‹ Les vers intestinaux dans la pathologie infantileChapitre 31 sur 108 · TROUBLES DE LA VISION · texte numérisé non relu

TROUBLES DE LA VISION

Les /roubles visuels, sans plus de précision, sont signalés dans diverses observations. Tebault dit que son jeune ankylostomiasique présentait des taches oculaires.

Müller de la Fuente insiste sur le rétrécissement du champ visuel ; ce signe serait tellement accusé qu'il pourrait être apprécié en promenant un doigt devant chaque œil du malade. Il va de soi

(4) A la dilatation pupillaire se rattache évidemment cet éclat particulier du regard sur lequel insiste aussi Duchamp. On croit couramment, dans le peuple, qu'un enfant a des vers parce qu'il a les yeux brillants, ce qui m'est que la manifestation de la dilatation pupillaire.

qu'il ne peut être utilisé que chez les enfants déjà grands. Ilexiste un certain nombre de faits d'amblyopie, d'amaurose et de cécité attribués aux vers. Cependant, comme le fait observer Batard, en présence d’une amblyopie, il importe de rechercher si la névrose n'est pas en cause.

L'héméralopie, également observée dansl’ankylostomiase, devrait être mise sur le compte de l'anémie (Batard).

Notons encorela æanthopsie, en dehors de toute administration de santonine, et enfin la photophobie.

Indépendamment des hémorragies rétiniennes provoquées par l’Ankylostome, il existe donc sans aucun doute des accidents oculaires dus aux parasites intestinaux ; ce sont de simples troubles fonctionnels. On devra y penser lorsqu'ils apparaîtront soudainement, chez un sujet exempt jusque-là d'accidents semblables, et en l'absence de lésions graves et d’étiologie organique, surtout si d’autres signes d'helminthiase coexistent. Enfin le succès du traitement anthelminthique, qui sera tenté avant tout autre, confirmera le diagnostic (Batard).

3° Troubles cutanés.

La présence des helminthes dans l'intestin peut provoquer des troubles du côté dela peau, soit des troubles à distance, réflexes ou toxiques |prurit nasal, érythèmes, urticaire, eczéma (?)], soit des troubles locaux (prurit anal, prurigo fessier, oxyurose cutanée). Cette étude, entièrement négligée par les dermatologistes,

nous semble cependant offrir un champ de recherches fort intéressant.

PrüRIT.

Le prurit nasal est considéré dans le peuple comme le grand signe révélateur de la présence de vers chez les enfants. Quelle qu'en soit la cause, son existence est réelle et sa fréquence marquée ; mais sa valeur diagnostique n’est pas absolue.

Le prurit anal est la manifestation de l'oxyurose. Nous empruntons à Fraysse la bonne description qu'il en donne.

Tout d'abord le prurit peut manquer totalement. Lorsqu'il existe,

son intensité est très variable : tantôt simple démangeaison, parfois douleur atroce.

L'enfant s’agite sur sa chaise, frotte souvent son siège, porte ses doigts à l'anus, donne quelques coups d'ongle ou comprime cette partie avec la main ; il éprouve une sensation de piqûre, de brûlure à l'anus que ses efforts et ses frottements ne font qu'exacerber ; quelquefois il pleure et se roule par terre, etrien ne peut le calmer si on ne trouve la cause de cette agitation. Ces manifestations se prolongent parfois des heures entières, puis diminuent insensiblement.

Le prurit se renouvelle chaque soir (vesperis inquietus, Linné), avec une remarquable périodicité, à l'heure oùle malade se couche, tel le petit malade de Cruveilhier, citépar Davaine. On admet, en effet, que c'est la chaleur du lit qui provoque cette grande activité des Oxyures : il est puérild’invoquer, comme on l’a fait, la crainte de ces vers pour la lumière du jour.

