DÉSINFECTION
Désinfection des closets, des éviers, des colonnes de chute des vidanges et des tuyaux de décharge des éviers.
Quoi qu’il eu soit des avantages et des inconvénients du tout à l’égout et des systèmes à évacuation séparée, des vidanges à la fosse fixe ou à la fosse mobile, des eaux ménagères au puits perdu ; quoi qu’il en soit des divergences d’opinion et de l’opinion de chacun, partisans ou adversaires s’accordent pour déclarer que dans aucun système, il ne faut négliger la désinfection des closets, des éviers et de leurs tuyaux de décharge : pour tous, la désinfection est une partie essentielle de l’assainissement des habitations.
Avec le système du tout à l’égout, la désinfection est facile : on l’obtient par des lavages puissants dans les closets et sur les éviers, par une ventilation aussi libérale que possible des canalisations : de plus, par la mise en oeuvre d’appareils sanitaires spéciaux, perfectionnés, on peut facilement se protéger contre les microbes pathogènes ou indifférents. Avec les systèmes des fosses fixes et des fosses mobiles, la désinfection est partielle et l’isolement ne peut être que virtuel.
Désinfection par l'eau.
Tuyaux de décharge des closets. — Avec le tout à .l’égout la désinfection des tuyaux de décharge des clo- ;sets s’obtient facilement par l’eau bien employée et par la ventilation. Pendant les épidémies ou dans le cas de maladie infecto-contagieuse (fièvre typhoïde, choléra, dysenterie, etc.) dans une habitation privée, la désinfection du tuyau de chute des vidanges et du canal particulier doit se faire d’une façon spéciale, plus complète, sur laquelle nous aurons à revenir.
Avec les closets à colonne de chute en fonte, la désinfection est plus difficile qu’avec les tuyaux en poterie, par suite des aspérités de la fonte. Elle est plus difficile avec les tuyaux à large section qu’avec les
tuyaux de petit diamètre ; elle est plus difficile également avec les canaux particuliers en maçonnerie, à surface irrégulière et à radier plat, qu'avec les canalisations horizontales, en poterie, bien établies.
Les défectuosités des tuyaux de décharge en fonte et des canaux particuliers en pierre de roche n’auraient que peu d'inconvénients au point de vue de la salubrité des habitations si l’on plaçait dans chaque cabinet un réservoir de chasse et sur le drain de maison un bassin de chasse automatique (système Rogers* Field) ; malheureusement ces appareils qui constituent les plus puissants moyens de désinfection du drainage vertical et de la canalisation horizontale sont peu connus des constructeurs ; de plus, ils sont d’un prix relativement élevé et pour cette raison peu répandus jusqu’alors.
On peut les remplacer il est vrai par des projections d’eau en quantité suffisante, en vidant plusieurs fois par jour par exemple, d’un trait, dans chaque cuvette des cabinets un baquet de douze à quinze litres d’eau. C’est une masse suffisante pour balayer tout ce qui se trouve dans la canalisation verticale ; il suffit de répéter de temps à autre la même projection dans le drainage horizontal pour entraîner dans l’éjecteur et dans l’égout tous les matériaux dont le séjour pour-
rait devenir une cause de fermentation, de putréfaction et d'infection.
Avec d’abondantes chasses d’eau, avec un siphon de pied bien installé, avec un siphon hydraulique ventilé sous la cuvette de chaque closet, sous l’évier de chaque cuisine, sous la décharge des toilettes et des baignoires, on est largement protégé contre les émations de la maison et de l’égout. D’ailleurs, si pour une cause quelconque, quelque fermentation venait à se produire, les gaz iraient se perdre dans l’atmosphère et par les cheminées d’appel s’élevant au-dessus des toits et par le prolongement à l’air libre des tuyaux de décharge et par les boîtes d’aérage automatique des siphons.
Tuyaux de décharge des éviers . — Si avec la fosse fixe et les fosses mobiles, la désinfection des tuyaux de décharge des closets est fatalement impossible en l’absence d’eau ou par l’eau parcimonieusement employée pour éviter les frais de vidange, il n’en est plus de même avec l’écoulement des eaux ménagères au puits perdu.
La souillure de l’atmosphère des cuisines, l’infection et le méphitisme des habitations par le lavage insuffisant et la malpropreté des éviers et des tuyaux de décharge des eaux ménagères, n’est excusable ni avec le
système du tout à l’égout ni avec l’écoulement am puisard. Parle refroidissement, les graisses se figent et s’arrêtent dans la canalisation verticale et horizontale des habitations et il est certain que l’action de l’eau simple, même en chasse puissante, ne suffit pas toujours pour détacher et enlever les détritus que les eaux grasses déposent par le refroidissement le long
Fig. 42. — Intercep teur de graisse en grès.
des tuyaux de décharge. Leur séjour pouvant devenir une cause de fermentation et de putréfaction dans la cuisine et jusque dans les appartements il faut arriver à faire disparaître les graisses des eaux ménagères et les empêcher de se déposer dans le drainage des habitations'voire même dans l’égout public s’il était possible.
