs exils lointains et prolongés, ont dû déjà se rendre compte de l'influence merveilleuse de ces chants pour encourager et fortifier le chœur immense des fidèles contre les artifices et les violences de l'hérésie (f). Cette première impression est bientôt partagée par les

y (i) (( Loquentes vobismetipsis in psalmis. et hymnis, et canticis spiritualibus » (S. Paul, Epist. ad Ephes. V, ig).

(2) « Audiat orantis populi consistens quis extra ecclesiam vocem. spectet <( célèbres hymnorum sonitus, et inter divinorum quoque sacramentorum officia « responsionem devotae confessionis accipiat. Necesse est terreri omiiem adver- " santem, et bellari adversus diabolum, vincique resurrectionis fide mortem» « tali exsultantis vocis nostrae. ut dictum est, iubilo. Sciât hqp Deo placitum « esse, hoc spei nostrae testimonium. publicas victricesque exsultationis nostrae

^ « voces personare » (S. Hilarius. In LXV psabmim, n. 4 ; Patr. lat. IX, 425-6). On sait que le même manuscrit d'Arezzo, dans lequel ,1. K. Gamurrini a découvert la Peregrinatin Svlviae, lui a fourni également quelques débris du Liber livinnoriim d'Hilaire mentionné par saint .lérome.

latins de toute condition qui commencent à affluer des divers points de l'Europe vers les Lieux Saints. La noble pèlerine gauloise Silvia décrit avec enthousiasme à ses « dames et sœurs » tout ce qu'elle a vu et entendu durant son séjour dans la ville sainte. De son monastère de Bethléem, Jérôme peut observer à loisir et admirer l'efflorescence liturgique qu'étale à ses regards étonnés cette grande Église de Sion près de laquelle l'a conduit et fixé la Providence. Enfin, cinq ans seulement après le concile romain quasi œcuménique de 382, où Jérôme lui-même a paru comme secrétaire, l'évêque de Milan, Ambroise, introduit dans son Église un ensemble de cantilènes liturgiques à l'imitation des Orientaux ('). Augustin, encore néophyte, est là pour témoigner par son émotion et ses larmes de l'etîet irrésistible de ce premier essor de la musique religieuse d'Occident, dont le charme et la richesse vont jusqu'à inspirer des scrupules à l'exquise délicatesse de son âme (^). Mais bientôt luimême prend la plume pour défendre contre les critiques d'un certain Hilarus quelques-uns des nouveaux chants de la messe introduits à Carthage, l'Offertoire et la Communion (■').

5. Jl n'y a aucune raison sérieuse de douter que le répertoire de clT^t dit milanais ou ambrosien, tel qu'on le trouve dans les plus anciens manuscrits, ne représente, quant à la substance, la plupart des mélodies introduites à Milan à la fin du IV*^ siècle, /è. Je ne connais non plus rien qui fasse légitimement supposer que Rome demeura dans l'isolement, ou sentit le besoin de se créer un répertoire musical entièrement différent de celui de Milan. Au

(i) c< Tune hvmni et psalmi ut canerentur secundum morem orientalium (c partium, ne populus moeroris taedio contabesceret, institutum est ; et ex illo « in hodiernum retentum, multis iam ac pane omnibus gregibus tuis et per « caetera orbis imitantibus » (S. August. Confession, lib. IX, c. 7, n. i5 ; Pair. lat. XXXII, 770).

(2; « V^erumtamen, cum reminiscor lacrimas meas, quas fudi ad cantus Eccle- « siae tuae in primordiis recuperatae fidei meae etc. » (Confession, lib. X, c. 33, n. 5o ; Patr. lat. XXXII, 800). « Quantum flevi in hymnis et canticis tuis, suave « sonantis Ecclesiae tuae vocibus commotus acriter ! Voces illae influebant « auribus meis, et eliquabatur veritas in cor meum ; et exaestuabat inde affectus (C pietatis. et currebant lacrimae, et bene milii erat cum eis » (Ibid. lib. IX, c. 6, p. 769).

