DEUXIÈME PARTIE
1° Troubles nerveux.
ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE GÉNÉRALES DES TROUBLES NERVEUX DUS AUX HELMINTHES,
L'étude des faits met en lumière un certain nombre de conditions favorables et quasi indispensables à l’éclosion des phénomènes nerveux chez les enfants porteurs d’Ascarides.
Tout d’abord, en ce qui concerne le sexe, bien que beaucoup d'observations omettent de le signaler, il ne paraît pas douteux que les filles sont plus sujettes à ces accidents que les garçons.
La prédominance dans la seconde enfance est un fait d'ordre général en matière d’helminthiase. Pourtant l'âge peut avoir son influence sur la modalité clinique des accidents : c’est ainsi que, dans la première enfance, on observe plutôt des convulsions (cas de Heim, par exemple) ou des phénomènes méningés (Taillens).
Nous n'insisterons pas sur le tempérament lymphatique; mais, par contre, ce qui ressort avec la pius grande évidence de toutes les observations, c'est la prédisposilion nerveuse, tant héréditaire que personnelle.
Ceci étant admis, quel est le mode d'action des vers?
Nombre d'auteurs considèrent qu'ils agissent par leur seule présence, à la facon de tout corps étranger.
Guermonprez rapporte un certain nombre de cas curieux où les convulsions ont eu pour point de départ une boulette de papier (Dujardin-Beaumetz), un cheveu, un épi de seigle.
Cependant, à côté de ces faits intéressants, 1l est patent que l'intestin est d’une complaisance rare à l'égard des corps étran-
gers. De plus, Taillens fait remarquer très judicieusement qu’on ne connait pas de méningisme provoqué par des jouets, des cailloux.
Ilétait naturel de ne pas considérer comme négligeables les mouvements actifs des helminthes ; aussi a-t-on invoqué leur action mécanique.
Luton considère comme la cause des réflexes la Ztillation de la muqueuse par les vers. Trousseau parle de vellication (vellicare, chatouiller), ce qui revient au même. D'après cette donnée, il semblerait que l'intensité des troubles fût en rapport avec le nombre des vers et avec leurs dimensions. Roche et Sauton, dont l'opinion n’est guère partagée, attribuent les accidents graves, tels que les convulsions, à l’arrivée des vers dans l'estomac.
On a objecté que cette hypothèse des mouvements vitaux n'explique pas pourquoi les accidents réflexes sont bien plus souvent le fait des Ascarides que des Ténias.
Bien que les mouvements actifs des vers puissent ne pas être négligeables, il semble que cette action mécanique ne soit pas suffisante à expliquer les troubles observés. Aussi a-t-on de plus en plus tendance, aujourd'hui, à attribuer une importance primordiale à la fhéorie toxique : les phénomènes nerveux seraient dus à l’action des poisons sécrétés par les vers sur les centres encéphalo-médullaires, plus ou moins susceptibles selon l’hérédité ou les tares acquises du sujet. Il y aurait lieu, en outre, de tenir compte de l'état du milieu intestinal, qui annihile ou exalte la puissance nocive du parasite, ou demeure sans influence sur elle. Il reste à savoir en outre si le ver ne sécrète ses poisons que dans des conditions où le terrain lui permet cette exaltation de virulence (Taillens).
Nous n'’insisterons pas plus longuement sur ces considérations pathogéniques générales, et nous verrons, à propos de chaque affection, les modifications à y apporter.