AVANT -PROPOS
L'Auteur appelle Ferlas religieuses la Pauvreté , la Chasteté , l'Obéissance , qui constituent, à proprement parler, l'état religieux ; et la Charité fraternelle , sans laquelle les communautés ne sauraient ni remplir leurs fins, ni subsister. C'est de ces quatre vertus qu'il se propose de traiter au point de vue théolpgique et ascétique, (.l'une manière substantielle et éminemment pratique. Pour le
reste, il renvoie chacun aux constitutions et ^x règles de son Institut ; c'est la, en effet, que îe religieux doit prendre son esprit propre et sa forme caractéristique.
Ainsi restreint et circonscrit, cet Opuscule se distingue suffisamment des ouvrages de ce genre , dont les uns n'envisagent que la législation religieuse , les autres se renierment dans la partie ascétique, quelques-uns joignent à la question des vœux les exercices de piété et les vertus chrétiennes, la plupart. au moyen d'histoires d'ailleurs pleines de charme, donnent à leur cadre une vaste étendue.
Les principes étant à peu de chose près les mêmes pour tous , et les nuances dans l'application étant sinon toujours indiquée?, du moins faciles à saisir , il s'adresse également aux Ordres religieux et aux Congrégation?, aux communautés d'hommes et à celles de femmes.
Expliqué au noviciat, lu publiquement
dans les retraites annuelles, emporté comme un Fadc-mccum , cet Opuscule pourrait être de quelque utilité.
Trop heureux l'Auteur , s'il contribuai!
pour sa faible part à entretenir et propager cet esprit religieux qu'on admire dans beaucoup de communautés, et dont la récompense sera tôt ou tard pour toutes . nous l'espérons , une position moins anormale et moins précaire!
Qui n'est frappé, en effet, de la différence profonde que le malheur des temps a introduite entre les Ordres anciens et les Congregâtions modernes? Les constitutions de ceuxlà, revêtues de la haute et solennelle approbation de l'Eglise , restent fixes et invariables: les règles de celles-ci subissent trop souvent des modifications, qui les font dévier du plan du fondateur-, et il n'en saurait être autrement tant que le même privilège ne les aura pas placées sous la même sauvegarde. Autrefois , chaque Institut avait sa spécialité , sa sphère
— Mil —
où il s'exerçait librement et à l'aise , s heurter ni jalouser les autres : de nos jours,1
il n'es! pas rare de voir côte à cote des Congrégations rivales poursuivre parallèlement et simultanément plusieurs buts assez disparates , avec péril , en s'épuisant et s'entravant , de perdre la paix au dedans et la charité au dehors. Nos aïeux aimaient à élever au sein des cités et au fond des déserts des maisons d'hommes voués à la prière et à la pénitence : nos contemporains , plongés dans les sens et absorbés par les intérêts matériels, ne tolèrent guère que celles où l'on distribue le remède qui soulage la douleur, ou l'instruction qui conduit à la fortune.
Hélas ! il a bien fallu proportionner les secours aux besoins \ donner au siècle ce qu'il consentait à accepter ; guérir d'abord les corps, comme Jésus-Christ, afin de guérir les âmes; dispenser la science, pour jeter à propos dans les esprits une parole de vie \ et, dans cet immense naufrage, se présenter
tous ensemble et avec divers moyens Je sauvetage à la société qui périssait.
Ceux qui, plus tard, traiteront d'étranges et d'inouïs certains emplois confiés en France à quelques membres des Congrégations religieuses, emplois accessoires pourtant, momentanés et facultatifs, seront peutêtre moins sévères dans le blâme , lorsqu'ils étudieront l'histoire. Dans les ateliers , ces saintes filles exercent la surveillance et mettent en honneur les pratiques de piété. Dans les asiles, elles donnent aux petits enfants, à la place des parents, l'éducation première : ce qui, nous l'avouons, dans des temps et des pays chrétiens , serait également contraire à la religion et à la nature. Il serait trop pénible de croire et trop honteux de dire que , dans les séminaires, leur mission religieuse dût se borner à ménager, par un service intelligent , les deniers du diocèse; outre qu'elles nourrissent celui qui fait l'œuvre de Dieu, elles prient et édifient a\v lui.
Au reste, sur plusieurs points déjà on voit renaître, avec les Ordres consacrés à la prédication et à l'éducation , les Ordres priants et pénitents. Sur d'autres même , des Congrégations, avec le concours desévêques, demandent à Rome des garanties de stabilité; tendent, autant que la législation le leur permet, à sortir du provisoire; reviennent à l'unité de but, et se donnent des constitutions vigoureuses, immuables, définitives. On sait aussi que des Congrégations enseignantes , après avoir cédé à un fatal en" trainement ou à une impérieuse nécessité , effrayées de voir la société se remplir de jeunes gens déplacés et mécontents, et de filles vaines et oisives , songent à réduire et à rendre plus solidement chrétien leur programme.
Et si jamais, à aucune autre époque, l'épiscopat ne fut plus uni au souverain Pontife, ni le clergé plus régulier, ni les communauté? plus édifiantes, ni le culte de Marie
plus répandu , ni le mouvement qui porte le monde à s'appuyer sur le Saint-Siège plus général: quelles espérances ne sommes-nous pas autorisés à concevoir ! et quel puissant motif pour tous de redoubler de ferveur et de zèle!