(■') ce Morem qui tune esse apud Carthaginem coeperat, ut hvmni ad altare « dicerentur de psalmorum libro, sive ante oblationem, sive cum distribueretur a populo quod fuisset oblatum » {Retractation, lib. II, c. 1 1 ; Patr. lat. XXXII. 634).

contraire, tout porte à admettre l'identité substantielle des deux j chants. Le romain et le milanais durent n'être, à l'origine, qu'un [seul et même type : la forme italique du grand mouvement inauguré dans les différents pays de la chrétienté au IV*^ siècle. Cette identité substantielle du chant romain et du chant milanais se déduit tout naturellement : i» de l'identité substantielle des deux liturgies à leur point de départ, identité reconnue entre autres par M. Probst de Breslau (0, et M. Ceriani, préfet de la Bibliothèque Ambrosienne, « le savant le plus versé dans l'étude de la liturgie milanaise » (2). 2" Du fait de la compénétration du milanais et du romain dans les manuscrits qui reproduisent l'un et l'autre avec le plus de fidélité : compénétration telle, que l'on ne pourrait, sans réduire presque à rien les recueils romains, en éliminer les pièces empruntées à l'ambrosien, et qui comparées avec celui-ci offrent tous les traits d'une refonte voulue et systématique. 3° Enfin, de ce que les restes du chant romain antégrégorien qu'on retrouve en différents endroits de Ja péninsule jusqu'aux Xh* et XI I^ siècles, étaient considérés comme du véritable ambrosien, tant ils devaient s*^ rapprocher pour le fond comme pour la forme (■'). ; 7) Le chant milanais semble être demeuré à peu près stationriaire depuis ses origines jusqu'à une époque fort avancée du moyen âge (+). Le romain, au contraire, a dû subir très tôt des modifica-

(i) V. Revue bénédictine, mai 1890, p. 194.

(2) Duchesne, Origines, p. \5i.

(3) M. Gevaert révoque en doute l'utilité et l'importance de ce rapprochement entre le chant grégorien et les cantilènes milanaises des plus anciens manuscrits. Je crois pouvoir affirmer que rien n'est plus propre à fournir d'abondantes lumières sur les origines jusqu'à présent si obscures du répertoire romain.

(4) C'est un fait hors de doute, et des plus intéressants, que de toutes les Églises, celle de Rome a été la plus féconde en changements liturgiques. Combien de fois n'est-il pas arrivé dans l'histoire, que des Eglises particulières se sont trouvées après une longue série de siècles avec des usages liturgiques reçus de Rome à l'origine, et dont Rome elle-même insensiblement avait perdu jusqu'au dernier souvenir ! Ces Eglises étaient restées stationnaires, et Rome avait marché : ce phénomène s'est reproduit maintes fois, et jusque de nos jours. Par contre, il est curieu.x de constater que Rome, tout en perdant de son propre fonds au cours des siècles, ne s'en e.st pas moins constituée peu à peu l'héritière des particularités les plus saillantes des diverses liturgies locales jusqu'à cette onction de l'ordination, qui semble avoir appartenu d'abord en propre, à la petite et lointaine Église de Bretagne (Duchesne, Origines, p. 364). C'est surtout dans le Pontifical romain que se manifeste davantage ce caractère pour ainsi dire cosmopolite de la liturgie romaine parvenue à son dernier état de développement.

lions importantes, pas assez toutefois pour que sa physionomie cessât de témoigner de l'identité d'origine à la fin du VI*^ siècle. Une première modification est attribuée au pape Célestin I»-''" par le Liber Pontificalis : l'addition d'un chant de psaume à YIngressa ou Introït primitif, pour occuper le défilé imposant et prolongé qui précédait à Rome la fonction papale. Pour les autres développements du chant romain au V^ et au VI^ siècle, nous n'avons qu'un seul document propre à nous renseigner : mais sa provenance lui assure une autorité dont il faut tenir compte jusqu'à preuve du contraire.