Les ingénieurs sanitaires anglais qui se sont beaucoup préoccupés de cette question sont arrivés à la résoudre^ en partie du moins, par l’interposition d’appareils spéciaux ou sur l’évier ou sur le tuyau dé décharge des eaux ménagères.
Pour prévenir la formation des dépôts graisseux sur. la paroi interne des tuyaux de décharge des éviers, les constructeurs anglais ont proposé d’interposer entre l’évier et le drain des appareils en grès ou en fonte émaillée, connus sous le nom d’intercepteurs de graisse. La figure 42 représente un de ces appareils.
La sortie partant du fond, la graisse surnage et n’arrive pas à obstruer la canalisation : les opérations de lavage terminées on peut enlever la graisse à volonté. L’emploi de ces intercepteurs, excellent peut-être en théorie, nous semble absolument inutile en pratique.
Pour rendre impossible l’écoulement, de la graisse dans l’égout et surmonter ainsi une difficulté jusqu’à présent inévitable, les Anglais greffent des appareils analogues sur l’extrémité inférieure du tuyau de décharge des eaux ménagères avant le canal particulier; En vidant de temps à autre l’intercepteur de graisse, on protège l’égout public et la canalisation horizontale contre les dépôts graisseux. Certains de leurs constructeurs ont même imaginé des réservoirs siphons de
chasse et des intercepteurs de graisse combinés qui recueillent les graisses, qu’on peut vendre pour certains emplois industriels et permettent d’assurer sans frais la propreté du drain de maison, par de puissantes chasses automatiques.
Fig. 43* — Réservoir siphon de chasse et intercepteur de graisse combinés. (Contenance 60 litres).
La "coupe suivante (fig. 43) permettra de se rendre ■compte du fonctionnement ingénieux de ces appareils à double fin.
Le tuyau des eaux ménagères de toute la maison vient se décharger en A : quand le niveau a atteint la hauteur
nécessaire pour amorcer le siphon D, le réservoir se vide jusqu’au niveau de la cloche FF, mais le cylindre extérieur E étant ouvert à sa partie supérieure et descendant plus bas que le niveau FF, la graisse qui surnage toujours ne peut s’échappe^ et peut être recueillie. L’eau et les matières organiques qui s’accumulent au fond du réservoir et qui s’y délaient sont emportées par le mouvement d’aspiration. La graisse seule ne peut passer.
L’interposition de l’un ou l’autre de ces appareils est coûteuse, et il est impossible d’en exiger l’application^ dans toutes les maisons, bien que la récolte et la vente des graisses pour usages industriels couvrent bientôt le prix d’achat. Il serait cependant utile de pouvoir débarrasser les eaux ménagères de leurs graisses, sinon d’en assurer l’entraînement à l’égout et au puits perdu. C’est la partie de l’assainissement la plus difficile à réaliser. Le lavage à grande eau n’entraînant qu’une faible; partie des matières grasses est insuffisant ; il faut de. toute nécessité le compléter le plus souvent possiblepar l’addition d’agents chimiques destinés à saponifier les graisses. La saponification peut s’obtenir par l’emploi fréquemment répété de solutions concentrées.de carbonate de soude, la désinfection par le mélange de solutions à 2 0/0 d’hypochlorite de soude, de sulfate:
HYGIÈNE PROPHYLACTIQUE. — DÉSINFECTION 2Çt
de cuivre, de chlorure de zinc, etc., (i). Mais ce qu’il faut surtout s’efforcer de rendre impossible, ce sont les reflux gazeux dans les cuisines. Pour les prévenir il faut: i° supprimer la bonde siphoïde ou le bouchon à vis, et les remplacer par un siphon à interception hy draulique persistante ; 2 0 prolonger à l’air libre le tuyau de décharge des éviers de façon à noyer dans l’atmosphère les émanations qui viendraient à se produire et à assurer la ventilation nécessaire à l’oxydation des matières organiques.
L’établissement sous chaque évier d’un siphon ventilé, en grès vernissé ou en plomb étiré, avec regard de visite et renflement réduisant au minimum les pertes d’eau de la garde (2) nous semble suffisante pour éviter les incrustations de matières grasses sur les parois des tuyaux de décharge et pour en prévenir les émanations à la condition de prendre la précaution de s’assurer de son bon fonctionnement, de visiter de temps à autre la grille qui surmonte le siphon, et son regard d’inspection, et de les nettoyer souvent.
(1) Consulter à ce sujet le Traité delà désinfection et des désinfectants de M. Vallin, p. 614.
(2) Consulter l’étude de M. Herscher sur les inconvénients du siphon ordinaire in Revue d’hygiène et de police sanitaire, 1886, p. 85 o.