EPILEPSIE
Les attaques convulsives épileptiformes constituent la manifestation « sympathique » la plus fréquemment signalée dans la littérature helminthologique, et c'est une opinion courante, au moins parmi les mères de famille, que les vers donnent des convulsions.
La plupart des observations manquent de clarté ou de précision sur la différence entre convulsions et épilepsie ; les deux mots sont employés l'un pour l'autre.
Nous pensons qu'il y aurait intérêt à scinder cette étude et à envisager séparément convulsions et épilepsie. A l'heure actuelle,
TROUBLES NERYEUX. 41
il est vrai, la chose est bien difficile, puisque la question des rapports entre ces deux syndromes est loin d'être élucidée, les uns pensant que les convulsions prédisposent à l'épilepsie, les autres considérant qu'elles sont une épilepsie aiguë et qu'il n'y a pas lieu de distinguer deux affections (Féré) ; d'autres enfin croyant que leurs rapports se bornent à des analogies apparentes (Rilliet et Barthez).
Quoi qu’il en soit de la pathogénie, il nous semble que, cliniquement, éclampsie et épilepsie ne sont pas synonymes el que leur étude séparée gagnera en clarté.
Convulsions.
Bien que les Ascarides soient plus fréquemment en: cause que les autres vers, nous emprunterons de nombreux documents au mémoire de Martha qui concerne les Ténias. Or, à la lecture de ce travail, on se rend compte que les divergences d'opinions tiennent par-dessus tout à ce que épilepsie et convulsions sont constamment confondues.
Legendre le premier, en 1850, expose la question en termes raisonnables :
« Toutes les fois, dit-il, qu'une personne, un homme surtout, éprouve des phénomènes nerveux insolites, tels que vertiges très prononcés, troubles variés de la vue, lipothymies, ou bien des accidents convulsifs offrant quelques caractères, soit de l'hystérie, soit de l’épilepsie, l'idée de l'existence possible du tænia doit venir à l'esprit du médecin. Il sera surtout fondé à soupçonner une pareille cause dans le cas où ces troubles nerveux se sont manifestés sans prédisposition héréditaire, sans cause occasionnelle el sans altération organique appréciable, »
Delasiauve (1854) envisage évidemment aussi les convulsions plutôt que l'épilepsie lorsqu'il écrit: l'épilepsie vermineuse « devient probable quand se montrent les signes permanents de la présence des entozoaires. Leur expulsion est aussi une indicalion diagnostique ; en effet, quand elle coïncide avec un notable amendement du mal, il en résulte un motif nouveau et sérieux de croire à la réalité de l'influence vermineuse ».
Davaine admet l'existence de ces symptômes. Ferrand et Vidal
écrivent également que les vers intestinaux sont parfois la cause: manifeste d'accidents épileptiformes. Berlureaux croit le fait possible, sans l'avoir jamais observé. Bérenger-Féraud pense aussi que la présence du Ténia peut déterminer des accidents ressemblant fort à l'épilepsie, si bien que, dans les cas d'étiologie douteuse, on est en droit d’instituer un traitement anthelminthique, sans grand espoir d’ailleurs.
Dansla discussion soulevée par la communicationde Féréol sur l'épilepsie vermineuse, en 1876, Delasiauve déclara que, cet accident fût-il admis et justifié par quelques guérisons, il s'en fallait que toutes les observations fussent probantes. La présence des entozoaires n’est souvent qu’une coïncidence ou une complication. L'évacuation des vers est parfois, mais non toujours, suivie d’une atténuation ou d'une suspension des accidents, et souvent des recrudescences se produisent en dépit des anthelminthiques. De plus, on ne sait au juste quelle est la durée de l'immunité.
En effet, le plus généralement, la durée de la guérison n’est pas signalée. Dans quelques cas, une rémission de cinq, six et dix ans est notée. Faut-il en conclure que le parasite était cause des convulsions ?
Si ces accidents sont en réalité occasionnés par les vers, il semble naturel d'admettre qu'ils cessent brusquement dès la disparition de ceux-ci; mais il n’en est pas toujours ainsi; l'organisme ressent quelque temps encore l'influence du corps étranger disparu.