Il s'agit encore de ce curieux opuscule publié par Gerbert dans ses Monumenta et intitulé : (( De prandio monachorum qualiter mo7iasteriis in Romana Ecclesia constitutis est consiietudo ». Ce document est l'œuvre de quelque moine frank du VIII" siècle, qui est allé examiner de près l'usage et la tradition des monastères romains, parmi lesquels surtout, on le sait, se recrutaient les membres de la Schola. Il semble tout particulièrement au fait des traditions qui avaient cours dans les monastères situés près de Saint- Pierre. C'est là apparemment qu'il a dû puiser ces détails trop peu remarqués jusqu'ici sur les divers personnages qui ont élaboré le chant liturgique de Rome. Voici en résumé les indications qu'il fournit :

Le premier de tous, le saint pape Damase a organisé tout le cvcle ecclésiastique en se basant sur l'ordre suivi à Jérusalem et les indications de saint Jérôme. Après lui, vient toute une série de papes qui ont cliacun élaboré ou retouché le Cantus ayinalis : ce sont le ^rès saint pape Léon, saint Gélase, le pape Symmaque, puis Jean L'r (523-526) et Boniface II (53o-532) (').

Malgré le laconisme du narrateur, ces quelques notices peuvent être bonnes à enregistrer. Il n'est pas impossible que le progrès toujours croissant des études liturgiques permette un jour d'en con-

(i) <( Primus, beatus Dcmasus Papa, adiuvante S. Hieronimo presbytero vel « ordinem ecclesiasticum descriptum de Hierosolyma permissu sancti ipsius « Damasi transmittente instituit et ordinavit. Post hune beatissimus Léo papa (c annalem cantum omnem instituit ... Deinde beatus Gelasius Papa similiter « omnem annalem cantum... conscripsit. Post hune Simmachus Papa similiter et « ipse annalem suum cantum edidit. Iterum post hune lohannes Papa similiter « et ipse annuum circuli cantum vel omni ordine conscripsit. Post hune Boni- « facius Papa, qui inspirante sancto Spiritu et regulam conscripsit, et cantilena « anni circuli ordinavit ». {Patr. lat. CXXXVIII, 1.347).

8o EXAMEN DU SYSTÈME DE M. GEVAERT

trôler suffisamment l'exactitude. Ainsi, pour ce qui est dit de Gélase et de Symmaque, on ne pourrait mieux rattacher qu'à leur époque la messe du 29 septembre (^) et quelques morceaux des dimanches post sancti Angeli (^), inspirés évidemment d'un événement qui a eu toute son importance à la fin du V^ siècle, la dédicace de l'église Saint-Michel dans la banlieue romaine, au sixième mille de la voie Salaria {^').

(^8.\Le dernier pape nommé par l'anonyme de Gerbert est Grégoire le Grand. L'auteur fait de lui le plus bel éloge, dresse le catalogue sommaire de ces œuvres, et finit par la phrase citée plus haut en note : « Il fit aussi un chant célèbre pour tout le cycle de l'année ». J'ai déjà dit ailleurs en quoi consista proprement le travail de Grégoire sur le chant romain : il fut entièrement parallèle à celui qu'il opéra sur le Sacramentaire. Il prit le chant romain tel qu'il existait à la fin du Nl^ siècle c'est-à-dire le vieux fonds remontant au IVe siècle et représenté par l'ambrosien des plus anciens manus- ' crits, avec les modifications et accessions dues aux pontifes du V*^ et du VI*ï siècle. 11 commença par faixe.SQn.. choix, distribuant ses matières suivant le cycle fixé définitivement par lui. Puis, il remit sur le métier ces pièces de son choix, et les refondit en leur imprimant les marques caractéristiques de son génie : le naturel et la discrétion, la simplicité et l'harmonie. Enfin, il dut XDmposer quelques pièces nouvelles pour répondre aux nouvelles nécessités résultant des réformes introduites par lui : par exemple, bon nombre de versets alléluiatiques exigés par l'extension de ce genre de chant à tous les dimanches de l'année, peut-être aussi quelques

(i) Cette fête, essentiellement romaine, se trouve déjà au Sacramentaire léonien, c'est-à-dire dès le \i^ siècle (Duchesne. Origines, p. 25).

(2) Ainsi la messe du XVTII^ dimanche après la Pentecôte, le premier /JOi'i sancti Angeli d'après la vieille manière romaine, est dans son ensemble une vraie messe de dédicace. Le dimanche précédent présente l'Offertoire Oravi Deiim meian, dont le verset fait mention expresse de l'archange saint Michel (Tomasi, Opéra, t. V. p. 146, 14g).

