III) H A CE VEUX ET
peintre de la Smalah se mit, avec une incroyable facilité, à imiter tout ce qu'il avait vu, pastichant les marines de son grand-père, les scènes de sport et de chasse de Carie, couvrant les pages de ses albums de charges
Coiffure chinoise, robe garnie en ciiicorke
(Sérié des Mon pilleuses. Gravure de Gatine.)
très amusantes de la vie militaire et de grotesques silhouettes de Merveilleuses et d'Incroyables, et fixant d'un trait spirituel et fin, qu'il rehaussait de teintes délicates, de très précieuses ligures de modes. Tels furent les débuts d'Horace Vernet1.
1 U Art- Journal de Londres publia jadis sur Horace Vernet une notice dont nous détachons les lignes suivantes relatives aux débuts du peintre : «... A l'âge de onze ans, il fit, pour M'"° de Périgord, un dessin de tulipe qu'elle lui paya vingt-quatre sols, et à l'âge de treize ans, il avait des commandes eu assez grandi' quantité pour se suffire à lui-même l ue de ses premières
L'historien d'art peut vraiment s'appuyer aujourd'hui sur de nombreux éléments de discussion pour juger ce peintre dont l'œuvre est en grande partie connue de tous, après avoir été analysée en détails, chaque année pendant près d'un demi-siècle, par des salonniers d'opinions très divergentes, depuis M. Beulé jusqu'à Henri Heine, depuis Gustave Planche
Toque de velours, Chapeau de paille garni de crêpe,
W I T 7. - C II 0 U R A DE SATIN Iî 0 11 E D E P E H C A L E GARNIE DE MANILLE
(Série des Merveilleuses. Gravure de Gatino.) (Série des Merveilleuses. Gravure de Galiuc.)
jusqu'à Théophile Gautier, en passant par Proudhon, Thiers, Alfred de Musset, Thoré...
Et parmi les documents qui nous viendront en aide, dans l'étude de
L'artiste et de son œuvre, il en est un des plus intéressants dont nous
œuvres fut la vignette qui, suivant le goût de ce temps, ornait les lettres d'invitation pour les parties de chasse impériales; et tel en était le mérite, qu'un graveur d'une grande réputation, Duplessis-Bei taux, n'hésista pas à la déclarer digne de son propre burin.
« Les Commandes abondent rapidement chez le jeune Verne t : dessin à six francs, tableaux à vingt francs. Il travaillait principalement pour le Journal de modes, dont il devint le dessinateur en litre; et c'est peut-être de ces travaux dans ce genre que lui vient ce talent de caricature, dont il amuse, même encore, ses amis intimes, souvent à leurs propres dépens. »
R A P 11 A E 1. AU Va 1 I C A s
(Gravure de .M. Romagnol. Musée du Louvre.)
IlOHACE VERNET
devons la précieuse communication à l'obligeance de M. Horace Delaroche- Vernet.
C'est un état complet, depuis le 15 avril 181 1 jusqu'au 18 mai 1852, des travaux exécutés par Horace Vernet. Les prix de vente ou de commande y sont exactement indiqués, et rien n'est curieux à suivre comme l'ascension rapide de l'artiste vers le triomphe, à travers la lecture de ces chronologiques indications et de ces chiffres méthodiquement alignés.
Certes, dans cette nomenclature aride et sèche, l'historien ne trouve pas matière à des déductions psychologiques comme dans le Livre de raison de Joseph Vernet, où parfois la pensée accompagne le fait et le commente ; mais il y puise d'inappréciables renseignements sur les travaux de l'artiste, sur ses efforts de chaque jour, et sur les dates précises de l'exécution définitive des œuvres qui font sa gloire, comme la Barrière de Clichy, Mon atelier, le Portrait du frère Philippe, Y Assaut de Constantinei
Si Carie Vernet était toujours demeuré iidèle à la maison des Bourbons, Horace, lui, avait gardé au fond de son cœur le souvenir du grand Empereur.
Sa jeunesse n'avait-elle pas été bercée au bruit de la gloire impériale, et, quoique marié, n'avait-il pas saisi le fusil en 1814, pour lutter sous les ordres de Napoléon contre les armées de la Sainte Alliance. 11 élail aussi, avec son ami Charlet, parmi les intrépides défenseurs de la barrière de Clichy, et il n'eut, comme on Fa dit, qu'à reporter sur la toile les impressions qu'il avait ressenties pendant cette terrible journée pour produire un de ses meilleurs tableaux.
Ainsi s'explique et se comprend sa passion pour un genre de peinture qui est la reproduction des sujets qui ont le plus vivement impressionné sa
1 Ce curieux document figure, à titre d'appendice, à la lin de cet ouvrage, sous cette rubrique :
If ordre Vernet, marié avec Louise Pujol le 15 avril 1811 .1 reçu des travaux exécutés par lui.
La pièce entière est de la main de M"" Vernet, la première ligne mous apprend que le jeune ménage avait en caisse 338 fr., 60, le 15 avril 1811. A la fin de cette même année, Horace Vernet avait gagné, avec la vente de ses dessins, de ses gravures de modes, de ses caricatures, de ses transparents, etc., la somme de 3.813 IV. 60. Ce fut pendant cette première année qu'il exécuta les trois portraits à l'huile de M. de Carignan, de M""' Dusandronis, el de M. Danèse, qui lui rapportèrent à eux trois la somme de 12.000 francs. Il faut a jouter qu'en 1833, le portrait de la marquise de Dalmatie lui était payé 5.000 francs, et en 1842 celui du chancelier Pasquier 10.000. En définitive, c'est par plusieurs millions que se chiffrent les sommes gagnées par Horace Vernet à la pointe de son facile pinceau.