‹ Les vieilles actrices. Le musée des antiquesChapitre 17 sur 23 · MADAME LOUISE COLLET I · texte numérisé non relu

MADAME LOUISE COLLET I

n'étaient pas des connaisseurs en fait de femmes et leur cuistrerie l'adora... Je n'en suis point surpris. Littérairement, M'^û Collet aurait pu avoir du talent^ malgré ses opinions ; M""^ George Sand en a bien ! mais c'est comme cela : elle n'en a pas. Ses vers sont lymphatiques comme elle. Sa prose, qui n'a plus le corset des vers pour se soutenir, n'est que son vers amolli, allongé, devenu enfin une grande pendarde de prose^ comme les petits coquins de iVl'*^ du Châtelet étaient devenus de grands pendards, selon Voltaire ! Elle l'a consacrée à l'Italie moderne, cette pauvre Italie qui avait autrefois pour historiens des Guicciardin et des Machiavel, et qui n'a plus maintenant que des dames Collet!

Brouillée avec l'Académie, elle s'est rejetée à Garibaldi, qu'elle a chanté...

Garibaldi, dit-on, Ta reçue comme Bonaparte M™^ de Staël, et c'est la seule manière dont elle a été un jour M'^^ *de Staël, cette harangère de lettres du port de Marseille !

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Revenue en France, elle publie actuellement une foule de livres assez infecrt- ; c'est le Dernier des Marquis, le Dernier des Abbés, Quand fera-t-elle la Dernière des Dernières?.., Elle monte et descend journellement l'escalier de Dentu ; tort et retort, ce diable d'escalier, comme une conscience de libraire. Qui n'a pas vu ses pieds et ses jambes d'éléphant, faisant tout craquer sur cette échelle et s'embarrassant dans les échelons, ne la connaît pas...

Et c'est pourtant une pareille femme qui a le même nom que mademoiselle de La Vallière !

Samedi, 3 octobre i:

AS-BLEU a coins rouges aussi, comme M"® L. Collet (triste campaignie !), mais en comparaison duquel M™® Collet n'est qu'une chaussette ! Certes, je ne veux pas les comparer, mais voilà le mal du Bas-Bleuisme! Un Bas- Bleu fait penser à tous les Bas-Bleu^, et dans ce bas-là, les plus belles jambes perdent l'originalité de leur contour. Il y

a entre eux la solidarité du ridicule d'écrire... pour écrire etpourendoctrinailler le genre humain. C'est là le ridicule de M"»^Sand,et... son vice. Cette romancière à la Rousseau qui aurait lavé les assiettes chez Jean-Jacques, s'il y avait eu des assiettes, n'a jamais troussé de romans comme les troussent d'ordinaire les femmes, — pour le plaisir de l'amourette, — mais pour endoctrinailler philosophiquement son monde, et Dieu la damne ! elle l'a pourri... Personne... dans ce temps d'infection sociale, — qu'elle en soit fière ou humiliée ! — n'a exercé d'influence plus funeste que M°^^ George Sand. C'est la mère Gigogne aux adultères ! En a-t-elle produit ! Toute femme mariée qui se sauvait ou se perdait avec un homme, se réclamait d'elle. Les conférences actuelles du Wauxhall, dans lesquelles les femmes viennent d'élever leurs petites têtes révoltées, sont Tarrière-faix de ses nombreux accouchements !

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Elle n'y paraît pas, cependant, à ces Pandémonia bavards. Quoique femme, elle ne sait point parler. C'est une pagode chinoise ou japonaise, aux gros 3^eux hébétés d'une rêverie sans bout, aux grosses lèvres de négresse jaunies par le cigare, ne disant mot, n'écoutant pas, fumant toujours, comme un vapeur à Tancre, et perdue dans un engourdissement profond comme le vide. Ce n'est pas la Torpille de Balzac, non ! mais c'est la Torpeur. Quand j'allais chez elle autrefois, elle me la coulait dans les veines... On y aurait dormi comme au sermon. Femme d'un talent réel, mais surfait, et sans aucun esprit, — le contraire de W"^ de Staël qui avait, ^lle, bien plus d'esprit que de talent, — très peu maîtresse de maison, elle était dans

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son salon, quand un homme d'esprit y parlait, comme une vache au bout d'un pré, regardant par la brèche d'une haie une locomotive qui passe.

C'est Saint-Victor qui l'appela, un jour, une vache hiératique des bords du Gange, le fleuve sacré ; et voilà comme on brode pour les niais des épithètes sur un substantif qui ne l'est pas?

