V. — Inspection sanitaire des immeubles
Tandis qu’en France nos maisons ne sont visitées par la Commission des logements insalubres ou par la police municipale qu’à l’occasion de plaintes portées par les locataires ou les voisins, quelquefois aussi, pendant les épidémies, alors qu’il n’est plus temps de les prévenir et qu’on doit se borner à faire pour le public , disparaître des fumiers, des lapins ou des poules, chez les Anglais, au contraire, la surveillance de la salubrité de la maison confiée à une commission spéciale, compétente, se fait d’une façon périodique, absolument sérieuse, sauvegardant à la fois les intérêts du propriétaire et la santé des locataires (i). « L’inspector
(i) Consulter à ce sujet : House Inspection par le Professeur Fleeming Jenkin in the sanitary Record, i 5 janvier 1882, p. 278 et Revue d’hygiène et de police sanitaire, 1882, p. 267,
of nuisances pénètre à tout instant dans les habitations collectives, dans les logements d'ouvriers et surtout dans les auberges à la nuit : on redoute sa visite et ses procès-verbaux ; on exécute rigoureusement les règlements sanitaires et l’on tient la maison propre pour éviter l’amende » (i). Ces visites périodiques, dont le but essentiel est de contrôler, au point de vue de la salubrité, le drainage des habitations, sont faites par des hygiénistes et des ingénieurs sanitaires : c’est M. Fleeming Jenkin d’Edinburg (2) qui en a été le promoteur.
L’inspection périodique, expérimentale, des maisons assurées à la Compagnie d’assurance sanitaire ne dispense nullement de la visite sanitaire du medical officer of hcalth et de son personnel. C’est là une coutume qui mériterait de passer dans nos mœurs et si nous avions le droit d’exprimer un vœu nous n’hésiterions pas à demander la création d’une assurance sanitaire française, fonctionnant séparément mais parallèlement à la Commission des logements insalubres qui existe très souvent sur le papier mais fonctionne rarement, même « dans toute commune où le Conseil municipal
( 1 ) Vallin. L’hygiène à Londres in Revue d'hygiène, i883, p. 368.
(2) Pour les détails des visites sanitaires en Angleterre se reporter à la Revue d’hygiène et de police sanitaire, i883, p. 633, où l’on trouve exposée tout au long la manière de procéder.
DE L’ASSAINISSEMENT
l’a jugée nécessaire» (i). L’essai mériterait d’être tenté. Cette compagnie, on est en droit de l’espérer, réussirait aussi bien que nos assurances pour la réparation et l’inspection des toitures, contre les bris de glaces, etc. qui entassent de beaux bénéfices.
Si les Anglais et les Américains ont de bonnes moeurs sanitaires cela tient-il uniquement aux causes que nous venons de signaler ? Non.
Il faut compter aussi :
i° Avec les hygiénistes consultants (médecins, architectes, ingénieurs) qui, dans le cas d’affection contagieuse dans une maison, recherchent avec tous les procédés rigoureux de la science, les sources de contagion et d’infection et font » une ordonnance qu’on va porter chez l’architecte, de la même manière qu’on porte les autres chez le pharmacien » (2).
2 0 Avec leurs moyens de divulgation, avec les nombreux travaux imprimés, que leurs sanit.ariens ont mis à la portée du public sous forme de tracts, de manuals et notamment de manuals of Health ;
(1) Texte de la loi du i 3 août i 85 o.
( 2 ) Vallin in Revue d'hygiène, 1884 , p. 953 .
3 ° Il faut enfin compter aussi avec leurs conférences sur des sujets relatifs à l’assainissement de l’habitation (i) et avec les Expositions auxquelles ils ont convié et les fabricants et le public.
Les raisons qui ont excité l’amour-propre national des Anglais ne peuvent manquer de réveiller le nôtre. Le succès de l’Exposition de la caserne Lobau, le succès de quelques-uns de ses conférenciers à Paris, de quelques autres sur des sujets analogues, en province, sont des preuves manifestes du réveil de nos nationaux.
Le mouvement suscité en faveur des pratiques de l’hygiène, commencé depuis quelques années seulement en France, va s’accentuant tous les jours et il ne peut manquer déporter ses fruits. Il est donc inutile d’insister plus longuement sur les raisons de la supériorité de l’assainissement des habitations, au point de vue des vidanges et des eaux ménagères, en Angleterre, en Amérique et à l’étranger. Il nous faut faire connaître avant tout l’état de cette question en France : commençons par les vidanges, dans les villes où fonctionne le tout à l’égout.
(i) Citons notamment la remarquable conférence de MM. A. Corfield de Londres « la science, l’ennemi de la maladie, etc. » dans laquelle il s’est efforcé de vulgariser les notions sanitaires devant un public étranger aux choses de la médecine.