‹ Les véritables origines du chant grégorienChapitre 21 sur 22 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Me voilà parvenu à la fin de ma tâche. Je sais plus que personne ce que cette étude a de défectueux. Elle a notamment le tort trop évident de faire complètement abstraction du Sacramentaire, dont le sort est lié de la façon la plus étroite à celui des recueils de chant. Ce sacrifice, on s'en souvient, m'a été imposé par M. Gevaert, et je n'ai pas voulu récuser ses conditions. Malgré tout, j'espère que ce travail contribuera en quelque chose au progrès des études liturgiques, vers lesquelles commencent à se porter de nouveau les esprits.

Il ne me reste plus qu'à dissiper, autant qu'il est en moi, un dernier malentendu. M. Gevaert semble croire qu'en revendiquant les droits de Grégoire 1er, j'ai fait avant tout œuvre d'admirateur plus enthousiaste qu'éclairé. Cependant je me suis efforcé de ne point perdre de vue que le premier devoir de l'historien est de chercher la vérité en mettant de côté toute prévention. Ne pas apporter tous ses soins à l'accomplissement de ce premier devoir, m'eût paru une

« quoque Maurianus abba ipsius sancti Petri apostoli serviens annalem suum (c cantum et ipse nobile ordinavit. Post hune vero domnus Virbonus abba et « omnem cantum anni circuli magnifice ordinavit » (Pair. lat. CXXXVII, 1347).

(i) L'auteur de la notice de saint Léon II au Bréviaire romain (28 juin) parle bien d'une prétendue réforme musicale opérée par ce pape : « Ipse enim sacros « hymnos et psalmos in Ecclesia ad concentum meliorem reduxit». Il est difficile de savoir où il a puisé ce détail. .le pense qu'il faut y voir une déduction hâtive de l'éloge du pontife dans le Liber Pontijicalis : u Cantelena ac psalmodia praecipuus (( et in earum sensibus subtilissima exercitatione limatus » (Duchesne, I, 35q).

(2) Date du grand concile de Damase, considéré, non sans raison, par dom S. Baeumer (Katliolik, février 1888, p. 179) comme le point de départ du développement général de la liturgie en Occident.

EXAiMEN DU SYSTEME DE M. GEVAERT 83

sorte d'infidélité envers la mémoire de tant de travailleurs monastiques, véritables créateurs de cette science critique dont on se montre si fier aujourd'hui, et non sans raison.

Pour ce qui est de saint Grégoire, je sens parfaitement qu'il a moins que personne besoin de louanges indiscrètes, et qu'il n'est pas nécessaire, pour le grandir, de le parer de ce qui ne lui appartient pas. Si j'ai dû maintenir sa position comme liturgiste, je me suis bien gardé d'exagérer le mérite qui lui revient à ce titre. Me permettra-t-on d'exprimer ici une appréciation purement personnelle ? Je ne me pose nullement en admirateur absolu et sans réserve de l'œuvre soit liturgique soit musicale de Grégoire. Il y aurait sans doute de l'ingratitude à nier le mérite supérieur de l'ensemble ; mais aussi il y a peut-être lieu de regretter quelques beautés de détail, certaines richesses du trésor amassé par les âges antérieurs, qui ont dû être sacrifiées aux nécessités de cette réforme, marquée surtout au coin de la sobriété et de la discrétion.

Loin de méconnaître « le mérite de l'effort fait pour sortir des généralités dont on se paie depuis des siècles », je pense, au contraire, que le monde savant saura gré à M. Gevaert d'avoir abordé cette question des origines du chant liturgique. On serait tenté, en effet, d'éprouver une sorte de honte en constatant le peu de progrès fait sur ce terrain, si l'on ne se rappelait que la question est complexe, vu les connaissances à la fois liturgiques et musicales qu'elle requiert. Or, c'est un fait bien connu et trop explicable, que la plupart des liturgistes font profession de ne rien entendre au chant sacré, tandis que les musicologues le plus souvent n'ont que des notions assez vagues sur l'histoire de la liturgie. M. Gevaert s'est senti l'énergie intellectuelle nécessaire pour aborder de front le problème, et en cela il a grandement mérité de la science liturgique. Il ne fallait pas s'attendre, évidemment, à obtenir du premier coup un résultat d'une parfaite précision : mais, au moins, personne ne pourra refuser au brillant directeur du Conservatoire royal de Bruxelles l'honneur d'une première tentative. Pour ma part, je souhaite de tout cœur, dussent môme les résultats être parfois contraires à « certaines traditions généralement admises dans le clergé », que les savants chrétiens de notre époque sachent, comme M. Gevaert, aspirer à voir « le résultat final de leurs efforts tourner à la gloire (f de l'Église catholique, en jetant une plus éclatante lumière sur les « innombrables services qu'elle a rendus à la culture occidentale ».

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