L APPAREIL DES MURS
l'arrondissement de La Réole ont, au contraire, un chœur de bel appareil avec amorces de même aux naissances de l'abside, laquelle est d'appareil médiocre, peut-être à cause de la difficulté que présente la taille des grandes pierres courbes.
Ces diverses observations n'empêchent pas que, dans certains monuments, telle partie, qui est de petit appareil cubique, est plus ancienne que les parties voisines. Sont dans ce cas : Villenave-d'Ornon (flanc Nord), Saint-Maixant (flanc Sud), Postiac (flanc Sud), etc.
Le moyen appareil peut être à joints fins et très beau : à Vignonet, à Saint-Denisde-Piles, etc. Les constructions élevées par les Ordres militaires sont parfois remarquablement appareillées : Magrigne (fig. 82), Villemartin, Montarouch, etc. Toutefois, le moyen appareil très soigné est généralement peu ancien : pour ce motif, j'attribuerais volontiers telle construction romane, comme le chevet d'Insos, à une date peu reculée de la période gothique; Francs (fig. 56), qui est du xvn° siècle, a un appareil remarquable.
L'alternance d'assises hautes et d'assises basses est rare chez nous; on l'a néanmoins signalée sur quelques points, à Sainte-Florence1, par exemple, à Montagne3 et à Fontet3. Ce qui est fréquent, c'est de faire les assises qui correspondent à une base, à un tailloir, à une corniche, etc., de la même hauteur que cette corniche, ce tailloir ou cette base. Nous avons constaté dans un pignon de Magrigne (fig. 81) une dérogation à cet usage'1.
La taille des parements et la figure des blocs. — S'il est, pour la taille des parements, des règles positives, caractéristiques des diverses époques, je n'ai pas su les saisir. Cependant, les blocs bouchardés et repassés au ciseau sur les bords sont modernes, tandis que la taille en arêtes de poisson, dans laquelle les raies obliques sont tantôt dans un sens et tantôt dans un autre, ne se trouve que sur les pierres travaillées fort anciennement : certaines de ces pierres ont été utilisées dans la crypte de Saint-Seurin ou dans un contrefort de l'abside de Virsac.
Les stries laissées par l'outil sont obliques. Leur grosseur et leur espacement changent suivant le grain de la pierre: les pierres à gros grain des murs extérieurs de Vertheuil montrent de fortes stries et les pierres compactes à grain fin des piliers de la même église ont été traitées à l'aide d'un outil qui a marqué de petits sillons parallèles rapprochés.
Il va de soi que les remarques précédentes s'appliquent aux seuls parements : dans les édifices romans et gothiques, la masse est de blocage5. On s'en rend bien compte lorsque les murs sont en ruine, à Lurzine, par exemple. Il a pu arriver que l'épaisseur des parements fût insuffisante: suivant un rapport de i848, l'une des causes du délabrement de l'église de Vertheuil consistait en ce que les revêtements des piliers étaient faits de carreaux sans profondeur et mal liés avec le moellonnage.
Petit appareil, moyen appareil sont à peu près toujours posés normalement: deux des arêtes vues sont horizontales et deux, verticales. Les joints montants obliques, les maçonneries en épi, comme on en voit dans la nef de Cornemps, sont de rares curiosités. On en peut dire autant de l'appareil en écailles : c'est une fantaisie ; le constructeur de Doulezon se l'est permise dans le gable qui surmonte la porte d'entrée.
Les marques de tacherons. — Les marques de tâcherons abondent sur d'assez nombreux édifices du Moyen-Age0 : Sauternes, Saint-Macaire, Mourens, Saint-Martial, Soulignac, Roaillan, Castelvieil, Daubèze, Martres, Frontenac, etc. Ces marques peuvent figurer des lettres de tracé
1. Drouyn, Variétés girondines, t. II, p. 386. — 2. Notes du M" de Castelnau, t. IV, p. 371. — 3. Abbé Pardiac, Les Cloches de Bordeaux, p. 4i. — 4. Viollet-le-Duc a publié le croquis d'un appareil qui est à peu près analogue et qui occupe la même place, l'angle d'un pignon (Dictionnaire d'architecture, t. VII, p. 137). — 5. A Bazas, dans la cathédrale, les contreforts du Moyen- Age sont de blocage avec revêtement de moyen appareil et ceux du xvne siècle, de pierres de taille sans blocage (Ch. Desmoulins, Bulletin monumental, t. XII, p. 666). — 6. « Ces signes, assez rares, je crois, dans les monuments du xvi* siècle, sont très communs dans ceux des âges antérieurs» (L. Drouyn, Variétés girondines, t. I, p. ztç)).
