‹ Les vertus morales de génie et de l'œuvre de Pasteur. Causerie du Centenaire (1822-1922) dédiée à la jeunesse des ÉcolesChapitre 3 sur 23 · ANNE REPOS · texte numérisé non relu

ANNE REPOS

Les grands Corps savants de la Capitale et la Sorbonne, les Universités de Province et celles de l’Étranger, ont commémoré, en Décembre 1922, le centième anniversaire de la naissance du grand Pasteur.

Le Gouvernement de la République, la Franche- Comté et l’Afsace s'apprêtent à célébrer en Maï et Juin 1923, en présence du Président dela République et des délégués les plus éminents de la Science — par des fêtes et réjouissances publiques — celui qui restera une des grandes gloires de la France et de l'Humanité.

Le génie scientifique du grand Français a été et sera toujours exalté. ;

Mais ce sera honorer pieusement sa mémoire, ce sera respecter un de ses sentiments les plus profonds et les plus intimes, que d’associer la Jeunesse des Écoles àces bellescommémorations,enluifaisant

connaître les vertus de l'homme de bien et le grand modèle moral que fut Pasteur.

Ce sera aussi faire œuvre de propagande française que de présenter à nos amis de l’étranger, accourus pour les fêtes de Mai et Juin 1923, le noble portrait de celui qui a incarné, à un si haut degré, les qualités de la race Française en même temps que celles du génie humain.

C’est pour répondre à ces préoccupations que la Librairie d'Éducation Nationale offre à tous les chefs d'établissements et à tous ceux qu’intéressent l’éducation dè la Jeunesse et le rayonnement du génie Français, une étude sur les Vertus Morales du Génie et de l'Œuvre de Pasteur, conférence faite au Théâtre Municipal de Besançonle28 Décembre 1922, et dédiée par l’auteur à la Jeunesse des Écoles

PUBLICATIONS ALCIDE PICARD Paris, Avril 1923

MES JEUNES AMiIs,

Pendant cette période, sur tous les points de la France et de l’univers civilisé, on commémore le centième anniversaire de la naissance d’un homme illustre, véritablementimmortel, car il vivra toujours dans la mémoire des hommes et dans le cœur des mères de famille attendries et reconnaissantes ; d’un homme qui a multiplié nos ressources et nos richesses, qui a diminué nos souffrances et fait reculer la mort. À mesure que les hommes deviendront plus instruits, leur admiration pour lui ne fera que s’accroître : on célèbrera toujours, et de plus en plus, Pasteur comme un éternel bienfaiteur.

Mais s’il est un endroit où le centenaire de cette glorieuse naissance doit être commémoré avec une reconnaissance infinie, c’est bien dans nos écoles, dans nos lycées et collèges, où sa vie doit offrir à la jeunesse studieuse, sur qui reposent les espoirs du Pays, le plus beau des exemples qui puisse lui être proposé.

C’est honorer pieusement la mémoire du grand Pasteur que de vous offrir sa vie en exemple, car s’il fut un sentiment vivace et profond chez lui c’est bien l'amour de la Jeunesse et le désir de lui être utile.

Ramener cette existence à quelques traits essentiels, choisis et présentés dans toute leur signification morale et éducative, c’est encore s’inspirer d’une

pensée de Pasteur qui recommandait d'étudier, de méditer la vie des grands hommes, et parmi eux, avec plus de prédilection, plus d'intimité et partant, plus d’efficacité, la vie des enfants du pays, les enfants dela Ville, dela Commune ou de la Province.: « Il souhaitait, écrit son éminent biographet:, qu’il y eût, en dehors des villes, soit dans une école, soit sur la place d’une commune ou d’un hameau, le portrait, le buste d’un enfant du pays qui se serait illustré, Il y aurait ainsi, sur divers points de France, des leçons d'hommes comme il y a des leçons de choses. Les enfants auraient une première initiation une vie supérieure. Un éclair de gratitude, unrayon d’idéal traverseraient les plus obscurs cerveaux ».