Bouchut (1878) dit avoir vu les convulsions épileptiformes très souvent prises pour de l'épilepsie, alors que la guérison s’obtenait par les anthelminthiques.
Sur les 22 cas d’épilepsie due aux Ténias, rassemblés par Martha, 4 seulement concernent des enfants; ce sont d’ailleurs des observations assez anciennes, vagues, et l'on ne saurait se baser sur elles pour décrireles petits caractères différenuels entre l'épilepsie vraie et la pseudo-épilepsie vermineuse, que Martha signale d'après les observations d'adultes : aura plus longue, absence de blessure dans la chute, convulsions plus prolongées, périodicité des attaques, longues phases de rémission, inefficacité ou nocuité du traitement bromuré, absence d’antécédents névropathiques.
À ces 4 cas anciens, on peut en ajouter 6 relatifs à Z/. nana.
En résumé, ces accidents épileptiformes vermineux ont une existence indiscutable, mais lescasà l'abri d’une critiquerigoureuse sont peu nombreux.
Ce qui vient d’être dit des Ténias peut s'appliquer exactement aux Ascarides.
Les faits d'attaques épileptiformes attribués aux Ascarides sont d’ailleurs plus communs. Fidelin considère les convulsions comme le plus fréquent des accidents sympathiques. Elles durent peu, sont peu graves : c’est pour cela, croit-il, qu'on n'en publie pas la relation.
Mais, ici encore, il est difficile de citer une observation qui soit à l'abri de toute critique.
Rien de particulier à signaler à l'endroit des Oxyures, souvent associés d’ailleurs aux Ascarides (obs. 48, 60, 73).
Par contre, on trouve dans la littérature du Trichocéphale deux faits récents de Stcherbak, qui ont un peu plus de valeur : l’un concerne un garçon présentant des attaques épileptiformes et des phénomènes d'hystéro-épilepsie, l’autre, un garçon également, atteint de petit mal avec accès convulsifs épileptiformes et hystéroépilepsie.
Mais, comme le fait remarquer l’auteur, dans ces deux observalions les signes hyslériques sont étroitement unis aux signes épileptiques. Stcherbak estime que les symplômes combinés d’hystéro-épilepsie surviennent le plus souvent comme phénomènes concomitants dans certaines formes d'intoxication ou d’autointoxication, et acquièrent par là même la valeur d’une manifeslation symptomatique.
Le premier malade de Stcherbak, revu au bout de six ans, n'avait pas eu de récidive.
Mais l’auteur reconnaît que ses cas ne constituent pas une preuve définitive de l'origine trichocéphalienne des accès, car, dit-il, de longues périodes de calme peuvent s’observer dans la névrose idiopathique (formes combinées d’épilepsie et d'hystérie).
De tout ceci, que conclure ?
Que la plupart des auteurs admettent, avec réserves sans doute, la possibilité de convulsions réflexes dues aux vers. Ceux-ci Jouent-ils seulement, comme le pense Féré, un simple rôle de
cause occasionnelle ou agissent-ils d’une façon plus active? Il est difficile de se prononcer sur ce point.
Notons cependant, pour les convulsions comme pour le méningisme et plus encore, que Je mauvais fonctionnement des voies digestives peut être incriminé, qu'il doit l'être. Dans la majorité des cas, c'est la cause qu'il faudra rechercher avantlouteautre. Or la présence des vers s'accompagne bien souvent de troubles fonctionnels de l'intestin; s’ils ne les provoquent pas entièrement, du moins peuvent-ils les entretenir et devenir par là le point de départ d’une auto-intoxicalion qui, à elle seule, suffirait chez des prédisposés à provoquer l'apparition des convulsions. Mais ce n’est pas tout, et les sécrétions toxiques des vers ont vraisemblablement leur importance dans l'apparition des phénomènes d'excitalion corlicale; certainsleur attribuent en effet des propriétés convulsivantes.