LA CONSTRUCTION : LES SUPPORTS
simple: A, V, quelquefois Z, F, E, M, ou bien une croix, un carré, un triangle, ou encore une bipenne, comme on en traçait déjà sur les murs de Cnosse 1 . Les signes de dessin courbe ne sont guère moins usités : P, B; l'S se trouve souvent, ainsi qu'une volute montée sur un trait droit, ou deux volutes aux deux bouts du trait. Il est enfin quelques marques exceptionnelles :
à Saint- Ferme, un tailleur de pierre a dessiné
/^~\ "V *===s> S°n PIOPre ou^> à Saint-Romain-de-Vigna-
i\ ÊS ^ ^? s—fL. gue, un autre a figuré une jambe; à Izon, une
arbalète; à Vertheuil, le contrefort Sud-Ouest porte des oiseaux, qui sont peut-être des marques d'appareil plus compliquées.
Ces marques peuvent être de dimensions assez développées : à Saint-Hilaire-du-Bois, une S ne mesure pas moins de om25. D'autres marques doivent être plus grandes encore.
L'examen de ces divers signes peut fournir des indications utiles sur la marche des travaux : à Préchac, les marques abondent sur l'abside et il n'y en a pas sur les absidioles ; dans la même église, une marque en forme d'S a été coupée quand on a retaillé dans le mode gothique le support Sud Est de la nef. L'archivolte moulurée de la porte de Mourens montre des marques entaillées par les moulures : il en résulte que, clans ce cas tout au moins, les marques ont été apposées sur les blocs simplement dressés et avant le travail de mouluration.
Enfin, dans le même ordre d'idées, je crois devoir signaler sur la face Nord de l'église Du Puy, empreints dans le mortier, des dessins en forme de carrés coupés par leurs deux diagonales.
Les déformations et les reprises des murs. — Les constructeurs ont fait, aux xve et xvie siècles, des travaux en sous-œuvre qui sont parfois très hardis : un mur latéral a été percé de grandes arcades dans les églises d' Aillas, Rauzan (fig. 112), Bomagne, Lugasson, etc.; on conçoit aisément que partout où ce mur portait voûte l'opération a été délicate.
Les murs sont quelquefois ventrus, déjetés. A Cénac, en 1877, les murs latéraux présentaient un surplomb de o"'2i et o'"3o, et les contreforts puissants qui enserrent l'abside attestent que cette dernière partie de l'église avait également été éprouvée. Le cas de Sainte- Florence est moins banal: la partie orientale du mur Nord se renversait du haut; le constructeur qui continua le mur vers l'Ouest racheta l'aplomb à l'aide d'un petit ressaut insensible au pied et qui gagne en profondeur à mesure qu'il monte. Le mur Nord de Cadillac porte en dedans, au niveau de l'appui des fenêtres, une brusque surépaisseur : ce fait tient à ce que le mur dont il s'agit est, dans sa partie basse, l'ancien mur de ville, au sommet duquel
FlG. 217. — MARQUES DE TACHERONS A MARTRES, CASTELYIEIL, SAINT-ROMAIN-DE-VIGjNAGUE, SAIST-BRICE ET DAUIîÈZE.
Croquis de L. Drouyn (Extraits dos Variétés girondines, t. III. pp. ir.2, 176, Sis. 37G et 3ns).
i. Sal. Reinach, La Crète avant l'histoire, dans ]' Anthropologie, de 1902, p. 20.
t/épaisseur des murs
une assise saillante augmentait un peu la largeur du chemin de ronde; l'architecte de l'église a conservé la saillie et monté sa construction sur cette assise.
Le soubassement. — Voici quelques observations plus générales. La moulure de soubassement, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, est assez fréquemment profdée sur l'angle saillant d'un banc qui peut faire le tour de l'abside au dehors ou de presque toute l'église au dedans. On a parfois, comme à Saint-Emilion ', enlevé les bancs de ce genre: ils ont dû exister dans bien des églises et il en reste un assez grand nombre: à Lalande-de Pomerol, Sillas, Magrigne (fig. 80), Le Puch, Saint Georges, Villemartin, etc.
L'épaisseur des murs. — L'épaisseur des murs est très variable. Voici, pour un certain nombre d'églises, trois dimensions : en premier lieu, la largeur dans œuvre; en second lieu, la hauteur, soit à la naissance de la voûte3, soit au départ du lambris; en troisième lieu enfin, l'épaisseur des murs de flanc.
Saint Sulpice-de Guilleragues. Chœur voûté . . .
k.ko
Sablons. Chœur voûté
h.ki
et 0