PATHOGÉNIE DES TROUBLES DÉTERMINÉS PAR LES VERS INTESTINAUX
L'étude des lésions provoquées par les vers intestinaux sera faite à l'occasion de chaque affection particulière. Il en sera de même pour la pathogénie. Cependant nous croyons utile de résumer ici les conceptions actuelles sur le rôle pathogène des vers intestinaux.
Action mécanique. — Les vers agissent par leur seule présence, en s’opposant au cours normal du contenu intestinal (occlusion par paquets d’Ascarides) ; ils peuvent favoriser une invagination.
Action traumatique. — Elle peut être de deux ordres :
Active : les vers érodent le revêtement intestinal par leurs crochets (Ténias), par leur appareil buccal (Ankylostomes) ; ils pénètrent dans la paroi intestinale (Trichocéphales, Oxyures) et pourraient même la perforer (Trichines) ;
Passive : les parois intestinales distendues par un paquet d’Ascarides s'amincissent, se sphacèlent et se perforent.
Action spoliatrice. — Ils soustraient à l'hôte une certaine quantité de chyme, ou surtout du sang (Ankylostomes, Trichocéphales, Ascarides).
Action réflexe. — Ils irritent les terminaisons du sympathique, d'où convulsions, méningisme, etc.
Action toxique. — Ils sécrètent des substances toxiques (1), particuliècrement des substances hémolysantes capables de déterminer des anémies graves, voire mortelles (Bothriocéphales, Ankylostomes). Dans les anémies, en effet, l’action spoliatrice n'aurait qu'un rôle secondaire, le rôle primordial revenant aux toxines. De même les troubles réflexes ne seraient habituellement qu'une des formes de l'intoxication (Ascarides surtout).
Action inoculatrice. — Ce serait le complément de l'action traumatique ; les vers, en se fixant sur la muqueuse, en la pénétrant, ou simplement en érodant l'épithélium, favoriseraient l'inoculation des microbes de la flore intestinale in situ, d'où abcès minuscule, ulcération, puis perforation (appendicite) ; d’où, aussi, point de départ d'une infection générale (fièvre typhoïde, septicémie colibacillaire, ete.). D'autres fois, l'action inflammatoire se traduit par des troubles intestinaux locaux.
Il est probable qu'aucun de ces facteurs n’est exclusif et que, dans chaque cas particulier, plusieurs d’entre eux s'associent.
Le rôle pathogène des parasites intestinaux, sans doute très inégal, n’en est pas moins actuellement hors de conteste.
On s'explique, par l'exposé de cette pathogénie complexe, pourquoi les vers intestinaux n'ont pas de symptomatologie personnelle. Toutes leurs manifestations sont des symptômes d'emprunt : ils peuvent occasionner les tableaux cliniques les plus différents, soit qu'ils agissent comme simples agents étiologiques d'une affection classée [appendicite, fièvre typhoïde (?), anémie, etc.|, soit qu'ils déterminent des troubles autonomes (tumeurs abdominales, péritonite, méningite, etc.), et l’on conçoit qu'ils prêtent à des erreurs de diagnostic extrêmement variées.
(1} En broyant des Ascarides conservés dans du sérum formolé à 2 p. 100, notre garçon de laboratoire reçut dans l'œil quelques gouttes du produit : il présenta pendant quelques jours une réaction conjonctivale assez intense. Ce
cas est analogue à ceux qui ont été signalés par maints observateurs, par A. Railliet, entre autres.