À cette opinion classique, d'après laquelle le prurit est toujours el uniquement vespéral, nous nous permettons d'objecter quelques faits (Voy. p.162). Sur 13 enfants qui nous ont été adressés pour être débarrassés de leurs Oxyures, 6 seulement avaient du prurit anal : 2 éprouvaient des démangeaisons vespérales ; les 4 autres les ressentaient à heure fixe, sans doute, mais chacun à des heures différentes : l'un le matin, l’autre à midi, le troisième vers trois heures et le dernier le jour, sans plus de précision. Ces observations, malgré leur pelit nombre, prouvent que l'opinion classique a besoin d’être contrôlée ; si des faits nouveaux viennent s'ajouter à ceux-là, il faudra chercher la cause de l'activité des Oxyures ailleurs que dans la chaleur du lit.

On peut d’ailleurs faire l'expérience bien simple proposée par R. Blanchard : changer les heures du coucheret voir si les démangeaisons se produisent à ce moment.

Grassi a vainement cherché à retarder ou à avancer le pruril vespéral en changeant l'heure des repas et des selles. Fraysse a remarqué une recrudescence des démangeaisons quelque temps avant les garde-robes, au moment où les matières arrivent dans la partie terminale de l'intestin ; elles se continuent environ une demi-heure après la selle. Lallemand explique ce fait par le retour périodique des phénomènes digestifs qui se terminent dans la dernière partie du gros intestin.

Quelle que soit la cause de la périodicité du prurit, sa cause directe n’est nullement discutée : il est dù aux Oxyures euxmêmes, soit à leurs mouvements rapides, soit aux pincements, aux mordillements qu'ils exercent sur la muqueuse ano-rectale. Leur présence à ce moment peut souvent être constatée dans les plis de l'anus ou sur la région périnéo-ano-vulvaire; des mères et des infirmières nous ont même signalé de véritables pelotons d'Oxyures errant dans les draps! La muqueuse de l’anus est congestionnée, rouge, enflammée, excoriée par le grattage. Elle montre une quantité de points rouges dus aux morsures répétées des vers; de plus, elle est recouverte d’un mucus épais et souvent sanguinolent renfermant des Oxyures et de nombreux œufs (Brumpt). Ce piqueté hémorragique peut aussi s’observer sur la muqueuse rectale (Fræhlich).

Le prurit n’est pas spécial à l'Oxyure. L'émission d’anneaux de Ténias s'accompagne souvent d'une sensation de brûlure et de prurit (Voy. par exemple les observations de Dipylidium caninum). Le malade éprouve tout à coup des démangeaisons anales, puis la sensation de quelque chose qui s'échappe et qui glisse (Baumel). Un petit malade de Rochebrune ne ressentait aucun malaise, si ce n’est qu'il se sentait mouillé; cette impression, dit l'auteur, est produite par un liquide assez abondant, blanc opalin, sécrété par les proglottis en se contractant après s'être détachés de la chaine.

OXYUROSE CUTANÉE.

La littérature médicale ne comporte que 5 cas de celte affection, décrite par Majocchi sous le nom de dermite intertriginoïde oœyurique (Scezlecki, Michelson, Majocchi, Barbagallo et C. Vignolo-Lutati).

Deux seulement, ceux de Michelson et de Barbagollo, ont trait à des enfants.

L'affection se présente sous la forme d’un eczémaintertrigineux, pouvant suinter et suppurer. Ces lésions occupent le pli de laine, le périnée, le scrotum, la partie supérieure de la cuisse. Elles sont déterminées non par l'Oxyure lui-même, mais par ses œufs; ceux-ci sont découverts par hasard, à l'examen microsco-

pique. Dès lors, on peut instiluer un traitement étiologique véritablement utile.

Comme le fait remarquer à juste titre C. Vignolo-Lutati, on peut s'étonner de l'extrême rareté de l'affection en regard de la fréquence des Oxyures ; cette raretéest probablement plus apparente que réelle, et si l'on songeait à rechercher les Oxyures chez les enfants qui présentent des lésions cutanées péri-anales, sans doute les trouverait-on plus souvent. Vignolo-Lutati, en dépit des quelques observations publiées, pense que les enfants doivent être plus fréquemment atteints que les adultes, d'abord parce que les Oxyures sont plus communs chez eux, ensuite parce que la peau de l'enfant doit offrir aux Oxyures un terrain plus favorable, se prêtant à leur colonisation en situ.

Un champ intéressant reste ouvert aux recherches cliniques.

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