C’est ce vœu du grand Pasteur que je voudrais réaliser encore une fois aujourd’hui, après tant d’autres. C’est cette première initiation à une vie supérieure que je voudrais commencer avec vous, même avec les plus jeunes pour qui je saurai me faire aussi simple, aussi clair, aussi accessible que possible ; c’estcet éclair de gratitude que je voudrais voir briller dans vos yeux, c’est enfin ce rayon d’idéal que je serais trop heureux de faire descendré sur vos Jeunes têtes et dans vos jeunes cœurs qui en seront, j'ose l’espérer, embrasés pour la vie entière.

(1) Son gendre, M. Vallery-Radot, l’éminent auteur de La Vie de Pasteur, (Paris, Hachette, 1900), œuvre impérissable comme la vie et l’œuvre mêmes qu’elle glorifie avec la scrupuleuse impartialité de l’historien et l'émotion attendrie d’un véritable fils. La présente causerie lui doit sa documentation.

C'est dans cet esprit que je parlerai simplement des Vertus morales du Génie et de l’Œuvre de Pasteur, en m'efforçant de laisser parler Pasteur lui-même toutes les fois que cela sera possible.

Vertus scolaires - Piété filiale - Amitiés - Reconnaissance envers ses maîtres - Premières manifestations de la bonté et du désintéressement.

Je voudrais tout d’abord que même les plus jeunes d’entre mes auditeurs voulussent bien se représenter que le grand Pasteur a été un enfant comme eux, et que, comme eux, à Dôle, à Arbois, à Besançon, il est allé à l’école et au collège, il a eu des parents à chérir et à écouter, des devoirs à faire, des lecons à réciter, et que, comme eux, il s’est amusé avec la jolie et précieuse insouciance de leur âge.

On répète assez souvent que Pasteur enfant n’a pas été dès le début un élève prodige ni même brillant, mais simplement un enfant sérieux, appliqué, méditatif, se révélant seulement par des qualités moyennes.

Il se pourrait que la modestie de Pasteur se prolongeant, pour ainsi dire, dans l’exactifude scrupuleuse de son biographe aït contribué à accréditer ce jugement que j'estime, quant à moi, un peu trop strict. Car il résulte de deux pièces du dossier de l’élève Pasteur que nous conservons pieusement dans nos Archives, qu'il a compté

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parmi les meilleurs élèves du Collège royal de Besançon. Voici le texte de ces deux lettres :

I — Lettre du Proviseur du Collège royal de

Besancon, M. Répécaud, au Recteur : « J’ai l’honneur de vous transmettre la pétition que M. Pasteur père adresse au Ministre. Il sollicite en faveur de son fils, élève de Philosophie, une bourse au Collège royal de Besançon. Ge jeune homme, actuellement pensionnaire libre, a toujours tenu une conduite très régulière et suit avec succès ses différents cours. » 6 avril 1840.

II — Lettre du Recteur, M. Carbon, au Minisire: « J’ai l'honneur de vous adresser une demande de bourse au Collège royal de Besançon pour le jeune Pasteur, déjà pensionnaire dans cet établissement. Cet élève âgé de 17 ans et demi se destine à l'Ecole Normale : il est actuellement en Philosophie, dans laquelle il tient un rang distingué. Pour se préparer aux fonctions de l’enseignement, 1l voudrait pouvoir prolonger le temps de ses études, et la fortune de son père ne peut seconder ce louable désir. M. le Proviseur m'assure que c'est, sous tous les rapports un des sujets les plus distingués de son collège : j'ose donc le recommander d'une manière spéciale à votre haute bienveillance qu’il mérite complètement. »

Voilà un Proviseur et un Recteur qui ont eu de la clairvoyance.

Nous ignorons si la requête fut agréée. Mais

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