I. — Jean Diacre (v
DANS le but de battre en brèche l'autorité de Jean Diacre, M. Gevaert mentionne un passage où le biographe confond la mission de l'abbé Jean sous Agathon avec celle de l'abbé i\drien sous Vitalien, et fait de Théodore de Cantorbéry un archevêque d'York. Il a eu tort, je l'avoue. Mais cet exemple, quoi qu'on dise, ne sutiit pas à « nous donner la mesure du crédit qu'il convient d'accorder au biographe de Grégoire I*-'"' » : d'abord, parce que cet exemple est à peu près isolé dans un ouvrage assez étendu d'un auteur qui passait aux yeux de ses contemporains pour un personnage fort habile (') ; ensuite, parce qu'il s'agit ici d'un fait d'inté-
(I) C'est le témoii^nage que lui rend Anastase le Bibliothécaire, dans une lettre à Charles le Chauve : » Hortantibus fratribus, et maxime viro peiitissimo « lohanne diacono verae fidei puritate ac scientiae claritate notissimo » (Patr. lat. CXXIX, 71 5). Parmi les erreurs signalées par Baronius, les plus graves consistent dans quelques récits légendaires qu'on reproche, à Jean Diacre d'avoir admis avec trop de crédulité. Mais on oublie que les plus incroyables de ces légendes se trouvent déjà dans les biographies antérieures: par exemple, l'historiette de la délivrance de Trajan ligure au ch. XXIX de la plus ancienne Vie de saint Grégoire, écrite au monastère anglais de Streoneshalch tout au commencement du vin<; siècle (P. Kwald, Die àlteste Biographie Gtegor I, p. 26, 45). .lean Diacre, en la reproduisant, fait ressortir tout ce qu'elle contient d'invraisemblable ; il a soin de la faire suivre de quelques réflexions qui permettent de l'interpréter d'une façon raisonnable.
Quant à ce prétendu (c aveu » de négligence complète à l'endroit de la chronologie, fait par Jean Diacre dans sa préface, M. Gevaert en a quelque peu dénaturé le sens. Le biographe dit : « Non tantum quando fecisset, sed quantum
rèt secondaire, où la confusion n'est que trop explicable ('), Mais enfin, qu'on pense ce qu'on voudra de l'habileté du moine Jean comme historien, rien absolument ne nous autorise à croire à un mensonge de sa part, lorsqu'il affirme un fait visible et palpable, bien connu de tous ceux qui l'entourent, qu'il a lui-même sous les yeux, au sujet duquel, par conséquent, la moindre inexactitude non seulement impliquerait un outrage flagrant et voulu à la vérité, mais aurait gravement compromis la réputation de l'auteur, dont l'ouvrage, on le sait, était attendu avec impatience par le Pape et le clergé romain. Or, tel est le cas pour toute une partie du passage suivant, si souvent cité, mais que je ne puis omettre dans cette série complète des témoins de la tradition grégorienne.
Vila S. Gregorii Vie de S. Grégoire.
lib. II, cap. VI. liv. II. ch. vi.
Antiphonarium centonizans. Comment saint Grégoire fit le cantorum constituit scholam. recueil appelé Antiphonaire. et
fonda l'École des Chantres.
« In domo Domini^ more sa- « Dans la maison du Seigneur,
« pientissimi Salomonis, propter « comme un très sage Salomon,
« rnusicce compiinctionem dulcedi- « sachant la componction qu'inspire
« nis, Antiphonarium centonem « la douceur de la musique, il com-
« cantorum studiosissimus nimis « pila dans l'intérêt des chantres le
« utiliter compilavit. Scholam « recueil appelé Antiphonaire, qui
<( quoque cantorum, qucehactenus « est d'une si grande utilité. Il insti-
(f eisdem institutionibus in sancta « tua également l'école des chantres,
(( Romana Ecclesia modulatur « qui maintenant encore exécute le
(( fecisset sollicitas deflorare curavi ». Cela ne veut pa.s dire apparemment qu'il se permettra de placer à la tin du vi*^ siècle des faits accomplis au commencement du vni^. Il prévient simplement qu'en rapportant les actions de Grégoire, il ne s'astreindra pas à grouper ses matières par ordre chronologique. Aujourd'hui encore, en plein xix^ siècle, on écrit des biographies en ce genre. Ce ne sont pas généralement celles qu'on goûte le plus à notre époque ; mais, pour .Jean Diacre, ce pouvait être une nécessité : peut-être y a-t-il lieu d'y voir une preuve de plus de sa sincérité. Itn l'absence de renseignements suffisants pour préciser la suite chronologique des événements, il valait bien mieux s'abstenir, que d'imaginer un système dénué de fondement solide.
(i) Le vénérable Bède. cet « écrivain consciencieux et candide », qu'on oppose au biographe << notoirement inexact — pour ne pas dire davantage — )> de saint Grégoire, Bède lui-même n'a-t-il pas fait un évêque d'Arles de l'évêque Ethérius de Lyon ? [Hist. eccles. lib. Il, cap. 24 et 27 ; Pair. lat. XCI V, 54. 57).
« constituit; eique cum nonnullis « prcvdiis duo habitacula, scilicet « alterum siib gradibus basilicœ « beati Pétri apostoli, alterum <c vero sub Lateranensis patriar- « chii domibus fabricavit, ubi « usque hodie lectus eius, in quo « recubans modulabatur, et fla- « gelluni ipsius, quo pueris mi- « nabatur, veneratione congrua « cum authentico Antiphonario « reservatur, quœ videlicet loca a per prcvcepti seriem sub inter- « positione anathematis obtninis- « terii quotidiani utrobique gra- « tiam subdivisit ». (Patr. Lat.