Toutefois, pour que ces propriétés puissentse manifester efficacement, il importe que l'hôte offre un terrain favorable, une prédisposition. Il n'est pas exceptionnel de trouver chez le jeune sujet des tares héréditaires: épilepsie (obs. 54), alcoolisme (obs. 73), névropathie (obs. 74), incontinence d'urine (obs. 125); les mêmes manifestations peuvent se retrouver chez le petit malade luimême, antérieurement à l'apparition des accidents attribués aux vers. D'autres fois, l'enfant présente en même temps des troubles nerveux différents : tétanie, laryngospasme (obs. de Filatoff); ou bien encore ce sont d’autres enfants de la famille qui ont ou qui ont eu des troubles névropathiques : tel le fait de Rose Cormack (1876), cité par Féré, d’une enfant guérie de convulsions après expulsion d'Ascarides et dont cinq frères avaient été atteints de laryngite striduleuse pendant la dentition.
Le rôle des vers dans la production des accidents convulsifs chez les jeunes enfants est donc certain; el nous ne pensons pas, en dépit des conditions spéciales souvent nécessaires au développement de ces phénomènes (mauvais élat du tube digestif, tares névropathiques personnelles ou héréditaires), qu'il faille absolument restreindre ce rôle à celui d'une cause occasionnelle. N'agiraient-ils qu'en entretenant le mauvais état digestif, ils auraient une action propre; mais il est probable qu'ils déclenchent les susceptibilités nerveuses individuelles en même temps qu'ils les éprouvent par leurs toxines.
Ilest bien entendu que,avant de conclure à l'étiologie vermineuse, on aura soigneusement éliminé toute autre cause, la présence de vers pouvant coexister avec des convulsions symptomatiques d’une lésion organique, comme dans le cas de J. Lépine, Lambert et Salin.
Épilepsie.
Ici, comme dans toute maladie caractérisée, ilimporte de songer aussi, tout d’abord, à la coexistence possible des vers et de l’épilepsie vraie. L'épileptique est exposé à s'infester autant et même plus que tout autre, car, étant donnée son intelligence souvent amoindrie, il peut être géophage. De là à considérer que l'épilepsie est due aux helminthes, il y a un grand pas, et c’est ce fait qui est très contesté.
Laboulbène a débarrassé des épileptiques de Ténias sans les guérir. Bouillaud donne comme argument qu'un grand nombre de chiens ont des Ténias, sans pour cela être épileptiques !
En vérité, nous ne connaissons aucune observation tant soit peu probante à cet égard, et nous pouvons admettre, jusqu'à plus ample informé, que l’épilepsie essentielle, telle qu'on la conçoit à ce jour, ne peut être provoquée de toutes pièces par les vers.
Est-ce à dire cependant que les vers n’aient pas d'inconvénients chez un jeune épileptique ? Non, certes ; nous croyons au contraire que chez ces enfants personnellement tarés, chargés en outre d'une lourde hérédité névropathique ou alcoolique, les vers ont beau jeu pour provoquer l'apparition des accès et leur répétition. L'expulsion des parasites améliore incontestablement l’état du inalade ; les crises diminuent, s'espacent, comme nous l'avons vu chez un jeune épileptique, fils d'alcoolique (obs. 76). Parfois, on a la chance de les voir disparaitre ; qu'on ne s'empresse pas de crier victoire : les récidives sont habituelles, après un délai variable. parfois très long. Ce long intervalle possible entre les accès épileptiques empêche de conclure à leur origine vermineuse ; il en est de même dans la plupart des affections classées provisoirement sous la rubrique Névroses, la chorée par exemple (Voy. p. 39).
En résumé, nous admettons que les vers sont susceptibles de provoquer l'apparition de convulsions chez les enfants prédisdosés ; qu'ils ne créent pas de toutes pièces l'épilepsie essentielle,
mais que leur présence peut favoriser la répétition des accès chez
les épileptiques.
HysTÉRIE. — HYSTÉRO-ÉPILEPSIE. — HYSTÉRO-NEURASTHÉNIE.
Il ne faut pas perdre de vue que l'helminthiase peut être une cause occasionnelle des manifestations hystériques (Dupré, Rousseau Saint-Philippe), et qu'elle peut parfois simuler l’hystérie.
Nous rapportons plus loin quelques observations dues aux Ascarides, aux Oxyures el aux Trichocéphales. Ces dernières, étudiées par Stcherbak, sont celles qui prêtent le moins à la critique. Notons, ce qui était à prévoir, que la plupart des malades sont des filles.