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CHAPITRE II

Eaux ménagères.

Avec le tout à l’égout les eaux ménagères se mélangent aux excreta dans le drain de maison où vont, par une canalisation spéciale, se jeter dans le drain de rue.

Dans les villes non drainées, à moins de vidange répétée et coûteuse, les eaux usées ne peuvent être remues ni dans les fosses fixes, ni dans les fosses mobiles, ni dans les tinettes Goux, ni dans les fosses à la terre : c’est là une des causes de l’infériorité de ces systèmes, au point de vue pratique d’abord et au point de vue hygiénique ensuite.

Descendues par un tuyau de décharge longeant une ■des façades des habitations, les eaux ménagères traversent le trottoir ou la chaussée, soit à ciel ouvert soit dans un canal fermé pour s’écouler en plein air le long des trottoirs jusqu’au ruisseau ou à la gargouille-lesplus proches : dans certaines localités on les voit sous forme de flaques d’eau croupissante et corrom-

pue s’évaporer ou s’infiltrer peu à peu dans le sol, dansd’autres elles vont se perdre par une canalisation spéciale dans des trous creusés dans le sol : ce sont les puits perdus, les puits absorbants, les puisards, les bétoires, etc., etc.

On désigne sous ces différents noms des excavations spécialement creusées, agencées ou construites dans les sols perméables, pour se débarrasser des eaux ménagères. Ce sont ou de petites fosses en maçonnerie à fond perdu ou de simples trous de profondeur variable dans lesquels vient s’enfoncer et se perdre le tuyau de décharge des éviers au milieu d’un remplissage de moellons, de cailloux, de matériaux solides quelconques destinés à maintenir les terres et à faciliter l’absorption des eaux ménagères et par le fond et parles faces latérales, dans toutes les directions.

Pour que les puits perdus fonctionnent, il faut un terrain perméable permettant la décomposition lente des matières organiques, l’absorption des gaz nuisibles et la filtration des eaux épurées vers les couches profondes. Tous les terrains ne sont pas favorables à cette épuration : dans les uns la filtration se fait trop rapidement, entraîne des matières en voie de décomposition dans la couche aquifère et infecte les eaux destinées à l’usage domestique ; dans l,es autres elle se fait lente-

ment et régulièrement, mais au bout de quelque temps le sol est saturé et ne filtre plus ; dans d’autres enfin les matériaux organiques s’accumulent peu à peu et cette accumulation qui se traduit par le reflux d’émanations par le tuyau de décharge des éviers nécessite un curage fréquent-quelquefois même la construction de nouveaux puisards. Quoi qu’il en soit de la perméabilité du sol et du fonctionnement des puits perdus, il est certain que ce système d’évacuation des eaux ménagères constitue pour certaines villes une cause permanente d’infection des plus puissantes puisque les matières organiques qui imprègnent et souillent le sous-sol ont pu, grâce à des conditions telluriques ou météorologiques encore mal déterminées, produire à certains moments l’explosion ou le retour d’effroyables épidémies de fièvre typhoïde (i).

Les puits perdus, comme les fosses fixes, présentent de nombreux dangers au point de vue de l’hygiène publique : un des principaux c’est la souillure (rapide

(.1) Ce fut le cas pour le Hâyre qui comptait encore 55 o puits perdus en 1879. Mémoires duD r Gibert in Revue d’hygiène et de police sanitaire, « sur l’assainissement au Havre en 1879 » et c sur l’épidémie de fièvre typhoïde au Havre » au Congrès international des Sciences Médicales à Londres, en 1881. Consulter ■également l’article de M. A. J. Martin « l’assainissement au Havre » in Gaz. Hebd. de Med. et de Chir., 1889, n os 49, 5 o, 5 i et 5a, p. 802.

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dans certains cas) du sous-sol des habitations et des villes et l’infection beaucoup plus redoutable, de la nappe d’eau souterraine ; un autre non moins grave qui survient toujours à la longue et peut même se produire très vite pendant les saisons ou les années pluvieuses, c’est la saturation du sol qui rejette les liquides qu’on lui envoie et les laisse séjourner au ras du sol ou s’écouler dans le sous-sol des habitations voisines.