(3) M. de Rossi (Bulletin, 1871, p. 146) fait remonter au \^ siècle la fondation de cette basilique. Le Liber Pontificalis attribue au pape Symmaque certains travaux exécutés à une autre église de Saint-Michel à l'intérieur de Rome (édit. Duchesne, \, 268, note 36). Parmi les nombreuses lettres inédites de Gélase I^"" retrouvées par M. Edmond Bishop dans la Collectio Britannica, la seconde (Cod. Brit. Addit. 8878, fol. 9) est relative à la consécration d'une basilique en l'honneur de saint Michel par l'évêque Justus de Larino, ville épiscopale peu éloignée du mont Gargan.

Traits pour les semaines précédant le Carême, et des antiennes de communion en rapport avec l'ordre des leçons évangéliques (^). En général cependant, le travail de Grégoire fut une œuvre d'organi-i j sation et de refonte plutôt que de composition proprement ditej !/V Encore une fois, je crois que le travail opéré sur le Sacramentaire nous fournit la plus juste idée de ce qui fut fait pour le chant.

;^7Toute compilation est dans son genre un indice que la période de^yroductivité originale est passée. Ainsi les premières Sommes du XII le siècle ne feront leur apparition qu'une fois la période d'élaha^ ration théologique close par la mort du dernier des Pères de l'É^glise. La somme musicale de saint Grégoire le Grand marque de même la date finale de la première période productive de l'art liturgique. L'œuvre liturgique du VIL' siècle postérieure à Grégoire n'est pas faite, on l'a vu, pour mettre en défaut cette loi à peu près générale de l'histoire du génie humain.

Aussi, après Grégoire, le document plusieurs fois cité n'enregistre plus que trois noms : ce sont ceux de trois abbés des monastères voisins de Saint- Pierre. Jusqu'ici tout renseignement nous fait défaut à leur sujet ; il est bon toutefois de prendre note de la mention de notre anonyme sur le rôle qu'ils ont pu remplir, eux aussi, dans la fixation définitive des recueils romains. Voici ce passage :

(( Après eux (les Papes nommés plus haut) l'abbé Catalenus, de « service au tombeau de saint Pierre, fit avec beaucoup de soin (I un chant pour tout le cours de l'année. Après lui encore, l'abbé (( Maurianus, qui servait également l'apôtre saint Pierre, arrangea (( aussi un chant renommé pour toute l'année. Enfin, l'abbé « Virbonus disposa pareillement d'une façon admirable le chant « du cycle liturgique » (^).

(i) Ce triple travail est fort bien exprimé par les vers suivants du prologue qui se trouve en tête de TAntiphonaire dans le manuscrit de Saint-Gall :

<c Ipse Patnim nionumenta sequens renovavit et aiixit (c (^annina in officiis retinet qtiae circulus anni »

(Tomasi, Opéra, t. \', p. i). On peut rapprocher ces deux vers des trois expressions par lesquelles Jean Diacre caractérise la triple opération de Grégoire sur le Sacramentaire gélasien : « Gelasianum codicem de missarum solemniis, multa (c siibtrahens , paiica convertens, nonnulla vero siipeiadiciens pro exponendis <c evangelicis lectionibus in unius libri volumine coarctavit » (lib. II, c. 17; Pair. lat. LXXV, 94).

(2) « Post istos quoque Catalenus abba, ibi deserviens ad sepulcrnm sancti « Pétri, et ipse quidem annuum circuli cantum diligentissime edidit. Post hune

Avec les noms de ces trois abbés, se termine cette série de renseignements émanés, comme il a été dit, des traditions de la Schola romaine. Pas la moindre mention des papes helléniques ou autres ('). De ce silence, et plus encore de tout ce qui précède, on est en droit de conclure que la période de production n'a guère dépassé l'an 600. Cette date, antérieure d'un siècle à celle que propose M. Gevaert, met fin aux « 07'igines » proprement dites « du chant liturgique de l'Église latine», et nous force ainsi de faire rentrer la période entière dans les limites où l'avait placée « une tradition séculaire » : un peu plus de deux siècles, depuis 382 (^) jusqu'à 600 environ.

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