‹ Les véritables origines du chant grégorienChapitre 3 sur 22 · LXXV · texte numérisé non relu

LXXV

« chant sacré dans la sainte Église « Romaine suivant les enseignements « reçus de lui. Il lui assigna diverses « propriétés, et lui fit bâtir deux « demeures, l'une située au pied des « degrés de la basilique de l'apôtre « saint Pierre, l'autre dans le voisi- « nage des édifices du palais patri- (( arcal de Latran. On y montre « encore aujourd'hui le lit sur lequel « il se reposait en donnant ses leçons « de chant; et le fouet dont il menait çait les enfants y est encore conte serve et vénéré comme une relique, « aussi bien que son Antiphonaire « authentique. Par une clause insé- « rée dans l'acte de donation, il régla « sous peine d'anathème que ces « propriétés seraient réparties entre c< les deux fractions de la Schola « comme récompense du service « quotidien ».

D'après ce texte destiné aux lectures publiques de l'office ('), et dont plusieurs traits pouvaient être aisément contrôlés par le Pape et par tout son clergé, il est hors de doute, non pas précisément que saint Grégoire le Grand est réellement l'auteur de l'Antiphonaire qui porte son nom, mais

1° qu'on le croyait à Rome vers l'an 872 ;

2° que la Schola romaine regardait Grégoire comme son fondateur, bien plus, comme son dotateur ;

3" qu'on croyait encore avoir son Antiphonaire authentique, et divers autres objets attachés dans l'opinion publique au souvenir de ce qu'avait fait jadis le grand Pape pour la cause du chant ecclésiastique.

De ces trois points, le plus important est sans doute ce fait que la Schola elle-même attribuait sa fondation à Grégoire I^r. Car s'il est une chose qui ait pu et dû survivre aux injures du temps, c'est bien, dans une corporation importante de ce genre à la vie paisible,

(i) Voir la préface, Patr. lat. LXXV, 61.

régulière et toute de tradition, le souvenir de celui dont elle tenait à la fois son existence et ses biens.

Quant à ces reliques qu'on trouve « assez bizarres », il faut remarquer que Jean Diacre n'est ni le premier, ni le seul à en faire mention, Amalaire et Egbert d'York nous parleront à leur tour de r « Antiphonaire authentique « de Grégoire. La Notifia ecclesiarum urbis Romœ, document classé par M. de Rossi parmi le» Itinéraires du VI I^ siècle, ne manque pas d'inviter les pèlerins arrivés au portique de Pétronille à monter tout joveux ad Gregorii lectum {'), à l'endroit où était conservé le « lit de saint Grégoire »» lit sur lequel on croyait que le saint Pape avait rendu l'àme.

L'historien le plus exigeant demeure donc obligé d'accepter le témoignage de Jean Diacre, non pas, encore une fois, sur des faits remontant à plus de deux siècles et demi de distance, mais sur la tradition ayant cours à Rome, et particulièrement dans la Schola romaine, vers l'an 872. Il ne nous en faut pas davantage pour le moment.

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