^Ime George Sand, aux yeux de bœuf comme la Junon d'Homère, a passé pour belle, et les hommes sont si badauds que c'est absolument comme si elle l'eût été... Elle ne l'était pas cependant, mais pour, les sensuels, elle était impressive. C'était une courte-hense^ comme on disait de Robert de Normandie; petite, grasse, ramassée et brune, avec des cheveux noirs luisants comme si elle les avait

trempés dans de Thuile, de beaux bras, bistrés de bile à la saignée, et des mains d'une petitesse extrême, — des mains — glorifions-les 1 — anti-républicaines.

Tout cela faisait un ensemble à la fois Bohémien et juif : car sa tête busquée de brebis du Berry touche au profil du bouc de Judée. Jamais on n'eut moins la figure de son genre de talent que M'"^ Sand. On cherchait, quand elle était jeune, la figure de Lélia, la grande tournure de Lélia, la pâleur de Lélia, et on était bien trompé. On ne trouvait que répaisseur tassée, voluptueuse et estompée de Pulchérie !

Oui, une Pulchérie, — indifférente comme une courtisane à Tesprit des hommes, sans critique, sans appréciation, sans goût. On la vit, en effet, préférer des cabotins prétentieux comme M. Bocage (il est vrai que, pour elle, il était le futur Consul de la République), à ce génie ravissant d'Henri Heine qui «liait chez elle, et un garçon apothicaire à Alfred de Musset. Personne n'a oubUé le

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Glistorel de Venise, dont Paul, le vengeur de son frère, a raconté l'histoire un jour. C'est elle encore qui disait du Ce;ztaure de Maurice de Guérin : « Planche et Sainte-Beuve m'ont dit que c'était beau. » Brebis du Berry toujours, qui allait comme les moutons vont, sur la foi d'autrui !

Organisation réceptive d'un cerveau femelle comme le reste de sa personne, on lui a donné du génie, cette faculté solitairement créatrice du génie, et elle a toujours eu besoin de quelqu'un pour être ou pour faire quelque chose. Ses liaisons furent célèbres. Sous le titre de chacun de ses ouvrages, on pourrait écrire le nom de l'homme avec qui elle était liée quand elle l'écrivit, et qui le lui inspira...

Des critiques, bêtes comme des hommes, dès qu'il s'agit de femmes, ont fait

de M°°® Sand la femme du siècle. Elle Test comme le fameux alexandrin de Lemierre était le vers du sien, Ce n'est qu'une plume un peu plus robuste que les autres, parmi ces plumes de perroquet ou de perruche que les femmes agitent, de leurs doigts fins, sur du papier rayé. Sa seule manière d'être homme, c'est d'être Prudhomme, car elle Test ; mélange de Prudhomme et d'artiste ; jouant à ridée, et n'en ayant qu'une, si c'est une idée que la haine du mariage chrétien. Elle n'en veut pas plus que le renard ne veut de queue, mais au moins le renard ne se l'était pas lui-même coupée î Païenne d'ailleurs jusqu'à ne vouloir pas non plus être enterrée, je ne dis pas en terre sainte, mais en terre du tout. ¥X\Q,&si^o\JiV V incinération des Anciens et la mise en urne ou en bouteille. Quand elle y sera, je me demande ce que sa fille qui l'aime tant, comme on sait, fera de cette bouteille-là ! •

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Telle est Madame Sand. Sa vie qui a tapage comme jamais vie de femme à écritoire n'a tapage, a été d'un bonheur inouï et permanent. Le Diable a ses grâces d'Etat, comme le bon Dieu.

Après du génie, contresigné Chateaubriand, hélas ! on lui a campé du caractère. Malgré toutes les casquettes qu'elle a portées, le c^/;or<3/ qu'elle a fumé et ses trimballeries à travers le monde, j'ai vu des sérieux la comparer à cette bégueule de Roland, cette autre servante chez Rousseau. Une madame Roland, mais avec sa tête, tandis que tout le mérite de M™^ Roland est d'avoir perdu la sienne ! Ainsi, tout ce qui eût noyé une autre femme lui a réussi. Les gouvernements même, contre lesquels elle bul letiiiej^ait bien QncovQ comme au temps de Ledru-RoUin, ont

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été bons pour elle et elle les a laissés être bons... Jeune, elle a eu la coquetterie de la mansarde et son cœiir^ et vieille, elle a pu se vanter d'avoir été pauvre, dans une vie regorgeant de biens. Elle eut Nohant. Elle a Palaiseau. On sait le nom de ses demeures. On y va à la queue /ez/ leii. Et comme elle n'a jamais su causer, on y joue ses propres comédies. On y cabotine dans Tintimité. Ah ! ce n'est plus Lélia ! ce n^est plus Pulchérie ! C'est la grasse bonne-maman blette, la madame de Warens de la littérature !

Faisant de la simplicité pastorale, Limayrac, qui allait à Nohant en sortant du ministère de l'intérieur, disait Tavoir vue se faisant toute la journée voiturer en brouette par un jeune gars de jardinier.

Voilà le soir de ce beau jour

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