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LES PILIERS ET LES CORBEAUX

Les colonnes engagées et les pilastres arrondis sur les angles. — Quelles qu'en soient la place et la fonction, les colonnes engagées sont rondes. Les colonnettes à pans coupés des chevets de Gornemps et de Puynormand sont d'un type qui ne fut guère en faveur à l'époque romane; il est vrai que cette forme, de môme que la spirale, fut plus fréquente à l'époque du gothique avancé. Saint-Pierre de La Sauve a de ces colonnes dont les facettes montent en hélice.

Les colonnes romanes sont engagées d'un tiers environ de leur diamètre; les demi colonnes, qui sont engagées de moitié, accusent une période antérieure ou postérieure au roman : on en trouve fréquemment dans les églises gothiques; à Saint Pey de-Castets (fig. 211), j'ai mesuré o'" 2/1 de saillie et le double,

/ II 1 /• riii. 210. — PILIERS.

orne d une colonne engagée, v TAYAC A PUISSEGU1N

l'ensemble rappelle un groupe

de trois colonnes; mais un examen un peu attentif permet de saisir la différence. Les pilastres de ce genre sont répartis un peu dans tout le département : à Saint-Palais-Lalande, à Petit- Palais1, à Tauriac, à Saint-Macaire (fig. \l\o), à Pujols-sur-Ciron, à Tayac (fig. 2i5), etc. 11 ne faut pas confondre les piliers ainsi traités et ceux sur les angles desquels on a profilé un gros tore, qui est un compromis entre une moulure et une colonnette : à Gardegan, Puisseguin (fig. 2i5), Saint-Chrisloly (Médoc) et Lignan de-Créon, où le pilastre porte, en outre, une colonne engagée, à Montarouch, etc.

Les correaux. — En dehors des corniches, les corbeaux n'ont servi de support qu'à titre exceptionnel: dans quelques nefs, sous les fermes. Tandis que les doubleaux retombent sur des supports normaux, les ogives à Léogeats, les ogives et les formerets à Pondaurat s'appuient sur des culs-de-lampe au niveau du tailloir; à Saint-Martin-de-la-Caussade, les formerets portent sur de petits corbelets placés derrière les ogives, fort au-dessus des tailloirs (fig. 2i3).

Nérigean oiï're même, dans l'encadrement d'une fenêtre, un mélange de colonnettes et de culs-de-lampe, ceux ci portant celles-là. Le cas n'est pas rare de bouts de colonnes engagées posées sur des corbeaux sculptés: dans les angles Ouest à l'intérieur de Blasimon (fig. 87 et 38), à l'intérieur du chevet de Saint-Martin de-la-Caussade, etc. On entreprit Au Rivet, vers le xv" siècle, de doubler le nombre des voûtes, en posant à mi-longueur de chaque travée des culs-de-lampe destinés à servir de support aux nervures.

Les murs : les fondations et les chaînages. — Les fondations de nos vieilles églises sont parfois négligées. Au clocher d'Avensan, qu'il a fallu démolir, au chevet de Saint-Vivien, qui a été reconstruit, les fondations étaient insuffisantes. Par contre, nous savons que dans certains cas, elles ont été, de la part des maîtres d'oeuvre, l'objet d'une grande attention : l'une des piles élevées sur le ilanc Sud de Saint-André au début du xvie siècle, fut fondée sur pilotis2, comme plus tard la chapelle de la Manufacture, qu'il fallut, d'ailleurs, élayer peu après3.

Des pièces de bois ont été employées dans certaines maçonneries comme chaînage, pour

1. Les deux piles Est du faux; transept ont les angles arrondis; les deux autres piles, qui ont été remaniées, sont à vives arêtes. — i!. Brutails, Deux Chantiers bordelais, p. 7O. — 3. 1687 (H supplément, E 40).

Il est dans l'architecture des Charentes une particularité qui se peut observer dans nombre de nos églises romanes girondines : c'est que les angles saillants des pilastres sont arrondis; lorsque le pilastre est

soit o'" 48, de diamètre.

1 86 LA construction: les supports

solidariser les pierres. J'ai dessiné une poutrelle de bois à l'extérieur et en haut du chevet de Virsac1, où elle était mi-sablière, mi-chaînage (fig. 216).

Le grand, le moyen et le petit appareil. — Les murs de petit appareil avec arases de briques sont d'une extrême rareté, bien que, selon Drouyn2, ce genre de construction soit encore usité dans la vallée de la Garonne, en amont de Saint-Macaire : les revêtements de la grotte de Saint- Aubin sont ainsi faits; à Jîlaignan, sur partie de la face Nord, le moyen

appareil, plutôt un peu petit, est coupé, à la hauteur du soubassement, par une assise de briques; quelques briques figurent dans les pieds droits de la fenêtre à Caudrot. On rencontre également, çà et là, Au Fieu, par exemple, des tuileaux ou des pierres plates insérés dans les joints, joints de lit et joints montants. Cet expédient n'est pas toujours, comme certains le pensent, un indice de haute antiquité : il a été employé à Casscuil dans un contrefort du xve ou du xvie siècle, et un devis rédigé par Labbé, en i845, pour Saint-Georges-de-Montagne porte l'article suivant : « Des morceaux de tuileaux seront placés dans les joints un peu larges, afin de serrer les pierres qui tremblent. »

Quant aux maçonneries de pierre, elles sont fort diverses. On a publié sur l'appareil du chevet de Caudrot des dessins fantaisistes3; l'appareil de cette construction est malgré tout très digne d'étude : l'une des grosses pierres d'un jambage ne mesure pas moins de o'"62 Xo"'6/i; dans le chevet, les assises basses ont des blocs de grand appareil, dont l'un atteint o'"95 de longueur sur oml\6 de hauteur; en haut, c'est le petit appareil. Grand appareil et petit appareil paraissent provenir de ruines antiques dont les textes signalent l'existence dans le voisinage.

Des archéologues ont attaché aux dimensions de l'appareil une importance excessive pour dater les édifices4. Le vrai est que ces dimensions dépendent en grande partie de circonstances géologiques ou autres. Saint-Martin-de-Mazerat, qui a par ailleurs des notes d'archaïsme, est, au moins en partie, d'un moyen appareil très joli, parce que cette église est à proximité d'une carrière. Inversement, dans des églises moins anciennes, comme Sainte-Présentine, des murs sont de petit appareil. Dans nombre d'églises, Saint-Jean-de-Blaignac, Sainte-Sportalie près de Podensac, Doulezon, Frontenac, Saint-Georges-dc-Montagne, Le Clapa près de Loupiac, etc., des maçonneries de petit appareil paraissent avoir été faites de débris romains. Diverses églises de la région landaise, Le Teich, Mons, etc., ont des contreforts en pierres rougeâtres, irrégulières, friables, d'une extrême pauvreté.

Les caractères de l'appareil résultent aussi de la place que les maçonneries occupent dans l'édifice. Rien n'est plus fréquent que les églises, comme Le Puch, où l'ensemble est de petit appareil, tandis que le moyen appareil est réservé au chevet, à la façade, à l'encadrement des baies, aux contreforts et à leurs amorces. A Langoiran, la disparité est saisissante entre Le moyen appareil du chevet et le petit appareil de la nef. Coutures et d'autres localités de

Brutails delin.

Fig. 21G. — virsac: fragment

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