Souillure habituelle et constante du sol ; infection des eaux de puits, des fontaines ou des sources alimentées par la nappe d’eau souterraine et quelquefois à une grande distance ; rejet à la surface du sol à certains moménts, des eaux ménagères, voilà des raisons suffisantes pour motiver l'abolition des puisards. C’est une disparition nécessaire, obligatoire ; c’est un procédé égoïste qui doit être proscrit, parce qu’il est incompatible avec la police sanitaire moderne, parce qu’il faut préserver les eaux d’alimentation des villes contre toute infiltration et leur sol contre le dépôt des matières organiques (1). Cette question a été la grande préoc-

" (0 O* 1 a calculé que la vitesse de propagation et d’imprégnation du sol est de huit mètres en 24 heures à travers certains sols poreux. Quand les eaux vannes se mêlent directement à la nappe d’eau souterraine la rapidité de la souillure peut être beaucoup plus grande.

cupation du Comité consultatif d’hygiène publique (i)* M. Richard a fait adopter par le Comité central un règlement de suppression des puisards applicable à toute agglomération au-dessus de i 5 oo habitants.

Les partisans des fosses mobiles n’ont pas manqué de faire cette objection (\xl z\\es peuvent recevoir les excréta et les eaux ménagères et s’opposer à la souillure et à l’infection du sous-sol par la suppression des puits perdus ; mais il convient de remarquer qu’avec les tinettes et leur adaptation à tous les services, l’usage de l’eau, si nécessaire à l’assainissement des closets et des éviers, serait forcément restreint par la nécessité où l’on se trouverait de les vider ou de les remplacer à chaque instant pour peu que la consommation d’eau fût importante ; enfin il faudrait compter également ou avec leur débordement facile, faute de surveillance, ou avec les craintes d’un remplissage trop rapide, conditions qui restreindraient les lavages et limiteraient l’usage de l’eau.

Installation des cabinets dans les villes

NON DRAINÉES.

Nous n’avons pas parlé jusqu’ici de l’installation

1) T. XV du Recueil des travaux du comité consultatif d’hygiène publique de France, 188S.

des cabinets et des éviers dans les maisons des villes non drainées : c’est que tout ce que nous avons dit du closet, de la. colonne de chute des vidanges, de l’évier et du. tuyau de décharge des eaux ménagères dans les villes avec tout à l’égout est en quelque sorte applicable aux localités non drainées.

Nous n’avons plus à discuter ici la question d’interposition des appareils à fermeture hydraulique sous la cuvette des closets puisque les fosses fixes ou mobiles, les tinettes Goux ou la vidange à la terre ne peuvent recevoir l’eau si nécessaire à l’assainissement des closets. Tout ce que nous avons dit précédemment de l'aménagement du closet en lui-même dans les maisons des villes drainées : peinture des murs, aération, ventilation, soins de propreté, etc., etc., nous pourrions le répéter ici. Il est un desideratum cependant qu’il nous faut présenter ; c’est la suppression absolue du trou à la turque sur la fosse fixe et son obturation par une cuvette à fermeture métallique aussi hermétique que possible. Dans l’impossibilité de recourir à l’occlusion hydraulique, mieux vaut s’adresser aux meilleurs des appareils à valve libre ou à tirage que de laisser un trou constamment béant dans la maison et servant d’échappatoire aux gaz de la fosse.

Nous avons précédemment condamné l’installation

du tuyau d’évent sur les fosses fixes : la prolongation de la colonne de chute à l’air libre aurait les mêmes inconvénients et ferait refluer par le trou à la turque ou la lunette du siège, les gaz dans le closet et dans l’appartement.

Installation de l’évier dans les villes

NON CANALISÉES.

Quant à l'installation de l’évier dans les maisons des villes non canalisées, il n’existe aucune raison pour le .monter autrement que dans les cuisines des villes drainées. Le puisard remplaçant l’égout il faut se protéger contre ses émanations. La seule protection efficace •c’est l’interposition d’un siphon hydraulique ventilé sous chaque pierre à eau remplaçant la bonde siphoïde et le bouchon à vis : c’est le seul moyen d’éviter toute communication entre le tuyau de décharge, le puits perdu et les cuisines»

Quant à la prolongation du tuyau de décharge des eaux ménagères à l’air libre par-dessus la toiture, elle ■est aussi nécessaire dans l’écoulement au puisard qu’elle l’était dans l’écoulement à l’égout.

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